Une utopie pour l’éducation demain

Les maisons de la connaissance

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Le désespoir de nombreux pédagogues, exprimé au travers de nombreux articles publiés à l’occasion des débats entre tenant des disciplines et tenant de la pédagogie ( ?), semble donner le signe de la fin de l’Ecole. A lire les sociologues de l’éducation l’Ecole serait entrée dans une sorte de phénomène de repli de nature entropique. Ce phénomène se signale principalement par l’incapacité apparente de l’école à restaurer sa légitimité dans la société en particulier face aux jeunes.

Pour tenter de commencer à répondre l’urgence d’une éducation ouverte à tous, je propose de créer :

Les maisons de la connaissance.

- Qu’est-ce qu’une maison de la connaissance ?

C’est un lieu dans lequel tout individu qui s’y rend peut développer et répondre à son désir d’apprendre.

Quelle sont les finalités de ce projet ?

Les maisons de la connaissance veulent donner à chacun la possibilité tout au long de sa vie de mener une dynamique d’apprentissage qui soit liée à ses désirs et à ses besoins. En offrant des espaces dans lesquels la personne peut initier et gérer son parcours, les maisons de la connaissance veulent proposer aux apprenants d’être les auteurs de leur " itinérance cognitive".

- Quelles sont les bases du fonctionnement de ces maisons ?

Dans chacune de ces maisons plusieurs espaces sont proposés :

Chaque personne qui vient à la maison est accueillie et orientée en fonction de ses besoins. Aucune obligation n’est faite d’aller ici ou là, hormis le fait de rencontrer la première fois une personne chargée d’accueillir tout nouvel arrivant pour lui présenter le centre et lui offrir la palette des possibles et effectuer un enregistrement administratif de sa demande et, éventuellement un descriptif de son besoin et du projet envisagé.

- Que sont chacun des espaces ?

L’accueil étant un lieu carrefour, les personnes qui viennent à la maison de la connaissance peuvent aller dans divers espaces afin de répondre à leurs besoins et leurs attentes

La grande difficulté de l’apprentissage c’est de gérer son désir d’apprendre. En effet, la confrontation avec le savoir est souvent un exercice de frustration du fait de l’incompréhension, de la complexité, ou simplement de la nouveauté. Cette difficulté à apprendre amène de nombreux abandons, ou contournements.

Dans cet espace, il est mis à disposition un ensemble de ressources humaines et techniques. Des accompagnateurs du désir d’apprendre peuvent être contactés en vue d’un dialogue momentané ou d’un accompagnement . Ces rencontres peuvent aussi bien porte sur le parcours d’apprentissage que sur les contenus faisant obstacles. En appui à ces accompagnateurs, des ressources aussi bien sous forme d’ouvrages que de fiches techniques ou de logiciels sont disponibles. Ces outils peuvent permettre au demandeur de trouver par lui même les réponses ou les aides à ses questionnements.

 

Lieu ouvert par essence, cet espace doit permettre à tous de rencontrer tous les savoirs. Outre des enseignants, des chercheurs, des experts, etc…, des ressources documentaires sur le lieu ou à distance sont proposées. Cet environnement doit permettre à qui le souhaite de côtoyer le savoir sous toutes ses formes, quelque soit le niveau l’âge ou la connaissance préalable.

L’un des outils essentiels de cet espace est le dialogue autour des savoirs. Mais un dialogue qui ne rentre pas dans un cadre institutionnel finalisé par un programme scolaire ou un objectif de compétence, mais seulement le besoin, le désir de cette confrontation.

 

Dans cet espace, sont proposés des parcours ou des modalités finalisés en terme de compétences et de savoir. Ce lieu est essentiellement celui ou le choix de la structuration est fait. C’est à dire qu’il s’agit, comme dans l’école, le centre de formation, d’un lieu spécialisé dans l’apprentissage et les différentes modalités pour y parvenir. La particularité de cet espace est la finalisation explicite des apprentissages, ce qui exige une description complète de ce qui est proposé, non seulement en tant que contenu, mais aussi en tant que modalité.

