Sep 18 2005

Séminaire sur l'accompagnement à la scolarité

Le ministère de l’éducation annonce la tenue d’un prochain séminaire du MEN appelé : « Accompagnement à la scolarité, égalité des chances et TIC »

Ce séminaire se tiendra prochainement à Amiens (la ville de G de Robien, à quand une délocalisation dans cette ville, après celles de Chasseneuil en Poitou ?) vient renforcer cette impression ressentie avec l’annexe à la circulaire de rentrée publiée en début septembre : le ministère fait dans le message social. On ne se plaindra pas que cette dimension soit prise en compte, tant elle est importante. Ce qui surprendra par contre c’est que ce sont les TIC qui sont convoquées sur le sujet, alors que le problème est bien plus profond : relisons les travaux de P.Bourdieu, de P.Merle, de B.Lahire, de F. Dubet ou de B. Charlot et d’autres sur ces questions d’égalités des chances.

Le prétexte de ce séminaire est énoncé sur le site de la SDTICE Educnet de la façon suivante : « L’école doit prendre en compte deux évolutions récentes : d’une part près des trois quarts des foyers avec enfants sont maintenant équipés d’ordinateurs et d’autre part l’assistance scolaire est en plein essor, notamment celle qui s’appuie sur les technologies de l’information et de la communication. » Il est étonnant que ce propos oublie que depuis longtemps les cours particuliers et les livres d’accompagnement scolaire si présent dans les bacs des grandes surfaces ne soient pas questionnés en même temps. Comme si les TIC étaient une cause alors qu’ils ne sont qu’un modeste révélateur, dont je ne suis pas sûr qu’il soit encore aussi déterminant que d’autres facteurs, ce dont je pense D Glasman se fera fort de rappeler, comme il m’en avait fait part lors d’un entretien au printemps 2005.

Le texte d’annonce se poursuit ainsi : « Que les enfants profitent d’Internet et de soutien à domicile pour progresser est évidemment souhaitable et témoigne de l’implication des parents mais il en résulte, dès l’école, un handicap majeur pour les enfants issus de familles ne pouvant offrir ni l’un ni l’autre. » Cette phrase laisse rêveur car elle met sur le même pieds Internet et Acadomia, Legendre et autres cours particuliers… Il suffit de regarder de près le problème pour se rendre compte que ce n’est pas du même ordre, en particulier vu la place prise par les TIC encore aujourd’hui à l’école. Il s’agit davantage d’une question de culture qu’une question de moyens….

« Comme le souligne l’avis du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (HCéé) de mai 2005,  » laisser les élèves et leurs familles seuls face aux devoirs et leçons est source d’iniquité ». » heureusement le texte du HCEE est lui beaucoup plus polémique pour l’école et plus largement pour la société, n’enfermant pas le débat dans un champ dans lequel il n’a pas vraiment lieu d’être.

Puis le MEN écrit : « Il appartient donc aux pouvoirs publics d’intervenir pour garantir l’égalité des chances entre les enfants. Alors que l’Éducation nationale considère traditionnellement que son rôle s’arrête aux portes de l’école, certaines collectivités territoriales ont commencé à intervenir dans ce champ. Il est donc souhaitable que soient mis en place des dispositifs utilisant les TIC qui visent à offrir, aux côtés de l’école, l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour mieux y réussir. »

Voilà enfin le vrai problème : les collectivités territoriales ont commencé à travailler cette question avec leurs moyens et dans le cadre de leurs responsabilités. Amiens n’est d’ailleurs pas choisi au hasard, quand on connait les problèmes d’apprentissages scolaires dans cette région. Le ministère ne doit pas se laisser dépasser, d’autant plus que s’il y regardait de plus près il aurait déjà remarqué que l’absence de régulation concernant les TIC amène des disparités très importantes entre les régions (cf le séminaire du MEN de Mai à Poitiers sur les relations avec les collectivités territoriales)

Le projet présenté est donc de : « soutenir des initiatives de communes ou de groupements de communes, d’associations, de partenaires de l’Éducation nationale, pour la mise en ouvre de services d’accompagnement scolaire utilisant les TICE »

On comprend bien l’intention de fond et il est heureux que près de 8 ans après la phrase d’Allègre sur le fait que « l’école doit être son propre recours » cette question soit enfin posée. On déplore simplement qu’elle ne le soit que pour les TIC. La vraie fracture est ailleurs. Lisez le livre sur le décrochage scolaire piloté par D. Glasman, jamais la question des TIC n’est un objet de débat qui ressort. Mes propres recherches auprès d’enfants dans des zones défavorisées ont montré que s’ils accèdent moins au TIC, la rupture n’est pas dans cette quantité, mais plutôt dans la qualité des usages. Mais le constat que j’ai pu faire, à l’instar d’autres enquêtes précédentes, est que l’école ne sait pas prescrire des usages pour le hors scolaire autres que des devoirs et des leçons scolaires, tuant petit à petit cette curiosité qui fait si souvent défaut aux élèves les plus en difficulté, souvent résignés devant celles-ci.

A débattre et à suivre

BD

Un séminaire national, organisé par la direction de la technologie à Amiens les 28 et 29 novembre prochain

Sep 01 2005

Un livre qu'on peut ne pas lire

Natacha Polony, Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle, JC Lattès Paris 2005.

