Télévision et école

Le reportage sur le retour aux « bonnes vieilles méthodes » présenté par France2 le mardi 15 novembre tendrait à montrer que le retour aux bonnes vieilles méthodes permettrait de « savoir lire en mars au CP » et que ce serait la méthode globale imposée par « en haut » ainsi que le théatre et le jeu pour apprendre qui sont mauvais, incitant les enseignants à refuser d’appliquer les consignes ministérielles. Quelques éléments de ce reportage doivent retenir notre attention car ils mettent en évidence la réthorique utilisée pour démontrer des idées : D’autre éléments illustrent encore davantage les contradictions internes de l’exposition de ce cas.

On montre une enseignante que l’on qualifie d’ordinaire et on laisse passer plus loin une image qui illustre la couverture du livre publié par cette institutrice. Les auteurs du reportage oublient de nous signaler qui est précisément cette jeune femme en nous cachant ce fait. Le lieu et l’espace de présentation de l’enseignante est mis en scène en l’entourant de livres très nombreux, dans un grenier et avec un ordinateur (ou deux) macintosh, avec écran plat dont on montre à l’écran l’écriture par l’enseignante de syllabes. On nous dit qu’il est interdit de filmer dans sa classe (qui utilise les anciennes méthodes) et on nous montre une autre classe qui elle utiliserait la méthode globale (sans interroger l’institutrice ni situer l’origine du reportage), ce qui n’est illustrer que par quelques dessins de mots dans lesquels des lettres et des sons sont mis en évidence. On nous parle de la multiplication des livres sur ce sujet, mais on oublie de vérifier ce que sont ces livres dans l’ensemble des publications pédagogiques actuelles. On interroge pour renforcer le tout un inspecteur d’académie à la retraite (sans doute pour contrer un argument de cette jeune femme qui a cinq ans d’ancienneté). Cette figure de l’ancien, n’est pas mise en perspective par rapport à d’autres anciens inspecteurs qui tiendraient d’autres discours. De plus la mise en scène de l’inspecteur est caractéristique : il feuillette ce qui est supposé représenter un vieux livre jauni. Enfin le commentaire se termine sur une statistique qui doit être située : elle déclare en 6è 30% des élèves ne savent pas lire ». Or cette argument ne dit pas que cette statistique est issue d’une étude internationale qui elle précise que ce n’est pas de lecture, mais de litéracie dont il s’agit.

Ces éléments sont illustratifs de l’école de formation des journalistes chargé de promouvoir un point de vue. Ils sont aussi illustratif de la réthorique utilisé par les tenants de ces « méthodes anciennes ». En effet les deux figures de la mise en scène actuelle des idées sont : – le débat contradictoire dans lequel chacun tente d’imposer sa voix sur l’autre, pilotés par le point de vue de l’animateur (cf le travaux de P. Bourdieu) comme savait le faire Jean Marie Cavada – L’exposé structuré et spectacularisé d’une oppression supposée et d’une opposition à une autorité (ici le ministère) sans permettre au spectateur de mesurer la valeur des arguments. L’ensemble des tenants de la thèse exposée témoignent et les autorités ou valeurs mises en cause ne sont jamais interrogées ou expliquées autrement que par l’éllipse (trois secondes sur une classe ou on enseigne une méthode dite globale ».

Cette deuxième forme de démonstration qui est celle de ce reportage doit nous alerter sur les tentatives de manipulation médiatique qui sont actuellement en train de se développer dans notre société. En effet le spectacle mis en scène ici (et non pas simplement observé et analysé) repose sur l’art de ne pas permettre au spectateur de prendre de la distance avec ce qui est montré. Au moment où les télévisions étrangères et en particulier Nord Américaine ont montré la capacité des médias à fausser l’information (cf la carte de France délirante des émeutes), nous observons que cehz nous c’est la même chose et que le service public, qui est supposé être au service du public se met volontier au service de causes particulières sans permettre une prise réelle de recul. Force est de constater que les personnes qui oeuvrent dans le sens pris par le journaliste utilisent depuis longtemps ces techniques réthoriques qui caractérisent les tenants de telle ou telle idéologie et qui veulent à tout prix montrer qu’ils ont raison.

Quelques éléments de la symbolique présente dans ce reportage doivent nous alerter. En effet la mise en scène doit être interrogée :

– La présence de l’ordinateur sur le bureau de l’enseignante et la grande quantité de livres dont l’enseignante est entourée Il est étonnant de voir figurer un ordinateur parmi les plus couteux dans le bureau d’une jeune enseignante qui cherche à revenir aux vieilles méthodes. On peut se demander si, mis à coté d’une telle quantité de livres n’est pas là pour signifier que ces deux objets sont les symboles de la « réussite scolaire », l’ancienne et la nouvelle, toutes les deux au service de la tradition. Cette tension entre ces deux objets peut aussi signaler que la maîtrise de l’informatique est, dans la suite logique de la maîtrise du livre un outil de domination sociale. En mettant en avant cet ordinateur dont on ne parle pas dans le commentaire (fallait-il le psser sous silence) on peut penser qu’il y a là un objet à part.

– L’argument du bon sens et de la répétition L’argument du bon sens est celui qui amène les gens qui ne sont pas des professionnels de l’enseignement à penser qu’il suffit du bon sens pour enseigner. Or cela est en contradiction avec l’appel aux méthodes anciennes qui n’ont jamais été élaborées sur le bon sens, mais bien sur une analyse de la langue par les linguistes de l’époque. Comme si le bon sens seul avait été à la base des pratiques antérieures de l’enseignement alors que l’on sait que les pratiques d’enseignement ont leur fondement dans les pratiques anciennes et les analyses anciennes faites par les fondateurs des écoles et en particulier les religieux (jésuites par exemples) qui avaient théorisés des pratiques en particulier, par exemple, celle de la réthorique.

– l’encadrement du reportage par des couvertures de livres La première couverture dans le reportage a pour titre : « parents contre profs », La dernière a pour titre : « la fabrique des crétins ».

On peut se poser la question du choix éditorial fait ainsi qui pourrait, si l’on fait le racourci renforcer l’idée que la famille fabrique des crétins et que l’école doit l’empécher par les bonnes vieille méthodes choisies par des adultes (comme les textes des poésies). Cette façon de faire pourra être jugée comme arrogante par certains, humiliante par d’autres.

