Mar 12 2017

Éduquer avec le numérique (à voir en ligne)

Plus question de tergiverser : si nous voulons que nos enfants soient libres et capables de prendre en compte l’environnement que nous adultes leur imposons, il est essentiel de les éduquer avec le numérique. Arrêtons d’hésiter, comme le fait l’Éducation Nationale depuis trente ans. Ne laissons pas n’importe qui s’emparer de cette éducation au nom du seul intérêt marchand des officines qui proposent des innovations (ou pas) qui rappellent la difficulté du monde académique à imaginer de nouvelles formes.
Pour voir la conférence qui présente ma réflexion vous pouvez aller ici : http://www.scolanum.fr/bdedu/

Dans le livre « Éduquer avec le numérique » (ESF 2017) que j’ai écrit à partir de mes chroniques publiées depuis 2012 dans les « colonnes » du Café Pédagogique (www.cafepedagogique.net) , chaque vendredi, j’essaie d’approfondir cette question sous différents angles. Ma principale préoccupation est d’amener l’ensemble des acteurs du monde académique à changer définitivement de regard sur ce monde. Au lieu de l’intégrer, c’est à dire de l’adapter à l’école, au lieu de tenter de mettre l’école au service de cette « socialisation généralisée de l’informatique », je propose, comme dans mon livre précédent (« comment le numérique transforme les lieux de savoirs ! » FYP 2012) ou encore du premier (« Multimédiatiser l’école ? » Hachette 1999), de tenter de repenser l’accès aux savoirs dans une société renouvelée dans ses modes d’information et de communication. Tenter de replâtrer, d’adapter, d’intégrer ne sert à rien. Il faut d’abord introduire réellement le numérique dans le monde scolaire et universitaire et en faire une véritable composante du savoir, de sa construction, de sa diffusion de son partage. Autrement dit passer d’une institution de diffusion à une institution de partage.

PS.
Cette vidéo a été fabriquée avec un boitier Ubicast (voir leur site : https://www.ubicast.eu/fr/produits/studio-webinars-streaming-automatique/). A la suite de l’enregistrement, j’ai utilisé le logiciel fourni pour chapitrer la conférence et rendre ainsi plus facile l’accès à tel ou tel point de mon exposé.

Mar 06 2017

Vous rencontrer le 8 mars 2017 à 18 h

Au plaisir d’échanger avec ceux qui pourront venir.

C’est libre, ouvert et gratuit… (CC)

Cordialement

Bruno Devauchelle

 

Mar 03 2017

Pourquoi ils veulent tous défaire l’idée des digital natives ? Ils n’ont jamais existé !!!

Depuis que l’idée de Marc Prensky a été popularisée, nombre de publications se sont emparées de l’idée de « digital natives » pour tenter de la mettre à mal, voir de s’y opposer de manière radicale. Si le propos initial est caricatural, comme l’a montré Jean François Cerisier (http://blogs.univ-poitiers.fr/jf-cerisier/2012/04/22/quand-marc-prensky-enterre-trop-vite-les-digital-natives/) il faut cependant s’intéresser au pourquoi de ces réactions multiples. Il semble qu’il faille s’intéresser à l’imaginaire pour mieux comprendre la question. Nous considérons que l’idée selon laquelle lorsque l’on est « né avec » suffit à dire que l’on sait « faire avec » est une illusion qui perdure depuis nombre d’années. Mais que cette illusion est le reflet d’un rapport au vieillissement, au renouvellement des connaissances et plus généralement au développement de la connaissance humaine assez mal vécu. Car l’observation d’un groupe de jeune et de moins jeunes qui font face à des nouveautés dans leur espace de vie montre que les différences de comportement et d’appropriation de ces nouveautés sont très importants. Dès lors que l’on parle de groupes ou catégories comme les enfants, les jeunes, les adultes, les vieux, on réduit chacun à tous et on efface les différences, au nom, en particulier, d’une vérité statistique (rappelons ici qu’avec des statistiques mal comprises, tous les zèbres sont gris). Uniformiser les autres c’est un moyen d’éviter d’entre plus précisément dans l’analyse. C’est ce que font donc certains travaux de recherche qui, pour tordre le cou à cette idée globale, mettent à jour ces différences. Cet engouement pour la critique des « digital natives » révèle surtout une ignorance de la réalité, que ce soit celle des jeunes ou celle des adultes et des personnes âgées : d’une part les différences sont d’abord un phénomène intrinsèquement humain, d’autre part elles existent et ont été démontrées depuis longtemps. Mais c’est le mythe égalitaire qui, forgé à la suite des lumières, rend difficile à admettre l’idée qu’il ne sert à rien de lutter contre les différences mais qu’il faut lutter contre les inégalités qu’elles génèrent. C’est probablement l’une des raisons de l’échec du modèle scolaire français.

Revenons ici à cette question de l’imaginaire comme instrument de compréhension : En premier lieu l’imaginaire du conflit des générations, ensuite l’imaginaire du progrès technologique, puis l’imaginaire de l’apprentissage des techniques, puis l’imaginaire de l’apprentissage spontané et enfin l’imaginaire de la maîtrise du savoir par les adultes. Cette liste qui n’est pas exhaustive est suffisamment large pour que nous l’examinions point par point.

