Le 23è chantier du ministre : les TIC !!!

En situant ainsi le chantier des TIC comme le 23è, le ministre vient de rappeler que les TIC sont classées assez loin dans les préoccupations actuelles du monde scolaire, Dans le discours du jeudi 14 septembre à Poitiers, Gilles de Robien n’a pas renouvelé l’analyse de la place des TIC en éducation, il a entérinée celle définie dans le cadre du socle de connaissances. Trois actions sont développées et renforcées dans la suite de ce qui est engagé : le développement des ENT, mais surtout la partie évaluation de ceux-ci; l’attention au plus démuni par l’accompagnement scolaire; dans la suite des espaces numériques des savoirs une clé USB chargée de ressources pour les jeunes enseignants.

Comment comprendre ce discours ? Les TIC sont, dans le débat plus général sur l’enseignement qui sévit en ce moment, marginalisées. On ne sait qu’en faire. Tantôt fer de lance de l’image moderniste de l’état, tantôt repoussoir d’une pédagogie qui oublie les savoirs et « fait jouer » les enfants. Sans prendre partie, le ministre tente plutôt plusieurs habiles contournement :

– Le premier consiste à parler de l’évaluation et en particulier du « livret scolaire numérique » traduit maladroitement par le portofolio (à cause de celui des langues au niveau européen, autre figure du modernisme de l’état). Les ENT sont seconds en réalité, le ministre ne se fait pas beaucoup d’illusions sur la réalité de ceux-ci. Par contre il a très vite perçu, en écho au réactions vives des enseignants, que le bras de levier pour faire bouger le monde enseignant reposait d’une part sur la pierre des familles et d’autre part sur le levier de l’évaluation. Il suffit d’appuyer l’évaluation sur les questions des familles pour amener au sein du système éducatif le questionnement. C’est le leitmotiv de cette majorité gouvernementale (mais déjà incitée par la précédente) d’imposer une place aux parents. Il est facile de comprendre que l’utilisation de l’évaluation (bizarrement présentée sous couvert des seuls enseignements de langue) est un élément particulièrement sensible puisque l’évaluation est la base de l’autorité de l’enseignant. En fait le ministre ouvre la boite du droit de regard des familles sur ce qui fonde l’autorité des enseignants et propose, sans vraiment le dire, aux enseignants de changer leur façon de montrer les traces de cette autorité au travers du portfolio. L’idée est habile d’autant que les charges récentes sur la notation (Antibi, IGEN, Nimier etc…) ont commencé à faire vaciller l’édifice

– le deuxième consiste à proposer la discrimination positive à l’école. Donner le plus à ceux qui ont le moins. On voit bien là aussi que l’habileté du propos tient dans cette présentation d’un dossier qui met complètement en accusation le collège unique qui se voulait égalitaire parce que unique. Les technologies sont ici invoquées à titre de prétexte. Quand au missionnement du CNED pour entrer dans ce jeu on ne peut que sourire quand on sait que ce que les enfants en difficulté ont le plus besoin c’est un accompagnement de proximité par des personnes qu’ils ont aussi l’occasion de voir tous les jours. La distance ne résoud rien, mais il faut bien impliquer le CNED, c’était quand même sa mission initiale à sa création…

– Le troisième consiste à fournir des ressources pédagogiques directement aux enseignants et aux jeunes en particulier. Donner une clé USB relève presque de la moquerie tant cela ressemble aux cadeaux des marchands d’abonnement… et autre bonimenteurs… De plus ce que les jeunes enseignants attendaient c’était un véritable outil de travail : un ordinateur portable, certes avec des ressources, mais au moins un outil pour travailler. Certes la clé USB coute moins cher, mais cela risque de décevoir nos jeunes collègues qui risquent d’être décus. Habileté de l’annonce, risque de l’effet désastreux (mais qui donc a eu cette idée ?), cette clé USB est pourtant le signal d’un début de changement de pensée pour ce qui concerne le cartable de l’enseignant. Si le ministère commence à s’organiser pour y mettre des choses, cela signifie d’une part qu’il comprend enfin que les enseignants, comme les autres doivent pouvoir disposer d’outil de travail fournis par l’employeur et que d’autre part, s’il veut favoriser des pratiques il faut qu’il s’engage au plus prêt des acteurs de terrains en leur signalant ses efforts (mais ici cela risque de faire sourire…)

Bref pas de véritable révolution, mais la poursuite d’un chantier dont on sait bien qu’il n’est prioritaire qu’après de nombreux autres priorités (et pourquoi pas) mais qui s’affiche quand même car médiatiquement cela est devenu indispensable dans une communication de campagne électorale et surtout compte tenu des formidables efforts que font de nombreuses collectivités territoriales (en particulier de gauche)

A débattre

BD

Un bilan pour commencer l'année

Les bilans sont souvent publiés en fin d’exercice, c’est à dire au début du suivant. Ils ont pour but d’éclairer le décideur et de l’amener à orienter son action. C’est ce qu’a demandé le ministre à la SDTICE en mars dernier. C’est ce texte accompagné du bilan 2005 2006 des TIC que l’on trouve sur le site educnet ces jours-ci à l’adresse http://www2.educnet.education.fr/plan/politique/priorites-tice.