On ne peut qu’être surpris que le service public de l’audiovisuel fasse des reportage de cette forme tant il est tenu de respecter ses auditeurs….

Citons, en conclusion de ce questionnement et pour illustration , des passages de la lettre aux instituteurs de Jules Ferry envoyée en 1883 qui nous rappellerons que nous sommes souvent collectivement et profondément marqués par le retour à cet ordre ancien et que déjà à cette époque les débats étaient de même nature :

« ce n’est donc pas dans l’école, c’est surtout hors de l’école qu’on pourra juger ce qu’a valu votre enseignement. »

« L’enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l’une après l’autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l’un ou à l’autre ? La pratique, l’habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l’exécution. De même, l’enfant qui répète les premiers préceptes d’instinct ; alors seulement, la morale aura passé de son esprit dans son coeur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre. »

« Une seule m
éthode vous permettra d’obtenir les résultats que nous souhaitons. C’est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d’abstractions, beaucoup d’exemples et surtout d’exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n’est pas le livre qui parle, ce n’est même plus le fonctionnaire ; c’est pour ainsi dire, le père de famille, dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment. »

A débattre

BD

Contrôle, fracture, des mots d'actualité

L’époque serait-elle au tout sécuritaire pour mieux contenir la fracture numérique ?

Sous cette question paradoxal plusieurs annonces de ce jour :

La première : Voici une dépèche qui va ravir les partisans de l’éducation !!!!

Le ministre délégué à la Famille, Philippe Bas, a annoncé la conclusion d’un accord obligeant les FAI à proposer automatiquement des logiciels de contrôle parental gratuits. Mais les discussions avec les éditeurs de logiciels ne sont pas bouclées.
Mais ces bonnes intentions ne font pas tout, comme le ministre a tenu à le préciser par une métaphore routière : « La clef de la réussite, c’est la responsabilité des parents. Nous fournissons la ceinture de sécurité, mais c’est à eux de l’attacher. »
Arnaud Devillard , 01net., le 16/11/2005 à 18h40

La deuxième concerne le contrôle mondial d’Internet comme l’annonce le Monde dans son éditorial

« Les Etats-Unis doivent-ils garder les rênes d’Internet ? Beaucoup, de l’Union européenne à l’Argentine, mais aussi les pays à régime non démocratique, de la Chine à l’Iran, plaident pour l' »internationalisation » de sa gestion. »
et qui conclut sur :
« Mais Internet véhicule autant la propagande que la contestation. La démocratie ne peut que gagner du terrain lorsqu’un tel moyen de communication et d’expression se développe. « 

La troisième vient aussi du journal le Monde :

Nicolas Negroponte annonce « Le directeur de laboratoire de l’université américaine Massachusetts Institute of Technology (MIT) va en effet y dévoiler le prototype de son « ordinateur portable à 100 dollars » (soit cinq fois moins cher qu’un modèle basique normal), destiné aux écoliers des pays en développement. »

Comment croiser la mise à disposition d’Internet pour tous avec la volonté de contrôler, soit au niveau des états, soit au niveau des familles.

On pourrait, de manière utopique, proposer que les machines à 100 euros n’accèdent pas à Internet pour éviter que les élèves les plus démunis ne soient pas pervertis pas les idées des pays les plus riches ? En plus pas besoin de contrôle parental.

Mais heureusement que le minsitre français de la famille nous rappelle que c’est en fait la question de la responsabilité des parents. Malheureusement il sous entend aussi (avec la métaphore de la ceinture) que s’ils ne le font pas, le gendarme pourrait sévir.
Finalement, il serait tellement confortable que l’on ne donne aux jeunes (ou aux adultes des pays les plus pauvres) que ce que l’on veut qu’ils sachent. C’est ce que l’on appellait dans d’autres temps de la propagande.
D’ailleurs cette idée semble même faire des émules en France. pour preuve ce passage d’un document transmis par un collectif réactionnaire SLL :
« Les lettres doivent être au centre de l’Ecole, c’est-à-dire l’intelligence du monde, afin que l’Ecole devienne un peu plus celle qui mette en son centre le Savoir, c’est-à-dire d’abord les Humanités »
Il suffit qu’ils ajoutent qu’ils sont les plus habilités à choisir pour les autres, ils trouveront un accord avec les USA pour dire qu’il suffit de choisir les contenus pour les autres, ainsi on ne court aucun risque.

La liberté de penser et de s’exprimer mérite de s’exercer dans un cadre choisi et respecté par ceux qui le mettent en oeuvre. A vouloir choisir ce qui est bien pour les autres, on s’aperçoit que seuls certains finiront par être libre de penser pour les autres.
Un beau problème d’éducation au niveau mondial en perspective, que le contrôle des accès aus ressources numériques….

A débattre

BD

Partager, l'avenir des communautés

A l’heure du travail collaboratif, la question de l’aide à la vie des communautés est essentiel. Le choix des logiciels concernés est déterminant.

Cette liste de liens n’est certes pas complètement une nouveauté, mais permet d’envisager la question de façon assez large et surtout de servir de base à une réflexion sur l’actualité des communautés en ligne

http://www.plpage.net/
http://www.e-poke.com/
http://www.frheaven.com/index.php?maincat=2&subcat=27
http://www.yoono.com/index.html

http://salongascogne.free.fr/zebigweb/peer-to-peer.php
http://www.mayeticvillage.fr/home.nsf/Pages/HomePage
http://fr.groups.yahoo.com/
http://www.claroline.net/doc/fr/index.php/Accueil
http://www.anemalab.org/
http://moodle.org/
http://www.labset.net/formadis/moodle.htm