– Le conflit des générations
Cette rengaine dont on a des traces depuis l’antiquité semble être une constante de l’évolution de l’humain. Le vieillissement est un phénomène naturel dont on voit bien qu’il pose question à tout humain. De Nietzsche à Ray Kurtzweil l’idée d’un humain éternel ou surhumain est valorisé et idéalisé. Plus simplement, et concernant les objets techniques, on ne peut qu’être impressionné par l’attirance qu’ils ont sur les jeunes. Cette attirance se traduit bien sûr par des pratiques et progressivement se construit un discours déjà ancien du dépassement par les jeunes d’un monde construit par les adultes. Ce renversement est d’autant plus mal vécu qu’il renvoie les adultes à leur incompétence proportionnelle à l’aisance des jeunes. Comme nous l’avons dit plus haut, il y a de grandes diversités dans l’appropriation des technologies quelques soient les générations. C’est ce qui explique ces diversités de point de vue. Mais cela soulève la question de l’intention de ceux qui magnifient ou fustigent les compétences des jeunes.

– Le progrès technologique
La science et la technique ont atteint à la fin du XXè siècle un niveau de crédibilité très important. Dans l’imaginaire de chacun, il y a une confiance et une croyance en l’efficacité de la technique jusqu’à résoudre des problèmes humains, à la place des humains, le filtrage automatique des fausses informations étant le dernier avatar. Les jeunes, mis devant les faits s’en emparent a priori sans crainte c’est bien ce qui impressionne des adultes qui voient certes des avantages, mais aussi des dangers au déploiement irraisonné de ces technologies. Evoquons ici la robotisation et les objets connectés comme questionnement en émergence. Pourtant certains adultes, concepteurs de ces produits, pensent que les jeunes ne les maîtrisent pas. Ceci est probablement vrai, mais n’est-ce pas aussi une idéalisation du bon usage qui ne peut se faire qu’en suivant le mode d’emploi fait pas les adultes ?

– L’apprentissage des techniques
Dans une société qui, dans le monde scolaire, a longtemps valorisé les humanités puis les abstractions mathématiques, l’apprentissage des techniques est souvent considéré comme de « bas niveau ». Une sorte de mépris, parfois, qui dévalorise cet apprentissage. Ce qui surprend l’adulte c’est l’habileté du jeune, ou du moins de la plupart d’entre eux, face à ces apprentissages. Cette habileté s’exprime d’ailleurs avant le langage lui-même, comme on peut le constater chez les tous petits. La fascination face à ces habiletés, ce qui a amené à parler des digital natives, a en contrepoint généré une défiance face à ces habiletés, surtout dans le monde scolaire, académique. C’est une des sources de cette mise en cause de la manière dont les jeunes prennent en main ces techniques et les maîtrisent. On dit qu’ils savent faire des choses, mais pas bien, ou de manière insuffisante. Ceci tend à renforcer la critique des adultes qui oublient souvent que les apprentissages techniques sont très souvent des apprentissages contextualisés et donc limités.

– L’apprentissage spontané
Une autre dimension traverse l’imaginaire collectif, celui de l’apprentissage spontané. En réalité, cette idée vient surtout du fait que l’on ne s’est pas aperçu qu’il y avait un processus d’apprentissage, on le l’a pas vu. Pour qui observe de près ce qu’est apprendre, on s’aperçoit qu’il y a des effets de maturation qui se révèlent au travers de franchissement brusque de seuils. D’un seul coup on a l’impression que l’enfant sait, a appris, parce que l’on voit le produit de cet apprentissage. Mais si l’on s’intéresse de plus près au processus apprendre, on s’aperçoit qu’il associe de multiples activités visibles et invisibles, ou même inconscientes. Dans un autre registre, un enfant qui imite ne le montre pas. Il regarde attentivement la situation, en capte les éléments qui l’intéressent pour à un moment les réutiliser, les ayant appris.

– l’imaginaire de la maîtrise du savoir
Nombre d’adultes, même s’ils diront le contraire devant témoins, ont une conception de leur maîtrise du savoir qui leur rend difficile la reconnaissance de celle des autres. C’est encore plus vrai quand la position instituée (enseignant, expert, savant etc.) attribue a priori cette maîtrise à celui qui est « labellisé ». Il n’est donc pas étonnant que l’habilité de jeunes face à des techniques surprenne l’adulte et le mette mal à l’aise car mettant en cause la posture instituée. De même dans un système d’enseignement normé, un seuil de maîtrise du savoir est fixé indépendamment des apprenants et dont les enseignants ont la charge. Ce conflit de « maîtrise du savoir » est bien sûr inquiétant et renvoie chacun à son propre rapport imaginaire au savoir.