Ce rapport sur le développement des TIC dans l’éducation nationale propose outre une analise, un esnemble de 15 propositions qui méritent notre attention. Basé en premier lieu sur les sondages effectués par Médiamétrie en 2005 (sondages assez étonnants et que l’on peut mettre en lien avec une publication assez surprenante elle aussi, « le nouveau pouvoir des Internautes (de FX Hussher, C. Hussher, ME Carrasco, Timée éditions 2006) l’analyse bien optimiste de l’évolution des pratiques (une augmentation de 6,6% des pratiques des enseignants entre juillet et décembre 2005, vacances comprises) permet de donner un premier satisfecit, doublé pourtant d’interrogations sur la variabilité de cette évolution selon les niveaux, disciplines, régions… Cette analyse permet de porter au crédit de l’école – un peu hativement semble-t-il si l’on se réfère aux observations in situ, et surtout à une analyse un peu serrée de la méthodologie du sondage. On s’étonnera qu’il ne soit jamais fait référence aux travaux de l’INSEE qui pourtant en terme d’équipement sont intéressants…- ce développement des pratiques des jeunes. Il faut constater à l’instar des auteurs de ce rapport que l’évolution continue. On sera peut-être moins enthousiastes sur les réalités scolaires, mais on approuvera l’idée que les efforts commencés surtout à partir de 1997 et poursuivis de façon constante portent leurs fruits. Désormais l’informatique et internet on vraiment doirt de cité dans les écoles, reste encore souvent, trop souvent à en faire réellement quelque chose qui ait du sens et c’est là que les choses sont plus difficiles.

Les 15 propositions du groupe font écho à cette analyse qui soulève outre des inégalités, des questions de fonds dont certaines sont en cours de réponse. L’impression qui se dégage de la lecture de la première partie de ce document est celle d’un écart important entre des chiffres et des réalités de terrain, les auteurs du document le signalent à propos de l’analyse des usages, d’ailleurs ils écrivent : « Les données recueillies sur le terrain au quotidien sont donc à la fois fragmentaires et dispersées. Le pilotage national de la politique des TICE s’appuie beaucoup sur des enquêtes déclaratives, exhaustives ou sur échantillons, internes ou plus souvent encore commandées à des cabinets privés, et plus sur l’évaluation des conditions que sur celle de la qualité et de l’efficacité des usages, alors même qu’un gros effort de promotion et d’accompagnement est effectué dans ce sens. »(p.11).

La liste des freins à la généralisation fait donc l’objet d’un long passage qui révèle l’ampleur de la difficulté. Matériel, ressources, inconfort technico-pédagogique, faible plus value, séparation scolaire extra-scoalire, faible implication de l’encadrement et en particulier des corps d’inspection et des responsables des établissements scolaires, voilà la liste des points faibles identifiés.

Voici les 15 propositions :

Une intégration plus forte dans le cursus de l’élève

– Mesure 1 : Introduction systématique dans les programmes de pratiques pédagogiques fondées sur l’usage des TIC

– Mesure 2 : Prise en compte des résultats du B2i au brevet des collèges et au baccalauréat

– Mesure 3 : Création d’un e-portfolio pour chaque élève qui comprendrait notamment le cahier de référence de ses acquis du socle commun.

La formation et la mobilisation accrues des enseignants et de l’encadrement :

– Mesure 4 : Plan de formation de l’encadrement et notamment des corps d’inspection

– Mesure 5 : Prise en compte de l’usage des TIC dans les évaluations faites par les corps d’inspection

– Mesure 6 : Mise en ligne du cahier de textes et des ressources pédagogiques associées destinés aux élèves dans le cadre d’un ENT

– Mesure 7 : Intégration forte des TIC dans le cahier des charges des IUFM

– Mesure 8 : Évaluation des compétences professionnelles liées aux TIC dans les concours de recrutement.

– Mesure 9 : Mise en place d’observatoires académiques des usages des TIC

– Mesure 10 : Généralisation des volets TICE dans les projets d’établissement ou d’école.

– Mesure 11 : Privilégier de nouvelles modalités de formation continue (alternant présence et distance) et le travail collectif des enseignants, pour valoriser les usages professionnels des TIC.

L’implication des collectivités territoriales

– Mesure 12 : Mise en place d’une convention cadre

– Mesure 13 : Former des interlocuteurs pour le dialogue avec les collectivités territoriale

Soutien aux ressources numériques pédagogiques

– Mesure 14 : Structuration de la diffusion des ressources et services

Aménagement numérique du territoire

– Mesure 15 : Connexion haut débit partout et pour tous

On remarquera que ces mesures ne sont pas toutes nouvelles, on trouvera trace de la plupart d’entre elles depuis plus ou moins longtemps dans les textes du ministère (par exemple la mesure 1 est écrite en 1992 dans le texte du conseil national des programmes consacré aux TIC).

Les principales originalités concernent la mesure 3, un e-portfolio pour chaque élève d’une part, et la mesure 11 qui vise à promouvoir l’idée de nouvelles modalités de formation continue des enseignants basées sur les TIC (même si on retrouve cela dans le principe même C2i métiers de l’enseignement).

On constatera donc une continuité dans les actions menées depuis de longues années. On pourra s’interroger sur la récurrence de certaines de ces mesures, signe bien évident de la difficulté qu’il y a à mettre en place dans un système aussi lourd que celui de l’éducation nationale des impulsions importantes. Les TIC ont ceci de particulier qu’elles touchent à deux domaines en dehors de l’école, le professionnel et le familial. Or l’école est de plus en plus questionnée dans son rapport à ces deux univers. On peut le constater par les discussions sur l’orientation scolaire ou sur celles de la relation entre l’école et les familles.

Souhaitons que ce document bilan, dont on peut saluer, globalement, la lucidité permette non pas de nouvelles mesures venues d’en haut, mais la mise en place d’un travail de prise de conscience par tous les acteurs du niveau des enjeux liés à ces TIC. Il n’est pas sûr que cela soit le cas, à en juger par les écrits qui chaque années remplissent les bacs des libraires et qui fustigent les TIC….à l’école.