Internet repose sur deux piliers : l’information, la communication. Toujours imbriqués dans les faits (un peu d’histoire nous permet de rappeler les sites web, forums, usenets et autres listes de diffusion de toutes sortes qui ne sont que les ancètres, moins performants certes, des blogs et wiki), on note avec le développement du P2P un fort développement des solutions pour aider les communautés à regrouper leurs force. Que ce soit pour les passionnés, ou en formation à distance, les outils de communication, en vue de faire vivre une activité communautaire sont de plus en plus nombreux.
Le dernier avatar est l’incorporation d’un wiki en standard ainsi que du RSS dans la plateforme de l’université de Louvain : Claroline. L’apparition d’autres produits comme le récent Yoono montrent que cette tendance est de plus en plus forte.
Quel sens a cette évolution ? En rendant de plus en plus facile la mise en lien des ressources des groupes de travail, espère-t-on dépasser l’individualisme ambiant ? A moins que cela ne soit le moyen de recréer du communautarisme ?
L’observation des comportements dans des milieux professionnels ainsi que celle de l’évolution des TIC au cours des trente dernières années permet en tout cas de constater qu’il y a un écart constant entre la volonté de construire des outils de communauté et des pratiques de plus en plus concurrentielles. L’utopie d’Internet que l’on retrouve dans de nombreux textes de zélateurs est bien souvent celle d’un monde solidaire. Mais ces textes recellent aussi l’utopie libertaire avec son double caché l’utopie libérale. Cette ambivalence est peut-être celle qui est sous-jacente à cette évolution de l’Internet, simple reflet de notre « ambiguité humaine ».
La presse se fait souvent l’écho du débat actuel sur la pertinence de la psychanalyse. Au delà de querelles dont les implicites sont nombreux (rationalistes ou non), on peut au moins repenser à ce que Freud (3è topique) disait des pulsions de vie et de mort, incarnées par le Désir. Antagonisme fondamental, mais aussi ambiguité essentielle de l’homme, on peut essayer de lire ce développement du volontarisme communautaire sur Internet comme une nouvelle traduction de ce qui serait un fondement humain. L’attitude de chacun de nous face aux communautés mérite que l’on s’attarde à cette lecture.

Les outils sont là, l’observation « ethnographique » des usages sera, comme le suggère le livre de Jacques Audran (Ethnologie et conception de sites web scolaires, Hermès, Lavoisier 2006), une piste féconde pour comprendre mieux cette évolution. Encore faut-il que chacun de nous prenne le soin de se mettre suffisamment à distance pour pouvoir distinguer, dans son quotidien, ce qui est son désir de voir aboutir son projet de la réalité de celui-ci.

A débattre
BD

La lente agonie du B2i

A lire cette annonce : « L’ONISEP organise, avec Syntec Informatique, un concours ouvert à toutes les classes de 3ème et de 4ème (y compris les classes de SEGPA et les modules 6h de découverte professionnelle) ainsi qu’aux groupes d’option 3h de découverte professionnelle, intitulé « Valider le B2i en découvrant les métiers de l’informatique ».

Le sujet est : « Vous construisez un diaporama qui présente la place de l’informatique dans un environnement concret ou dans la réalisation d’un projet. Vous identifiez, à cette occasion, un métier de l’informatique dont vous présentez les atouts pour donner envie de l’exercer». « 

On ne peut que comprendre que le B2i est en train de mourir, tout au moins dans sa définition initiale. C’est devenu un objet détourné de ses finalités initiales. Il devient un examen basé sur une situation projet, mais ne s’insère plus dans les disciplines….

Ainsi après la circulaire de fin Septembre qui mettait en cause l’esprit, voici une proposition qui tue la forme du B2i en plus du fond.

Ainsi, le ministère réoriente désormais complètement le B2i. Comment comprendre celà au moment où les équipes après plusieurs années d’hésitations, commencent à prendre la mesure des enjeux réels de l’introduction des TIC dans les disciplines.

A suivre

BD

Blogs et RSS : une base de travail

Il y a plus de dix ans, concevoir un site web relevait d’une technique : la programmation. Le langage HTML, jadis vanté par un inspecteur général comme devant être enseigné dans les écoles, était alors au centre de la réflexion et des pratiques pour s’exprimer sur Internet. Très rapidement, des développeurs ont proposé des outils pour « concevoir des sites sans écrire une ligne de code ». D’aucuns se rappelleront avec émotion de leur premier claris home page ou autre programme qui leur avaient permis de réaliser rapidement leur premier site web. La presse s’était alors fait écho de ces pratiques qui révolutionnaient le droit d’expression a tel point que d’aucuns y voyaient une révolution dans les pratiques d’information. Certains même se voyaient lus dans le monde entier dès lors que leurs trois premières pages apparaissaient sur le web. Rappelons nous ces premiers sites d’école et ces premiers rassemblement de passionnés….

L’arrivée des logiciels appelés CMS (système de gestion de contenu – content management system en anglais) change depuis quelques années la donne. Après PHP Nuke puis SPIP, ce sont les blogs et les wikis qui ont pris le relais. Désormais plus besoin de lignes de codes, ni même d’hébergeur, mettre des contenus en ligne est devenu un acte accessible, sans coût et sans difficulté. Les dix années qui viennent de s’écouler ont permis d’observer cette évolution technique. Désormais le développement de contenus sur Internet devient un acte qui ne relève plus d’une pratique pionnière, mais d’une pratique ordinaire. Il faut pourtant y voir de plus près : est-ce une pratique ordinaire et partagée d’écrire et de montrer ses écrits sur Internet ? A entendre parler du nombre impressionnant de blogs créés, on peut le penser. A y regarder de plus près les choses ne sont pas si simples : en effet des milliers de blogs sont à l’abandon, quand ils n’ont pas simplement été d’éphémères tentatives, pour voir…

Jadis les liens entre les sites faisaient la joie de certains passionnés qui se sont empressés de faire un travail de recensement, créant des portails spécialisés, triant les sites par thème, qualité etc… Désormais, une autre évolution technique, le RSS, a fait évoluer la mise en lien des sites et surtout l’automatisation de l’actualisation des informations. Mettre en place sur son site un lien RSS c’est offrir la possibilité à ceux qui le souhaitent d’en suivre l’actualisation à l’aide de leur lecteur de flux. Encore faut-il savoir fabriquer ce lien. Or ces fameux CMS ont inclus cette possibilité automatiquement dans leur programme. Les blogs (DotClear, Movable Type etc…) sont de ceux là tout comme SPIP. Ils offrent ainsi à qui le souhaite la possibilité de se tenir au courant des nouveautés sans avoir d’autres action à faire que de lancer la procédure (un programme spécifique ou une option du logiciel de navigation ou de messagerie) pour s’abonner au lien.