La popularisation de l’expression « digital natives » s’appuie sur ces éléments imaginaires. Les critiques de cette expression et de son incarnation n’échappent pas non plus à ces dimensions de l’imaginaire. C’est un des biais souvent rencontré mais peu mis à jour dans nombre de recherches menées sur le sujet. En préjugeant d’une maîtrise idéalisée définie parfois par des référentiels mais rarement par des indicateurs précis, les adultes disqualifient a priori toute compétence globale chez les jeunes. En quelque sorte on fixe la barre de la maîtrise si haute qu’on en oublie que cette hauteur est en soi la disqualification de l’autre. Cette manière de faire est souvent inconsciente. Au cours d’échanges avec plusieurs collègues sur ce thème, nous avons eu beaucoup de mal à faire admettre la nécessité d’une explicitation des repères à partir desquels on évalue la maîtrise. On dira que l’on casse le thermomètre pour éviter de mesurer la température ! mais à contrario on pourra dire qu’en créant un thermomètre on choisit les repères et qu’on les impose à celui à qui on applique la mesure de température. Pour le dire autrement, comme pour les tests de QI, tu es intelligent parce que mon test le montre… change le test et tu seras beaucoup moins intelligent. C’est un peu ce qui se passe quand un brillant élève de classe Terminale se retrouve avec une très mauvaise évaluation en classe prépa… Sans les idéaliser, ne négligeons pas les compétences des jeunes, même si nous adultes, éducateurs, enseignants n’y sommes pas pour grand-chose…

A suivre et à débattre

BD

Fév 27 2017

A lire… un projet pour le numérique éducatif du XXIe siècle ?

Après avoir fondé « le livre scolaire.fr » nouveau venu dans le champ des manuels scolaires en proposant un modèle de conception participative, François Xavier Hussherr a créé Gutenberg Technology. Cette entreprise se consacre au lien entre monde numérique et monde de l’apprentissage autour des outils de conception d’e-learning et de leur mise en œuvre en s’appuyant aussi sur les évolutions dans le domaine de l’adaptive learning. Avec son épouse Cécile, agrégée, docteur et enseignante de lettres, ils publient un livre dont l’ambition est de proposer d’engager une évolution assez radicale du modèle éducatif. L’argument principal qui fonde leur réflexion est la place prise pas la digitalisation de la plupart des activités de notre quotidien. Leur propos est de dégager, à partir de tendances fortes, présentées dans la première partie de l’ouvrage, des axes de travail pour faire évoluer l’éducation. Même si certains y verront la main du libéralisme et de la privatisation du monde scolaire, il est toujours intéressant de tenter de comprendre les arguments qui viennent du dehors du monde scolaire (en partie).

Il faut, pour éclairer le lecteur, diviser le livre en deux parties. La première est consacrée aux formées émergentes d’usage du numérique en éducation. De la neuroéducation à la classe inversée, de l’autonomie de l’élève à la personnalisation de l’enseignement, les auteurs nous font entrer dans ce qu’ils appellent dans un chapitre qui conclue cette première partie « le professeur du XXIe siècle). Basé sur plusieurs exemples et références prises aussi bien dans la pratique enseignante que dans des travaux de recherche, en pédagogie ou en informatique, l’argument principal est celui de la prise en compte des pratiques émergentes, classes inversées, différenciation, personnalisation, enseignement adaptatif. Il s’agit de montrer combien cette montée en puissance est le signal d’un changement que le monde éducatif ne peut plus ignorer, à commencer par ses décideurs.
La deuxième partie de l’ouvrage démarre en posant la question de la privatisation de l’éducation (sans pour autant la défendre en tant que telle) et en exprimant la question du financement de l’éducation. Evoquant le plan numérique gouvernemental, tout en reconnaissant le bien fondé du projet, les auteurs mettent en évidence qu’il sera « toujours » insuffisant. Cela parce que les modèles de financement du système scolaire sont désormais obsolètes face à d’autres systèmes émergents dans le monde. Sans développer l’idée d’une nécessaire privatisation de l’école, la proposition est une ouverture à un modèle plus souple. Cela ne manquera pas de faire réagir dans différents cénacles.
C’est autour de la question du BYOD que les auteurs vont amener progressivement leurs 12 propositions qui concluent leur ouvrage. La plus surprenante de ces propositions est celle qui les présente toutes et les englobe : celle d’un appel au référendum et à la prise en main, par les citoyens du destin numérique de l’école : « il est important que cette démarche soit un exemple de démocratie participative » (p.167). Viennent alors les propositions qui vont des plus classiques, formation, équipement, infrastructures au plus risquées, BYOD, modification de l’encadrement du contrôle du privé. Et bien sûr sans oublier les classiques incitations au développement de la filière industrielle de l’informatique en direction de l’éducation et l’enseignement renforcé de l’informatique et du numérique dans le monde scolaire.

Il ne faut pas oublier, dans cet ensemble de propos, l’importance que les deux auteurs accordent à la question du handicap et de ses diverses formes. Il s’agit de prendre en compte les troubles de l’apprentissage et en particulier les dyslexies, dyscalculies etc… Ils voient dans les moyens numériques une aide précieuse qu’il faudrait renforcer et développer en s’appuyant, entre autres sur la recherche.

Dans la conclusion, il est question de changement et surtout de volonté de changement. Voulant en montrer la nécessité, François Xavier et Cécile Hussherr invitent les décideurs à « engager une réforme en profondeur ». Cette volonté doit inclure en particulier la volonté de réduire dans et par le système scolaire toutes les formes d’inégalités. Même si cette proposition, et toutes celles de ce livre peuvent sembler aller de soi, on peut faire l’hypothèse qu’elles resteront encore quelques temps dans les tiroirs, tant les statistiques démontrent que l’actuel système scolaire est persistant dans son incapacité à faire face à ce problème. L’idée d’en appeler au référendum et au vote citoyen peut sembler surprenante, mais on sent bien qu’il y a là aussi un appel à la réconciliation entre l’école et ses usagers, l’utilisation quotidienne des moyens numériques semblant montrer qu’on en est de plus en plus loin si on les ignore.

