Le B2i, étrange objet du monde scolaire.

On y arrive enfin. L’inspection générale en avait rêvé dans son rapport de juillet 2001 sur le B2i, c’est prochainement acté : le B2i entre dans le Brevet des Collèges. Note de service publiée en 2000, le B2i est devenu partie intégrant des programmes de l’école primaire en 2002. Puis il a intégré la loi avec le socle commun. Désormais il entre dans la cour des garnds de l’école : il est inscrit dans un examen, le brevet des collèges en attendant mieux, la starisation dans le vrai examen scolaire qu’est le baccalauréat.

Et pourtant, force est de constater que 6 années après sa création, le modèle est encore loin d’être intégré dans le quotidien des établissements. On me dira que je me répète et que dans tel établissement ça marche bien. Ne nous voilons pas la face, de manière empirique et contestable car limitée, mon expérience montre une stagnation voire un reflux du B2i dans le monde scolaire. Quant au B2i lycée, on en est encore loin… malgré les textes officiels de juillet et de novembre 2006.

Que se passe-t-il donc ? Après avoir senti une première vague de réelle progression des pratiques entre 2002 et 2005, les déceptions perçues sur le terrain dans le domaine des TIC semble refroidir les enthousiasmes. Ce ne sont pas les logiciels de suivi (Gibii, Sitiz) ni les nouvelles publications (cf Théo qui renouvelle sa gamme) qui arrangent les choses. Quelles sont les déceptions ? il me semble que l’on peut en constater plusieurs :

  • Les installations techniques ne permettent pas encore une réelle souplesse des usages.
  • La culture des enseignants n’a pas permis une réelle prise en compte de la démarche B2i. Même si de plus en plus d’enseignants intègrent les TIC (de quelle manière ?), on est encore loin de l’engagement dans un dispositif B2i.
  • Les chefs d’établissement et plus largement la hiérarchie n’ont pas engagé véritablement de démarche structurée pour développer le B2i. Du coté de l’inspection, la carotte ou le baton d’une question lors de l’inspection ne peuvent tenir lieu de politique. Du coté du chef d’établissement, l’accompagnement des équipes et des moyens n’accompagne pas réellement la démarche de mise en place du B2i.
  • Le brouillage d’image des TIC en éducation lié aux initiatives multiples et peu concertées comme les ENT, les ENS, les TBI… etc…
  • L’éternel débat sur les ressources éducatives en ligne qui ne trouve toujours pas d’écho massif sur le terrain.De nombreux enseignants ressentent un abandon sur le terrain : personnes ressources TIC, administrateurs réseaux etc… sans compter l’insécurisation des deux groupes professionnels piliers du B2i au collège, les enseignants de technologie et ceux de documentation.

Il ne suffira pas d’un examen ou d’une injonction complémentaire pour faire du B2i un objet commun tant qu’on aura pas posé la question de la culture TICE des enseignants. A l’occasion de la mise en place du C2i2E, on ne perçoit pour l’instant pas de frémissement pour une formation continue. Comme si les décideurs avaient choisi de laisser passer une génération d’enseignants… en ne choisissant d’imposer cette certification qu’aux enseignants entrant dans le métier. Dans le même temps les pratiques sociales des TIC marginalisent progressivement le système scolaire qui (comme le disait le CLEMI dans son enquête) reste largement attaché à l’image de la répression et de la sécurisation des usages plutôt qu’à l’éducation aux usages…

Mettre en place le B2i n’est pas simple, compte tenu de ces éléments. Et pourtant lorsque les équipes y parviennent, elles sont satisfaites. On avait vécu cela avec les TPE ou les IDD. On a parfois l’impression que toutes ces propositions nouvelles ne sont pas suffisamment accompagnée par une administration qui, soit doute d’elle même, soit laisse les politiques passer en freinant sur le terrain les rares audaces possibles.

A débattre, bien sûr

BD

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(10 commentaires)

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    • Catherine on 26 mars 2007 at 10 h 30 min
    • Répondre

    Bonjour !

