Trop à lire, trop à écrire, à cause des TIC ?

Le développement actuel des contenus sur Internet permet à nombre d’observateurs de parler de surdose d’information, de surabondance, voire même « d’infobésité ». La multiplication des sources de toutes natures oblige le veilleur à multiplier les techniques de recueil d’information, mais surtout le temps à passer à suivre ces informations, les lire et éventuellement les traiter. D’ailleurs dans les établissements scolaires, le premier réflexe enseignant (documentalistes compris) est de penser à la manière d’éduquer les élèves à gérer cette surabondance. Effectivement il y a là un réel problème qui ne fera que s’amplifier au cours des années à venir. Cependant si l’on analyse un peu l’histoire de nos sociétés au fonctionnement fondé sur l’écrit, cette évolution est constante depuis plusieurs siècles et cette surabondance d’information est ancienne, mais amplifiée d’un problème qui était l’accès à ces informations : on avait déjà beaucoup plus de documents qu’une vie suffit à les absorber, mais en plus il sont difficiles d’accès depuis longtemps.
Blanche, grise, noire, disparue, l’information est en constante augmentation et la difficulté à la traiter de plus en plus importante. La nouveauté principale de ces trente dernières années en matière d’accès à l’information est l’émergence d’une possibilité nouvelle : l’accès sans intermédiaire humain direct du fait de la numérisation. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’intermédiaires. Les machines qui donnent accès à ces informations sont bien conçues par des humains qui ainsi modèlent notre possibilité d’accès en s’appuyant sur un potentiel technique numérique et binaire. On comprend dès lors l’impression de gouffre que nombre de documentalistes perçoivent lorsqu’ils accompagnent les élèves dans le monde de l’information…

En parallèle il y a le même phénomène du coté de l’écrire. Depuis les antiques sites écrits en HTML, jusqu’aux blogs, wiki, réseaux sociaux et twitter, sans oublier les mails, chats et autres messageries instantanées, nous n’avons de cesse de multiplier les espaces d’expression. Autrement dit si l’information voit son volume augmenter, c’est bien qu’en amont il y a des producteurs. De récents échanges à propos de twitter comme tueur de blog m’a amené à réfléchir à cette évolution. En effet pour pouvoir écrire autant que certains le font, sur twitter, sur facebook, sur ning, sur leur blog, sur celui des autres, on peut se demander s’ils ont encore le temps de vivre, ou au moins de réfléchir. Heureusement certains d’entre eux nous content leur repas amicaux entre auteurs de toutes sortes, au moins on sait qu’ils se nourrissent, à défaut de dormir ou de se distraire… Au delà de simples questions de gestion d’activités variées, il y a au moins un problème simple : peut-on écrire autant sans prendre le risque d’appauvrissement de l’écrit. Une amie m’a dit à plusieurs reprise que je devrais écrire un livre, mais je n’en ai pas le temps, ou du moins si, mais il est dans mon blog, dans mes écrits de recherche professionnelle ou encore dans des communications, conférences et échange. Autrement dit écrire un livre n’est plus à l’ordre du jour car cette activité qui suppose une certaine continuité de travail (selon mon expérience antérieure de publication) n’est plus compatible avec mon organisation quotidienne aussi bien professionnellement que dans mes habitudes d’écriture.

Pour faire le lien entre ces deux problématiques, un mot, capté ce matin au hasard de lectures d’une revue informatique (SVM), m’a paru correspondre à cette évolution : « fragment ». Or ce mot est aussi déclinable en « fragmentation » mot horrible car popularisé par son association au terme de bombe. Et pourtant le mot fragment est si parlant : le travail de l’archéologue est fait de fragments. Roland Barthes ne nous avait-il pas invité dans un de ses livres célèbres à parcourir les « fragments d’un discours amoureux »….!
De fait nous passons de plus en plus de temps à lire et à écrire des fragments. Par rapport au livre se pose alors la question de savoir quand ces fragments vont constituer une unité aussi cohérente que l’on peut le penser d’un livre. Mes deux lectures littéraires de l’été auraient pourtant du m’alerter. Daniele Sallenave et Daniel Pennac, à l’instar de Philippe Delerm et de bien d’autres, écrivent bien par fragments qui rassemblés forme ces livres dont la seule forme physique laisse penser à un tout cohérent. Qu’est-ce qu’un dictionnaire ou une encyclopédie si ce n’est un assemblage de fragments ? Amusant rapprochement que ce que la technologie nous invite à développer comme pratique (et que nombre de personnes déplorent) alors qu’elles existent déjà sans ces techniques (le journal, les épisodes etc… au XXIè avaient déjà cette caractéristique).
Outre le fait que les fragments peuplent notre univers culturel depuis longtemps, ils peuplent aussi l’école et en particulier dès le collège dans lequel l’élève est confronté quotidiennement à une suite de fragments constituée d’enseignants et de contenus qui se juxtaposent (10 en général), en espérant qu’au jour sacré de l’examen terminal ils consitueront un tout cohérent… Il est donc urgent de réfléchir à cette culture du fragment, du fragmentaire de la fragmentation. Et en particulier à un point particulièrement important qui est la concurrence entre fragments. Ainsi à l’école les disciplines luttent entre elles pour devenir le principal fragment dont l’archéologue du savoir repérera ainsi l’importance plusieurs années plus tard. A l’image de la mosaïque chacun tente de s’imposer, seul l’auteur peut enfin décider ce qui va dépasser chaque fragment dans l’unité finale de l’oeuvre.

Dans le domaine de l’écrit en ligne la question est la même. Les sources d’écriture fragmentaires se font concurrence : faut-il que je publie sur :mon blog, sur un réseau social ou par microblog ? Faut-il que je communique par mel ou par messagerie instantanée ? Dans le domaine de la lecture aussi : faut-il que j’utilise les fil RSS, une page de signets, un réseau social ou un microblog ? Il y a saturation dans l’écrit comme il en a pour le lire. Il va devenir urgent d’inviter les élèves (et je n’ai pas parlé des SMS) à réfléchir à ces questions plutôt que de continuer à verser des larmes sur les livres, les « vrais », que si peu d’adultes lisent vraiment, en vérité… La société dite de l’information, de la connaissance, des connaissants est d’abord une société de lecteurs et d’écriveurs, sans lesquels l’information et la connaissance ou le savoir ne sont rien.

Il y a bien plusieurs sortes d’écrits qui ne disent pas la même chose suivant leur degré de fragmentation. C’est ce que Bourdieu dénonçait à propos de la télévision qui outre un spectacle normé était surtout un lieu de pensée fragmentaire et qui usait de cette fragmentation comme mode de domination du récepteur. Car l’intérêt de la multiplicité des écrits est d’empêcher le lecteur de s’y retrouver… Annoncez une nouvelle scientifique dans un quotidien national, vous recevrez dans les minutes qui suivent une multiplicité de contestation (plus ou moins fondées) de cette nouvelle. Autrement dit le fragment engendre l’incertitude. La culture du fragment serait potentiellement dangereuse car elle empêche d’accéder à la complétude, à la complexité d’une pensée cohérente. Aussi ai-je intérêt à utiliser le SMS ou twitter, cela évite d’être mis en cause… Et si c’était cela la nouvelle société du spectacle : le sens énoncé en 140 caractères chrono !!!