François Xavier Hussherr et Cécile Hussherr
Construire le modèle éducatif du 21è siècle, les promesses de la digitalisation et les nouveaux modes d’apprentissage, FYP, 2017, 191p.

Fév 22 2017

Difficile d’inventer le futur…

Thot Cursus signale ce 21 février la publication d’un document sur le futur de l’école : « Rapport-bilan FuturEduc : imaginer l’école pour tous à l’ère numérique« . On sent que nombre d’organismes, institutions et associations sont tentées de cette vision du futur, comme l’a proposé l’IFE pour l’enseignement supérieur il y a plusieurs mois ou l’exercice EDUMIX qui a eu lieu il y a quinze jour à Venissieux.

Mais inventer l’avenir c’est aussi tenter d’orienter le présent. En effet,devant l’habituelle angoisse de l’avenir dont la science fiction est un représentant honorable, chacun tente d’imaginer ce que sera le futur avec aussi un autre dessein : ne pas être dépassé, ne pas se laisser surprendre. Mais l’histoire a tendance à bégayer et avant de vouloir à tout prix imaginer l’avenir, il est parfois intéressant de relire ce qui a été dit et écrit au cours de l’histoire sur ce sujet. Ainsi le fameux « 1984 » de George Orwell, ou encore bien d’autres tentatives comme celle se Steven Spielberg avec « Minority Report ». Il faut aussi penser à René Barjavel et plusieurs de ces écrits qui sont étonnants dans leur vision du futur.

Une fois que l’on a une vision du futur, on tente de préconiser le présent et en particulier celui de ce qu’il convient de proposer aux jeunes. C’est justement le propos de FuturEduc qui entend proposer des axes de travail à privilégier pour l’école d’aujourd’hui. La lecture de ce travail laisse le lecteur sur sa faim à beaucoup de points de vue. Il en est un qui nous semble devoir être signalé, c’est encore une fois cette absence de référence à ce qui s’est écrit dans le passé. Pourquoi ? Parce que cela aurait permis de dégager constantes et variables, essais et erreurs etc… Donner l’impression qu’on imagine l’avenir ne doit jamais cacher qu’on s’appuie d’abord sur ce  que l’on a accumulé en soi au cours des années.

J’ai pu le vérifier en comparant ce qui est écrit dans ce rapport et ce que, nous-même avions écrit à la fin des années 1990. Il est intéressant d’y trouver des similarités avec ce que l’on peut lire aujourd’hui. Non il ne s’agit pas de plagiat. Il s’agit plutôt du bégaiement de la pensée prospective. Nous avions ravivé ce texte en 2015, étonné déjà de voir l’amnésie ou plutôt l’ignorance de ce que l’on percevait déjà à ce moment là.

Plus qu’une critique, il s’agit ici de signaler l’importance qu’il y a à repérer dans l’histoire les signaux des évolutions en cours. Pour ce faire, relire les auteurs passés n’est pas inutile. Ainsi en pédagogie en est-il de même. Certes on ne peut pas tout connaître et tout lire. Mais il faut rester vigilant sur ce que les uns et les autres écrivent et sur ce que nous même proposons. A force d’innovations, d’inventions, de prospective, on risque d’en oublier les lenteurs, les inerties mais aussi les constantes, les régularités, les stabilités qui sont aussi porteuses de dimensions positives. On le voit d’autant mieux en ce moment en analysant les « replis sur soi » qui se développent dans  notre environnement social à l’échelle mondiale. Pourquoi sommes nous tentés par ces ilots communautaristes et protecteur ? Probablement parce que l’avenir nous fait peur. Mais il nous fait peut à cause de l’image que nous avons de notre présent. Image souvent partielle et tronquée. Image d’abord subjective….

Du coup l’intérêt de ces exercices de prospective est bien sûr de nous inviter à inventer l’avenir et aussi d’orienter le présent. Mais il serait dommage que ces exercices ignorent les leçons de l’histoire. On pourra réentendre avec plaisir la leçon inaugurale au collège de France de Patrick Boucheron « ce que peut l’histoire« .

A suivre et à débattre

BD

Ci dessous les liens (cliquables dans le texte)

 

  • http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/28588/rapport-bilan-futureduc-imaginer-ecole-pour/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+ThotCursus+%28Thot+Cursus+-+Articles%29#.WK1BM39Qmip
  • http://reseau.fing.org/p/futureduc
  • https://edupass.hypotheses.org/950
  • http://www.edumix.fr/
  • http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=1780
  • http://www.college-de-france.fr/site/patrick-boucheron/inaugural-lecture-2015-12-17-18h00.htm

Fév 12 2017

Conférence à partir de mon livre le 8 mars à Lyon

Si vous êtes disponible et sur Lyon, nous vous accueillerons avec plaisir.