    Cela résume assez bien le message que j’avais posté en 2006 sur le forum du Kfé.
    Documentaliste en lycée, j’ai bien du mal à faire comprendre que des apprentissages sont nécessaires. Le principal obstacle pour moi, c’est le manque d’investissement (dû souvent à une méconnaissance de l’outil) des enseignants dans les TIC – lorsqu’ils le font, c’est dans le cadre très restreint de leur discipline, dans une pratique close, sans recherche de réinvestissement souvent. Le travail devient plus porteur pourtant dès que des exigences liées à l’usage et l’utilisation des TIC sont relayées par les enseignants. Ainsi, si la demande était plus importante de notre part (NOUS = l’équipe), et pas en matériel uniquement, certains verrous sauteraient très facilement ! Mais voilà, NOUS n’en sommes pas là.
    Or, il me semble que déserter aujourd’hui le domaine des TIC, d’internet et de sa mine d’informations tout aussi bien valides que discutables, c’est laisser s’installer des pratiques chez les élèves qui vont à l’encontre de nos enseignements, en conséquence de quoi rendre accessible du matériel informatique sans environnement pédagogique ou sans apprentissages va à l’encontre de nos missions pédagogiques.
    Je parle en connaissance de cause.
    J’observe sur mon établissement des collègues motivés qui feront certainement avancer la réflexion à plus ou moins long terme… à condition que les aspects du B2i entrent bien dans leur champ disciplinaire. D’où un travail commun de traduction. Et ensuite, effectivement, une volonté directive dans la mise en oeuvre d’un B2i. Peut-être que dans ces conditions la pâte a des chances de lever.
    Voilà le fruit de ma réflexion actuelle. Bonne réflexion à vous !
    Catherine.

    • Jean-luc PLANET on 26 mars 2007 at 17 h 17 min
    • Répondre

    Je suis prof de maths en lycée et collège. Depuis des années, j’utilise les TICE pour moi et comme "tableau électronique". Quand je ne suis pas trop contraint par le temps, et que les conditions matérielles ne sont pas trop défavorables, j’amène aussi mes élèves en salle info. Je le fais quand je crois que c’est utile pour leur progression en mathématiques. Pour moi les TICE n’ont d’intérêt que si elles m’aident dans mon travail d’enseignement des maths, et en ce domaine, c’est devenu pour moi un outil indispensable. Comment, par exemple, faire aujourd’hui de la géométrie sans imagiciel, ou des stats sans tableur ?
    Si les TICE aident à améliorer l’usage de l’outil informatique à travers tel ou tel logiciel, tant mieux, mais ce n’est pas le premier de mes soucis.
    Je vais peut-être m’engager dans la nouvelle validation du B2I, non pas parce que je crois en quoi que ce soit à cette usine à gaz (une de plus) mais parce qu’elle me semble un bon prétexte pour entrainer d’autres collègues actuellement réticents quant à l’usage des TICE, et que ce sera un bon moyen pour s’ouvrir un peu plus les portes de la salle info !
    Quant à la note au brevet, on met bien la note de vie scolaire complètement au hasard, alors une de plus ou de moins ce n’est pas un problème. On est entré de ce côté là dans une période ubuesque.

  1. Bien vu … mais comment en sort-on ? Ne peut-on se demander si le MEN a choisi la bonne voie ?! La position de l’EPI est connue, nous n’y reviendrons pas ici.
    Encore un petit effort Bruno ….
    Cordialement
    EPI
    27-03-2007

    • Isabelle on 27 mars 2007 at 9 h 01 min
    • Répondre

    Ce que vous dites du B2i est vrai aussi pour l’ENT : dans mon lycée dit "pilote" pour tester une plateforme, nous nous heurtons aux mêmes obstacles : les obstacles techniques et matériels sont presque moindres par rapport au poids que représente le désintérêtet/ou la résistance des collègues et de l’administration face à ces nouveaux modes d’information et de communication… A leur décharge, il faut dire que ces initiatives sont, pour l’instant, ressenties uniquement comme des contraintes et du temps de travail en plus sans véritable apport pédagogique ; effectivement, il est difficile d’intégrer un travail avec les tice dans nos programmes et nos préparations au bac en lycée et aucune reconnaissance officielle de cet effort de formation et d’adaptation n’existe… Bref, j’ai l’impression que l’usage des TICE reste encore trop souvent une affaire d’"adeptes" et de curieux, qui y passent beaucoup de leur temps personnel, pour un apport difficilement mesurable chez les élèves…