L’éthique, l’honnêteté scientifique et la réthorique, sont les trois expressions que l’auteure a oublié d’intégrer dans son ouvrage. Faut-il y lire une intention, consciente ou non ? Je me refuse à cette interpétation sauvage qui me ferait entrer dans ce que je réprouvele plus, en matière de procédé réthorique et d’éthique, dans cet ouvrage publié, fort à propos, en ces temps de rentrée scolaire. On ne peut que saluer la volonté de transparence exprimé dès les premières pages du livre. Mais il faut déplorer la réelle opacité du propos, tant l’embrouillaminis des arguments, des idées et des phrases me semble en décalage avec l’idée que je me faisais de l’intention exprimée par l’auteur et compte tenu de sa qualité. Comment accepter ces approximations scientifiques, ces oublis historiques, ces citations extraites de leur contexte et encore bien d’autres formes d’expressions qui depuis quelques années deviennent le mode privilégié d’expression du débat sur l’école. Car le propos central du livre est de tenter de promouvoir le transmettre contre le communiquer. Malheureusement l’entreprise échoue pour le lecteur un peu attentif. Il aura vite compris qu’il faut utiliser les mots sans jamais les définir ou alors en niant tout ce qui fait la richesse des « termes ». Jacques Ardoino, l’un des pères des sciences de l’éducation (discipline « vouée aux gémonies » par Mme Polony), nous a suffisamment démontré, dans ses séminaires de DEA comme dans ses écrits, l’attention qu’il fallait y porter pour ne pas déplorer qu’une agrégée de Lettres n’y fasse même pas attention. A moins que ce ne soit la journaliste de Marianne qui se soit exprimée. Auquel cas, compte tenu du paysage médiatique actuel, on comprendra beaucoup mieux le propos, le style et les attaques à répétitions contre des personnes et leurs idées. La réelle problèmatique centrale du livre ne doit cependant pas nous laisser indifférent. Reconnaissons l’importance de la question de la transmission culturelle, de son sens et de ses modalités (le temps, le retour sur le passé). Par contre refusons qu’au nom de cette question le mépris de certains (bon nombre d’enseignants, de jeunes des banlieus, d’intellectuels ‘différents’…) ou la désignation de boucs émissaires (l’école, les technologies de l’information et de la communication…) serve trop souvent d’argumentaire en lieu et place d’une simple analyse scientifique (on ne peut considérer que le rapport étonnant de faiblesses rédigé par quelques membres de l’académie des sciences à l’automne 2004 relève de ce type d’approches tant il est peu scientifique, il le revendique lui-même). Notre propos sera ici de discuter principalement (parce que j’y travaille depuis trente années, comme enseignant, formateur et chercheur) de la charge contre les TIC énoncée de manière récurrente dans cet ouvrage. Il y avait pourtant de nombreuses critiques à formuler et non des moindres sur ces TIC et ses acteurs, elles sont absentes. En lieu et place de ces critiques nécessaires (et d’ailleurs engagées par nombre d’entre nous depuis longtemps dans nos débats), on ne trouve aucun autre argument que le refus de l’idolatrie de la modernité, du progrès et de l’adaptation de l’école au monde du travail. On peut reconnaître que ces questions sont réelles, pas nouvelles (on peut lire à ce sujet Jacques Ellul, Gilbert Simondon et bien d’autres philosophes et penseurs), mais on ne peut se dispenser d’aller plus loin. L’analyse du contexte économique social et intellectuel aurait permis de mieux éclairer le rôle difficile que les uns et les autres tentent de faire jouer aux TIC. Au lieu de cela, l’auteure instrumentalise ces TIC (il suffit de lire les lignes sur la comparaison entre technique et technologie pour comprendre la figure de réthorique utilisée). La réalité est bien différente, mais dans ce livre la seule réalité qui vaille est celle que l’auteur perçoit (confère le passage sur les TPE) et non pas celle que l’observation « élargie » permet d’entrevoir. La diabolisation d’Internet et des TIC est un propos de surface dans cet ouvrage. Ce n’est pas une analyse de fond. En bannissant en deux lignes les réseaux et l’information, l’auteure a oublié d’envisager la question au delà de la seule culture française et de comprendre l’histoire de la pensée. Elle y aurait trouvé de bien nombreux exemples, à commencer par une relecture de l’histoire de la chrétienté dans les dix permiers siècles de notre ère.

Non l’introduction des TIC à l’école ne répond pas au seul souci de modernité. Il ne répond qu’au seul souci de maintenir l’école dans la temporalité de nos sociétés, temporalité basée sur le passé et le présent avec le souci d’en permettre l’articulation. Si certains zélateurs de ces technologies ont pu tenir de tels discours, ils ne sont pas dans l’école, ils sont autour d’elle, c’est à dire que quelque soit leur appartenance professionnelle (scolaire ou non), ils ont déjà choisi de ne plus se situer dans l’école. D’ailleurs, après avoir vu passer au moins trois vagues informatiques en trente ans, on peut observer que ces zélateurs ont rapidement changé de contre d’intérêt, prompts qu’ils sont à se jeter sur tout ce qui est médiatique. C’est d’ailleurs ce qui est inquiétant dans ce propos : ne s’agit-il pas de la démonstration de la proposition qu’il prétend dénoncer ?

Dommage qu’une question aussi importante soit aussi « maltraitée », tout comme le sont les quelques références scientifiques du monde de l’éducation.

Nous recommandons à l’auteure une lecture avancée de l’ensemble de l’oeuvre de Philippe Breton, depuis son « dictionnaire de l’informatique » jusqu’à ses écrits récents sur la « Parole manipulée ». Nous lui recommandons de (re ?)lire, avec attention et précision l’ensemble des programmes officiels de l’école et du collège.