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Bruno Devauchelle

Jan 12 2017

Après l’annonce, les faits : il est en librairie

Même si certains diront que je fais de la publicité, je me permets de vous indiquer que mon livre « Eduquer avec le numérique » est désormais en librairie. Donc si vous n’avez pas voulu utiliser l’opportunité de l’acheter avec l’adhésion au café pédagogique, vous pourrez vous rattraper en allant soutenir les libraires et les éditeurs au travers d’un achat de livre (15 euros).

Ecrire, c’est choisir d’être lu, c’est aussi vouloir partager son point de vue, il est donc logique que l’on essaie de le faire savoir au plus grand nombre.

Déc 25 2016

Quand la photo arrête le temps…

A voir l’engouement actuel pour la photo et la petite vidéo plusieurs questions viennent à l’esprit. Qu’est-ce que l’on photographie ? Que fait-on de ces images ? Pourquoi les fait-on circuler sur les réseaux sociaux numériques ? Comme cet engouement pour ce média ne fait que s’amplifier au fur et à mesure des techniques nouvelles et qu’elles les rendent désormais accessibles à chacun, les questions sont plus nombreuses et plus larges. Quand un évènement se produit, les smartphones sortent des poches. D’un seul coup les photos et les vidéos sont dans la boite, quand elles ne sont pas directement diffusées sur Internet. Mais ce qui impressionne c’est que la photographie et la vidéo qui ont été longtemps un art(isanat) de professionnel sont devenues une pratique sociale généralisée, transformant peu à peu notre relation à l’image mais aussi au temps.

Quand vous visitez certains musées, vous découvrez des galeries de portraits ou d’autoportraits parfois très précis, faisant penser à des photos. D’ailleurs certains peintres ne s’y sont pas trompés qui ont critiqué la photo comme concurrent de leur art. Le portrait peint était un moyen de figer pour longtemps une représentation de soi la plus fidèle possible, ou du moins à l’image que l’on souhaitait donner de soi. L’arrivée de la photographie a changé la donne : difficile de tromper l’observateur, la photo ne transforme pas beaucoup, au début, ce, celui ou celle qui est photographié. C’est surtout la technique utilisée qui la transforme. La retouche et le trucage ne tarderont pas à arriver, vieux ancêtres de la retouche numérique d’aujourd’hui, surtout quand il s’agit de se valoriser. Premier point important donc : le portrait est d’abord une reconstruction de soi

Les selfies, autoportraits ou egoportraits, s’inscrivent dans cette dynamique des photos de soi, des portraits qui jadis étaient un passage obligé du jeune communiant ou des mariés. Désormais se prendre en photo est non seulement une représentation de soi, mais aussi un acte social. Rejoignant les portraits de jadis, le selfie s’inscrit dans une forme de socialité. La photo de groupe prise lors d’un mariage permettait de rappeler l’existence du groupe relationnel auquel on était attaché, c’est désormais la circulation du selfie sur les réseaux sociaux qui assure une fonction proche. Pour soi comme pour son entourage, le portrait individuel ou à plusieurs enrichit la relation. Deuxième point important : la photo de soi (seul ou à plusieurs) est un acte social et pas seulement un acte mémoriel

Robert Doisneau, dont la réputation dépasse largement nos frontières, a fait passer dans notre imaginaire des images signifiante et pourtant, pour la plupart, construite. Pour le dire autrement, il a été capable de nous faire croire à la spontanéité d’images pourtant posées. Cette maîtrise exceptionnelle de la prise de vue s’appuie sur une manière personnelle de regarder le monde. Son humour dont on peut avoir le témoignage dans les courriers à Maurice Baquet (J’attends toujours le printemps, Acte Sud 1996) n’a d’égal que la lucidité de son regard qui transparait dans ses photographies. Chacun de nous, derrière notre viseur ou ce qu’il est devenu avec le numérique, regarde le monde avec ce qu’il est. Troisième point important : la photographie est une construction de soi, de son regard sur le monde, des objets photographiés.

Notre manie de prendre des photos ou des vidéos a, avec le numérique, trouvé de quoi s’alimenter. Est-ce une obsession cachée en chacun de nous ? Aurions-nous besoin de figer le présent pour le faire entrer dans le passé ? Autrement dit avons intimement ce besoin de laisser des traces ou au moins de garder des traces. Les historiens sont heureux de toutes les traces qu’ils peuvent utiliser pour tenter de rendre présent le passé. Si la pierre, le papier, la toile sont des supports plus ou moins durables, le numérique le serait moins semble-t-il. Mais l’histoire nous enseigne que les traces qui restent ne doivent pas nous faire oublier (ignorer) celles qui ont été détruites au cours du temps, bien plus nombreuses. Il ne suffit pas de prendre une photo, de faire une vidéo pour que celle-ci devienne une trace durable. Quatrième point important : les traces que nous gardons ne sont rien en regard de celles qui disparaissent.