Et pourtant la continuité de ces supports est parfaitement intéressante. Ainsi ce billet qui sera relayé tout à l’heure sur twitter pourra ensuite être repris ailleurs jusqu’à ces auteurs qui s’en emparerons pour écrire leur livre (parfois à mon insu… sans me citer, mais cela n’arrive jamais ,,,). De même le lecteur averti pourra retrouver facilement l’unité du travail que je mène en ligne pour peu qu’il ait repéré le cheminement professionnel de cette parole individuelle dans sa forme et pourtant essentiellement collective car basée sur l’expérience.
Car pour finir, le problème est là : à force de multiplier les écrits sur, à propos quand et comment peut vivre ce dont on parle. Comment incarner ses écrits si l’on passe tant de temps à twitter et à bloguer que la vie n’existe plus que devant l’écran….  Si en plus l’effet loupe évoqué précédemment fait rage, alors on aura vite fait de comprendre que mon propos n’aura plus aucune valeur.

Espérons que ce ne soit pas le cas ?

A suivre

BD

Convergence à venir, peut-être anticiper…

La lecture de la presse spécialisée récente confirme la poursuite de l’idée de convergence. Actuellement on voit apparaître sur le marché aussi bien des téléphones mobiles aux capacités d’ordinateur portable, mais aussi des tablettes numériques et des livres électroniques. Les fabricants savent que le marché de ces outils est temporaire en attendant la convergence probable et prochaine.
Ainsi les tablettes numériques (archos, ipod touch, etc…) permettent-elles d’accéder à Internet et donc de lire en ligne des contenus. Dans le même temps les ebooks (kindle, sony reader) proposent aussi d’accéder à des contenus en ligne mais pré organisés pour ces liseurs. Les uns sont en noir et blanc (problème encre électronique) les autres en couleur (problème de lisibilité en pleine lumière). Dans le même temps les ordinateurs portables, netbook et autres smartphones proposent des fonctionnalités proches des uns et des autres. D’ici quelques années on ne pourra que constater la convergence continue et l’intégration de ces capacités dans la même machine nomade. Encore une fois, seule la taille de l’écran sera discriminante. Dans le même temps l’ergonomie risque de continuer son évolution, mais pour rendre encore plus facile l’usage de ces outils.

Quelles questions peut poser à l’avenir cette convergence ? La première c’est l’enfouissement de plus en plus profond de la technique pure. Autrement dit processeur, disque dur, octets etc… auront disparus de la surface des écrans (et c’est bien avancé). La seconde est l’impossibilité pour l’utilisateur de base de saisir la réalité des flux et des traitements qu’ils subissent derrière l’écran (ou tout autre système interface). La troisième c’est la présence immédiate à proximité de toute situation de ces outils et donc la possibilité d’enrichir l’environnement présent d’objets virtuels distants. La quatrième est une conséquence des trois premières : quels besoins en éducation ?

1 – On peut comparer l’évolution de l’informatique avec celle de l’automobile au moins partiellement. Regardons comment l’intégration technique a rendu opaque à l’usager un grand nombres de caractéristiques de l’automobile. Mais une des caractéristiques matérielles de l’automobile limite inéluctablement cette opacité du fait des lois de la mécanique entre autres, et par exemple de l’usure de la matière (problème des pneus…) qui font qu’il est toujours nécessaire d’aller voir derrière le tableau de bord dans de nombreuses circonstances. Or dans le monde des TIC, regardons les enregistreurs et leur évolution depuis la fin du XIXè siècle par exemple, l’enfouissement technique depuis le tambour de cire molle jusqu’à l’enregistrement de ma voix sur l’ordinateur portable ou le téléphone mobile est constant et dématérialise de plus en plus une fonction qui a nécessité de nombreuses manipulations encore récemment (comparez un studio télévision de 1980 et le même en 2010 pour la même fonction). La disparition progressive de la surface des écrans de la présence possible des éléments technique fondamentaux est un fait important qui rend l’accès même à ce qui apparaît sur ces écrans de plus en plus facile.

2 – Si sur le terminal lui-même les contraintes usager s’estompent, derrière l’écran et loin de là, la réalité des flux et de leur traitement s’est considérablement complexifié tout en restant invisible. A l’époque de la mécanographie et de ses salles d’opérateurs(trices) et ce n’est pas si vieux (encore dans les années 70) il y avait des témoins de cette saisie, des flux et de leur traitement, on pouvait encore les matérialiser. Mais là encore l’automatisation des traitements et l’amélioration de la cohérence de la chaîne depuis la saisie jusqu’à l’accès utilisateur final a rendu de plus en plus difficile la perception de ces flux. L’exemple de la saisie des impots par Internet et de la chaîne informatique qui suit jusqu’au prélèvement bancaire sont de plus en plus invisible. Déshumanisation diront certains, virtualisation diront d’autres, dans les deux cas, a-perception des faits intermédiaire au profit du résultat. Le traitement, le processus disparaît en tant que tel, c’est en quelque sorte le retour à la boite noire du magicien

3 – L’environnement quotidien est de plus en plus peuplé d’écrans et l’enquête 2008 sur les pratiques culturelles des français le confirme sans appel. Nier cette réalité revient à refuser d’admettre un changement culturel profond. Résister c’est vouloir se donner le droit de réfléchir avant d’agir dans un monde incertain. Adopter c’est accepter de prendre le risque c’est aussi expérimenter. Outre la proximité des écrans c’est leur mobilité, on parle de technologies embarquées. Lorsque l’on parle du cartable numérique ou de l’ordinateur portable du collégien, on entre dans cette dynamique. On peut même penser, pour surfer sur une mode émergente, que les écrans mobiles de proximité sont les porteurs de la « réalité augmentée ». L’élève dans la classe dispose avec l’écran de son smartphone d’un moyen redoutablement efficace d’augmenter la réalité que tente, souvent de manière très modeste, de lui proposer l’enseignant. Celui-ci d’ailleurs, avec un TBI et un ordinateur relié à Internet tente d’en faire autant, conscient de cet écart. Nous ne nous hasarderons pas à la science fiction, comme d’autres ont pu le faire, l’imagination des auteurs et des chercheurs y suffit bien, mais le réel est notre quotidien et celui-ci est un juge impitoyable des errances de l’imagination, technicienne ou non. L’omnimobilité qui émerge autour des terminaux mobiles intelligents (TMI ???) bouleverse à terme le quotidien. Tous les débats du moment, bien que sur des éléments partiels de cette convergence, en montrent l’émergence. La convergence continue et la proximité quotidienne de ces objets ne fera qu’en accentuer l’importance.

4 – Quels besoins d’éducation devant un tel phénomène. La bataille continue de faire rage entre éducation aux médias (dernière étude rendue sur l’éducation aux médias http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/societe-pour-politique-education-aux-medias.html?xtor=RSS-13 après de nombreuses autres…) la formation à l’informatique (l’EPI revient encore une fois sur le sujet lors du prochain salon Educatice), la formation à l’information (confère les travaux de la fadben sur le sujet ainsi que les propos de P Duplessis ou O Le Deuff, par exemple). On le voit le chantier est ouvert et concurrentiel et cache de nombreux intérêts catégoriels voire économiques…. Pendant ce temps le monde scolaire poursuit lentement son évolution et se questionne sur toutes les sortes de portables à autoriser. En effet le problème le plus important pour l’école est la « perte de contrôle » de la situation pédagogique. Depuis son arrivée dans les classes avec des initiatives comme IPT en 1985 en France, c’est cette question du « contrôle du groupe classe » qui est en arrière plan de tous les débats sur la place des TIC (et non pas l’intégration) dans l’enseignement.
Si toutes sortes de portables arrivent dans l’espace classe, s’en est fini du monopole. En effet, l’espace temps de la classe est bien celui d’un monopole de l’enseignant. En réalité, l’enseignant représente le monopole institué, mais en réalité il ne l’est pas toujours et probablement de moins en moins dans les temps à venir. L’enjeu de nos réflexions pédagogique doit aussi tourner autour de cette question : quel monopole dans l’espace scolaire ? Avec l’irruption des CDI, une partie de ce monopole a été localisé et encadré. La télévision, source de trouble majeur, a purement et simplement été rejeté. L’ordinateur a été longtemps enfermé dans les « salles spécialisées ». La portabilité et les connexions sans fil vont amener progressivement au centre des débats la question de savoir « comment enseigner quand on n’a pas le monopole ni le contrôle ? » Cela est antinomique avec la fonction traditionnelle de l’enseignant, relayé en cela par les deux préoccupations prioritaires des débutants dans le métier : est-ce que je contrôle le groupe classe ? Est-ce que je maîtrise les contenus enseignés ? A partir de ces deux questions il est aisé d’imaginer que d’autoriser les jeunes élèves  avoir sur eux une machine qui risque de mettre en cause le monopole et le contrôle ne peut que mettre à mal le modèle scolaire actuel. A moins que l’on ne parvienne à transférer vers la fonction d’encadrement et de guidance l’essentiel de la tâche des enseignants, les débats risquent d’être encore vifs pendant assez longtemps.