A débattre

BD

Août 26 2005

Reprise dans le monde éducatif

Grace à l’aménagement du temps scolaire (semaine de quatre jours), depuis presque la mi-aout, l’éducation revient au premier rang des préoccupations médiatiques. Entre les nouveaux emplois jeunes et les dispositifs Borloo pour les enfants les plus en difficulté, le ministère porte ses annonces dans le champ du social. Un additif à la circulaire de rentrée (http://www.education.gouv.fr/bo/2005/30/MENE0501720C.htm) confirme cette approche sociale du discours gouvernemental de cette rentrée (dans la ligne de ce que le premier ministre affiche depuis sa prise de fonction). Du coté des TIC, ce sont les ENT (environnements numériques de travail) qui vont avoir la vedette cette année. Tant les revues spécialisées (l’Ordinateur Individuel, SVM…) que les sites spécialisés, tous voient dans ces dispositifs l’élément essentiel de cette rentrée en éducation. Le site Educnet donne d’ailleurs de nombreux textes complémentaires sur le sujet, cela va donner le moyen d’envisager ce que cela donne, sans pour autant parler de véritable évaluation (on est encore en période d’expérimentation). L’enthousiasme de certains commentateurs non spécialisés dans l’éducation, mais dans l’informatique, rappelle que si techniquement les solutions sont séduisantes, encore faudra-t-il que sur le terrain les choses se concrétisent et qu’on en tire les enseignements. Du coté de l’éducation, on aura pu lire pendant l’été le numéro du monde de l’éducation qui nous fait penser étrangement que nos penseurs en pédagogie se renouvellent peu depuis près de vingt ans. Y aurait-il un air de fin de règne ? En tout cas la moyenne d’âge de nos spécialistes montrent qu’ils appartiennent pour la quasi totalité à la génération 68 ou juste-après. L’influence de la pensée des trente glorieuses n’a-t-elle pas été (encore) modifiée, questionnée, par la génération « chômage-pétrole » ? A moins que ce ne soit du coté des média de masse qu’il faille aller voir. En effet le « pensionnat de Sarlat », sponsorisé par la société « Acadomia » arrive sur TF1 le jour de la rentrée : le 1er Septembre. Que penser de cette suite dans laquelle le CPE est devenu chef d’établissement (syndrome Sarkosy) ? Elle a été tourné en Juillet 2005 dans le collège lycée Saint Joseph (établissement privé sous contrat). La génération chômage-pétrole aurait trouvé deux réponses à ses angoisses : l’autorité et le libéralisme avancé. En effet en parlant d’un tournage dans un « lycée privé » (et non pas sous contrat avec l’état), cette présentation risque de faire faire un amalgame entre l’enseignement totalement privé (payé exclusivement par les élèves), les officines de soutien scolaire (qui ont aussi la part belle dans les médias) et l’enseignement piloté par l’état (public ou sous contrat) dont les finalités sont bien différentes. On voit bien ici la montée d’un modèle pédagogique qui résoudrait bien des problèmes (pour leurs promoteurs) : pensionnat, méthodes autoritaires, paiement par les parents. heureusement, l’objectif de cette émission est de faire obtenir le « BEPC » (SIC) à 80% des élèves (étrange ressemblance avec les ambitions du ministère…) On peut déjà suivre sur certains sites des échanges entre élèves voire entre participants (réels ou non) de cette émission.

D’un coté le social affiché par le ministère, avec la modernité technologique des ENT, de l’autre le retour « aux bonnes vieilles méthodes » prôné par nos têtes pensantes des médias de masse…. La rentrée s’annonce riche en évènements, surtout si les premières grêves touchent rapidement les enseignants de l’éducation nationale….

A débattre

BD

Août 20 2005

L'information est devenue une denrée ordinaire.

Parce que posséder une information faisait de vous le dominateur de votre entourage, elle était devenue le symbole du XXè siècle. Paul Watzlavick nous avait suffisamment éclairé sur le sujet (la réalité de la réalité). Le développement soudain et rapide des technologies numériques à la fin de ce siècle pour concevoir, comme pour diffuser et recevoir de l’information, a changé le paysage global de l’information et de la communication. Le Monde du 19/08 et Libération des 20-21/08 s’en font l’écho. Ainsi on peut lire : « En dix ans, Internet n’a pas seulement marqué l’économie, il a aussi envahi la vie quotidienne de millions de gens ­ au moins dans les pays développés. Ses trois pouvoirs ­ l’ubiquité, la variété et l’interactivité ­ rendent son potentiel d’usages quasi infini. » (Gaëlle Macke – Article paru dans le Monde du 19.08.05) ou encore : « Tout le monde devient producteur d’image, tout le monde peut faire connaître sa vision de la réalité. L’information, denrée jadis rare donc chère, dont les médias avaient le monopole, se démocratise, se privatise. » (Patrick Sabatier – éditorial de Libération 20-21.08.05)