A lire, d’abord puis à suivre et à débattre

BD

ENT ou PLE, question de point de vue…

Les acronymes CMS, LMS, ENT ou ENS sont à peine compris de nos congénères que l’on en ajoute un autre qui depuis maintenant plus de deux ans tente d’émerger, le PLE. Est-ce une nouvelle idée commerciale ou un nouveau dispositif réellement efficace ? Est-ce une nouvelle lubie ministérielle ou un rêve de technologue fou ? Une recherche sur Internet aménera rapidement à quelques réponses (voir des adresses en bas de ce message) qui permettront de refaire l’historique de cet acronyme.

CMS : Content management system

LMS : Learning management system

ENT : Environnement numérique de travail

ENS : Espace numérique des savoirs

Et voici le petit nouveau PLE : Personal Learning environnements

Semble-t-il en développement depuis 2004 cette nouvelle expression va-t-elle faire florès dans les prochains mois dans le monde des TIC et de l’éducation ? C’est bien possible, même si cela risque de ne pas faire plaisir à certains. En effet l’approche PLE s’oppose radicalement à l’approche ENT en cela que le PLE part des pratiques des individus et tente de les prolonger, alors que les ENT entendent proposer un cadre à des individus avec charge pour eux d’entrer dedans (et peut-être de les faire évoluer).

Deux problématiques différentes s’opposent donc. La première pose la question d’une meilleure gestion globale (comme avec les ERP) du système d’information qui permette d’éviter que chacun ne fasse n’importe quoi et qu’on encadre les pratiques, ce qui rend beaucoup plus aisées l’organisation, le contrôle et la maintenance de ces outils, mais aussi le suivi des personnes et de leurs usages (il font ce qu’on les autorise à faire).

Avec l’approche PLE (on pourra aller voir PLEX et voir aussi l’idée proposée par ELGG) le point de départ ce sont les pratiques personnelles. Observons quelques instant notre ordinateur préféré, parfois portable, en tous cas celui qu’on utilise tous les jours, à sa guise. Comparons le à celui de nos voisins et on remarquera des divergences et des convergences. Observons le développement d’Internet et des réseaux peer to peer, on remarquera que chacun, à sa convenance, choisit des services, les structures plus ou moins (voir del.icio.us, technorati…). Et toutes ces activités constituent en quelque sorte une sorte de prolongation de notre cerveau, de la mémoire, du traitement etc…). De la à parler « d’environnement personnel d’apprentissage » il n’y a pas loin. Et ce sont justement là qu’arrivent les PLE. En quelque sorte cette conception s’appuie sur l’idée qu’un être humain est un « apprenant permanent et en devenir », qu’il utilise dans son environnement des outils pour cela (rappelons nous la fonction de mémoire des photos ou encore celle des souvenirs, et autres thermomètres.., sur la cheminée de la grand mère rapportés de chacune de nos escapades d’enfant). Avec l’ordinateur personnel, à portée de main en permanence (d’où l’importance du portable), l’être humain poursuit son développement son histoire personnelle de la même façon. Ainsi cet espace que constitue notre ordinateur (qui tiendra bientôt complètement dans une clé USB ou dans une carte à puce), devient-il un environnement d’apprentissage permanent. Si l’on considère les travaux sur l’autoformation (Philippe Carré, Brigitte Albero) et ceux sur les communautés en ligne (Etienne Wenger), on aura vite fait de comprendre le concept de PLE est de plus en plus pertinent.

Reste toutefois à savoir s’il s’imposera face aux ENT. Autrement dit, vaut-il mieux rendre possible la mise en lien et en cohérence de l’existant ou est-il préférable d’imposer un modèle qui se veut cohérent et qui s’imposera à tous ? Rappelons nous les querelles de l’informatique centralisée par rapport aux micro ordinateurs. L’histoire, bien jeune, des TIC, montre que c’est une dialectique constante. Mais on peut aussi rappeler l’histoire, beaucoup plus vieille celle là, de la démocratie. En effet dans les deux cas on a affaire au même problème : vaut-il mieux partir des individus et de leurs différence pour tenter d’harmoniser le tout progressivement, ou partir d’une vision de la société et de l’imposer comme cadre aux individus, quitte à en laisser quelques uns de coté (ou dans les geôles).

La sociologie contemporaine de chercheurs comme B. Lahire, D Martucelli ou V. de Gaulejac, nous apprennent qu’à l’opposé de la sociologie de P. Bourdieu ou d’autres encore, c’est vers l’individu qu’il est désormais essentiel de regarder, tant l’échec des modèles rationalistes et globalisant (rappelons nous l’URSS) est patent, à terme. En suivant en cela les travaux de feu M. de Certeaux, si souvent convoqués désormais par de nombreux chercheurs qui le découvrent enfin, la sociologie contemporaine nous incite à aller chercher du coté de l’être humain, sa diversité, sa richesse, sa capacité à apprendre tout au long de la vie, envers et contre tout (cf les travaux sur la résilience et sur l’estime de soi ou le sentiment d’auto efficacité d’Albert Bandura).

L’approche PLE va bien dans ce sens. On pourra parler de socio-cognitivisme, ou de socio-constructivisme pour classer ce genre d’approche, comme on aime à le faire pour simplifier au lieu d’analyser en profondeur ce mouvement. Toujours est-il que ce concept, qui risque d’émerger fortement dans les prochains mois, est une opportunité pour repenser la notion de « contexte » d’apprentissage et de comprendre que désormais, l’ordinateur est un élément « ordinaire » de ce contexte, devenu enfin « personnel ». De plus, à l’instar de la sociologie, le débat pourra aussi se penser en terme de rapport au pouvoir et de sens des choix technologiques (vu d’en haut, vu d’en bas).