A suivre et à débattre

BD

Le danger de la loupe et du micro-monde : viellir

Depuis le début de l’année scolaire je m’interroge sur l’écart entre les discours des passionnés, des spécialistes, voire des décideurs et celui des gens dont ils parlent. J’ai, à intervalles régulier, selon le lieu où je me trouve, l’impression que ces discours sont de plus en plus éloignés les uns des autres.

– Les passionnés des TIC se rapprochent souvent entre eux, et leur passion les amènent à échanger avec fougue sur ce qu’ils font. L’effet groupe amplifie chez eux la croyance selon laquelle le monde est identique à celui qu’ils vivent.
– Les décideurs, pris dans la tourmente de l’activité, ont recours à des intermédiaires pour percevoir le monde qui les entoure. Eux-mêmes se retrouvent pris dans un « petit monde » qui lui aussi amplifie la perception relative du monde
– Un groupe d’enseignants, dans un établissement scolaire, vit aussi ce phénomène de la loupe et du micro monde. Chez cela se traduit, par l’utilisation de la première personne : je nous, l’allusion au local, dans ma classe, et enfin par l’argument massif : concrètement, sur le terrain.

J’observe avec attention depuis le début de l’année que les moyens de communication se multiplient, twitter en est le dernier avatar à la mode, et pourtant l’effet loupe et micro-monde s’amplifie. En d’autres termes, plus il est facile de communiquer, plus la variété des communications de restreint. Cette impression est issue du sentiment de se sentir dépassé. En effet chaque fois que vous plongez dans l’une de ces communautés, en ligne ou pas d’ailleurs, vous avez l’impression de changer de monde et surtout une impression d’étanchéité, comme si l’on était plus capable d’écouter autre chose que sa propre musique ou celle qui y ressemble.

Le problème posé par ce constat est qu’il ne s’applique pas aux jeunes mais d’abord aux adultes expérimentés. Ainsi il semblerait qu’une des caractéristiques de l’avancée en âge soit la restriction du champ de vision. Jacques Brel, mais délicatement, avait évoqué jadis cela dans sa chanson « les vieux »  dans lesquels il évoquait cette étape de la fin de la vie que l’on peut retrouver dans ces vers :

Même riches ils sont pauvres, ils n’ont plus d’illusions et n’ont qu’un coeur pour deux
….
Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides, leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
…..
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant

Le risque que j’observe c’est que les communautés qui se forment ne ressemblent rapidement à ces vieux que nous décrit Brel. Être vieux trop tôt c’est le risque de l’enfermement sur ses certitudes, avec ceux de son groupe de pensée, avec les mêmes objets… Ce risque nous guette tous et particulièrement ceux que j’évoque en début de ce billet.

Les TIC et Internet en particulier sont une formidable fenêtre d’ouverture sur le monde et pourtant chacun de nous s’efforce d’en réduire la taille voire même de la fermer, de peur probablement que le vent ne fasse entrer dans nos maisons d’autres réalités que nous ne serions plus à même d’entendre. Ainsi le mot « intégration » est-il symbolique de cet enfermement quand il permet de qualifier ce qui venant de l’extérieur doit s’adapter à l’intérieur. Il faut bannir le mot intégration si l’on veut qu’il y ait réel métissage. Il faut adopter le mot intégration si l’on veut plier toutes les réalités externes à notre prisme personnel ou de petite communauté.

Je ressens fortement en ce moment ce paradoxe : alors que le monde s’ouvre à nous, pauvers humains, notre premier réflexe est de le réduire à notre petit univers… Souhaitons que les nouvelles générations ne vieillissent pas trop vite…

A débattre

BD

Bloquer, contrôler : non ! accompagner : oui

Rendons hommage à ce billet de Mario Asselin : http://carnets.opossum.ca/mario/archives/2009/10/commission_scolaire_filtre_internet_blocage_web20.html

En abordant de manière positive la question du blocage par les responsables de l’enseignement de certaines fonctionnalités proposées sur le web, Mario Asselin s’inscrit dans une tradition de contributions de blogueurs que j’appelle à voir se multiplier de plus en plus dans le monde de l’enseignement et celui de l’éducation. Plutôt que de s’en tenir à des critiques (comme moi même j’ai pu le faire sur un sujet proche il y a quelques temps ici http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=37 et là http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=59 ) Mario nous propose ici des réponses fondées et constructives et des pistes pour agir.

Pour apporter ma contribution à cet exercice et dans la continuité de précédents billets, je voudrai d’abord interroger la double identité des personnels qui enseignent : enseignant et adulte/parent. L’enseignant, pris dans sa seule logique professionnelle, est souvent contraint par une organisation qui lui laisse peu d’initiative, s’il ne s’affranchit pas de certains carcans. En tant qu’adulte, il profite largement des potentialités des TIC puisqu’il a appartient aux segments de population les plus équipés (cf la dernière enquête sur les pratiques culturelles des français publié par le ministère de la culture : http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Les-pratiques-culturelles-des-Francais-a-l-ere-numerique-enquete-exclusive)
Dans un tel contexte il est urgent de favoriser le transfert des pratiques personnelles aux pratiques professionnelles. Nous avions déjà souligné la nécessité de laisser des espaces d’autonomie aux enseignants pour de nouvelles pratiques. Ici il s’agirait simplement, comme le dit Mario, de favoriser l’accompagnement des élèves dans l’approche de ces usages.

Ensuite je veux interroger à nouveau le pouvoir des techniciens et aussi l’argument du principe de précaution. Les techniciens qui s’occupent des réseaux de nos établissements ont été légitimement formés à la sécurité et à leur responsabilité légale. Sachant que leur relation avec leur hiérarchie est souvent paradoxale : je dois agir conformément aux règles que quelqu’un qui, la plupart du temps n’y connait rien, édicte. Le mieux est que je lui donne la bonne règle alors ils se « soumettra » à mon avis. Mais il y a une autre solution : former les responsables. Et cela est aussi de la responsabilité du technicien en milieu éducatif qui, voyant la méconnaissance de son supérieur,  devra lui permettre de comprendre le sens de ses actions et non pas seulement entériner ses décisions de technicien par méconnaissance. Quand un chef d’établissement ne dispose même pas des codes d’accès et des mots de passe des outils qu’il est censé diriger… dans l’établissement, quand il ne comprend pas de quoi il s’agit, on peut penser que l’abus de position dominante s’inverse. Le technicien a tout à gagner à être formateur de ces responsables. Encore faut-il que sa place soit aussi clairement définie et légitimée dans l’organisation globale de l’établissement scolaire.