Rappelant que, en 2005, les blogs se multiplient rapidement, de même que les appareils photos et vidéos numériques, ces journaux n’oublient pas de nous rappeler que ce phénomène s’inscrit dans la continuité de ce que l’on a connu depuis le développement d’Internet et du multimédia, c’est à dire de la convergence numérique. On se rappelle le site de Matt Drudge qui dénonçait la liaison du président des USA, ou encore ces images de caméscopes d’un évènement prises par des témoins, et achetées par les médias en vue de leur diffusion, pratique toujours actuelle comme le rappelle Libération à propos des attentats de Londres. Ce qui inquiète les journalistes c’est qu’il y a tentative de systématisation de cette pratique. Le risque étant que n’importe qui puisse se revendiquer journaliste, puisque producteur d’information, voire diffuseur. Naïvement Cyril Fievet (auteur de Blogstory, propos dans Libé), énonce le risque nouveau de la manipulation et de la fausse information, il oublie que les journalistes ne sont pas exempts de ce risque. Sa confiance est cependant confortée car « Il se met en place un éco-système qui arrive à valider avec des outils de popularité et des liens croisés » déclare-t-il. Malheureusement il ne doit pas souvent aller sur Internet, et surtout il ne doit pas avoir une pratique courante de la recherche d’information. D’ailleurs d’autres comme J.M. Jeannenney de la BNF s’y sont laissés prendre. Le problème principal n’est pas seulement dans la fabrication et le transport de l’information, il est dans leur accessibilité. Et popularité et liens n’y peuvent rien !!!! La multiplication des sources est une évolution logique de nos sociétés marchandes. Le discernement est lui de plus en plus difficile et c’est là que se pose le réel problème. La croyance naïve à la crédibilité du contenu d’un livre est encore trop présente. Combien de plagiats, de bidonnages (même dans des ouvrages scientifiques, rappelons l’affaire Lissenko dans les années 30), n’ont pas été facilement identifiés et ont amené nombre d’entre nous à être manipulés et être victimes des fausses informations. Le problème soulevé est double : d’une part il n’y a plus de monopole de production et de transport d’information et cela met en péril les professionnels qui le détenaient; d’autre part l’accès à l’information est désormais un savoir faire qui ne se délègue plus, mais une compétence que chacun se doit de construire, en particulier lors de sa formaiton initiale et tout au long de sa vie.

La crainte des journalistes est à double tranchant, en même temps ils redoutent la non professionnalité des nouveaux informateurs, et en même temps il craignent qu’on mette en doute leur propre professionnalité. C’est probablement de ce coté qu’il y a un profond remaniement à faire, que les professionnels de l’information ont bien du mal à faire. Pierre Bourdieu et d’autres avaient tenté de les alerter en vain qui ont été accusés de tous les meux. Aujourd’hui les faits sont là : le citoyen- journaliste met en cause la crédibilié du journaliste citoyen.

La compétence d’accès à l’information (considérée dans ses différents aspects techniques et culturels) devient une élément central et complémentaire de « l’apprendre à lire et à écrire », au risque d’une nouvelle forme d’illetrisme qui se situerait en aval du premier. Toutes les disciplines d’enseignement scolaire sont depuis plus de dix années invitées à prendre part de cette éducation et pourtant, pour l’instant, on n’en voit peu les effets (hormis dans certains enseignements spécifiques et surtout pas d’une un travail interdisciplinaire, si tant est qu’ils aient encore droit de cité depuis les récents textes parus sur les TPE et les IDD, entre autres). En fait les professionnels de l’enseignement sont dans l’embarras de leur propre méconnaissance, voire incompétence, des processus informationnels ainsi que des questions d’accessibilité. Ils découvrent avec effarement ce que jusqu’à présent les technologies leur permettait de contrôler (un CDI, des photocopies…) est battu en brèche par cette nouvelle capacité offerte à tous, mais peu maîtrisée : ainsi en est-il de ces innocentes jeunes filles d’un collège de Poitiers rédigeant des textes surprenants à propos de leurs enseignants et les mettant en ligne sur leur blog; ainsi en est-il de ces élèves qui se contentent de recopier quelques lignes ou pages d’un site Internet en guise d’exposé voire de devoir. Quelle conception de l’information révèlent ces pratiques spontanées ? De quelles conception du monde et de ses valeurs témoignent ces actes ?

Il me semblerait une erreur de faire un enseignement magistral et disciplinaire de cette compétence. Au contraire, il me semble nécessaire que l’exercice intellectuel en classe s’appuie de plus en plus sur la maîtrise indispensable de cette phase initiale que constitue l’accès à l’information afin qu’elles ne se limite pas seulement à prendre le livre à la page indiquée ou à recevoir la photcopie distribuée. C’est bien vers les capacités de recherche selon des modèles heuristiques, d’analyse critique et de synthèse qu’il faudra tendre

A débattre

BD

Août 07 2005

Internet une arme de guerre ?