On peut le constater la production de contenus et la mise en place de liens sur ces contenus a connu en dix ans une évolution importante. Encore faut-il se demander à quoi cela peut servir. En écoutant et en discutant récemment avec Mario Asselin, un ami Québecois qui a développé des portfolios dans son établissements et qui désormais travail à Opossum (société qui développe l’aide au établissements scolaires dans leurs projets TICE), j’ai pu observer qu’il avait enrichi sa pratique professionnelle grace au blog et au RSS. Il a tout simplement introduit dans l’ensemble de l’établissement l’habitude que chaque élève tienne un blog sur ses apprentissages. Chaque fois qu’un enfant réussi un apprentissage attesté par son enseignant, il met sur son blog la présentation de son travail. A l’aide du lien RSS, L’enseignant ou le directeur peut chaque jour être mis au courant des nouvelles fiches de validation réalisées. C’est alors que, en tant que directeur, il confirme cette validation en ajoutant à ce document un commentaire qui est dans le blog de l’élève lui même. Ainsi l’élève sait qu’il a été validé. Cette démarche portfolio soutenue par ce dispositif technique nous montre que le détournement d’outils est aussi un enrichissement des pratiques. Or la pratique de Mario reposait sur un projet pédagogique d’accompagnement individualisé des élèves basé sur les compétences (comme la réforme du primaire au Québec l’institue depuis 2000).

Du site web personnel référencé au blog avec ses flux RSS on constate une mutation technique. Encore faut-il que la technique ne vienne pas s’imposer aux usagers sans une véritable analyse des besoins. La raison de l’abandon de milliers de blogs est la preuve de cette absence de besoin, et d’un effet de mode. Pourtant il reste encore des pratiques à inventer pour répondre à de nombreux besoins qui émanent du terrain pédagogique : les outils qui évoluent méritent qu’on les évalue dans ce sens.

A débattre

BD

Quel changement de point de vue !!! ou l'abandon du B2i !!!

La publication au BO n°34 du 22 septembre 2005 de la circulaire n°2005-135 en date du 9 septembre mérite toute notre attention car elle apporte des modifications importantes à des dispositions précédentes en particulier concernant le B2i.

En premier lieu deux passage posent question :

Le premier concerne la délivrance du B2i. Il est écrit :

  • « – L’attestation est délivrée à tout élève pour lequel au moins 80% des items ont été validés, à condition qu’ils soient répartis dans chacun des domaines de compétences. »

Enoncée au nom du réalisme et de l’observation de terrain, cette phrase peut être lue de deux manières :

  1. – une adaptation du cadre du B2i aux habitudes des enseignants pour favoriser la mise en place du B2i
  2. – une reculade suivie d’une incohérence conceptuelle.

On ne peut que saluer le fait que le ministère face preuve de pragmatisme en précisant que les compétences du B2i sont peut-être trop ambitieuses et qu’il faut les limiter. Mais il est totalement incompréhensible; voire inadmissible que l’on puisse considérer « qu’être presque compétent » signifie « être compétent ». On nous précise qu’il faut une répartition (laquelle) dans chacun des domaines. En fait ce qui peut sembler du réalisme est en fait, selon moi, une forme démagogique de recul qui consiste à accepter que les enseignants habitués à la notation traditionnelle (relire la constante macabre d’Antibi, mais aussi tous les travaux de docimologie) puisse ne pas entrer dans la logique des compétences. Les spécialistes de l’évaluation des compétences ne pourront que « rire avec tristesse » devant cette position nouvelle du ministère. Quel affront envers les élèves, les familles ! quel affront envers le socle commun de connaissances et de compétences qui pourrait peut-être aussi être validé à 80% !!!! Même si, comme je le disais dans l’entretien dans le Monde de l’Education du mois de Septembre, cette évaluation pose problème, il aurait sans doute mieux valu réformer le contenu du B2i, le rendre plus compatible avec la réalité des établissements que d’accepter de renoncer à ce qui est au coeur même du projet B2i : une véritable compétence TIC.

Le deuxième passage concerne le référentiel lycée proposé suite aux expérimentations. J’avais participé à l’élaboration du premier projet dans lequel on avait fait apparaître, à ma demande entre autres, que les compétences citoyennes, juridiques et éthiques devaient être intégrées de façon transversale aux autres. Or dans ce nouveau projet on peut lire les domaines suivants :

  1. « Domaine 1 : compétences du B2i collège
  2. Domaine 2 : Utiliser un environnement numérique de travail
  3. Domaine 3 : Utiliser les TIC de façon citoyenne
  4. Domaine 4 : Acquérir, transformer, produire de l’information »

Comment utiliser un ENT et travailler de l’information dans avoir une dimension citoyenne. Comment travailler une dimension citoyenne sans un contexte. On m’accusera surement de mauvaise foi, mais je pense qu’il y a un véritable risque à formuler ainsi cette dimension citoyenne : cela devient un objet « à part », un en-soi, sans lien, alors que c’est avant tout un objet « intégré » au coeur de toutes les pratiques. Heureusement chaque établissement, chaque enseignant aura à coeur de rattrapper cela dans ses pratiques quotidiennes

Pour y voir plus clair regardons les autres éléments signifiants de ce texte :

  • « La dénomination B2i niveau 1 est remplacée par B2i école, la dénomination B2i niveau 2 est remplacée par B2i collège, la dénomination B2i niveau 3 est remplacée par B2i lycée-CFA. « 

On remarque ici que la notion de niveau disparaît. il est vrai qu’elle comporte une connotation criticable, mais le risque de la nouvelle dénomination est d’ancrer davantage le B2i et le niveau de validation, alors que l’on peut tout à fait envisager une progressivité de la maîtrise des TIC qui soit indépendante du niveau scolaire d’appartenance, mais réellement de la progression dans l’apprentissage. Il était intéressant dans l’idée initiale de concevoir le B2i et le C2i dans une continuité au cours de l’ensemble de la scolarité. Va-t-on assister à un recloisonnement des niveaux alors qu’on avait là un bon prototype dans la continuité des cycles… dont on sait qu’ils ne sont pas mis en place au collège et souvent difficilement en maternelle et au primaire.

Plus loin est écrit :

  • « De plus, pour l’année scolaire 2005-2006, les lycées (LEGT, LP) et les CFA gérés par les EPLE devront valider les compétences du B2i collège pour les élèves qui n’auraient pas acquis l’attestation B2i collège. Pendant cette période transitoire, les établissements (LEGT, LP, CFA) qui le souhaitent peuvent délivrer une attestation de B2i lycée-CFA. »

On voit là la preuve de la mise en place du troisième maillon de la chaîne B2i(1 puis 2 et enfin 3) on ne peut que constater l’intérêt de cette mise en place qui, elle ne le dit pas met fin à la mise à niveau en classe de seconde qui était en vigueur jusqu’alors ( au moins depuis le texte de 1999, non abrogé à ce jour à ma connaissance)

Les éléments suivants montrent la volonté de réalisme ministériel compte tenu des cinq années passées.