Si l’on postule que l’on ne peut éduquer dans un milieu aseptisé, coupé du monde réel, (Dewey, Freney etc… le pensent) alors il est nécessaire d’ouvrir les portes du web à l’intérieur de l’école. Pour l’enseignant parfois déstabilisé par l’habileté de ses élèves, le réflexe sécuritaire est rassurant. Alors que confiance, respect et accompagnement sont à la base de nombreuses pédagogies, ce réflexe va à l’encontre de ces valeurs. Pour pouvoir les mettre en œuvre dans la classe, certains enseignants ont besoin d’une meilleure maîtrise technique, d’autre d’une meilleure maîtrise de la conduite des groupes, d’autres d’une meilleure connaissance des stratégies pédagogiques possible, et bien évidemment aussi d’une assurance didactique surtout pour ceux qui ont les TIC comme support/instrument des objets d’apprentissage. Cet ensemble est souvent mis de coté s’agissant des technologies. Certes en France le C2imétiers de l’enseignement devrait y parvenir. Malheureusement les échos actuels sur sa mise en œuvre réelle sont loin d’être rassurants : les responsables de la formation ont encore du chemin à parcourir.

Le rôle des responsables et « animateurs » dans les établissements scolaires est essentiel. Amener progressivement les enseignants à se sentir à l’aise dans ce contexte est essentiel. L’argument technique peut vite tomber, mais il est malheureusement encore récurrent : pannes et sécurité doivent être travaillés. L’argument du programme est souvent celui qui exclue de l’établissement la possibilité de résoudre le problème. Pourtant une analyse d’une année scolaire globale permet parfois d’y remédier par la réorganisation du temps et des activités des élèves. Mais c’est surtout dans l’affranchissement du souci de perfectionnisme qu’il faut favoriser. Si j’ai vu tous les programmes les élèves ne seront pas pénalisés ensuite. On le sait, ce raisonnement ne tient que pour une petite minorité d’élèves, et encore… quand on regarde les modalités d’évaluation terminales, on peut se faire du souci.
Rassurer les enseignants semble être aujourd’hui la tâche essentielle si l’on veut que les TIC soient davantage présents de manière ordinaire dans les classes. On le constate, de nombreux obstacles réels et imaginaires se dressent face à un tel souhait. Montrer les bonnes pratiques ne permet pas cela, on le sait depuis longtemps, même si cela peut donner des idées. C’est surtout dans le cadre que va proposer l’établissement qu’il sera davanatge possible de permettre aux enseignants de véritablement accompagner les élèves…

A suivre et à débattre

BD

Les jeunes sont intelligents !!!

Les enquêtes et recherches sur les pratiques et usages des TIC par les jeunes semblent le confirmer, ils sont une immense majorité à construire des usages adaptés, pertinents et distancés des TIC. Aidés parfois par leurs parents, mais pas souvent, voire rarement. Par contre aidés par leurs pairs, il adoptent de plus en plus vite des attitudes qui leurs permettent de « bien » vivre avec ces technologies. En quelques sortent il prouvent qu’ils peuvent avoir de l’intelligence.

Les récentes études qui semblent bizarrement se multiplier en ce moment (www.cefrio.qc.ca/fr/ ou encore http://www.tns-sofres.com/points-de-vue/2CFD1F1E9774404EBCA43F94CCA04217.aspx, à propos des ados et des mobiles ou encore http://www.frequence-ecoles.org/ qui présentai hier l’état de son enquête en région Rhônes Alpes) montrent bien que les « va t’en guerre » n’ont pas toujours le même point de vue que les « vont en guerre ». Ainsi nombre de commentaire alarmistes sur les dangers d’Internet dont un certains nombre émanent du monde scolaire, ou encore de commentateurs médiatiques peu soucieux des sources de leurs propos, doivent être tempérés, voire soigneusement rangés dans la boîte à fantasme. En effet on est étonné de constater que la quasi totalité des jeunes se comporte avec Internet comme elle se comporte, sur un plan des relation psychosociales, de la même manière que sans Internet. Comme le disait il y a plusieurs années (2001 déjà) Serge Pouts Lajus, Internet c’est la rue (http://www.savoirscdi.cndp.fr/index.php?id=1082). Et comme dans la rue les jeunes doivent se construire des règles de vie ensemble et ils savent le faire.

Les policiers, les addictologues et autres observateurs de déviances de toutes sortes iront bien évidemment parler de ce qu’ils voient, avec leur projecteur et leur loupe, voire leur microscope branché sur les problèmes des jeunes. Si vous en avez fait l’expérience, lorsque l’on retire son oeil du microscope, le monde change soudain et redevient normal… de même dans un établissement scolaire la plupart du temps seuls quelques élèves demandent une énergie importante aux enseignants, ce qui fait parfois penser que tout va mal, alors qu’il suffit d’un enfant en difficulté de plus dans une classe de 25 ou 30 élèves pour faire basculer l’angoisse et enrichir le propos de peurs généralisées. Internet, le mobile, les TIC en général n’échappent pas à ce procédé directement issu du fonctionnement des médias de masse. En effet sommés de mettre un gros titre le rédac chef va chercher celui qui va avoir un impact fort, plutôt que celui qui dit que les choses sont normales. Eh bien à propos des TIC et des jeunes on en est au même point. Cela fait les gros titres, fabrique la peur, mais génère de l’audience. Rares sont les sujets d’actualités qui fonctionnent dans l’autre sens (sauf peut-être les réussites médicales comme la greffe de visage par exemple) et qui viennent eux, rassurer la population.

Que disent donc ces enquêtes sur les jeunes et les TIC :
– ce que l’on sait globalement, c’est qu’ils « font avec ». Et c’est la première chose qui est remarquable avec la génération née avec Internet, comme avec les précédentes. Faire avec, c’est d’abord éviter de construire une représentation nouvelle en se basant sur la transposition d’une représentation antérieure. Chaque adulte le vit régulièrement : devant un nouvel objet technique il utilise ses catégories ou schèmes de référence et les applique au nouvel objet. Certains n’en démordent jamais ou alors seulement après un temps long. D’autres adultes, pionniers sautent à pieds joints et parfois même sans aucun discernement, noyés qu’ils sont dans l’enthousiasme de la nouveauté.
– Ensuite les enquêtes montrent qu’ils se construisent des règles d’usage par tâtonnement et souvent entre pairs pour aborder des problèmes que parfois les adultes ne perçoivent pas : soit qu’ils sont absents, soit que ces problèmes sont des problèmes d’ados, pas d’adultes. Souvent les adultes arrivent avec leur catégories et donc les plaques sur les jeunes, alertés qu’ils sont des situations extrêmes vantées dans les médias ou ailleurs.
– De plus les jeunes sont humains. C’est à dire que comme tous les humains ils ont besoin de relations humaines. D’ailleurs les spécialistes de l’addictologie attirent notre attention sur la perte progressive de ces pratiques relationnelles comme indicateurs de comportements dangereux psychologiquement. Ces relations, elles s’enrichissent de ces nouveaux moyens et lorsque l’adolescent préfère ses amis à ses parents, comme premier confidents, rien que de plus normal dans l’acquisition de l’autonomie affective.
– Mais aussi, les jeunes sont habiles. Comme les adultes ils savent braconner (au sens de Michel de Certeau). D’ailleurs il est parfois remarquable de voir que les adultes perdent d’abord cette compétence et qu’ensuite ils veulent parfois empêcher leurs propres enfants de le faire. Cette habileté est liée à l’adaptabilité. Les contextes, TIC par exemple, ne sont pas considérés par eux comme mouvants, puisque déjà là. Aussi dès qu’ils en ont la possibilité ils se construisent les outils pour améliorer cette habileté
– Enfin, ils sont demandeurs. Les jeunes attendent beaucoup des adultes, mais le discours dominant est souvent inverse. Dans le domaine des TIC, les jeunes demandent aux adultes de la lucidité, de l’accompagnement, du partage. De la lucidité témoignage de la recherche par l’adulte de la compréhension de que fait le jeune. De l’accompagnement signe que l’adulte, de là où il est n’ignore pas les objets d’activité du jeune et qu’il est capable d’en discuter le cadre de développement. Du partage qui signifie que les jeunes ne sont pas finalement adaptés au monde de compétition qui domine actuellement. Un jeune en échec est d’abord un jeune en solitude dans l’échec. Un jeune en questionnement est d’abord un jeune en solitude devant un problème.