Une page du journal « Le Monde » en date de ce samedi 6 Aout 2005, rapporte les liens entre Al Quaeda et Internet, ainsi que la lutte qui semble s’installer autour de cet usage. On y apprend entre autres l’utilisation très habile d’Internet par des terroristes (chat, messages codés, hébérgements surprises et changeants…) et par les contre terroristes (piratages de sites, …). Deux choses doivent, selon moi, être analysées. D’une part l’usage d’Internet par les terroristes ne semble avoir d’autre but que de transmettre au sein même du réseau de l’information pratique pour les activités particulières de ces mouvances. D’autre part une prise de conscience de la potentialité communicationnelle d’Internet qui ne se situerait pas dans l’exposé d’une pensée, d’un discours, mais plutôt dans la circulation planétaire d’informations incontrolables. Si nous essayons d’envisager la dimension éducative et citoyenne de ces faits, il nous faut penser Internet aux deux niveaux : un espace pour dire, un espace pour échanger. Si c’est un espace pour dire, la question qui se pose est celle de celui qui lit ? comment peut-il être amené à lire tel ou tel propos s’il n’y est pas dirigé à un moment ou un autre. En d’autres termes, à l’époque du scandale de la secte Wako, Internet avait été accusé de propager des idées sectaires dangereuses, mais comme la plupart de la population ignorait l’existence de tels sites, on s’est rapidement aperçu que les lecteurs de ces sites étaient peu nombreus et très « typés ». On nous a laissé penser que l’on pourrait tomber par hasard sur ce type de site : regardons ce qui est advenu 7 ou 8 années après : les sites sur lesquels on peut tomber « par hasard » sont presque exclusivement des sites de commerces ou des sites pornographiques (regardez la stratégie de DELL en la matière). Effectivement, dire ne suffit pas, encore faut-il être reçu, lu… Si c’est un espace pour échanger, nous nous trouvons devant la question des réseaux. il est logique qu’un réseau humain utilise un réseau technologique. C’est d’ailleurs ce qui a permis la multiplication des contenus non institutionnels sur Internet. En choisissant Internet pour échanger on peut soit passer par l’espace public, soit organiser un sous réseau, protégé, sur Internet. Les réseaux inoffensifs, mais très actifs (en éducation par exemple) ont tout intérêt à faire partager leurs réflexions à ceux qui le souhaiteraient, et cela produit parfois des effets intéressants. Les réseaux ayant des intentions douteuses peuvent aussi choisir cet espace public car il est alors possible (c’est une hypothèse) qu’ils passent inaperçu pour communiquer entre eux. On peut penser que c’est le cas pour Al Quaeda qui ne dispose pas forcément de moyens techniques et de structures fixes suffisantes comparativement aux états. S’ils envoient alors des messages cryptés, il seront beaucoup plus suspectés et surveillés (voire même pistés) que s’ils utilisent l’espace public mais de façon très éphémère et volatile. Noyés ainsi dans la masse, ces échanges passent inaperçus et sont d’autant plus efficaces. Eduquer à Internet c’est aussi prendre conscience de ces dimensions. Quand des jeunes adolescents (es) mettent sur des blogs des photos et des textes très intimes, on mesure à quel point ils ne mesurent pas les enjeux réels des communications. Ainsi espace public et espace privé n’existent plus de la même façon qu’avec des médias plus traditionnels pour ces jeunes. Quand des terroristes passent par l’espace public pour échanger on mesure là aussi qu’il y a fusion entre plusieurs monde. Or c’est cela qui est un phénomène nouveau : il y a simultanéité des intentions dans le même espace public. Que je veuille faire partager mon intimité ou mon intention de nuire, j’utilise désormais les mêmes canaux. Ainsi, ceux qui parlent de « guerre » en ce moment tentent de fuire cette proximité en évoquant des camps opposés qui s’affrontent. Or nombre de récits actuels montrent que la frontière n’existe plus entre les camps qui communiquent les uns contre les autres. En réalité lors des conflits, (des plus récents aux plus anciens), il y a de nombreuses rencontres non violentes entre les belligérants. Mias là au moins les frontières sont définies. Ce qui trouble désormais, c’est l’absence de frontière, la dé-territorialisation. La notion de territoire, telle que l’utilisent les géographes dès lors qu’ils s’intéressent au vivant dans son environnement, me semble être un concept central pour analyser la communication en général, et celle sur Internet en particulier. Apprendre aux jeunes à « dessiner les territoires », c’est à dire à les identififier, les repérer, les décrire, est un travail qui attend tous les éducateurs qui veulent permettre aux jeunes de comprendre le monde qui les entoure. Ces mêmes éducateurs devront aussi travailler auprès de chacun de ces jeunes, à l’aide des blogs par exemple, pour que chacun d’eux comprenne que parmi tous les territoires qui se croisent, le premier c’est d’abord celui que l’on construit soi même, parfois sans en avoir conscience…

A suivre et à débattre

BD

Juil 30 2005

Quand l'économie se penche sur l'individualisme.

Il vous reste encore un mois pour aller en kiosque lire le numéro spéciale que la revue « enjeux ls échos » consacre à « Moi d’abord ». L’individualisme triomphe dans la société, l’entreprise et la vie privée. Demain la fin du collectif ? ». Abordant la question de l’individualisme sous des angles variés, et pas seulement économique, les rédacteurs de ce numéro spécial traquent toutes les formes actuelles de prise de pouvoir du « moi ». Au moment où une certaine forme de libéralisme gagne toutes les couches de la société, regarder comment il se traduit au niveau des individus permet d’apercevoir les contours d’une évolution. Philippe Breton, invité dans une courte interview à donner son regard, nous rappelle que c’est plutôt la normalisation (des tenues vestimentaires, des goûts, des machines, …) collective qui semble émerger, mais une collectivisation des apparences pourrait être l’écho à un refus du contact direct, la perte de l’oralité, la perte du sens de la parole en face à face pour éviter la violence de ce contact. Les travaux de Philippe Breton nous amènent à nous écarter des illusions technologiques en nous rappelant qu’elles sont avant tout le miroir de l’évolution humaine plutôt que son moteur et que la véritable révolution n’est pas technologique mais plutôt philosophique avec la montée d’une pensée sociale de « défusion »…. L’ensemble des articles de cette revue permet de dresser un panorama qui mériterait surement d’aller plus loin dans le débat. Ainsi à propos des blogs, il y a plusieurs confusions qui montrent que la revue refuse d’aller plus loin dans l’analyse. De même à propos de l’éducation, l’argument central de du sens de la compétition qui se développe dans l’esprit de tous les élèves (voire aussi à ce sujet un ouvrage publié par un journaliste du Nouvel Observateur à propos des élites) est certes intéressant, mais l’article est trop superficiel pour permettre d’envisager avec sérieux ce type de questionnement. A vouloir brosser un tableau large, on risque de n’être que superficiel, ce qui est trop souvent le cas dans ce numéro. Par contre saluons l’intérêt de ce numéro qui devrait inciter à réfléchir plus avant, pour rechercher ce qui, au delà des articles cités, permettra de comprendre mieux les choses. On ne proposera pas forcément au lecteur de se plonger dans la lecture de l’ouvrage de Bernard Lahire « la culture des individus », mais on lui suggérera d’en lire les compte rendus, tant il est intéressant de comprendre que entre le collectif et l’individuel, il n’y a pas rupture, mais une étrange continuité qui amène chacun de nous à accepter un progressif métissage culturel, et à en faire, individuellement, si tant est que la normalisation nous y autorise, la base de notre liberté. JP Sartre, dans ses propos sur l’existentialisme, pourrait bien nous aider à comprendre le sens à donner actuellement à ce mot. A moins qu’il ne faille se résigner à subir. Quant aux TIC, là dedans, elles sont instrumentalisées dans un débat qui est davantage celui d’une société qui se débat dans ses contradictions que celui de « personnes » , « d’usagers » qui tentent de se frayer un chemin de vie avec les outils à leur disposition.