  • « Compte tenu de l’expérience des écoles, collèges, lycées et CFA ayant mis en oeuvre les B2i, les précisions suivantes sont apportées aux modalités de validation :
  • – L’attestation est délivrée à tout élève pour lequel au moins 80% des items ont été validés, à condition qu’ils soient répartis dans chacun des domaines de compétences.
  • – Au collège, au lycée et dans les CFA, au moins deux disciplines différentes doivent intervenir pour pouvoir valider l’attestation du B2i.
  • – Il est rappelé que tous les enseignants (y compris donc les documentalistes) ont vocation dans les collèges et les lycées/CFA à valider le B2i. »

Les propositions deux et trois posent question : « au moins deux disciplines est-il » compatbile avec « tous les enseignants ont vocation ». On voit tout de suite le réalisme s’aligner sur le moins disant. Nos enquêtes ont bien montré que ce sont très souvent deux voir trois enseignants qui s’occupent du B2i, voici la confortation dans le texte. l’objectif de travail en équipe est désormais abandonné !

Cette phrase est un autre levier réaliste :

  • « Il est indispensable :
  • – que les feuilles de position du B2i école soient systématiquement transmises,« 
  • Cette mesure met en évidence cette nécessité de continuité et c’est une bonne chose, même si elle se trouve quelque peu en contradiction avec la nouvelle dénomination qui pourrait préter à confusion.

C’est du coté des enseignants en formation initiale que les choses vont se renforcer :

  • « Aussi l’obtention du C2i niveau 1 sera à terme exigée de tous les étudiants entrant à l’IUFM. Celui-ci amènera les professeurs stagiaires au niveau 2 du C2i, c’est-à-dire à la capacité d’utiliser les TIC dans leur pratique pédagogique. »

On peut penser qu’il y a dans cette proposition une autre forme de réalisme : puisque les enseignants en poste ne s’y mettent pas nous préférons désormais attaquer sur un autre front celui des jeunes. il sera intéressant d’interroger les IUFM sur le sujet surtout lorsqu’ils vont s’intégrer aux universités, si cela se fait.

Ces jeunes enseignants font l’objet de toutes les attentions :

  • « Les outils de formation ouverte et à distance validés par le ministère seront intégrés dans les plans de formation des IUFM et mis en oeuvre dans la formation continue pour développer des habitudes d’auto-formation, personnaliser les contenus de form
    ation, favoriser les échanges de pratiques entre enseignants, mettre des services de conseils et d’accompagnement pédagogiques ou disciplinaires adaptés aux besoins quotidiens des enseignants. »

On peut saluer ici ce projet tant il semble cohérent avec le référentiel proposé pour le C2i professionnel métiers de l’enseignement. On peut aussi signaler l’intérêt de l’emploi du terme « autoformation » qui risque d’être au centre des questionnements pédagogiques des prochaines années. Peut-être le terme portfolio aurait-il pu être glissé ici comme je le suggère avec mes collègues depuis plusieurs années à propos du B2i et comme je l’ai rappelé dans mon intervention du 23 Septembre à Poitiers aux 7èmes rencontres Réseaux humains, réseaux technologiques organisés par le département lettres langue de cette université.

Enfin un commentaire sur le nouveau B2I lycée CFA, il faut reconnaître qu’il a été, par rapport à la première proposition de 2002, largement amputé et peut-être normalisé en fonction des élèves de tous les lycées, ce qui peut sembler justifié, mais qui posera problème pour l’articulation avec l’enseignement supérieur.

Bref un texte majeur, qui a rang de circulaire (donc le plus bas dans la hiérarchie des textes…) mais qui, comme le B2i de 2000 qui avait le même rang, à valeur désormais d’obligation…. Il sera intéressant d’observer si cela favorise la mise en place du B2i…

A débattre

Bruno Devauchelle

A pleurer ou à rire, les journalistes !!!

Quand on veut nous faire miroiter les miracles de la technologie dans l’étang de nos incompétences, on entonne un refrain bien connu et qui pourtant rencontre toujours le même succés….

C’est dans un numéro de la revue gratuite « 20 minutes » (n°801 du 8 Septmebre 2005, p.27) que j’ai découvert un de ces articles que ces nouveaux journaux, amateurs de nouveautés technologiques, aiment à nous abreuver. J’y ai trouvé la réthorique et tous les ingrédiens qui font la bonne soupe à l’illusion.

Le titre d’abord : « L’e-mail, nouvel outil pour parfaire son anglais ». Sa lecture permet d’émettre plusieurs questions et quelques hypothèses : pourquoi e-mail et pas messagerie électronique ? n’est-ce pas pour immédiatement nous convaincre de notre niveau d’anglais, nous qui allons n’ont pas apprendre, mais parfaire notre anglais. l’e-mail serait un nouvel outil ? le paradoxe (qui n’est pas oximore ici) est bien d’associer l’ancien email avec le mot nouvel, appelant ainsi le lecteur à espérer en savoir plus en lisant l’article. Enfin constatons que l’anglais est bien plus attirant que russe voire même l’espagnol, pour développer l’envie d’apprendre les langues. L’argument commercial est déjà constitué.

Le corps de l’article se décompose de manière tout à fait intéressant.

– « C’est une grande première dans l’apprentissage des langues. » Après la nouveauté, la grande première, au cirque cela se traduit par le roulement du tambour annonciateur de la pirouette la plus risquée

– « Après avoir été enseigné par des profs, grâce à des livres, des cassettes audio et des logiciels, l’anglais peut maintenant s’apprendre par e-mail. » L’argument de la ringardise transparaitrait-il derrière cette phrase innocente. On abandonne les moyens les uns après les autres, les profs ayant les premiers été jetés au pannier… A moins que les profs n’utilisent aux aussi des livres et des cassettes, voire des logiciels, c’est un peu plus moderne. Mais désormais, il y aurait mieux et l’attente du lecteur est à son comble, mais comment faire mieux ? C’est alors que survient, habile transition la présentation de cette nouveauté.