Certes il y a des dangers, certes certains jeunes se perdent dans la vie, mais ils n’ont pas attendu Internet pour cela, la misère et la pauvreté (financière, affective etc…) s’en chargent beaucoup mieux.
Une fois encore Internet (comme les TIC) est un révélateur, ne nous contentons pas de réveler les déviances, signalons aussi qu’ils prouvent l’intelligence humaine à commencer par celles des jeunes qui fabriquent la société de demain autant voire plus que nous qui « sommes aux commandes du monde adulte »…

A debattre

BD

Quel(s) écart(s) ????

Pourquoi y a-t-il un tel écart entre la perception quotidienne des enseignants et certains travaux de recherche quant à la relation qu’ont les adolescents avec les TIC ? Que ce soit dans l’accès comme dans l’usage, il faut aller voir de plus près ce que cela signifie. Que peut-on dire d’une thèse faite sur la base de 35 jeunes interviewés voire même observés ? Qu’elle est probablement illustrative d’un problème mais en aucun cas d’un apport totalement fiable sur la réalité sociologique environnante. Les approches micro et macro s’opposent bien évidemment et les études statistiques produites sur la base du déclaratif des jeunes ne doivent pas être prises comme argent comptant, tant on connaît la fragilité de ces enquêtes. Autrement dit entre l’enquête de type ethnographique sur un échantillon restreint de jeunes et la sociologique sur une quantité représentative de jeunes, il nous faut être vigilant.

Une approche intermédiaire vise à tenter de rapprocher les travaux entre eux (et c’est intéressant de prendre l’exemple méthodologique posé récemment par l’AFSSET à propos de la dangerosité des rayonnements électromagnétique et qui signale le grand nombre d’études pas ou peu fiables, même dans le monde scientifique). En tentant ce travail on aurait sûrement mieux que des affrontements le plus souvent idéologiques à propos de questions qui doivent être abordées avec d’autres regards, ceux de « l’étonnement » scientifique.

Ainsi pourquoi, encore cette semaine d’octobre 2009, comme il y a plus de vingt années dans mon lycée professionnel tertiaire, j’entends et je vois des jeunes faire montre de grande habileté avec l’usage des TIC ? Or dans le monde scolaire les enseignants témoignent des deux choses ensembles : il y a ceux qui disent que leurs élèves n’ont que l’apparence de la maîtrise et d’autres qui disent que les élèves en savent bien plus qu’eux. La récurrence de ce propos m’interroge d’autant plus que je lis encore récemment dans plusieurs publications scientifiques ou non que les compétences des jeunes ne sont que de surface, mais qu’en réalité on a tout à leur apprendre…. Cela est d’autant plus intéressant que je viens d’effectuer un sondage sur les compétences des mêmes enseignants dans un établissement secondaire, cette semaine. Dans cet établissement sur 50 enseignants 4 seulement déclarent avoir une compétence technique avancée en TIC. 2 ou 3 déclarent avoir avancé un peu dans l’usage des sites web, blogs et autres. Les 43 autres déclarent n’avoir comme compétences que le traitement de texte et l’usage courant d’internet. Encore du déclaratif, me direz vous, mais cela corrobore mes observations en formation d’enseignant (là encore sujettes à interrogation.

On constate que l’ensemble des enseignants n’a pas de connaissance informatique et ne s’y intéresse pas (pas de demande de formation sur le sujet, hormis pour une personne qui souhaite assurer la maintenance dans l’établissement).On constate que le tableur n’est pas ou rarement connu. On constate que les usages ordinaires des enseignants aboutissent aussi au constat que la majorité ne maîtrise pas l’informatique. Et pourtant ils enseignent ! oui mais pas l’informatique que pourtant ils souhaitent utiliser avec des vidéoprojecteurs, voire même des TBI/TNI.

Les enseignants témoignent donc de leur étonnement devant l’habileté des adolescents, est-ce à dire que c’est parce qu’ils n’ont pas les connaissances ? Auraient-ils la connaissance des fondements de l’informatique que cela ne résoudrait pas le problème. Le vrai problème est d’abord celui lié à la manière dont on « entre en TIC »… Aujourd’hui l’entrée technicienne qui prévalait aux début de l’informatique individuelle est bien dépassée : rappelez vous des cours donnés aux élèves de BEP en 1983 sur le basic qu’on leur demandait de programmer…. De fait à la mise en route de l’ordinateur un inquiétant rectangle clignotant vous invitait à penser à la machine (et éventuellement à lui écrire une « ligne de commande », alors que désormais à la mise en route on vous propose des activités… sans apprentissage long et spécifique de l’informatique. Le changement est radical et amène à un second niveau. La différence entre jeunes et adultes et particulièrement les enseignant vient de ce qu’ils font de cette situation. La plupart des jeunes va partir de cette usage et tenter de le « tordre » alors que la plupart des adultes va tenter de se conformer aux propositions (ordres ?) qui leur sont faites. En effet face à des « énigmes » de la vie le jeune est bien mieux armé que l’adulte car depuis sa naissance il a pris l’habitude de tenter de les résoudre (cf Piaget, Bruner etc… psychologie de l’enfant et du développement). Tandis que l’adulte, et particulièrement l’enseignant aborde la question avec une rationalité construite et schématisée (les schèmes voire les habitus ou les représentations) à partir de sa propre histoire d’apprentissage. Il ne tente alors pas de résoudre mais de se conformer. Car l’école invite avant tout à se conformer et non pas à explore, les programmes pléthoriques et inréformables en est une illustration, à défaut d’en être une preuve.

Face aux TIC qui sont dans leur environnement, les jeunes agissent de la même manière que s’ils n’avaient pas ces objets, ils n’ont pas de schèmes autres que ceux que leur dynamique de développement originelle leur impose. En fait on peut considérer que cet écart de perception et cet écart de conviction sur les habiletés des jeunes est liée surtout à l’écart de mode d’appropriation mais aussi à l’écart de pouvoir. Car tous ces propos et quelque soit leur contenu, pour ou contre les habiletés, révèlent un rapport au pouvoir lié à la connaissance et à la maîtrise des objets de notre environnement. Et là le monde scolaire a de gros efforts à faire pour ne pas se penser en rivalité avec les jeunes, car c’est dans ce domaine que ce siuent les difficultés actuelles…

Oui la plupart des jeunes maîtrisent mieux que la plupart des adultes les TIC, mais ils ne maîtrisent pas la même chose et ils n’acquièrent pas ces maîtrises de la même façon et cela est actuellement inacceptable pour le monde scolaire très souvent arc bouté sur sa forme. Célestin Freinet (des lectures récentes m’amènent à en parler, et il pourrait entre de même de John Dewey) n’a pas vu son intuition et ses pratiques se généraliser justement pour cette raison. Les TIC, parce qu’elles viennent d’un autre horizon n’y parviennent pas davantage pour l’instant, il faudra voir si des ministres audacieux dans le domaine de l’éducation (mais cela n’existe plus) oserons prendre en compte cet état de fait et ne pas donner la parole aux seuls « conservateurs » de l’ordre établi….