BD

Juin 22 2005

Les TIC pour passer de STT à STG

De Robert Delaveau cette information suivie de quelques commentaires
********************************
Educnet propose en téléchargement le Le référentiel des solutions TICE pour STG annoncé par le Café pédagogique il y a quelques jours. Adresse : http://www.educnet.education.fr/ecogest/referentielTice/ C’est un pavé de 51 pages qui fait le tour de la question :
Les orientations TICE dans les programmes,
Les usages des TIC dans les enseignements
Les solutions TIC
Les « espaces fonctionnels » pour les activités TIC
Un descriptif des types de logiciels.
Le document propose une typologie d’usages (p 11-13) exprimés sous forme de verbes (s’informer, communiquer, produire,…) les exemples proposés me semble être du domaine de l’expertise.
De même, des scénarios d’usage des TIC sont proposés (p 14-23). Ils me semblent à 100 lieux des réalités des établissements scolaires et des pratiques habituelles des profs. Tous les scénario utilisent par exemple une plateforme collaborative. On insiste beaucoup sur les ENT.
Je me demande comment ce document sera perçu par le « prof de base ».
Il devrait également être lu par l’administrateur réseau ou le responsable info de l’établissement, vu les compétences que l’on demande aux utilisateurs, il risque de sauter au plafond !
Bonne lecture.
Robert
********************************
La lecture de ce document est importante à plusieurs titres : il s’adresse à des enseignants d’une filière en restructuration, il apporte une vision très « professionnelle » d’un niveau d’usage des TIC, il pose la question des ENT, il pose des problèmes pédagogiques réels et détaillés.
Quand Robert évoque la distance avec les pratiques habituelles, il met le doigt sur un changement important qui est en train de se produire dans l’enseignement tertiaire. L’inspecteur général Alain Séré (maître d’oeuvre) est connu pour sa maîtrise des questions des TIC et est reconnu par nombre de spécialiste comme quelqu’un qui voit parfois loin devant.
Cet écart est donc logique, mais il signale plusieurs volontés :

  • – la première est d’abord d’adapter la formation des élèves à des réalités d’usage qui sont de plus en plus complexes;
  • – la deuxième est de restaurer une image très positive de cette option gestion (ex tertiaire), autrement dit de tenter de la revaloriser;
  • – la troisième est d’intégrer de façon « préventive » des réalités d’usage que l’on perçoit mal dans l’établissement scolaire.

Il est certain que nombre d’enseignants vont être fort démunis face à ces propositions. On peut dire de même à propos des contenus d’information communication en général qui nécessitent une formation et une expérience solide. Certes il sera toujours possible de faire de la théorie/pratique, mais les compétences demandées exigent des enseignants des compétences qu’ils n’ont pas forcément eu l’occasion de mobiliser régulièrement dans leur vie professionnelle.
Si l’on regarde l’établissement et les TIC à travers ce prisme on constate qu’il devient indispensable pour tous ceux qui veulent proposer cette filière qu’il y ait un administrateur d’ENT ou de réseau et un gestionnaire TICE disciplinaire (ou pédagogique). Si l’on regarde les programmes et les orientations TIC on retiendra principalement trois grandes entrées : S’informer, produire, collaborer (le document ajoute, apprendre par l’EAO, s’organiser, s’évaluer, mais nous les considérons comme sous ensembles des trois autres). Ces trois verbes proposent des actions situées dans un contexte de système d’information, de système de collaboration, de système de sécurisation, et de système de documentation.
En tout cas on se demande comment on pourra demander aux enseignants de mettre en oeuvre tout cela à court terme, si tant est qu’il le faille. En fait il me semble que ce texte, ainsi que le programme, indiquent des directions à prendre plutôt que ds objectifs à court terme.
On peut constater que, par ce programme, ce sont les SIC, sciences de l’information et de la communication qui associée à l’informatique (comme champ disciplinaire spécialiste du traitement de l’information) font leur entrée dans le système scolaire. Passer d’une technique à une science n’est pas neutre, tant les débats actuels autour d’autres disciplines (la technologie par exemple) qu’en ce moment il devient de plus en plus difficile d’être seulement dans le monde de l’empirisme pour parvenir à une maîtrise de l’environnement et que l’on peut de moins en moins faire l’économie de la démarche scientifique. L’usage, qui serait enfermant si l’on s’y limitait à l’école, ne peut se concevoir en dehors de cette dimension technico-scientifique, si l’on veut permettre aux jeunes qui apprennent des métiers de ces secteurs de s’adapter aux évolutions futures.
Quant aux ENT, dont l’utilité dans l’enseignement général peut sembler encore une idée lointaine, il est clair qu’ici ils prennent leur sens. Encore faudra-t-il l’on en prenne réellement conscience.
A débattre
BD