Cependant, chacun se reconnait dans cette remarque coutumière : « je le garde, on ne sait jamais, ce sera peut-être utile plus tard ». C’est vrai pour de nombreux objets, les collections de photos et diapos d’antan font place au disques durs ou au nuage (cloud). C’est ce rapport au temps qui semble important : lorsque je sors mon smartphone pour faire une photo, je suis dans le présent. Mais prendre la photo ou la vidéo, c’est se projeter dans le futur, on pourra les réutiliser. C’est aussi se garantir le passé, on pourra se souvenir, se rappeler les moments captés. Certains en viennent à penser qu’on rate le présent quand on est dans un évènement et qu’on est obsessionnellement derrière son smartphone à fabriquer une trace. Cinquième point important : Photos et vidéos changent notre rapport au temps et pas seulement au présent.

Les jeunes utilisent de plus en plus les écrans. Le rapport de l’enquête faite par le Credoc chaque année ne comporte malheureusement aucune information sur la prise de vue photo et vidéo. On trouve peu voire pas d’enquête fiable sur ces pratiques dans la société et encore moins pour les jeunes. L’enquête du Credoc ne s’intéresse qu’aux écrits courts instantanés et pas aux photos et vidéos qui, pourtant, sont maintenant aussi diffusés de la même manière (SMS, réseaux sociaux numériques). La construction du rapport au réel est très tôt une interrogation qui se pose quand on voit la fascination des tout petits pour ces écrans. Ils regardent les photos, contactent leurs proche par des outils de visio-conférence, très vite ils prennent des photos et des vidéos. Le monde scolaire est là-dessus très frileux. La prééminence de l’écrit sur l’image est très pesante et l’incitation à l’éducation aux médias et à l’information (EMI) cache le plus souvent la question du rapport à soi dans l’image. Il cache aussi grandement la dimension socialisatrice de l’image et en particulier de l’image de soi. Sixième point important : la photo ou la vidéo sont désormais des éléments de la construction de soi

L’apprentissage du temps, du rapport au temps et sa gestion tout au long de la vie sont un élément essentiel du développement humain. Les médiations nouvelles permises par les techniques numériques les transforment de manière significative. Présent, passé et futur, sont « pris en otage » par les traces que chacun de nous peut fabriquer. Comme nous avons essayé de le montrer, le temps est indissociable de la construction de soi. L’omniprésence de la photo et de la vidéo dans nos vies quotidiennes est en train de faire évoluer rapidement ce processus d’élaboration par la modification des repères temporaux et aussi spatiaux. Bien avant de revendiquer une énième « éducation à », il est nécessaire de travailler à une prise de conscience collective de l’impact de ces pratiques nouvelles sur chacun de nous et donc sur le collectif. Ce travail est naissant. Le monde scolaire qui a pourtant depuis longtemps évoqué l’éducation à l’image ne semble pas mesuré l’importance de ce phénomène. Pris dans l’engouement du moment pour les matériels (tablettes, smartphones et autres objets connectés), on délaisse la compréhension fine des usages alors que ce sont eux qui sont à la base de la société en évolution. Temps et image sont de plus en plus indissociables, il est temps que les éducateurs (parents, enseignants et autres) le prennent en compte.

A suivre et à débattre
BD

Déc 23 2016

« Éduquer avec le numérique »

Mon troisième livre sort le 2 janvier, il sera dans les bacs des libraires le 12 janvier.

Pour se le procurer allez sur le site du « Café Pédagogogique« , il est offert pour toute adhésion à l’association CIIP qui le porte et dont je suis l’actuel président. Les éditions ESF Sciences Humaines ont effectué un beau travail de relecture et de mise en forme qu’il faut saluer et remercier.  Le livre est aussi accessible en commande sur leur site.

Merci aussi à Philippe Meirieu qui a souhaité cette publication et l’a préfacée.

Merci à François Jarraud, rédacteur en chef du Café Pédagogique qui accueille chaque vendredi ma rubrique sur les TIC en éducation dans l’expresso.

Ci-dessous la couverture :

 

Déc 22 2016

Les usages « ordinaires » du numérique sont au cœur de l’évolution des pratiques des enseignants

A l’occasion du salon de l’éducation, la société Econocom a souhaité publier des interviews de « spécialistes » du numérique en éducation en réponse à l’interrogation du directeur exécutif de leur groupe : « Comment rendre réelle et massive, l’entrée du numérique dans nos écoles ? » . Mon interview a été publiée en ligne ici : https://www.digitalforallnow.com/bruno-devauchelle-education-usages-numeriques-enseignants/

Cependant ce texte ayant été « ajusté » pour des raisons éditoriales, j’ai souhaité publier le document dans son intégralité. En accord avec la société, voici donc le document complet (rédigé par Fleur Boure à partir d’une interview téléphonique).

Usages expérimentaux vs. usages ordinaires

Quels sont les avantages de l’utilisation des outils numériques en classe ?

Avant de répondre à cette question, il faut commencer par distinguer deux grandes catégories : les usages innovants, ou expérimentaux, et les usages ordinaires. Ces derniers sont souvent mis de côté par les média alors qu’ils sont les moteurs fondamentaux de l’évolution pour les enseignants : aujourd’hui, un grand nombre d’entre eux ont fait évoluer une partie de leur façon de travailler à l’aide des outils numériques.

Avant les outils numériques, nous étions contraints par les manuels scolaires, les systèmes de reprographie et de projection en classe. Le premier usage ordinaire que l’on peut donc citer, c’est l’amélioration des supports, qu’il s’agisse des supports visuels diffusés dans la classe, des supports papier remis aux étudiants ou des supports mis en ligne sur différents espaces de partage, internes à l’établissement ou non.

