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Y a-t-il de nouvelles pédagogies avec les TIC ?

Trois questions ont ponctué quelques échanges récents (parfois vifs) avec des groupes d’enseignants qui travaillent sur « l’intégration des TIC » dans l’enseignement au sein de leur établissement scolaire :

1 – Peut-on encore parler dans le domaine des TIC en éducation, « d’intégration », ne faut-il pas préférer le terme beaucoup plus simple de « présence » ?
2 – Les TIC sont elles à la source de nouvelles pédagogies ?
3 – Est-ce que ces TIC ne sont qu’un outil ?

1 – J’ai moi même jeté la première question au débat, tant il me semblait que les discours sur l’intégration des TIC en éducation me paraîssait vain en regard de nombreuses réalités tangibles du quotidien scolaire. Le terme intégration, souvent employé à propos des question d’immigration me paraît contradictoire avec l’objectif visé, presque un oxymore ! Le dictionnaire du CNRS définit ainsi « intégration  » : « incorporer un ou plusieurs éléments étrangers à un ensemble constitué et d’assembler des éléments divers afin d’en constituer un tout organique », un peu plus loin dans le domaine sociologique ce même dictionnaire parle de « Phase  où les éléments d’origine étrangère  sont complètement assimilés au sein de la nation… ». Le mot qui est commun a ces deux définitions est le mot « étranger », et l’idée commune est qu’un corps « constitué assimile pour faire un corps organique ». Cela peut ainsi être relu, en poussant un peu l’interprétation à l’idée que l’intégration c’est l’adaptation de l’objet externe au corps constitué. Il n’est en aucun cas question de mutation du corps d’origine en lien avec l’objet extérieur, ici considéré comme étranger.
Ce contournement conceptuel n’a d’autre but que de sensibiliser à une question de vocabulaire qui est porteuse de sens et que l’on peut traduire ainsi de manière provocatrice : n’est-ce pas parce que l’idée d’intégration entretient l’idée d’étrangeté que les TIC ne parviennent pas à trouver une place dans le monde scolaire. Autrement dit, parce qu’étranger, c’est à lui de s’intégrer, donc de s’adapter. Or il semble bien que les TIC aillent majoritairement à l’encontre de cela. G Jacquinot écrivait jadis que l’arrivée des TIC en éducation réveillait d’abord l’envie des pratiques pédagogiques les plus archaïques. Le débat sur les TBI, renommés parfois TNI (pourquoi d’ailleurs) est en partie là, est-ce qu’ils permettent cette fameuse intégration ou est-ce qu’ils permette une mutation. On le sent bien, les discours sur le TBI montrent que l’on est dans le domaine de cette intégration qui oblige l’étranger à accepter les cades de la communauté constituée, en quelque sorte l’intégration c’est quand l’étranger à intégré les codes du milieu hote (on pourrait faire la même critique aux tenants d’une informatique comme discipline scolaire). En tout cas l’usage du terme intégration devrait être désormais bâni des discours car il ne permettra pas la véritable présence des TIC en éducation, celle qui relève du processus d’instrumentalisation, d’appropriation, de métissage, qui, sur un plan  anthropologique est bien identifié comme processus d’humanisation, bref le propre même de l’éducation.