Juin 22 2005

Les TIC pour passer de STT à STG

De Robert Delaveau cette information suivie de quelques commentaires
********************************
Educnet propose en téléchargement le Le référentiel des solutions TICE pour STG annoncé par le Café pédagogique il y a quelques jours. Adresse : http://www.educnet.education.fr/ecogest/referentielTice/ C’est un pavé de 51 pages qui fait le tour de la question :
Les orientations TICE dans les programmes,
Les usages des TIC dans les enseignements
Les solutions TIC
Les « espaces fonctionnels » pour les activités TIC
Un descriptif des types de logiciels.
Le document propose une typologie d’usages (p 11-13) exprimés sous forme de verbes (s’informer, communiquer, produire,…) les exemples proposés me semble être du domaine de l’expertise.
De même, des scénarios d’usage des TIC sont proposés (p 14-23). Ils me semblent à 100 lieux des réalités des établissements scolaires et des pratiques habituelles des profs. Tous les scénario utilisent par exemple une plateforme collaborative. On insiste beaucoup sur les ENT.
Je me demande comment ce document sera perçu par le « prof de base ».
Il devrait également être lu par l’administrateur réseau ou le responsable info de l’établissement, vu les compétences que l’on demande aux utilisateurs, il risque de sauter au plafond !
Bonne lecture.
Robert
********************************
La lecture de ce document est importante à plusieurs titres : il s’adresse à des enseignants d’une filière en restructuration, il apporte une vision très « professionnelle » d’un niveau d’usage des TIC, il pose la question des ENT, il pose des problèmes pédagogiques réels et détaillés.
Quand Robert évoque la distance avec les pratiques habituelles, il met le doigt sur un changement important qui est en train de se produire dans l’enseignement tertiaire. L’inspecteur général Alain Séré (maître d’oeuvre) est connu pour sa maîtrise des questions des TIC et est reconnu par nombre de spécialiste comme quelqu’un qui voit parfois loin devant.
Cet écart est donc logique, mais il signale plusieurs volontés :

  • – la première est d’abord d’adapter la formation des élèves à des réalités d’usage qui sont de plus en plus complexes;
  • – la deuxième est de restaurer une image très positive de cette option gestion (ex tertiaire), autrement dit de tenter de la revaloriser;
  • – la troisième est d’intégrer de façon « préventive » des réalités d’usage que l’on perçoit mal dans l’établissement scolaire.

Il est certain que nombre d’enseignants vont être fort démunis face à ces propositions. On peut dire de même à propos des contenus d’information communication en général qui nécessitent une formation et une expérience solide. Certes il sera toujours possible de faire de la théorie/pratique, mais les compétences demandées exigent des enseignants des compétences qu’ils n’ont pas forcément eu l’occasion de mobiliser régulièrement dans leur vie professionnelle.
Si l’on regarde l’établissement et les TIC à travers ce prisme on constate qu’il devient indispensable pour tous ceux qui veulent proposer cette filière qu’il y ait un administrateur d’ENT ou de réseau et un gestionnaire TICE disciplinaire (ou pédagogique). Si l’on regarde les programmes et les orientations TIC on retiendra principalement trois grandes entrées : S’informer, produire, collaborer (le document ajoute, apprendre par l’EAO, s’organiser, s’évaluer, mais nous les considérons comme sous ensembles des trois autres). Ces trois verbes proposent des actions situées dans un contexte de système d’information, de système de collaboration, de système de sécurisation, et de système de documentation.
En tout cas on se demande comment on pourra demander aux enseignants de mettre en oeuvre tout cela à court terme, si tant est qu’il le faille. En fait il me semble que ce texte, ainsi que le programme, indiquent des directions à prendre plutôt que ds objectifs à court terme.
On peut constater que, par ce programme, ce sont les SIC, sciences de l’information et de la communication qui associée à l’informatique (comme champ disciplinaire spécialiste du traitement de l’information) font leur entrée dans le système scolaire. Passer d’une technique à une science n’est pas neutre, tant les débats actuels autour d’autres disciplines (la technologie par exemple) qu’en ce moment il devient de plus en plus difficile d’être seulement dans le monde de l’empirisme pour parvenir à une maîtrise de l’environnement et que l’on peut de moins en moins faire l’économie de la démarche scientifique. L’usage, qui serait enfermant si l’on s’y limitait à l’école, ne peut se concevoir en dehors de cette dimension technico-scientifique, si l’on veut permettre aux jeunes qui apprennent des métiers de ces secteurs de s’adapter aux évolutions futures.
Quant aux ENT, dont l’utilité dans l’enseignement général peut sembler encore une idée lointaine, il est clair qu’ici ils prennent leur sens. Encore faudra-t-il l’on en prenne réellement conscience.
A débattre
BD