Les ressources disponibles dans cet espace sont multiples, allant de la salle pour un groupe qui veut construire des savoirs, jusqu’à l’amphithéâtre permettant de faire des conférences ou encore la salle d’autoformation multimédia. Les personnes ressources présentes proposent des modalités ou des parcours en fonction des propositions faites dans le cadre de l’espace du désir d’apprendre. Afin de ne pas se limiter, les personnes ressources peuvent aussi proposer de leur propre initiative des parcours ou des modalités qui leur paraissent importants afin de susciter des besoins nouveaux.

 

Sorte d’agora, cet espace de la confrontation est avant tout un espace de dialogue. Ce dialogue, qui peut être soit libre soit organisé sous forme de débat ou autre, a pour objectif d’aider à problématiser les connaissances. Espace de recherche, ce lieu doit permettre l’émergence de nouvelles connaissances soit individuelles, soit collectives. Cet espace doit aussi permettre à ceux qui sont en projet d’apprentissage d’éprouver, voire même d’évaluer leurs connaissances. C’est pourquoi ce lieu prend plusieurs formes suivant les besoins : salle d’examen classique, espace multimédia d’autoformation, salle de réunion etc…

 

- Quels sont les éléments communs aux différents espaces de la maison ?

Chaque espace ayant ses spécificités, il existe dans la maison de la connaissance une trame commune d’activité. En effet il n’y a pas d’espace réservé, ni à un intervenant accompagnateur, pas plus qu’à un apprenant. De plus, certaines modalités de fonctionnement son communes.

Tous les intervenants de ces maisons sont volontaires, après avoir eu connaissance du cadre de fonctionnement de la maison à laquelle il est rattaché.

Tous les intervenants sont appelés à passer dans plusieurs maisons, en fonction des besoins et des compétences.

Il n’y a pas d’âge limite pour aller dans les maisons de la connaissance, de même qu’il n’y a pas d’interdiction d’accès à tel ou tel moment de vie d’une maison en raison de l’âge.

La place des enfants y est aussi importante que celle des adultes, leur accord est toujours requis pour toute activité à laquelle ils veulent participer, quelque soit leur age.

La participation aux activités est possible en groupe, que ce soit en famille, par affinité ou autre.

Il n’y a pas de frontière entre les rôles d’apprenant et d’intervenant, chacun pouvant être tour à tour l’un ou l’autre. Toutefois, le statut de chaque personne qui est dans une maison de connaissance est explicite.

Tout participant à une maison de la connaissance s’engage à faire partager ses connaissances à tous les participants à ces maisons. Les productions des participants des maisons de connaissance font l’objet d’une contractualisation en vue de protéger leurs auteurs, sous la condition qu’ils acceptent de les mettre à disposition de tous les participants de ces maisons sans restriction. Au delà des limites des maisons, ces productions sont protégées par la structure fédératrice, et peuvent faire l’objet de publications officielles contractualisées.

 

- Comment peuvent coexister les établissements scolaires et les maisons de la connaissance ?

La question que vont se poser les enseignants concerne leur avenir si ces maisons viennent à se développer. En fait les établissements scolaires seront en premier lieu répertoriés comme espace de construction des savoirs. Toutefois, pour pouvoir entrer dans ce réseau, les établissements scolaires et leurs membres devront adopter la charte de fonctionnement des maisons de la connaissances, et s’engager à la respecter et à la promouvoir. Rattachés chacun à une maison, ils en seront reconnus comme participant à part entière. Ainsi un enseignant pourra intervenir dans d’autres espaces que dans celui d’origine. En aucun cas par contre un enseignant ne devra se limiter à un seul espace, celui définit par son établissement d’origine.

Il est envisagé dans les années à venir que les établissements scolaires disparaissent en tant que tels et soient remplacés par les maisons de la connaissance au sein desquelles ils constitueront un maillon important. Cette disparition s’accompagnera d’un éclatement vertical. En effet, chaque établissement sera ouvert du plus petit au plus grand et non pas cloisonné par age et par niveau. De plus la taille maximale des établissements sera limitée de façon à rendre l’espace accessible à tous, petits et grands, en toute sécurité, et dans le respect maximal du désir d’apprendre.

 

 

Fait le 14 Juillet 2000

© Bruno Devauchelle