Pour l’anecdote, je me souviens d’une discussion de 1989 à propos de l’intelligence artificielle (prolog, lisp etc..) avec des collgues enseignants. On essayait d’imaginer un cahier de brouillon électronique intelligent qui aurait été un « environnement personnel d’apprentissage » (EPA) pour l’élève et qui aurait pu l’aider au cours de sa vie… Il n’y a plus qu’à y intégrer les démarches (e-)portfolio et le tableau sera complet.

A suivre et à débattre

http://fr.wikipedia.org/wiki/LMS

http://fr.wikipedia.org/wiki/CMS

http://www.educnet.education.fr/ENS/

http://www2.educnet.education.fr/services/ent/

http://www.margaperez.com/index.php/tag/ple

http://reload.ces.strath.ac.uk/plex/

http://www.commentcamarche.net/entreprise/erp.php3

http://elgg.net/

http://www.technorati.com/

http://del.icio.us/

http://universite.deboeck.com/livre/?GCOI=28011100470350

La rentrée des classes : pas dans les écoles, en ligne !

C’est sur les sites « communautaires » que nos jeunes pourraient bien effectuer leur rentrée des classes dans les jours prochains. Comme le montre le dossier de Libération (Libé du 19 Aout 2006), et ce dont chacun peut tenter l’expérience, le communautaire en ligne est désormais à portée de main pour les jeunes qui sont la cible numéro 1 de ces nouvelles offres.

C’est l’arrivée le 9 Aout 2006 de MySpace en France (ou plutôt en français) qui déclenche l’alarme. En effet nous voyons bien depuis plusieurs années que les jeunes s’emparent des chats, messageries instantanées, blogs et autres logiciels de P to P sans trop se poser de question. Et pourtant les offres de groupes en ligne ne sont pas nouvelles. Comment se fait-il que cela mérite notre attention ?

On peut considérer que le passage d’une pratique de l’échelon des passionnés (ou des riches) à l’échelon industriel (et surtout commercial) marque une étape significative dans l’appropriation des TIC et plus généralement des biens économiques. La télévision avait déjà connu ce développement et plus récemment d’autres technologies (téléphone portable, lecteurs MP3) ont vu leur développement s’effectuer de manière identique. Sauf que désormais (et ce n’est pas vraiment nouveau, mais ça se renforce sur ces types de profuits) la cible première ce sont les jeunes à l’opposé de la télévision qui jadis abordait d’abord l’ensemble du monde adulte. Nous voyons donc se développer sous nos yeux des pratiques sociales qui pourraient bien avoir des conséquences importantes sur les modèles éducatifs actuels. Il ne s’agit pas de refuser une évolution mais de la comprendre et d’en envisager les conséquences.

Exemple typique, dans MySpace, une rubrique est appelée « école » (elle comporte aussi des sous parties lycées, université…) Autrement dit, les promoteurs de ces sites cherchent désormais à intégrer la qualité d’élève dans leur projet. De quelle manière ? Pour l’instant en proposant d’identifier des communautés d’appartenance pour engager, proposer, à partir de là des communautés de pratique. On retrouve ainsi en ligne une analogie avec la constitution du groupe classe et ses sous groupes, clans etc…

Pour l’instant, apparemment, la question de l’école reste abordée comme un domaine de camaraderie, mais rien n’interdit que des usages nouveaux apparaissent et se structurent rapidement. En effet à l’instar des pratiques de blog et de messagerie instantanée, les jeunes « collaborent » souvent entre eux par le biais des technologies. Il y a fort à parier que ces services nouveaux et surtout intégrés vont parvenir à rassembler de plus en plus de telles pratiques et ensuite proposer de nouveaux services adaptés et peut-être même formatés par rapports aux attentes de l’école. On imagine aisément des sociétés de cours en ligne qui vont se ruer sur ce public captif pour leur proposer des contenus, tout comme on imagine aisément les promoteurs de ces sites tenter de conserver les jeunes en leur offrant de tels services d’aide scolaire…

Au delà de ces hypothèses de services nouveaux, il faut aussi poursuivre la réflexion sur les pratiques des jeunes autour du thème des communautés en ligne et des pratiques de cette nature. Le zapping, caractéristique bien connue de nombreux jeunes (5 millions de blogs sur skyblog, mais combien de vivants !), doit nous amener à être méfiant sur les discours médiatiques sur ces pratiques (on en dit largement plus qu’il ne s’en vit) mais vigilant sur le sens des pratiques qui vont réellement se mettre en place, voire s’inventer par les jeunes. Cette vigilance doit amener l’école à réfléchir, au moment où l’on parle d’ENT, d’ENS, à cette nouvelle concurrence qui pourrait amener une nouvelle désaffection des TIC à l’école de la part des jeunes. ils sont déjà critiques sur ce que l’école leur propose en matière de TIC, désormais la confrontation va être encore plus rude. Dans la ligne du rapport Mediappro, on risque de voir se renforcer l’image de l’école française repliée sur le réflexe sécuritaire en matière de TIC. Mais peut-être est-ce impossible d’envisger les choses autrement

(pour en savoir plus on peut taper myspace ou lexode dans un moteur de recherche)

A suivre et à débattre

BD

Certifications TIC en France

Le groupe de travail « Mise en cohérence des « certifications » informatiques et Internet soutenues par l’Etat » et sous-titré : « Réflexion sur l’opportunité d’établir des passerelles entre les différentes certifications » a rendu un premier travail en juin 2006. (http://www.educnet.education.fr/chrgt/Doc_Pivot_260606.pdf)

Vouloir mettre de la cohérence entre des dispositifs développés « presque » indépendamment les uns des autres semble logique et probablement nécessaire. Observer que ces dispositifs ont été développés dans une indépendance relative permet de mettre à jour un fonctionnement institutionnel intéressant et sur lequel nos ministres auraient intérêt à s’interroger : comment l’Education Nationale et plus généralement l’ensemble des acteurs de l’enseignement et de la formation en France peuvent fonctionner en cohérence si chaque entité peut se permettre d’avancer sans tenir compte des autres. Car ce que révèle ce document c’est que, à partir d’une initiative soudaine, le B2i en 2000, qui elle même doit être mise en perspective d’un travail sur la mise à niveau informatique en classe de seconde en 1999, se sont développées des logiques proches, mais indépendantes, et surtout sans mener dès l’origine une réflexion sur les articulations nécessaires entre ces dispositifs.