Le deuxième avantage, c’est l’enrichissement des sources d’information. L’enseignant n’est plus limité à son espace documentaire ou à celui de l’établissement. Le fait de disposer d’un espace d’information beaucoup plus large peut lui permettre, s’il le souhaite et s’il en a la capacité, de compléter les contenus de son cours.

Enfin, le troisième avantage que l’on observe dans les pratiques ordinaires et qui est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense, c’est l’adoption par les enseignants d’une culture de la communication qui leur permet d’osciller entre les messageries électroniques, les réseaux sociaux, les environnements numériques de travail ou d’autres outils.

Après, pour les enseignants expérimentateurs, beaucoup d’autres usages se mettent en place. Les premiers ne sont pas vraiment nouveaux. Par exemple, tout ce qui relève de la correspondance scolaire et se faisait par papier, prend désormais des tours différents avec les nouveaux moyens de communication et la coopération entre classes à distance ou l’utilisation des réseaux sociaux pour enrichir l’interactivité et l’interaction, à l’intérieur de la classe ou avec des intervenants tiers. Une autre aide très forte apportée par le numérique, c’est la possibilité de faire produire des images, du texte ou des supports par les élèves.  Depuis très longtemps, les enseignants leur font faire des exposés et des recherches, avec le numérique, cela prend une dimension différente.

De temps en temps, des outils un peu particuliers émergent. En ce moment, on parle beaucoup de mind mapping (carte heuristique). Ce n’est pas particulièrement récent, mais cela prend de l’essor, d’abord chez les enseignants innovants, avant de se diffuser chez les autres.

S’affranchir de l’exposé magistral du professeur

On va encore plus loin quand on entre dans le cadre de l’enseignement assisté par ordinateur, pour le dire très frugalement. Cela peut aller du webdoc à l’application multimédia, en passant par la classe inversée ou les supports vidéo… En fait, les outils numériques permettent de s’affranchir de la situation de l’exposé effectué par le professeur.

Là où le numérique trouve ses limites, ce n’est pas tellement dans la technique – même si elle peut être limitative – mais dans l’institution elle-même.

Quand un professeur d’arts plastiques dispose d’une heure de cours par semaine au collège, il doit faire son cours sur cette heure et n’a pas la possibilité d’en regrouper plusieurs. Dans ce cas, comment peut-il mettre en place des stratégies durables pour intégrer le numérique avec, par exemple, de la recherche d’information ou du retravail d’images ? Que ce soit avec des crayons et du papier ou avec un ordinateur, pour l’approfondissement du travail, une heure, c’est insuffisant. L’organisation scolaire est presque en opposition avec certaines potentialités du numérique. Les enseignants renvoient donc au hors classe : les élèves les plus appliqués avancent en dehors des heures de cours et les autres, malheureusement, ne le font pas. C’est un des inconvénients de l’usage du numérique quand il n’est pas piloté :  certains élèves sont donc très peu autonomes dans leurs apprentissages.

Savoir Accepter l’incertitude et l’inattendu

Q – L’adoption – ou non – des outils numériques par les enseignants est-elle liée à leur âge ?

La question n’est pas celle de l’âge mais de la disposition d’esprit. Quand un enseignant est en classe avec les élèves et s’aperçoit que l’apprentissage ne se fait pas, il peut se dire que les élèves sont nuls et qu’il n’y a rien à en tirer ou comprendre qu’il faut transformer ce qu’il fait. Dans ce second cas, c’est gagné d’avance.

Il faut avoir cette double capacité à améliorer ses contenus et à s’adapter aux élèves pour faire en sorte qu’ils puissent obtenir le meilleur de soi-même. Et cela dépend du regard que l’on a sur les élèves mais aussi sur soi. Certains enseignants, en particulier ceux qui sont les plus fragiles dans leur identité personnelle, doivent se rassurer avec des règles, beaucoup d’organisation et de longues préparations. D’autres sont plus à l’aise et peuvent improviser au moment où ils sentent qu’ils en ont besoin.

« Il faut être capable d’accepter l’incertitude et l’inattendu dans la classe pour inventer des solutions adaptées… C’est comme ça que l’on porte l’innovation. »

Bien sûr, 80% à 90% des enseignants cherchent à améliorer leur enseignement. Sauf que l’on ne montre pas toutes ces petites adaptations quotidiennes. Si, dans les établissements scolaires, on valorisait ces petits pas, davantage d’enseignants intégreraient le numérique.

« On montre toujours les bonnes pratiques, mais prenons aussi parfois des petites choses en exemple. Quand un enseignant utilise une vidéo en classe alors qu’il ne l’a jamais fait auparavant, qu’il va la chercher, la prépare, la montre à ses élèves, il se met en danger et franchit un pas. »

Des résistances ancrées dans l’inconscient collectif

Q – Rencontrez-vous parfois des résistances au numérique du côté des parents d’élèves ?