2 – Au cours des échanges avec les enseignant d’un établissement, alors que je venais de parler des pédagogies favorisant l’intégration des TIC, j’ai été pris à partie par une enseignante, par ailleurs formatrice des collègues de sa discipline : « mais ce ne sont pas de nouvelles pédagogies ? » Heureusement, elle n’a pas ajouté, (ou je ne l’ai pas entendu), « tout cela on le fait déjà » (mais c’était pas loin). Il est intéressant de voir que lorsque l’on parle des TIC on imagine de nouvelles pédagogies. Reprenons un peu l’histoire de la pédagogie et en particulier la naissance des idées de Célestin Freinet. On repère que l’innovation majeure de Freinet est d’abord d’avoir assemblé des travaux épars en s’appuyant sur une réflexion politique et une réflexion pédagogique pour sélectionner ces idées et les faire siennes. Certes il a su y ajouter des éléments de contexte intéressant comme en particulier l’imprimerie. On peut comparer notre époque à celle de Freinet pour ce qui est du rapport aux outils d’information et de communication.Certes on n’a pas encore trouvé un nouveau Célestin Freinet (d’ailleurs le faut-il ?), mais il est bien possible que l’intuition de C Freinet doive être recontextualisée au regard des TIC, ce que de nombreux enseignants porteurs de cette approche ont déjà engagé.
Non les TIC n’inventent pas de nouvelles pédagogies (en tout cas pas globalement), elles ne font qu’interroger les pédagogies dominantes sur les évolutions qu’elles doivent prendre en compte du fait même du développement de ces TIC. Oui les TIC invitent à faire des choix pédagogiques, on peut même dire qu’elles en imposent certaines selon les choix de technologies faits. Oui les TIC provoquent les pratiques pédagogiques car elles ouvrent des possibles inimaginables il y a vingt ou trente années. Oui les TIC peuvent permettre d’envisager des évolutions pédagogiques, agrégées à des courants antérieurs, revisités ainsi, voir même enrichi.
Mais que signifie cette remarque initiale ? Cela est la marque d’une résistance que l’on connait bien : pour ne pas changer il suffit de dire que ce que l’on propose on le fait déjà, comme cela les débats sont clos. Cette attitude on la rencontre souvent en formation des enseignants et pas seulement à propos des TIC

3 – C’est cette même enseignante qui me disait de manière péremptoire, « pour moi l’ordinateur n’est qu’un outil ». La première chose qu’il m’a semblé nécessaire de lui rappeler est que les TIC ne se limitent pas à l’ordinateur, même si cette objet en est le plus représentatif. La deuxième chose qu’il m’a semble important de lui dire est que dans TIC il y avait surtout IC et pas seulement T. La troisième chose que j’ai ajoutée est que si l’on se rappelle les travaux sur la main et l’outil (cf Leroi Gourhan, Levi-Straus) on s’est perçu que l’outil n’est pas qu’un outil, c’est aussi un élément du changement culturel (le feu, le silex taillé par exemples ont changé tous les modes de vie des peuples qui les ont maîtrisés et il en ainsi pour bien d’autres outils). il m’a d’ailleurs semblé que ce propos avait mis dans le mot outil quelque chose qui pouvait s’apparenter à du mépris, de celui qui oppose intellectuel et manuel.
Bref l’échange a été suffisamment vif pour que je tente d’aller plus loin. Il me semble que bien au delà de l’outil, ce dont on s’occupe à l’école c’est le changement culturel qui s’opère sous nos yeux, qui transforme nos sociétés depuis plus de 20 années et qui oblige le système scolaire à s’en emparer. Le développement que l’on connaît des TIC ne peut les amener à ne rester qu’un outil à l’école, sous peine de passer à coté de ces changements culturels. Les deux premiers changement concernent l’espace-temps et la relation à autrui. Or ces deux éléments sont essentiels dans les apprentissages et cela dès le début de la scolarisation d’un enfant. Mais il y en a bien d’autres. et dans ma réponse j’ai invité l’enseignante à s’interroger sur le passage à l’écrit, de Platon à Gutemberg, et à Freinet, par exemple.  et ainsi j’ai tenté de lui faire comprendre que le livre est aussi un outil, mais que s’il n’était qu’un outil il n’aurait pas transformé l’organisation sociales comme il l’a fait. Mais en disant cela, j’ouvrais une boite noire que nombre d’enseignants ont du mal à ouvrir, la sacralisation du livre, de l’écrit papier.

Encore une bien belle journée qui m’a amené à mieux expliciter pour moi-même ces quelques points. Ausi me suis-je dit qu’il pouvait être intéressant de les partager.

Pour terminer, en relisant la biographie de Freinet, je me suis dit que s’il était parmi nous, il serait un blogueur important et que son site serait sous licence de type creative commons (comment ils ne l’ont pas inventé, les Lawrence Lessig et autres…)

A suivre

BD