A débattre

Bien sûr

BD

Lecture numérique

La lecture numérique va-t-elle connaître une évolution rapide avec l’arrivée du produit d’Amazon, le kindle. A lire l’article publié ce jour le plus important n’est pas là. En effet il semble que les commentateurs annoncent que le marché n’est pas mûr, trop cher, pas encore assez souple, pas de livres en français. Parmi ces arguments, il y en a un qui doit questionner : le refus du monde du livre français de laisser entrer quoique ce soit de projet technologique qui vienne des entreprises US. Google, après Microsoft, après IBM et maintenant Amazon. Cette opposition désormai rituelle en France ne doit pas être négligée, mais elle ne doit pas être laissée sans questionnement. A l’échelle de la planète, et du développement mondial, cette attitude doit être travaillée par l’ensemble de la population et pas seulement par quelques spécialistes ou quelques politiciens.

Cette attitude de méfiance traditionnelle dans certains milieux en France est issue d’une histoire toujours délicate au XXè siècle suite aux deux guerres pour lesquelles la participation des USA a été déterminante. Suite à ces évènements nous n’avons eu de cesse de nous montrer indépendants et le succès d’Astérix le Gaulois est une illustration parfaite de ce sentiment partagé et peu souvent remis à sa juste place. Au delà de ces propos, les attitudes individuelles et collectives de certaines couches de la société (parfois les mêmes qui disent s’opposer) ont pourtant largement ouvert des brèches dans cette résistance. Sur un blog dont j’ai perdu la trace, un commentateur notais qu’à une réunion de militants du logiciel libre, la discussion avait rapidement été captée par l’utilisation partagée par nombre de participants d’un iphone d’Apple société américaine, bien entendu. Mais on connaît l’impact imaginaire de cette société qui, comme Astérix, a toujours résisté à l’envahisseur mais de l’intérieur…

Alors me dires vous, et la lecture numérique ? Eh bien il faut aller voir au delà des frontières du papier et des lecteurs éventuels pour s’intéresser à la place des langues sur Internet et en particulier à la prééminence de la langue anglaise sur Internet. Face à cela, le réflexe est celui de la résistance et de l’isolement. La politique de rayonnement des contenus sur Internet aurait du être portée par l’ensemble du pays, en lien avec la francophonie, au lieu de quoi on s’aperçoit que la France réduit sa présence à l’étranger et donc le potentiel de rayonnement de la langue. Où sont passés les concours de blogs scolaires en langue française organisés avec le soutien de l’ambassade de France au Liban ?

Le problème de la lecture numérique c’est aussi celui de la langue qui y circule. Il est probable que l’on risque de perdre de la maîtrise de tout cela à terme, tant les livres eux ont déjà circulés, porteur de rayonnement culturel alors qu’aujourd’hui les stratégies sont toutes autres. Si l’on ajoute à cela la défaillance de la maîtrise générale des langues étrangère par la très grande majorité des adultes français,, mais aussi de nombre de jeunes (regardons la difficulté de certains enseignants à entrer dans le CECL), on peut s’inquiéter. De même la frilosité du monde scolaire vis à vis des TIC pourrait être rapprochée de cette analyse sur la langue et le protectionnisme.

On peut donc penser que la lecture numérique n’aura pas, pour l’instant du moins, une chance de passer le stade des initiés. Regardons aussi la frilosité sur les manuels scolaires. Les éditeurs luttent bec et ongle pour lutter contre une évolution qui les ferait changer réellement de métier. Et pourtant cela change aussi dans ce milieu. Les exemples se multiplient d’enseignants qui vont contourner ces éditeurs par leurs propres productions. Certes le modèle centralisé de prescription en matière scolaire propre à la France rappellera bien évidemment qu’il faut utiliser les manuels… mais là encore les choses évoluent.

L’avenir de la lecture sur écran est d’autant plus certain que ces luttes touchent une industrie qui, si elle ne s’appuie que sur la notion de livre, n’aura plus que quelques miettes pour vivre alors qu’elles ont croqué le gateau à belles dents, et avec la complicité des pouvoirs. Décidément les TIC touchent plus profondément la société qu’on ne le pense. La résistance est le signe de ces mutations en cours, et on peut les comprendre, à court terme… mais à long terme, il y va de la responsabilité des éducateurs, des enseignants, et ils s’y sont mis dès le milieu des années 1990-2000 en créant ces associations, ces sites, ces listes, ces newsletter qui continuent de vivre et qui aujourd’hui, pour certaines ne peuvent trouver de reconnaissance en dehors du modèle du livre, alors que celui-ci est en passe d’être marginalisé dans les dix années à venir.

On pourra lire attentivement des études récentes comme celle du ministère de la culture (Olivier Donnat) ou encore celle du CREDOC l’an passé dans lesquels on peut lire les signes de cette évolution. Non le livre n’est pas mort, mais si le livre français continue de rester enfermé dans ses murs, il y a des chances pour que, naturellement, ils en vienne à dépérir… et on ne pourra pas nous dire qu’on n’avait pas prévenu qu’il était urgent de faire rayonner l’écriture française et francophone….

A débattre

BD

Y a-t-il de nouvelles pédagogies avec les TIC ?

Trois questions ont ponctué quelques échanges récents (parfois vifs) avec des groupes d’enseignants qui travaillent sur « l’intégration des TIC » dans l’enseignement au sein de leur établissement scolaire :

1 – Peut-on encore parler dans le domaine des TIC en éducation, « d’intégration », ne faut-il pas préférer le terme beaucoup plus simple de « présence » ?
2 – Les TIC sont elles à la source de nouvelles pédagogies ?
3 – Est-ce que ces TIC ne sont qu’un outil ?

1 – J’ai moi même jeté la première question au débat, tant il me semblait que les discours sur l’intégration des TIC en éducation me paraîssait vain en regard de nombreuses réalités tangibles du quotidien scolaire. Le terme intégration, souvent employé à propos des question d’immigration me paraît contradictoire avec l’objectif visé, presque un oxymore ! Le dictionnaire du CNRS définit ainsi « intégration  » : « incorporer un ou plusieurs éléments étrangers à un ensemble constitué et d’assembler des éléments divers afin d’en constituer un tout organique », un peu plus loin dans le domaine sociologique ce même dictionnaire parle de « Phase  où les éléments d’origine étrangère  sont complètement assimilés au sein de la nation… ». Le mot qui est commun a ces deux définitions est le mot « étranger », et l’idée commune est qu’un corps « constitué assimile pour faire un corps organique ». Cela peut ainsi être relu, en poussant un peu l’interprétation à l’idée que l’intégration c’est l’adaptation de l’objet externe au corps constitué. Il n’est en aucun cas question de mutation du corps d’origine en lien avec l’objet extérieur, ici considéré comme étranger.
Ce contournement conceptuel n’a d’autre but que de sensibiliser à une question de vocabulaire qui est porteuse de sens et que l’on peut traduire ainsi de manière provocatrice : n’est-ce pas parce que l’idée d’intégration entretient l’idée d’étrangeté que les TIC ne parviennent pas à trouver une place dans le monde scolaire. Autrement dit, parce qu’étranger, c’est à lui de s’intégrer, donc de s’adapter. Or il semble bien que les TIC aillent majoritairement à l’encontre de cela. G Jacquinot écrivait jadis que l’arrivée des TIC en éducation réveillait d’abord l’envie des pratiques pédagogiques les plus archaïques. Le débat sur les TBI, renommés parfois TNI (pourquoi d’ailleurs) est en partie là, est-ce qu’ils permettent cette fameuse intégration ou est-ce qu’ils permette une mutation. On le sent bien, les discours sur le TBI montrent que l’on est dans le domaine de cette intégration qui oblige l’étranger à accepter les cades de la communauté constituée, en quelque sorte l’intégration c’est quand l’étranger à intégré les codes du milieu hote (on pourrait faire la même critique aux tenants d’une informatique comme discipline scolaire). En tout cas l’usage du terme intégration devrait être désormais bâni des discours car il ne permettra pas la véritable présence des TIC en éducation, celle qui relève du processus d’instrumentalisation, d’appropriation, de métissage, qui, sur un plan  anthropologique est bien identifié comme processus d’humanisation, bref le propre même de l’éducation.