Car finalement l’intérêt réel de ce document est de montrer que chaque groupe de travail, au ministère, aurait facilement tendance à travailler dans son coin et que c’est après coup que l’on se rend compte que des initiatives proches existent et que l’on peut alors tenter d’y mettre de la cohérence. On a l’impression que le parallèle pourrait être fait avec les questions de découpage disciplinaires qui font de chaque matière enseignée un espace autonome.

A l’opposé on pourrait considérer que la multiplicité des initiatives est plutôt créatrice et qu’arriver à un certain niveau de maturité de chacune il est nécessaire de les rapprocher, quitte à défaire des cohérences internes pour trouver de nouvelles lignes de force commune. Ce mode de management concurrentiel est connu depuis de nombreuses années en entreprise, il a ses détracteurs.

Faut-il a tout prix rechercher une rationalité a-priori dans l’action ? Si tant est que cela soit possible. Faut-il laisser des équipes avancer dans des projets pour ensuite infléchir, voire démolir, leur travail ? Il faut constater en tout cas que la volonté de mettre en lien ces initiatives peut déboucher sur cette rationalité ou en tout cas cette mise en lien qui semble nécessaire désormais. Le travail accompli va donc permettre d’engager des passerelles entre les différentes certifications. Il semble bien que l’élément le plus important, sous jacent à ce travail, soit celui qui consiste à rendre crédible ces certifications face au monde professionnel. En effet, sans que cela soit jamais clairement dit, l’enjeu est bien celui de fournir à toute la population un repère qui puisse avoir une valeur réelle: « il s’agit de mettre à niveau toute une population indépendamment des différences d’avancée et de montée en compétences. La certification doit rendre une valeur d’usage et se caler sur les compétences actuelles. » Aspect intéressant de ce document, le cadre théorique dans lequel se meuvent ces dispositifs. On est étonné de voir le flou conceptuel dans lequel se trouvent ces textes. Certes les acteurs ont choisi de ne pas s’enférer dans des guerres d’écoles, mais on pourrait s’attendre que, au moment où le socle commun tente de définir le terme de compétence en lien avec l’approche proposée par la communauté européenne, le ministère choisisse de s’en tenir à une définition suffisamment univoque. En regard de ce que le B2i a choisi d’appeler capacité, on s’étonne de voir ici ce thème rejeté : « Nous parlerons de compétences et non de capacité dans notre projet. » quel sens donner aux termes dont on sait qu’ils sont largement discutés dans le monde scientifique. Tout comme les concepts de l’évaluation dont il est écrit « la définition du terme « compétences » qui sous tend celles « acquises » et non « évaluées » ce qui suppose une opposition alors que les notions d’acquisitions et d’évaluation ne sont pas opposées dans le rapport de l’IGEN de 2005. Etonnant donc de voir le flou conceptuel dans lequel évolue cette réflexion et donc la suspicion légitime qui peut suivre de la lecture de ces mots.

Enfin signalons cet aspect positif que constituerait une véritable réflexion sur les TIC dans notre société et donc dans le système d’enseignement. Malheureusement on reste largement sur notre faim. Il semble bien que ce refus d’engager une véritable réflexion sur le sujet fasse écho à de nombreux débats sous jacents à celui-ci sur l’articulation entre école et société. Les « allant de soi » concernant les TIC doivent faire écho à une véritable réflexion sur les notions de progrès, de dépendance, de communication et plus largement de vie en société. Or il n’en est rien. Devant l’évidence, il faudra peut-être engager un débat que de nombreux philosophes, à l’instar de Simondon, ont déjà ouvert depuis de nombreuses années et dont le système éducatif ne peut faire l’économie

A suivre et à débattre

BD

Avoir de l'imagination à un euro par jour ?

Le premier ministre annonce avec emphase ce magnifique projet : Un ordinateur et une connexion, pour un euro par jour. Le CISI du 11 juillet n’a donc plus aucune imagination. On ous avait fait le coup avec les étudiants, maintenant on le fait avec les pauvres. Or pendant ce temps d’autres cherchent à faire un ordinateur à 100 ou 150 euros pour tous.

Le pouvoir ne saurait donc plus quoi faire ? Heureusement une mesure complémentaire pour la couverture des zones blanches a été envisagée. Car aussi il y a des problèmes à résoudre.

On ne critiquera jamais l’idée d’aider les plus démunis, on critiquera simplement de le leur faire payer très cher…. Il suffit de faire les comptes pour comprendre qu’il fallait d’autres mesures bien plus parlantes pour aider les gens les plus démunis (mise à disposition gratuite de matériel dans le cadre d’un réseau associatif d’accompagnement social des usages par exemple). Il suffit de regarder comment cela se passe dans les familles pour comprendre que la cible présentée n’est pas celle qui sera atteinte. les familles démunies ont souvent déjà des équipements. Selon les versions des médias il y aurait inclus dans le prix de la formation et de l’installation… on peut envisager cela avec intérêt, mais là encore on peut se poser la question qui paye quoi à qui ?