– « L’idée en revient à Antoine Brenner, un jeune centralien, qui souhaitait se familiariser avec les subtilités de la conjugaison espagnole. » La figure du génie est habituelle dans le monde des TIC. Quand en plus il est centralien, on ne peut que saluer l’intelligence a priori brillantissime et jeune, car il faut être jeune dans le domaine pour mettre de coté les ringards… Quand en plus il veut se familiariser avec une langue étrangère, on nous met en évidence le fait que ce type d’attitude est « remarquable » voire admirable…

– « Il créa un logiciel sur les serveurs de l’Ecole centrale qui lui envoyait des exercices par e-mail. » La bonne Ecole qui autorise ses étudiants à développer ce genre d’activité, en plus des enseignements habituels… Que sont ces exercices, d’où viennent-ils ? Bref l’idée de génie serait de s’envoyer automatiquement des exercices par email. Et si l’informatique fait des miracles…

– « C’est en appliquant l’idée à l’anglais que la méthode Gymglish vit le jour. » Pourquoi diable passer de l’espagnol à l’anglais ? Pour l’amour de l’art, des langues ou du profit ? Gymespana doit moins bien sonner dans l’oreille du potentiel consommateur pour qui la langue reine est l’anglais…. Et en plus c’est une méthode. Ce mot magique résonne comme une qualité de rigueur et d’efficacité. Nous sommes donc rassurés avant même de savoir ce qu’il en est.

– « Le principe est simple : cinq jours par semaine, l’élève reçoit un courriel relatant la saga de la Delavigne Corporation, parfumeur de San Francisco.Calibré pour être traité en dix minutes, l’e-mail contient du texte, de l’audio, des points de grammaire et quelques exercices. » Voilà donc le fond de l’affaire. Un livre d’anglais mis en ligne : du texte, des sons (les cassettes audio de notre jeune temps) et surtout de la grammaire et des exercices. On retrouve là les classiques de l’enseignement assisté par ordinateur. La seule particularité est le thème de travail : une « saga » d’une entreprise. Etre dans l’air du temps c’est aussi adapter Dallas ou autre série à l’enseignement. Le temps de traitement correspond au format court des médias. Ainsi le décor est planté, voilà la recette pour mieux apprendre.

– « Les réponses sont analysées par un logiciel d’intelligence artificielle qui renvoie le corrigé en cinq minutes et adapte le contenu de l’e-mail suivant les lacunes détectées. » Si l’argument de la rigueur ne suffit pas, il est aussi nécessaire d’y mettre de l’intelligence. Si en plus elle est artificielle, corrige vite (le poids des copies…) et s’adapte au niveau de l’apprenant en détectant ses lacunes, alors nous atteingons le summum de la perfection. Le recours à l’intelligence artificielle est un classique du genre permettant de rendre à la machine un peu d’humanité. Si elle s’adapte à l’élève alors on a « presque » un prof… et en plus il n’y a pas de copie à corriger, ni de prof à supporter….L’argument est fort

– « Ludique et efficace. » Voilà la recette. Il suffit d’apprendre en jouant avec un logiciel qui a de la rigueur.

– « Initialement destiné au monde du travail – Suez, Rip Curl Europe et le ministère de l’Economie sont fans de la méthodes – Gimglish s’ouvre aux particulier pour 10 à 20 euros selon la durée choisie. » Pas à court d’argument le rédacteur de ce texte (probablement le même qui celui qui a fabriqué la pub pour le produit) en rajoute une couche. L’adéquation entre le monde du travail et l’apprentissage. L’argument porte, car s’il venait du monde scolaire, il serait triste rébarbatif et inadapté à la société, probablement. Une grande multinationale, l’antenne européenne d’un groupe anglo saxon et un ministère bien de chez nous constituent le plat de résistance de cet argumentaire. Quand en plus cela coûte si peu cher… comment résister !!!

Comme on le voit les argumentaires se suivent et se ressemblent. Si l’idée peut sembler a priori amusante, il serait bon de ne pas mélanger effet d’annonce et véritable travail de fond. Comment accepter que des naïvetés se répétent ainsi ? Les annonces de grandes nouveautés n’engagent que ceux qui y croient. Cependant comment accepter ces discours qui ont pris l’habitude de donner les résultat de l’évaluation des nouveautés au moment ou elle les annonces. Les foires sont remplies de ces bonimenteurs capable de vendre des casseroles à un chien, et qui au moment des comptes n’ont que faire du bruit qu’elles font lorsqu’on les attache à la queue de ces pauvres animaux, eux aussi victimes….

Dommage que des idées qui méritent parfois qu’on les interroge donnent lieu à des tels discours. Mais l’art de la réthorique marchande atteint de tels degrés de sophistication (Ah la sophistique) qu’on ne peut qu’en être admiratif.

A rire et à lire

BD

Séminaire sur l'accompagnement à la scolarité

Le ministère de l’éducation annonce la tenue d’un prochain séminaire du MEN appelé : « Accompagnement à la scolarité, égalité des chances et TIC »

Ce séminaire se tiendra prochainement à Amiens (la ville de G de Robien, à quand une délocalisation dans cette ville, après celles de Chasseneuil en Poitou ?) vient renforcer cette impression ressentie avec l’annexe à la circulaire de rentrée publiée en début septembre : le ministère fait dans le message social. On ne se plaindra pas que cette dimension soit prise en compte, tant elle est importante. Ce qui surprendra par contre c’est que ce sont les TIC qui sont convoquées sur le sujet, alors que le problème est bien plus profond : relisons les travaux de P.Bourdieu, de P.Merle, de B.Lahire, de F. Dubet ou de B. Charlot et d’autres sur ces questions d’égalités des chances.

Le prétexte de ce séminaire est énoncé sur le site de la SDTICE Educnet de la façon suivante : « L’école doit prendre en compte deux évolutions récentes : d’une part près des trois quarts des foyers avec enfants sont maintenant équipés d’ordinateurs et d’autre part l’assistance scolaire est en plein essor, notamment celle qui s’appuie sur les technologies de l’information et de la communication. » Il est étonnant que ce propos oublie que depuis longtemps les cours particuliers et les livres d’accompagnement scolaire si présent dans les bacs des grandes surfaces ne soient pas questionnés en même temps. Comme si les TIC étaient une cause alors qu’ils ne sont qu’un modeste révélateur, dont je ne suis pas sûr qu’il soit encore aussi déterminant que d’autres facteurs, ce dont je pense D Glasman se fera fort de rappeler, comme il m’en avait fait part lors d’un entretien au printemps 2005.