2 – Au cours des échanges avec les enseignant d’un établissement, alors que je venais de parler des pédagogies favorisant l’intégration des TIC, j’ai été pris à partie par une enseignante, par ailleurs formatrice des collègues de sa discipline : « mais ce ne sont pas de nouvelles pédagogies ? » Heureusement, elle n’a pas ajouté, (ou je ne l’ai pas entendu), « tout cela on le fait déjà » (mais c’était pas loin). Il est intéressant de voir que lorsque l’on parle des TIC on imagine de nouvelles pédagogies. Reprenons un peu l’histoire de la pédagogie et en particulier la naissance des idées de Célestin Freinet. On repère que l’innovation majeure de Freinet est d’abord d’avoir assemblé des travaux épars en s’appuyant sur une réflexion politique et une réflexion pédagogique pour sélectionner ces idées et les faire siennes. Certes il a su y ajouter des éléments de contexte intéressant comme en particulier l’imprimerie. On peut comparer notre époque à celle de Freinet pour ce qui est du rapport aux outils d’information et de communication.Certes on n’a pas encore trouvé un nouveau Célestin Freinet (d’ailleurs le faut-il ?), mais il est bien possible que l’intuition de C Freinet doive être recontextualisée au regard des TIC, ce que de nombreux enseignants porteurs de cette approche ont déjà engagé.
Non les TIC n’inventent pas de nouvelles pédagogies (en tout cas pas globalement), elles ne font qu’interroger les pédagogies dominantes sur les évolutions qu’elles doivent prendre en compte du fait même du développement de ces TIC. Oui les TIC invitent à faire des choix pédagogiques, on peut même dire qu’elles en imposent certaines selon les choix de technologies faits. Oui les TIC provoquent les pratiques pédagogiques car elles ouvrent des possibles inimaginables il y a vingt ou trente années. Oui les TIC peuvent permettre d’envisager des évolutions pédagogiques, agrégées à des courants antérieurs, revisités ainsi, voir même enrichi.
Mais que signifie cette remarque initiale ? Cela est la marque d’une résistance que l’on connait bien : pour ne pas changer il suffit de dire que ce que l’on propose on le fait déjà, comme cela les débats sont clos. Cette attitude on la rencontre souvent en formation des enseignants et pas seulement à propos des TIC

3 – C’est cette même enseignante qui me disait de manière péremptoire, « pour moi l’ordinateur n’est qu’un outil ». La première chose qu’il m’a semblé nécessaire de lui rappeler est que les TIC ne se limitent pas à l’ordinateur, même si cette objet en est le plus représentatif. La deuxième chose qu’il m’a semble important de lui dire est que dans TIC il y avait surtout IC et pas seulement T. La troisième chose que j’ai ajoutée est que si l’on se rappelle les travaux sur la main et l’outil (cf Leroi Gourhan, Levi-Straus) on s’est perçu que l’outil n’est pas qu’un outil, c’est aussi un élément du changement culturel (le feu, le silex taillé par exemples ont changé tous les modes de vie des peuples qui les ont maîtrisés et il en ainsi pour bien d’autres outils). il m’a d’ailleurs semblé que ce propos avait mis dans le mot outil quelque chose qui pouvait s’apparenter à du mépris, de celui qui oppose intellectuel et manuel.
Bref l’échange a été suffisamment vif pour que je tente d’aller plus loin. Il me semble que bien au delà de l’outil, ce dont on s’occupe à l’école c’est le changement culturel qui s’opère sous nos yeux, qui transforme nos sociétés depuis plus de 20 années et qui oblige le système scolaire à s’en emparer. Le développement que l’on connaît des TIC ne peut les amener à ne rester qu’un outil à l’école, sous peine de passer à coté de ces changements culturels. Les deux premiers changement concernent l’espace-temps et la relation à autrui. Or ces deux éléments sont essentiels dans les apprentissages et cela dès le début de la scolarisation d’un enfant. Mais il y en a bien d’autres. et dans ma réponse j’ai invité l’enseignante à s’interroger sur le passage à l’écrit, de Platon à Gutemberg, et à Freinet, par exemple.  et ainsi j’ai tenté de lui faire comprendre que le livre est aussi un outil, mais que s’il n’était qu’un outil il n’aurait pas transformé l’organisation sociales comme il l’a fait. Mais en disant cela, j’ouvrais une boite noire que nombre d’enseignants ont du mal à ouvrir, la sacralisation du livre, de l’écrit papier.

Encore une bien belle journée qui m’a amené à mieux expliciter pour moi-même ces quelques points. Ausi me suis-je dit qu’il pouvait être intéressant de les partager.

Pour terminer, en relisant la biographie de Freinet, je me suis dit que s’il était parmi nous, il serait un blogueur important et que son site serait sous licence de type creative commons (comment ils ne l’ont pas inventé, les Lawrence Lessig et autres…)

A suivre

BD

Disciplines scolaires et introduction des TIC

Faut-il créer de nouvelles disciplines scolaires ? Telle est la question que pose les demandes de création de disciplines qui viennent aussi bien de l’informatique
– EPI, http://www.epi.asso.fr/
– FRamablog http://www.framablog.org/
– Interstices http://interstices.info/
que du monde de l’information communication
– skhole http://skhole.fr/information-documentation-et-culture-de-l-information-un-domaine-%C3%A9mergent-par-ivana-ballarini-santon
– Fadben http://www.fadben.asso.fr/spip.php?rubrique35
mais encore d’autres domaines comme le développement durable…

On pourrait élargir l’inventaire, mais on voit bien que la question mérite débat, même si celui-ci est engagé depuis longtemps (cf les débats sur l’informatique scolaire depuis 1970, 1981, 1983 etc… jusqu’à très récemment encore). Mais s’en tenir au débat sur chacun de ces domaines risque d’oublier un autre aspect important : quid de la relation entre les disciplines ?
Un élève de 6è aborde 10 disciplines différentes, avec 10 enseignants différents…. Au cours de sa scolarité l’enfant est principalement amené sur le chemin de la spécialisation disciplinaire jusqu’à l’orientation scolaire et professionnel qui, cerise sur le gateau, va tenter de concrétiser cela par un métier… Ainsi l’histoire individuelle scolaire pourrait se résumer à la recherche du champ disciplinaire dans lequel on va s’enfermer pour toute la vie…. Dans cette logique, on comprend aisément pourquoi un groupe de professionnels (comme en France celui rattaché au MEDEF, le Syntec) aidé de quelques enseignants pronent la mise en place d’une discipline informatique. On comprend aisément que la question de la désaffection pour l’enseignement dit scientifique (pour parler des sciences de la vie, de la terre et de la matière) ou encore pour certains domaines demandeurs de personnel qualifié invite à demander au système scolaire de participer à la remédiation en promouvant les disciplines scolaires liées à ces filières. Malheureusement cela n’y fait rien, il suffit de lire les travaux publiés par le CEREQ pour se rendre compte de la complexité des trajectoires qui amènent vers les professions. Tout raisonnement disciplinaire est à courte vue et d’un coût important.