    • Bruno Devauchelle on 27 mars 2007 at 20 h 13 min
    • Répondre

    Cher Monsieur EPI

    Vote position est connue, mais elle est contraire à ce que je pense. En effet, enseigner TIC ce n’est pas la même chose que développer les usages et faire acquérir les compétences TIC. Le combat de l’EPI dans ce domaine, pour moi, est dépassé. Malgré tous les efforts que j’ai faits pour comprendre votre approche, je me suis aperçu, sur le terrain et dans les établissements, que la position que vous défendez aménera à la marginalisation de l’école en matière de TICE. Désolé de ne pas accepter l’ironie de Monsieur EPI (qui, éthique oblige, devrait aussi signer de son vrai nom) Bruno Devauchelle

  2. Je suis désolé de la polémique engagée, car je crois que les deux positions ne sont pas contradictoires mais complémentaires.

    Utilisateur de l’informatique depuis 1960, je crains la formation généralisée à la programmation si elle était mal faite. Je crains aussi le bricolage systématique auquel sont formés les élèves par ignorance totale des concepts et des normes.

    Voir par exemple, ce triste exemple, même au niveau 1 du B2I : http://www.c2imes.org/MODULES/B4...

    Une formation théorique à un niveau pertinent me paraît indispensable. Quel est-il ? Quelle permanence a-t-il ? Il semble que les compétences adaptées soient rares, mais elles existent.

    Je voudrais vous inciter à continuer à tenter de vous comprendre, car vous avez à apprendre les uns des autres. Bruno Devauchelle doit découvrir un monde qu’il cotoie sans le connaître. Les enseignants en informatique doivent s’adapter à des utilisateurs qui devront comprendre les concepts pour bien employer "sans avoir trop à plonger dans la mécanique".

    Bon courage.

    • Bruno Devauchelle on 15 mai 2007 at 6 h 28 min
    • Répondre

    Trouver la bonne distance, tel semble être le débat. La notion de « formation théorique » demande à être interrogée. Pas de formation théorique sans lien avec la pratique, mais pas de pratique sans accès à la théorie sous jacente. Or c’est là qu’est le problème pour moi. En effet la pratique est intégrée à plein d’autres choses que sont les activités quotidiennes. La tendance naturelle des informaticiens est de faire de leur objet de travail un objet « en soi ». Or c’est avant tout un objet « pour soi » (cf. Platon le mythe de la caverne). Ce ne peut donc être que dans l’intégration que peut se travailler ces notions. Toutefois, il faut aussi amener les usagers à passer à la théorie de leur pratique sans les brider. Là dessus la scolarisation des savoirs si elle est d’abord une libération pour ceux qui n’y accèdent pas ou difficilement elle devient rapidement un joug sous lequel aucun savoir n’existe. En effet de nombreuses « vérités scolaires » n’existent que dans l’école et n’ont aucune valeur au delà. Quand aux pratiques non scolaires, elles n’ont que rarement une valeur à l’école. André Giordan l’avait montré en science à propos de son modèle allostérique. Il avait aussi donné des pistes de travail… qui malheureusement n’ont que peu souvent été entendues. Les enseignants qui s’improvisent spécialistes de l’esprit critique, de la lecture des médias et de la recherche d’information mériteraient une véritable formation de fond qui ne se limite pas à des objets délimités, mais qui les fasse entrer dans l’approche systémique, le compliqué et la complexité (Morin). Débat à suivre Bruno Devauchelle