Bref voici une belle mesure qui va surtout rapporter à quelques marchands qui de toutes façons ont déjà fait leur marché dans les grandes surfaces et qui trouveront là un espace publicitaire complémentaire et fourni gratuitement par l’état.

Décidément il est difficile d’inventer quelque chose en matière de TIC tant que le modèle politique de fond repose sur la seule idée de faire le bénéfice des entreprises. Il est temps de réinventer des solidarités nouvelles et des espaces d’échanges de compétences. Le matériel ne sert à rien si l’on ne propose pas de s’en servir. Or l’école semble aussi oublieuse de cela (enquête Mediappro), malgré le nouveau B2i qui va arriver.

A suivre et à débattre

Les effets d’annonces politiques n’engagent que rarement ceux qui les font.*

BD

L'accompagnement à la scolarité a-t-il un avenir ?

Le récente rapport de l’inspection générale sur l’accompagnement à la scolarité qui évoque en particulier la place des TIC est intéressant à plusieurs titres. Il pose en effet la question de ce que l’école génère comme « comportements » en bordure de son action. Non seulement sur le plan de la pratique mais aussi sur celui des finalités, ce rapport rappelle la place centrale de la scolarisation dans notre société. L’école est devenue en 200 ans un élément central de la société et en particulier un passage obligé et quasi exclusif de la jeunesse du pays. On reviendra par ailleurs sur ce rapport lui même, après une lecture approfondie, mais il me semble qu’une question importante doive être préalablement posée en particulier du fait de la place donnée aux TIC dans ce rapport.

A l’automne dernier, avant le colloque d’Amiens, nous avions eu l’occasion de nous étonner que l’on ne parle de l’accompagnement à la scolarité que sous l’angle des TIC alors que le rapport Glasman et bien d’autres observations amenaient à penser qu’il fallait voir plus large. Le rapport de l’IGEN vient d’apporter ici sa contribution. Mais aujourd’hui on ne peut s’en tenir là. Faut-il se limiter à la question de l’accompagnement scolaire ? ne faudrait-il pas commencer à poser la question de toutes les formes d’accompagnement que ce soit pour les jeunes ou même les adultes. L’émergence de problèmatiques comme celle du e-portfolio donnent des pistes pour envisager une continuité scolarité/activité professionelle. Le développement de la VAE confirme l’importance des expériences de vie comme structurantes pour le développement de la personne. On pourrait considérer que s’en tenir à la seule question de l’accompagnement à la scolarité soit restrictif en regard de ce qui constitue une vie. L’accompagnement n’est-il pas le révélateur des insuffisances des systèmes ? Les systèmes peuvent-ils se suffire à eux-mêmes pour rendre les services qu’ils entendent rendre ? Faudrait-il un accompagnement pour tout ?

La place centrale de la scolarisation dans notre société met la question de l’accompagnement scolaire comme indispensable dès lors que le système repère des zones d’inefficacité. Or l’accompagnement à la scolarité ne porte pas principalement sur l’inefficacité du système mais sur la volonté d’individus à chercher leur efficacité individuelle dans le système scolaire. C’est en cela qu’il est irritant de voir se développer un tel marché relayé parfois par des collectivités territoriales soucieuses de développer les personnes dont elles reçoivent mandat.

Le mode de développement des TIC dans la société permet de se demander s’il faut un accompagnement à la scolarité ou un accompagnement à l’appropriation d’un ensemble de compétences sociales. Autrement dit s’il s’agit seulement de réussir à l’école, est-ce un projet suffisant compte tenu du fait que la scolarisation est aujourd’hui interrogée dans son efficacité sociale ? En limitant l’approche à l’école il est probable que l’on ne résoud qu’un problème de consommation d’école mais pas un problème social. On peut même penser que laisser développer un accompagnement scolaire amène à décédibiliser progressivement l’école dans sa capacité à répondre à ses missions. Le récent rapport du CLEMI sur l’appropriation des nouveaux médias par les jeunes donne un éclairage intéressant sur la place que peut tenir l’école dans un contexte plus large que celui de la seule réussite scolaire.

Faut-il accompagner ? qui ? comment ? pourquoi ? Il semble que nous allions vers une société « béquillée » ce qui risque progressivement de faire perdre l’autonomie et l’inventivité de chacun. Dans le même temps faut-il laisser se creuser des inégalités sans mettre en place des remédiations. Mais alors c’est ce que signifie accompagner qui doit être revu et repenser (les TIC ne peuvent y suffir), c’est aussi à cela que semble appeler le rapport de l’IGEN.

A débattre

BD

Mediappro par le CLEMI : quel aveuglement de l'école ?

Le CLEMI a mis en ligne (http://www.clemi.org/international/mediappro/Mediappro_b.pdf) cette semaine la synthèse du volet français de l’enquête européenne « MEDIAPPRO » qui a pour objet d’évaluer l’appropriation des nouveaux médias par les jeunes. Faisant suite à des travaux menées en 1997 puis en 2000 sur cette question, cette nouvelle enquête apporte confirmation de nombreux éléments déjà préssentis. Centrée sur les nouveaux médias, cette enquête s’intéresse principalement à Internet et au téléphone portable chez les 12 18 ans. Distinguant deux niveaux, français et européen, la synthèse de ce travail met en évidence des lignes de force mais aussi des caractéristiques culturelles intéressantes. Comment en effet comprendre que l’usage d’Internet par les jeunes Estoniens utilisent Internet à Haut débit largement plus que les jeunes français que ce soit à la maison et encore davantage à l’école ? Bref, des informations à lire dans toutes les salles des profs tant elles interrogent le sens de l’école…

Que noter en premier ? L’importante fréquentation d’Internet par « tous » les jeunes (entre 85 et 99% selon les pays) est une confirmation souvent refoulée dans les discussions d’adultes mais qui confirme la tendance déjà observée en 2000, puis en 2003 et qui désormais est indiscutable. On pourra modérer ces usages en détaillant les pratiques, mais il faut reconnaître que en France comme dans l’Europe entière Internet est devenu quotidien, même si des pratiques demandent à être confirmées et affinées. En effet la question de la maîtrise réelle des TIC demande à être affinée (les auteurs du rapport présente cette maîtrise comme limitée, mais il serait intéressant de préciser ce que cela signifie).