L’apparition d’un champ nouveau tant dans le domaine des savoirs savants (l’informatique, l’information communication) que des savoirs d’usage (les TIC, la documentation…) – pour faire court – est forcément une interrogation pour le système éducatif en général et le système scolaire en particulier. Et cela d’autant plus pour les TIC que l’interférence va bien au delà des contenus d’enseignement et qu’ils touchent aussi les fondements du système scolaire et sa relation avec le système éducatif global (considéré comme l’ensemble de ce qu’une société humaine met en place pour permettre l’intégration des générations nouvelles). Si les contenus (informatique et info-com sont récents (début des années 60 dans les universités française) sont considérés comme nouveaux, mais absents des enseignement scolaires, l’application de ces savoirs dans le champ social met en cause le système scolaire en lui disputant l’exclusivité de la relation au savoir en vue d’apprendre. Une double menace donc qui amène probablement au débat actuel. Encore faut-il accepter le débat plus global, ce qui, pour des champs disciplinaires universitaires récents, est toujours difficile car risquant de noyer la valeur même de la discipline (comme cela se passe pour d’autres disciplines universitaires récentes. De plus la tendance à l’atomisation disciplinaire est un sport au moins national (en France) alors que la mise en place de groupes pluridisciplinaire reste difficile (les sciences cognitives par exemples sont d’institutionnalisation récente en France), voire impossible. Et pourtant un certain nombre de chercheurs nous alertent depuis de nombreuses années sur cette dérive disciplinaire (Edgard Morin en étant un des plus virulents représentants).

Ainsi donc la question de nouvelles disciplines dans l’enseignement scolaire ne peut se poser uniquement sous la forme de oui ou non, mais d’abord en lien avec le cadre global de l’école. La culture scolaire française a montré depuis longtemps sa résistance partielle avec le B2i si peu mis en place, mais par contre pas avec les TPE qui après une première défiance ont montré qu’il était possible d’aller dans le sens de la pluridisciplinarité. Cependant l’ensemble de l’organisation scolaire française. S’il est vrai que l’obligation des TPE était d’une autre ampleur que celle du B2i, du moins jusqu’à aujourd’hui.

Un autre élément du questionnement concernant ces nouvelles disciplines est celle de leur croisement avec les autres disciplines déjà enseignées. Il suffit de regarder les contenus actuels enseignés pour se rendre compte des croisements qui peuvent facilement se faire entre les contenus disciplinaires par un choix d’objets d’apprentissages pertinents (cf les thèmes de convergence en science au collège). Là encore la résistance est forte. Mais ce que l’on oublie d’observer ce sont les dangers que fait courir ce découpage, ce saucissonnage à la culture générale et aux possibilités d’apprentissage. En effet la dérive actuel invite à spécifier pour chacune des disciplines des compétences spécifiques sans s’inquiéter du lien. Cette technicisation des programmes invite à un repli identitaire des enseignants de chacune des disciplines et sclérose lentement le système. Or la complexité qui est le lot quotidien de chacun de nous devient de plus en plus impénétrable du fait de notre formation initiale qui prone l’analytique plutôt que le systémique, le disciplinaire plutôt que le global. Cette démarche technique, qui pourrait s’assimiler à la discrétisation mathématique (cf B Stiegler), pourrait bien à terme signifier l’impossibilité de faire évoluer le système scolaire.

Oui les TIC ont une place dans le système scolaire, tout comme l’informatique et l’info-doc-com, mais à la condition que la question du découpage disciplinaire soit posée en préalable et que les conséquences pour ces domaines soient . Malheureusement on en est encore à la première démarche : poussez vous, poussez vous… et qui va tomber du lit ??? comme dit la chanson…

A débattre

BD

Quand va-t-on enfin éduquer nos enfants ?

Quel que soit l’environnement des humains au travers des âges, et plus particulièrement celui marqué par les TIC, la question est d’abord d’éduquer !!! Mais pour éduquer il faut savoir, et il faut aussi prendre des risques. Savoir c’est accéder à l’information honnête de la part de ceux qui en ont le pouvoir. Prendre des risques, c’est accepter l’inconnu, l’inattendu et en assumer les conséquences. Malheureusement quelques récentes évolutions des mentalités adultes nous montrent que ni l’un ni l’autre ne sont considéré comme des valeurs éducatives, mais plutôt comme des repères de contrôle.

Ainsi il vaut mieux que les jeunes n’aient pas accès aux savoirs directement, cela trouble l’apprentissage, disent certains. Mais cela trouble surtout le pouvoir de ceux qui sont légitimés par ce savoir. C’est à cause de ces craintes que d’aucun repoussent de plus en plus les TIC dans le monde scolaire.
De même, le principe de précaution, qui mériterait un autre débat que médiatique, tant il est un objet mythique dont la pratique individuelle est loin d’être acquise, est en opposition à la notion de risque. Parce que derrière précaution, il y a peur de la responsabilité, peur d’assumer les conséquences des actes que l’on commet, en écho à cette nouvelle forme de la société du spectacle : « le procès en culpabilité ».

Quels irresponsables sommes nous donc, nous qui avons laissé venir Internet, les téléphones portables, voire même les avons encouragés et qui sommes les premier à demander leur interdiction dans les collèges…. et les écoles.
Quels inconséquents sommes nous de cloisonner des mondes par des règles qui ne s’appliquent pas au monde voisin, sans s’apercevoir que le problème est que les jeunes vivent en même temps dans tous ces mondes. L’école sanctuaire revient au gout du jour !!!

Si je donne un téléphone portable à mon enfant, et qu’ensuite je demande des règles pour que celui-ci ne lui porte pas préjudice alors je suis irresponsable sur un plan éducatif. L’on pourrait ainsi établir une liste impressionnante de ces attitudes paradoxales en éducation.

Car il se pourrait bien que ce soit simplement notre capacité à éduquer qui soit en train de disparaître. Cette hypothèse émerge progressivement dans notre environnement dès lors que l’on écoute un tant soit peu nos congénères. Dans le monde enseignants les choses sont encore plus impressionnantes, tant la schizophrénie guette et tant le grand écart entre ce que je dis et ce que je vis peut prendre une dimension importante.

Revenir aux fondamentaux éducatif ce n’est pas revenir aux façons de faire d’antan. C’est reprendre à son compte d’adulte la « Responsabilité » d’éducation. L’impression qui prévaut actuellement est que l’on est en train de dissoudre la responsabilité éducative et les actions qui en dérivent dans la mise en place de cadres protecteurs que l’on érige autour de soi (ou que l’on demande à nos états). Sans pour autant faire l’éloge de l’individualisme dont on connaît les dangers, ni tomber dans la tentation de l’étatisme dont on a longtemps observer les obscurs desseins, il est nécessaire que les adultes, face à des évènements comme la diffusion des TIC dans la société, s’interrogent sur ce que signifie éduquer dans un tel contexte.

Si l’on n’y prend garde, les machines finiront par éduquer toutes seules nos enfants, les juges seront alors devenus des robots distributeurs de punition et les enseignants des machines à contrôler le savoir… Quant à l’éducation, elle ne sera plus qu’un vieux souvenir du temps ou on avait encore quelques libertés….

A débattre, au moment où l’on est tenté d’interdire avant d’insister pour éduquer …

BD