  3. Je ne comprends pas tout… C’est en effet la notion de "formation théorique" qu’il me semble nécessaire de creuser.

    Un des aspects est probablement la modélisation du fonctionnement des systèmes, pour s’en faire une représentation pertinente pour prévoir les conséquences des actions. Avoir des images des écrans n’apporte rien, pas plus que de connaître le calcul binaire. En revanche, un schéma expliquant la relation entre ce que l’utilisateur fait et le résultat produit par la machine m’aide. Depuis que je me représente un document comme un parchemin découpé automatiquement en pages par le logiciel, je produit des documents modifiables sans contraintes et expédiables à l’imprimante sans contrôle préalable. Je me moque du fonctionnement interne du système, mais j’ai besoin d’en connaître la fonction de transfert, comme diraient des automaticiens. Ces mécanismes sont rarement décrits dans les notices et les formations où l’on se borne à montrer des manipulations que l’on est capable de découvrir en regardant l’écran et qui changent à chaque version. Je n’ai aucune idée sur la manière de concevoir un logiciel de bureautique, mais je tente de m’en faire des représentations théoriques qui me permettent de prévoir le résultat sans aléas tout en laissant la machine faire le maximum de travail automatiquement.

    Je suis aussi d’accord avec un intervenant d’IBM qui, en conclusion des conférences OpenOffice.org de septembre 2006 à Villeurbanne, insistait sur la formation aux "normes". Pas aux normes de réalisation de "boîtes noires", mais à celles des interfaces entre la machine et l’utilisateur : normes du système de commandes, normes de formalisation de l’expression de l’utilisateur pour son interprétation automatique par la machine (qui reste "bête").

    Pour certains points critiques, pourquoi ne pas décrire les principales solutions adoptées pour assurer une fonction. Par exemple, pour distinguer MS Word et OOo Writer, je dirais notamment : les propriétés du paragraphe "semblent" stockées dans le symbole de fin de paragraphe pour le premier (solution assez générale) mais dans le symbole de fin du paragraphe précédent pour le second. Depuis que j’ai pris cette image, je n’ai plus de surprises dans les manipulations de texte. Je sais que ce n’est pas la réalité physique, mais cela fonctionne. Ce sont des règles empiriques rustiques. Face à la complexité des systèmes informatiques, ne faut-il pas adopter des méthodes expérimentales de la biologie ? Tant que dans le champ d’utilisation le schéma simpliste est opérationnel, pourquoi vouloir tout connaître ? Encore faut-il proposer des représentations qui aident à exploiter les fonctions pertinentes pour chacun des utilisateurs.

    Contribution d’un utilisateur qui manque de bases théoriques mais qui aime bien laisser les machines travailler pour lui tout en leur faisant confiance.

    JYR

  4. Bonjour à tous,

    Je suis l’auteur du livre "Mais non, je blogue ! Le petit guide des jeunes blogueurs pour bloguer vite et bien" qui paraît chez Milan Jeunesse dans quelques jours, le 20 mars 2008 et fait l’objet d’une table ronde au Salon du livre de Paris le 19 mars (Lecture de demain) et de plusieurs lancements importants en cours.
    Ce livre a notamment fait la une du webpedagogique.com le samedi 8 mars 2008.

    Tout le dossier de présentation du livre (en particulier les différents publics visés), les premières critiques et les événements en préparation sont disponibles sur le blog officiel qui vient d’ouvrir :

    http://www.maisnonjeblogue.com

    Le chapitre 3 est entièrement consacré à la Charte de bonne conduite du (presque) parfait petit blogueur.

    Le chapitre 5 concerne notamment l’usage du blog à l’école dans le cadre des activités du B2i.

    De nouveaux articles et vidéos sont également en préparation…

    N’hésitez pas à me contacter pour tout échange autour de ce livre ou pour en parler dans votre blog.

    Blogueusement vôtre,
    Astrid de Roquemaurel
    http://www.maisnonjeblogue.com
    maisnon-jeblogue@club-internet.fr

    • Bruno Devauchelle on 22 mars 2008 at 14 h 08 min
    • Répondre

    Dommage que Astrid de Roquemaurel utilise un blog pour faire sa publicité… Mais je vous laisse juge…

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