Juin 19 2005

Entraînement mental

On connaissait les logiciels d’entraînement pour enfants (zoombinis, et autres docteur Brain). On avait rapidement feuilleté des livres comme gymcerveau (devenu récemment Gym cerveau objectif 100 ans). On découvre maintenant(avec stupéfaction) le site www.happyneuron.com (voir le Monde daté du Samedi 18 juin). Plusieurs analyses sont possibles. La première est commerciale et consiste à considérer, comme pour le livre gym cerveau, qu’il y a un marché de l’entrainement mental (cognitif ???). Ce marché, après avoir montré ses limites pour les enfants et les adultes, concerne désormais les plus agés d’entre nous. Le commerce du 3è et 4è age est un marché qui a des moyens financiers suffisants pour assurer la vie de ces sociétés qui proposent ces produits La deuxième est concerne le fonctionnement du cerveau. Peut-on entraîner le cerveau ? si oui comment ? Des spécialistes de la plasticité du cerveau (M Peschanski, M. Prochiantz etc…) ont montré l’importance de la stimulation de l’activité intellectuelle pour maintenir un bon niveau de vigilance mentale en vieillissant. C’est donc sur cette base que certains (moins scientifiques) ont conçu des outils pour stimuler cette activité La troisième est pédagogique et cognitive. peut-on entraîner les capacités mentales indépendamment d’un contexte. Peut-on concevoir des exercices systématiques et en dehors d’un contexte pour stimuler l’activité intellectuelle ? Là encore l’utilisation des logiciels de ce type en classe ou encore les recherches menées à l’université de Paris 5 ont montré que l’intérêt de telles pratiques est extrêmement limité. Enfin est-il possible d’entretenir réellement une vigilance mentale indépendamment d’un contexte. Le contexte parce qu’il sert de repère dans le temps et dans l’espace, parce qu’il est un appui à la motivation, et enfin parce qu’il donne sens à l’activité, est essentiel à tout fonctionnement du cerveau. De ces analyses ont peut comprendre que derrière la dimension commerciale se cache une croyance qui est aussi une ignorance : celle que l’entraînement systématique hors contexte est efficace. Quand un musicien explique les gammes qu’il fait tous les jours, quand un sportif s’entraîne des années en vue d’une hypothétique réussite, quand un artiste parle du long chemin qu’il parcourt, on peut penser que cet entraînement systématique est un modèle. C’est oublier ce qui fait le contexte de ces entraînements et le rituel qui les entoure. C’est oublier ce qui motive ces entraînements et qui les rend « productifs ». Les logiciels d’entraînement sont alors à contextualiser. Quand une personne agée fait un mot croisé ou joue aux chiffres at aux lettres, elle fait un exercice d’entraînement contextualisé qui comporte une dimension d’appartenace sociale qui se traduit par les échanges et interactions que permettent ces activités. L’autre dimension qu’oublient ces logiciels c’est l’interaction humaine comme stimulant le cerveau. Or l’entraînement systématique qu’ils proposent oublient complètement cette dimension. Quand pour des jeunes en milieu scolaire cette interaction est contrainte par le contexte scolaire, il n’en est pas de même pour les personnes agées davantage portées par le repli sur son intérieur. Les marchands de la peur du vieillissement ont trouvé là un espace d’affaire. Espérons que la vigilance de nos anciens saura résister à ce type de marché : universités du 3è age, activités collectives, associations, et même recherches sur Internet, sont des espaces de vigilance intellectuelle au moins aussi porteuse que ces logiciels qui prétendent entraîner le cerveau… BD

Juin 19 2005

Entraînement mental

On connaissait les logiciels d’entraînement pour enfants (zoombinis, et autres docteur Brain). On avait rapidement feuilleté des livres comme gymcerveau (devenu récemment Gym cerveau objectif 100 ans). On découvre maintenant(avec stupéfaction) le site www.happyneuron.com (voir le Monde daté du Samedi 18 juin). Plusieurs analyses sont possibles. La première est commerciale et consiste à considérer, comme pour le livre gym cerveau, qu’il y a un marché de l’entrainement mental (cognitif ???). Ce marché, après avoir montré ses limites pour les enfants et les adultes, concerne désormais les plus agés d’entre nous. Le commerce du 3è et 4è age est un marché qui a des moyens financiers suffisants pour assurer la vie de ces sociétés qui proposent ces produits La deuxième est concerne le fonctionnement du cerveau. Peut-on entraîner le cerveau ? si oui comment ? Des spécialistes de la plasticité du cerveau (M Peschanski, M. Prochiantz etc…) ont montré l’importance de la stimulation de l’activité intellectuelle pour maintenir un bon niveau de vigilance mentale en vieillissant. C’est donc sur cette base que certains (moins scientifiques) ont conçu des outils pour stimuler cette activité La troisième est pédagogique et cognitive. peut-on entraîner les capacités mentales indépendamment d’un contexte. Peut-on concevoir des exercices systématiques et en dehors d’un contexte pour stimuler l’activité intellectuelle ? Là encore l’utilisation des logiciels de ce type en classe ou encore les recherches menées à l’université de Paris 5 ont montré que l’intérêt de telles pratiques est extrêmement limité. Enfin est-il possible d’entretenir réellement une vigilance mentale indépendamment d’un contexte. Le contexte parce qu’il sert de repère dans le temps et dans l’espace, parce qu’il est un appui à la motivation, et enfin parce qu’il donne sens à l’activité, est essentiel à tout fonctionnement du cerveau. De ces analyses ont peut comprendre que derrière la dimension commerciale se cache une croyance qui est aussi une ignorance : celle que l’entraînement systématique hors contexte est efficace. Quand un musicien explique les gammes qu’il fait tous les jours, quand un sportif s’entraîne des années en vue d’une hypothétique réussite, quand un artiste parle du long chemin qu’il parcourt, on peut penser que cet entraînement systématique est un modèle. C’est oublier ce qui fait le contexte de ces entraînements et le rituel qui les entoure. C’est oublier ce qui motive ces entraînements et qui les rend « productifs ». Les logiciels d’entraînement sont alors à contextualiser. Quand une personne agée fait un mot croisé ou joue aux chiffres at aux lettres, elle fait un exercice d’entraînement contextualisé qui comporte une dimension d’appartenace sociale qui se traduit par les échanges et interactions que permettent ces activités. L’autre dimension qu’oublient ces logiciels c’est l’interaction humaine comme stimulant le cerveau. Or l’entraînement systématique qu’ils proposent oublient complètement cette dimension. Quand pour des jeunes en milieu scolaire cette interaction est contrainte par le contexte scolaire, il n’en est pas de même pour les personnes agées davantage portées par le repli sur son intérieur. Les marchands de la peur du vieillissement ont trouvé là un espace d’affaire. Espérons que la vigilance de nos anciens saura résister à ce type de marché : universités du 3è age, activités collectives, associations, et même recherches sur Internet, sont des espaces de vigilance intellectuelle au moins aussi porteuse que ces logiciels qui prétendent entraîner le cerveau… BD