Ensuite, même si cela peut faire des vagues dans le monde scolaire : il est clair que l’école est « aveugle » devant cette nouvelle réalité. La lecture des chiffres donnés ici montrent une école frileuse et repliée sur des questions de sécurité sans jamais montrer sa capacité à engager des pratiques des TIC réellement éducatrices… En 1997 Dominique Pasquier et Josiane Jouet (in revue Réseaux 2000) avaient déjà exprimé l’attente des jeunes vis à vis de l’école pour « prescrire » des usages des TIC. Même si le B2i créé en 2000 va dans le bon sens, il faut reconnaître que cette enquête prouve que cinq années après sa mise en place, l’école ne répond pas aux attentes des élèves et peut-être même aux besoins des jeunes et de la société pour ce qui concerne les TIC.

Enfin, force est de reconnaître l’intelligence des jeunes qui entendant parfaitement les inquiétudes des adultes devant les risques d’Internet (qui sont aussi les leurs) n’ont pas été long a inventer des pratiques qui leurs permettent, eux, d’être tranquilles (exemple de l’abandon des chats au profits des messageries instantanées). Si l’école a réussi, avec l’ensemble des médias et les parents à inculquer une vision responsable et sécurisée des usages, elle s’avère incapable d’aller au delà. Il est amusant de constater que l’analyse menée conjointement au Québec semble apporter les mêmes réponses. Ainsi donc les jeunes se passent de l’école, mais plus encore de leurs parents quand il s’agit de développer leurs pratiques d’Internet. Dans le même ordre d’idées, les jeunes sont très critiques et méfiants vis à vis de l’information véhiculée sur le web, en tout cas beaucoup plus que l’on ne peut le penser à première vue.

Un autre enseignement de cette enquête est aussi, selon le point de vue, l’aveuglement ou la confiance des parents vis à vis des pratiques de leurs enfants. En effet, et la situation semble meilleure en France, il semble que les parents n’encadrent pas les usages d’Internet par leurs enfants et se situent « dans un autre monde ». On peut tenter de rapprocher les adultes et les enseignants sur ce point. S’agit-il seulement d’un phénomène générationnel ? On peut penser que derrière ce terme générique il faut tenter d’identifier ce qu’il y a de si différents entre ces générations. On peut penser que le rapport à la technique Internet (et en général les TIC) est beaucoup plus aisé si l’on rentre tôt dans la pratique spontanée. Ainsi une hypothèse pourrait être, mais le rapport n’en parle pas, la relation magique et imaginaire que chacun entretient avec la technique et le mode de fonctionnement (et de dysfonctionnement) de la machine induit une capacité à l’intégrer dans son mode de vie quotidien.

On regrettera que cette enquête ne fasse pas apparaître d’autres usages des TIC (traitement de texte ou autres) et en particulier les usages déconnectés. Il aurait surement été intéressant aussi d’aller au delà de la seule analyse de plus ou moins de lecture (peut-être la version complète de l’enquête en parle-t-elle).

Cette étude menée dans plusieurs pays d’Europe mais aussi au Québec s’inscrit certes dans la continuité des précédents travaux sur le thème, mais, comme les auteurs le disent en conclusion, il serait intéressant de mener des travaux longitudinaux pour mieux comprendre les évolutions. Même si un regard posé à un instant donné apporte bien des enseignements, le risque est de se limiter à des constats sans explication aisée.

On dispose avec ce travail d’un instrument précieux pour que dans les établissements scolaires chacun puisse mesurer les enjeux véritables du développement des pratiques sociales des TIC et donc de l’importance de situer l’Ecole dans ce contexte.

A suivre

BD

B2i, version presque définitive…. une première lecture…

La soumission du projet de décret du B2i nouveau le 18 mai 2006 au CSE est un pas important en attendant la version définitive et en particulier la circulaire d’application. En effet de nombreuses questions sont posées par ce décret qui, on le suppose seront éclairées dans les textes officiels qui sortiront.

Parmi ces questions en voici quelques une qui semblent importantes :

– Le décret ne parle pas des modalités d’évaluation qu’avait modifiées le texte paru en septembre 2005. Faudra-t-il 80% ou 100% des items validés pour avoir le B2i ? Deux disciplines seront-elles le garant minimum du B2i ?

– Les feuilles de position ne sont pas présentées dans le décret, mais le seront dans une circulaire d’application. Or il suffit d’analyser les pratiques depuis 2000 pour s’apercevoir que ces feuilles sont prépondérantes pour guider l’attitude des équipes. Une première lecture du projet présenté en mars 2006 comportait des indications sur ces feuilles de position. Certains écarts entre le référentiel (devenus « éléments de référentiel » dans le nouveau texte) et les feuilles de position pouvaient poser problème aux équipes. On sait combien cela a posé problème aux équipes sur le premier B2i. On peut donc s’interroger sur ces écarts possibles, même s’il faut attendre la version définitive pour pouvoir faire une analyse détaillée.

– Il semble que le texte du nouveau B2i s’applique à partir de la rentrée 2006. Or il y a un temps d’ajustement qui avait été demandé, le texte actuel ne prévoit pas de laisser le choix aux équipes de mettre en route progressivement le nouveau B2i, mais bien son démarrage immédiat.