Le texte d’annonce se poursuit ainsi : « Que les enfants profitent d’Internet et de soutien à domicile pour progresser est évidemment souhaitable et témoigne de l’implication des parents mais il en résulte, dès l’école, un handicap majeur pour les enfants issus de familles ne pouvant offrir ni l’un ni l’autre. » Cette phrase laisse rêveur car elle met sur le même pieds Internet et Acadomia, Legendre et autres cours particuliers… Il suffit de regarder de près le problème pour se rendre compte que ce n’est pas du même ordre, en particulier vu la place prise par les TIC encore aujourd’hui à l’école. Il s’agit davantage d’une question de culture qu’une question de moyens….

« Comme le souligne l’avis du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (HCéé) de mai 2005,  » laisser les élèves et leurs familles seuls face aux devoirs et leçons est source d’iniquité ». » heureusement le texte du HCEE est lui beaucoup plus polémique pour l’école et plus largement pour la société, n’enfermant pas le débat dans un champ dans lequel il n’a pas vraiment lieu d’être.

Puis le MEN écrit : « Il appartient donc aux pouvoirs publics d’intervenir pour garantir l’égalité des chances entre les enfants. Alors que l’Éducation nationale considère traditionnellement que son rôle s’arrête aux portes de l’école, certaines collectivités territoriales ont commencé à intervenir dans ce champ. Il est donc souhaitable que soient mis en place des dispositifs utilisant les TIC qui visent à offrir, aux côtés de l’école, l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour mieux y réussir. »

Voilà enfin le vrai problème : les collectivités territoriales ont commencé à travailler cette question avec leurs moyens et dans le cadre de leurs responsabilités. Amiens n’est d’ailleurs pas choisi au hasard, quand on connait les problèmes d’apprentissages scolaires dans cette région. Le ministère ne doit pas se laisser dépasser, d’autant plus que s’il y regardait de plus près il aurait déjà remarqué que l’absence de régulation concernant les TIC amène des disparités très importantes entre les régions (cf le séminaire du MEN de Mai à Poitiers sur les relations avec les collectivités territoriales)

Le projet présenté est donc de : « soutenir des initiatives de communes ou de groupements de communes, d’associations, de partenaires de l’Éducation nationale, pour la mise en ouvre de services d’accompagnement scolaire utilisant les TICE »

On comprend bien l’intention de fond et il est heureux que près de 8 ans après la phrase d’Allègre sur le fait que « l’école doit être son propre recours » cette question soit enfin posée. On déplore simplement qu’elle ne le soit que pour les TIC. La vraie fracture est ailleurs. Lisez le livre sur le décrochage scolaire piloté par D. Glasman, jamais la question des TIC n’est un objet de débat qui ressort. Mes propres recherches auprès d’enfants dans des zones défavorisées ont montré que s’ils accèdent moins au TIC, la rupture n’est pas dans cette quantité, mais plutôt dans la qualité des usages. Mais le constat que j’ai pu faire, à l’instar d’autres enquêtes précédentes, est que l’école ne sait pas prescrire des usages pour le hors scolaire autres que des devoirs et des leçons scolaires, tuant petit à petit cette curiosité qui fait si souvent défaut aux élèves les plus en difficulté, souvent résignés devant celles-ci.

A débattre et à suivre

BD

Un séminaire national, organisé par la direction de la technologie à Amiens les 28 et 29 novembre prochain

Un livre qu'on peut ne pas lire

Natacha Polony, Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle, JC Lattès Paris 2005.

L’éthique, l’honnêteté scientifique et la réthorique, sont les trois expressions que l’auteure a oublié d’intégrer dans son ouvrage. Faut-il y lire une intention, consciente ou non ? Je me refuse à cette interpétation sauvage qui me ferait entrer dans ce que je réprouvele plus, en matière de procédé réthorique et d’éthique, dans cet ouvrage publié, fort à propos, en ces temps de rentrée scolaire. On ne peut que saluer la volonté de transparence exprimé dès les premières pages du livre. Mais il faut déplorer la réelle opacité du propos, tant l’embrouillaminis des arguments, des idées et des phrases me semble en décalage avec l’idée que je me faisais de l’intention exprimée par l’auteur et compte tenu de sa qualité. Comment accepter ces approximations scientifiques, ces oublis historiques, ces citations extraites de leur contexte et encore bien d’autres formes d’expressions qui depuis quelques années deviennent le mode privilégié d’expression du débat sur l’école. Car le propos central du livre est de tenter de promouvoir le transmettre contre le communiquer. Malheureusement l’entreprise échoue pour le lecteur un peu attentif. Il aura vite compris qu’il faut utiliser les mots sans jamais les définir ou alors en niant tout ce qui fait la richesse des « termes ». Jacques Ardoino, l’un des pères des sciences de l’éducation (discipline « vouée aux gémonies » par Mme Polony), nous a suffisamment démontré, dans ses séminaires de DEA comme dans ses écrits, l’attention qu’il fallait y porter pour ne pas déplorer qu’une agrégée de Lettres n’y fasse même pas attention. A moins que ce ne soit la journaliste de Marianne qui se soit exprimée. Auquel cas, compte tenu du paysage médiatique actuel, on comprendra beaucoup mieux le propos, le style et les attaques à répétitions contre des personnes et leurs idées. La réelle problèmatique centrale du livre ne doit cependant pas nous laisser indifférent. Reconnaissons l’importance de la question de la transmission culturelle, de son sens et de ses modalités (le temps, le retour sur le passé). Par contre refusons qu’au nom de cette question le mépris de certains (bon nombre d’enseignants, de jeunes des banlieus, d’intellectuels ‘différents’…) ou la désignation de boucs émissaires (l’école, les technologies de l’information et de la communication…) serve trop souvent d’argumentaire en lieu et place d’une simple analyse scientifique (on ne peut considérer que le rapport étonnant de faiblesses rédigé par quelques membres de l’académie des sciences à l’automne 2004 relève de ce type d’approches tant il est peu scientifique, il le revendique lui-même). Notre propos sera ici de discuter principalement (parce que j’y travaille depuis trente années, comme enseignant, formateur et chercheur) de la charge contre les TIC énoncée de manière récurrente dans cet ouvrage. Il y avait pourtant de nombreuses critiques à formuler et non des moindres sur ces TIC et ses acteurs, elles sont absentes. En lieu et place de ces critiques nécessaires (et d’ailleurs engagées par nombre d’entre nous depuis longtemps dans nos débats), on ne trouve aucun autre argument que le refus de l’idolatrie de la modernité, du progrès et de l’adaptation de l’école au monde du travail. On peut reconnaître que ces questions sont réelles, pas nouvelles (on peut lire à ce sujet Jacques Ellul, Gilbert Simondon et bien d’autres philosophes et penseurs), mais on ne peut se dispenser d’aller plus loin. L’analyse du contexte économique social et intellectuel aurait permis de mieux éclairer le rôle difficile que les uns et les autres tentent de faire jouer aux TIC. Au lieu de cela, l’auteure instrumentalise ces TIC (il suffit de lire les lignes sur la comparaison entre technique et technologie pour comprendre la figure de réthorique utilisée). La réalité est bien différente, mais dans ce livre la seule réalité qui vaille est celle que l’auteur perçoit (confère le passage sur les TPE) et non pas celle que l’observation « élargie » permet d’entrevoir. La diabolisation d’Internet et des TIC est un propos de surface dans cet ouvrage. Ce n’est pas une analyse de fond. En bannissant en deux lignes les réseaux et l’information, l’auteure a oublié d’envisager la question au delà de la seule culture française et de comprendre l’histoire de la pensée. Elle y aurait trouvé de bien nombreux exemples, à commencer par une relecture de l’histoire de la chrétienté dans les dix permiers siècles de notre ère.

