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Les enseignants dans la plainte ?

Il est toujours intéressant d’écouter les discours des enseignants sur leur métier. Ils sont un bon indicateur de l’état d’esprit dans lequel ils sont et donc de leur capacité à intégrer des évolutions, des changements. L’enquête quantitative apporte à elle seule des données importantes et significatives (on s’y reportera directement si l’on veut avoir les chiffres exacts). La partie qualitative, bien que plus précise, mais peut-être moins représentative apporte des informations plus spécifiques sur le ressenti des enseignants
Le premier fait de cette enquête est le faible nombre de répondants. 56% seulement (677 sur 1212) des enseignants ont répondu à l’enquête ce qui n’est pas sans impact sur l’ensemble des résultats puisque la suite ne comporte que les données des répondants ce qui modifie considérablement la portée des résultats. Que penser de ce chiffre ? Difficile d’énoncer quoique ce soit, mais en tout cas impossible de les passer sous silence comme s’ils étaient neutres. Signalons simplement que ce taux nous renvoie une image négative sur les possibilités d’évaluer les pratiques uniquement sur le déclaratif des acteurs impliqués. Cette proportion est bien différente pour les élèves qui ont rempli cette enquête en classe. Elle est par contre bien inférieure à celle de l’encadrement (77%) ce qui met en question l’implication personnelle des enseignants dans le développement des pratiques nouvelles. Quant aux parents, leur taux de réponse est proportionnellement très élevé puisqu’identique aux enseignants. Pour qui connaît la difficulté traditionnelle à impliquer des parents dans le fonctionnement des collèges, on peut y lire un signe réel d’intérêt par rapport à une action qui touche leurs enfants au delà du seul lieu scolaire : l’ordinateur portable les intéresse aussi, il fait partie de leur champs de préoccupation, ce point étant d’autant plus important que la majorité des répondants parents appartiennent aux catégories sociales les moins favorisées.
La partie de l’enquête qualitative sur le contexte des collèges présente un paysage très négatif. Comme j’ai pu moi même le constater dans de nombreux établissements scolaires, les enseignants de collège expriment une forme de plainte, signe habituel de résistance au changement. On relève en premier lieu une critique du niveau des élèves ainsi que de leur motivation. Cette critique trouve largement son fondement dans la posture des parents dont la qualité éducative semble aux enseignants de plus en plus défaillante et le consumérisme scolaire se renforcer. Sur le plan institutionnel, le propos est aussi très critique : programmes lourds, mauvais accompagnement, problème de méthodes pédagogiques… Sur le plan organisationnel, la hiérachie est critiquée pour son durcissement et l’alourdissement des tâches administratives demandées aux enseignants. Enfin sur le plan professionnel, le sentiment du passage de l’instruction à l’éducation pose problème, sentiment d’une dérive du métier.
Bref outre le fait que ces propos sont échos de ce que l’on peut lire dans certains médias, il faut aussi poser l’hypothèse du sentiment de perte de légitimité sociale du métier d’enseigner. Le monde environnant est présenté, surtout par les plus de 35 ans, semble-t-il, comme coupable de la transformation perçue de ce métier. Travaillant de temps à autres auprès de collègues enseignants en réflexion sur leur carrière, mais aussi dans des établissements tentant de faire évoluer les pratiques, cet argumentaire est classique et devient un « bruit de fond » dont il serait temps de se préoccuper. On peut faire l’hypothèse que les personnes qui ont répondu aux entretiens ont « profité » de l’occasion pour s’exprimer sur ce champ et pour ainsi légitimer ensuite la résistance possible à l’intégration de l’ordinateur portable ou tout au moins certaines réserves. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’intégration des TIC a toujours eu un effet amplificateur des questions et des difficultés du milieu enseignant, sans pour autant en être un catalyseur. Autrement dit, on perçoit qu’il est difficile pour les enseignants de critiquer cette initiative d’un conseil général volontariste à leur égard, mais que ce n’est pas pour autant que tout va bien. De plus on peut faire l’hypothèse que la posture des uns et des autres à l’égard des TIC sous la forme qui leur est proposée (et les chiffres d’usage personnel semblent le confirmer) est plutôt positive car ils ont conscience des enjeux sous-jacents à ces technologies, mais que dans le contexte scolaire, il y a  des obstacles principalement externes à leur propre pratique à leur propre démarche.
Or c’est toujours ce qui est intéressant dans ce genre d’enquête : on a du mal à se situer personnellement si l’on ne cherche pas auparavant des causes externes pouvant justifier ses actions. Faut-il pour autant prendre ces propos pour incantatoires ? Je ne le pense pas au regard de ce que j’entends dans les nombreux établissements dans lesquels je suis passé cette année. Par contre il est possible d’y voir une évolution significative du rapport des enseignants à leur métier en général, évolution profonde qui se situe d’abord au niveau de l’identité personnelle et professionnelle qui serait à reconstruire, avec ou sans ordinateurs portables.

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