– On voit clairement que le B2i collège est la référence du socle commun, puisque c’est celui qui doit être garanti à tous les élèves sortant du système scolaire, quitte à la terminer en LP ou en CFA.

– Une analyse fine des documents successifs permettra de mettre en évidence les hésitations et les choix. On peut déjà observer l’expression « écrire un document numérique » comme une de ce hésitations, voire ambiguités qui ne manqueront pas de poser question. On peut aussi regarder l’ordre des domaines de compétences qui varie (les domaines techniques et citoyenneté sont revenus en tête du texte). Enfin On notera que le B2i a du mal à quitter le berceau « informatique » pour aller dans l’age adulte de l’information communication comme il apparaît en réalité dans la plupart des « éléments de référentiel ».

– Enfin on a du mal à trouver dans ce texte les catégories « connaissances, capacités et attitudes », d’autant plus que le terme objectif a pris une place importante de même que celui de référentiel. On le voit, la question du cadrage des termes qui voulait s’imposer dans le socle commun a du mal à s’articuler avec ces textes du B2i tels qu’ils sont en l’état

A toutes ces questions, on peut penser que le texte définitif apportera des éclairages ou des indications facilitant la compréhension et la mise en oeuvre dans les établissements. Il est dommage que les feuilles de position ne fassent pas partie du décret, mais d’une circulaire d’application, quand on sait l’importance que leur accordent les enseignants mais aussi l’importance de leur libellé pour la compréhension par les élèves. On peut aussi souhaiter, que comme pour le socle commun, un livret de bord soit proposé aux enseignants qui permettrait de dépasser la feuille de position pour aller vers une véritable démarche portfolio, comme celle initiée dans le cadre européen des langues.

A suivre et à débattre

BD

PS les textes sont téléchargeables sur le site du syndicat SUD éducation : http://www.sudeducation.org/article1531.html

République des idées, renouveler les modèles

Suite aux rencontres de la « République des idées » (http://www.repid.com/) sur le thème : « La nouvelle critique sociale », Alain Beuve Méry a publié dans « le Monde » un article intitulé : « Culture au risque de l’élitisme » et sous titré « l’explosion du téléchargement appelle un nouveau modèle économique ». Dans un contexte qui amène à voir s’affronter les logiques politiciennes et les logiques politiques, Pierre Rosavalon propose « d’inventer une démocratie d’interaction entre société civile et société politique, entre critique sociale et projets de réforme ». Le domaine de la culture, de l’information et de la communication fait face à une choc très important dont le signe est la façon dont les principaux acteurs économiques (les producteurs de musique par exemple, mais ils ne sont pas les seuls) en place luttent contre l’émergence d’un nouveau modèle qui n’irait pas dans leur logique. On sent pourtant que la réflexion est loin d’être à son terme, tant le rapport à la logique de l’argent (profit) est encore incontournable. Certes tout à un coùt, on a déjà eu l’occasion d’en débattre, mais qui doit et peut supporter le coût, là est la vrai question. La dématérialisation des biens culturels, informationnels et communicationnels pose d’abord question à l’acheteur : quelle représentation se fait-il du bien qu’il achète d’autant plus qu’à la dématérialisation s’ajoutent l’ubiquité et l’éphémère ? On assiste donc à une reconstruction progressive de sens, sens du « bien » (économique) sens du « service », bref sens du social.

Plusieurs auteurs nous invitent à la réflexion sur le « bien public » ou le « bien commun », encore faut-il que ces réflexions soient mises sur la place publique de façon honnête et non pas constamment dévoyés par l’omniprésence médiatique de la pression de l’argent (regardons ce qu’il est des animateurs de télévision qui changent de chaîne, les sportifs, etc…). L’invitation de chercheurs et d’intellectuel à prendre part au débat public de façon « positive » est importante, d’autant plus qu’ils veulent le faire en dehors des modèles existants qui sont épuisés. On peut d’ailleurs illustrer cet épuisement dans l’article que Télérama à consacré récemment à la collusion entre journalistes et politiques que l’on peut mettre en écho à ce passage de l’interview du ministre de la culture à i-télé (14 avril) dans laquelle il déclare :

« Dans le domaine de l’information, c’est la même chose. Vous savez très bien que aujourd’hui sur Internet circule beaucoup de choses, parfois le pire comme le meilleur. Ce qui veut dire que paradoxalement redevient essentielle la certification c’est à dire la signature par un journaliste parce que ça garantie l’authenticité. Et donc je crois aussi qu’Internet est une grande chance mais ça suppose aussi qu’il y ait une règle du jeu et des principes de déontologie ». Comme on peut se questionner sur ces deux points de vue qui révèlent un étrange paradoxe !!!

Certains acteurs de la presse, de la recherche, de l’édition, de l’éducation, commencent à poser de nouvelles bases pour une citoyenneté renouvelée. Ces questionnements apparaissent parce que les technologies de l’information et de la communication sont les révèlateurs de ce que leurs usagers sont réellement. Elles sont même un miroir grossissant (rappelons le minitel rose et les sites pornographiques qui ont été les premiers à investir Internet avec profit). L’ambivalence de nombreux acteurs politiques ou autres (les médiateurs sociaux) a jusqu’à présent renforcé les tendances initiales. La révolte, ou tout au moins la remise en cause de ce modèle trop évident signe le départ d’un ensemble de réflexions qu’il faut mener dans les communautés d’enseignants, d’acteurs responsables dans la société. La « République des idées » propose de nouvelles pistes à explorer, d’autres peuvent surement aussi s’y mettre. En tout cas le débat « éducatif » autour du modèle de la gratuité va peut-être permettre de construire de nouveaux modèles du « vivre ensemble ».

A débattre

BD