Non l’introduction des TIC à l’école ne répond pas au seul souci de modernité. Il ne répond qu’au seul souci de maintenir l’école dans la temporalité de nos sociétés, temporalité basée sur le passé et le présent avec le souci d’en permettre l’articulation. Si certains zélateurs de ces technologies ont pu tenir de tels discours, ils ne sont pas dans l’école, ils sont autour d’elle, c’est à dire que quelque soit leur appartenance professionnelle (scolaire ou non), ils ont déjà choisi de ne plus se situer dans l’école. D’ailleurs, après avoir vu passer au moins trois vagues informatiques en trente ans, on peut observer que ces zélateurs ont rapidement changé de contre d’intérêt, prompts qu’ils sont à se jeter sur tout ce qui est médiatique. C’est d’ailleurs ce qui est inquiétant dans ce propos : ne s’agit-il pas de la démonstration de la proposition qu’il prétend dénoncer ?

Dommage qu’une question aussi importante soit aussi « maltraitée », tout comme le sont les quelques références scientifiques du monde de l’éducation.

Nous recommandons à l’auteure une lecture avancée de l’ensemble de l’oeuvre de Philippe Breton, depuis son « dictionnaire de l’informatique » jusqu’à ses écrits récents sur la « Parole manipulée ». Nous lui recommandons de (re ?)lire, avec attention et précision l’ensemble des programmes officiels de l’école et du collège.

A débattre

BD

Reprise dans le monde éducatif

Grace à l’aménagement du temps scolaire (semaine de quatre jours), depuis presque la mi-aout, l’éducation revient au premier rang des préoccupations médiatiques. Entre les nouveaux emplois jeunes et les dispositifs Borloo pour les enfants les plus en difficulté, le ministère porte ses annonces dans le champ du social. Un additif à la circulaire de rentrée (http://www.education.gouv.fr/bo/2005/30/MENE0501720C.htm) confirme cette approche sociale du discours gouvernemental de cette rentrée (dans la ligne de ce que le premier ministre affiche depuis sa prise de fonction). Du coté des TIC, ce sont les ENT (environnements numériques de travail) qui vont avoir la vedette cette année. Tant les revues spécialisées (l’Ordinateur Individuel, SVM…) que les sites spécialisés, tous voient dans ces dispositifs l’élément essentiel de cette rentrée en éducation. Le site Educnet donne d’ailleurs de nombreux textes complémentaires sur le sujet, cela va donner le moyen d’envisager ce que cela donne, sans pour autant parler de véritable évaluation (on est encore en période d’expérimentation). L’enthousiasme de certains commentateurs non spécialisés dans l’éducation, mais dans l’informatique, rappelle que si techniquement les solutions sont séduisantes, encore faudra-t-il que sur le terrain les choses se concrétisent et qu’on en tire les enseignements. Du coté de l’éducation, on aura pu lire pendant l’été le numéro du monde de l’éducation qui nous fait penser étrangement que nos penseurs en pédagogie se renouvellent peu depuis près de vingt ans. Y aurait-il un air de fin de règne ? En tout cas la moyenne d’âge de nos spécialistes montrent qu’ils appartiennent pour la quasi totalité à la génération 68 ou juste-après. L’influence de la pensée des trente glorieuses n’a-t-elle pas été (encore) modifiée, questionnée, par la génération « chômage-pétrole » ? A moins que ce ne soit du coté des média de masse qu’il faille aller voir. En effet le « pensionnat de Sarlat », sponsorisé par la société « Acadomia » arrive sur TF1 le jour de la rentrée : le 1er Septembre. Que penser de cette suite dans laquelle le CPE est devenu chef d’établissement (syndrome Sarkosy) ? Elle a été tourné en Juillet 2005 dans le collège lycée Saint Joseph (établissement privé sous contrat). La génération chômage-pétrole aurait trouvé deux réponses à ses angoisses : l’autorité et le libéralisme avancé. En effet en parlant d’un tournage dans un « lycée privé » (et non pas sous contrat avec l’état), cette présentation risque de faire faire un amalgame entre l’enseignement totalement privé (payé exclusivement par les élèves), les officines de soutien scolaire (qui ont aussi la part belle dans les médias) et l’enseignement piloté par l’état (public ou sous contrat) dont les finalités sont bien différentes. On voit bien ici la montée d’un modèle pédagogique qui résoudrait bien des problèmes (pour leurs promoteurs) : pensionnat, méthodes autoritaires, paiement par les parents. heureusement, l’objectif de cette émission est de faire obtenir le « BEPC » (SIC) à 80% des élèves (étrange ressemblance avec les ambitions du ministère…) On peut déjà suivre sur certains sites des échanges entre élèves voire entre participants (réels ou non) de cette émission.

D’un coté le social affiché par le ministère, avec la modernité technologique des ENT, de l’autre le retour « aux bonnes vieilles méthodes » prôné par nos têtes pensantes des médias de masse…. La rentrée s’annonce riche en évènements, surtout si les premières grêves touchent rapidement les enseignants de l’éducation nationale….

A débattre

BD