Les reproches que l’on peut entendre à propos de la tablette ou de l’utilisation d’Internet sont profondément ancrés dans l’inconscient collectif. Un collègue, qui fait beaucoup de classe inversée ou dialoguée, m’a raconté qu’une étudiante est venue lui demander si, sur ses trois heures de classe, il pouvait en instaurer une où « il fait cours ». Bien sûr, il fait cours tout le temps, mais elle voulait un moment où il lui dise ce qu’il faut qu’elle sache. Cela illustre l’écart entre la représentation sociale de ce qu’est apprendre aujourd’hui et ce que l’on peut faire pour réellement apprendre.

Cette question est aussi biaisée par un autre problème, celui de l’évaluation qui est intimement lié au principe d’économie. Dans un système donné, les élèves vont essayer d’obtenir le meilleur résultat en en faisant le moins possible. C’est normal, le cerveau fonctionne comme ça. Quand un élève sait que pour réussir un examen, il vaut mieux qu’il suive un cours magistral plutôt que d’essayer d’avoir une réflexion, il va naturellement demander qu’on lui fasse un cours magistral.

Pour prolonger un peu le sujet, il est intéressant d’observer le déploiement de l’usage des smartphones dans les classes, en particulier au lycée. Pour les enseignants qui ont choisi d’autoriser leurs élèves à les utiliser en classe (avec pertinence !), savoir s’ils vont aller sur Internet ou sur Facebook n’est pas un problème pour peu que l’activité pédagogique dirige réellement leur attention. Les élèves s’empressent d’aller sur Facebook quand ils perdent le sens et l’intérêt de ce qu’ils apprennent. Autoriser l’utilisation du smartphone permet de montrer qu’il apporte autre chose que Facebook et fait retomber l’émulation qui pousse les élèves à se cacher pour aller sur Internet.

Mais, dans toutes les expérimentations qu’on a menées, en présence ou à distance, on retrouve systématiquement le cas de l’élève qui ne rentre pas dans l’apprentissage scolaire. Que ça soit avec des moyens numériques ou non, il y aura toujours des dérives : tant que le modèle de scolaire ne changera pas, il y aura toujours des élèves pour râler.

« L’innovation ne vaut que si elle est partagée par tous »

Pour surmonter ces résistances, il faut donc mettre davantage en avant les « petits pas ordinaires » ?

Il faut montrer ces usages ordinaires et les rendre acceptables dans les établissements scolaires. Un collègue, qui explore les liens du numérique avec l’enseignement des lettres au lycée, m’a dit un jour qu’il était seul dans son établissement, que les autres enseignants n’avançaient pas. C’est un exemple parmi d’autres.

L’innovation ne vaut que si elle est partagée par tous. Quand Laurence Juin a initié les premières twittclasses, elle a fait le tour du monde pour en parler et a essaimé un peu partout… Mais, au final, ça touche moins de 10% des enseignants.

« Il faut que les chefs d’établissement et le management d’académie, dans le privé comme dans le public, valorisent ces pratiques numériques. Il ne s’agit pas d’en faire des objets magiques mais de vraies évolutions. »

Former au plus près de la réalité du terrain

Quels conseils pourriez-vous donner à un chef d’établissement pour mieux accompagner le déploiement d’outils numériques ?

La formation est importante, mais attention à ce que l’on met dedans. Souvent, c’est assimilé à une journée de stage au cours de laquelle un intervenant vient dire ce qu’il faut faire. Or la formation, en particulier avec le numérique, passe aussi par la mise en action. Il y a un danger à former l’enseignant dans un lieu où le matériel est hyper performant puisque, quand il va revenir dans son établissement scolaire, il peut se dire « chez moi, ça ne marche pas ». Il faut articuler des sorties ponctuelles, pour montrer l’étendue des possibles, et une formation au plus près de la réalité du quotidien.

Le ministère de l’Education nationale apporte des supports, comme le réseau Canopé, mais il faut les utiliser au plus près du terrain. Si on veut aider un établissement à avancer, il faut une vraie stratégie d’accompagnement de proximité.

Un exemple de réussite, c’est le déploiement et l’utilisation des logiciels d’orientation, de notation ou de gestion de la vie scolaire, qui a favorisé un élan d’acculturation au numérique et la mise en place de petites stratégies d’autoformation.

« L’utilisation de logiciels de toutes sortes est entrée dans les mœurs. La dimension pédagogique du numérique reste le dernier espace un peu obscur dans lequel l’enseignant peut encore choisir ce qu’il fait. Il faut l’épauler pour qu’il soit le plus à l’aise possible sur le sujet mais, malheureusement, le monde scolaire dans sa forme actuelle n’est pas forcément adapté à ça. »

Réconcilier le « dans l’école » et le « hors l’école »

Un basculement est en train de s’opérer : d’un côté, les élèves et les enseignants sont hyper équipés ; de l’autre, les établissements ne disposent pas d’assez de moyens. Il y a un vrai problème d’accompagnement de proximité des élèves, pour les aider à développer des pratiques un peu différentes de celles qu’ils ont au quotidien, et des enseignants, qui doivent être rassurés.

« Il faut réconcilier le « dans l’école«  et le « hors l’école« , pour les élèves comme pour les enseignants. Il ne s’agit pas d’assujettir l’un à l’autre, mais de faire en sorte qu’il y ait une compréhension mutuelle. »