Communication d’établissement scolaire et numérique

En travaillant la question de la communication interne et externe dans le monde des établissements scolaire, il semble que cette dimension du numérique dans le système éducatif soit plus importante qu’on ne le pense. De plus on observe depuis quelques années que la communication interne et externe interfère de plus en plus avec l’activité pédagogique elle-même. En d’autres termes, les activités menées en classe sont de plus en plus liées au reste de l’activité de l’établissement, voire même plus largement de l’académie.

La communication dans une structure ne se réduit pas à la dimension organisationnelle. Elle intègre aussi le contenu de l’activité même de deux manières au moins : d’une part en lui donnant de la visibilité, d’autre part en la structurant. Un exemple illustrera cela dans les deux sens. La consultation du site Internet d’un établissement montre qu’il y a ou pas un lien avec le contenu même de l’activité en classe. Certains se contentent de mettre en évidence l’organisation d’autres y expriment les pratiques quotidiennes des enseignants et des élèves. Sur le même site internet, un espace, parfois réservé aux enseignants, permet de réserver des équipements pour enseigner, de signaler des actions en internes etc… Ainsi communication interne et externe donnent de plus en plus souvent accès à la réalité pédagogique.

Un objet nouveau, par son imposition récente en septembre 2011, participe de cette évolution : le cahier de texte en ligne. Selon les types d’outils utilisés et les choix des établissements (selon qui a fait le choix), tout ou partie de l’activité quotidienne de la classe peut être rendu public ou pas. Autrement dit soit c’est de la communication interne, soit c’est de la communication externe, soit les deux avec des  modulations possibles. Les textes officiels sur le cahier de texte mettent en évidence ce passage de la sphère interne à la sphère externe.

Le déploiement de LMS de toutes sortes, ou d’outils de gestion intégrée, voire ENT, dans les établissements renforce la possibilité de déplacer les frontières. Si jadis la « circulaire », le journal d’établissement, le carnet de correspondance, le bulletin scolaire servaient d’interface et aussi de frontière, désormais il revient à chaque établissement de repenser sa communication en regard des nouvelles possibilités offertes. L’enjeu est de taille et beaucoup n’en ont pas conscience. Le développement d’activités numériques parallèles aux canaux officiels fournis par l’établissement ou l’académie avait déjà ouvert de nombreuses brèches : blogs de classe, facebook, netvibes et autres outils ouvert sur le monde. Après avoir découvert, parfois avec effarement, qu’ils n’avaient absolument plus la maîtrise de cette communication, certains chefs d’établissement s’en sont emparés et ont tenté, avec leur hiérarchie de mettre bon ordre…

Derrière cette évolution récente qui voit émerger une nouvelle forme de contrôle sur la communication interne et externe de l’établissement, se pose la question des choix de relation que l’on souhaite développer aussi bien entre les acteurs internes qu’avec les usagers et les partenaires. Quelles évolutions prendre en compte ? Quelles décisions prendre ? etc..

Plusieurs points doivent être étudiés si l’on veut tenter de répondre à ces questions et développer un réel projet de communication interne et externe : mobilité, omniprésence, horizontalité, transparence, contrôle, dynamique, cette liste étant non exhaustive et sans ordre

– Mobilité,
Désormais les acteurs, les usagers et les partenaires d’un établissement scolaires sont mobiles. Cela veut dire que d’une part on en vient à développer des possibilités de s’affranchir du lieu et du temps pour permettre l’accès aux informations, la communication. D’autre part cela veut dire que l’on doit penser multiplateforme, c’est à dire que la communication et l’information puissent être lus sur des terminaux variés, hétérogènes et multinormes. Cette mobilité invite la question de l’immédiateté de l’information et de la communication. Entre le fait, le moment d’émission du message et sa réception voire la réaction à celui-ci le délai acceptable doit être défini ainsi que les modalités en amont. Car si l’on veut accepter cette mobilité et cette immédiateté, il est nécessaire de penser l’organisation interne qui va la rendre possible. L’exemple de la prise de rendez vous entre un enseignant et des parents, parmi d’autres illustre cette situation,

– Omniprésence,
En lien avec la mobilité, l’omniprésence c’est la possibilité pour tout acteur de se mettre en lien quand il le souhaite avec les services en ligne de l’établissement. C’est dans le domaine technique que cette question est d’abord essentielle : robustesse et fiabilité du service doivent rendre possible cette disponibilité. C’est ensuite dans le domaine organisationnel qu’il faut travailler. Si l’on accepte l’omniprésence, il faut assurer une organisation systématique des flux d’information. Ces flux sont non seulement descendants, mais aussi interactifs. En d’autres termes, il est nécessaire d’alimenter de manière régulière, pour être présent, mais aussi de répondre aux sollicitations des uns et des autres, en interne et en externe. Cela change le rapport à la temporalité du travail des différents personnels de l’établissement. Il va de soi que si d’aucun seront hésitants devant de telles évolutions, ils risquent aussi d’être demandeur d’une réactivité de l’instant, comme on peut observer que cela se développe en ce moment.

– Horizontalité,
Le rapport hiérarchique vertical et plutôt descendant qui semblait caractériser la communication dans les organisations a laissé place à de nouvelles formes de relation comme Hervé Seyriex le montrait déjà il y a plus de quinze années. Derrière cette notion d’horizontalité, il y a surtout la possibilité de s’affranchir de toute forme de protocole qui fait intervenir une idée de hiérarchie à respecter a priori. Même si cette possibilité ne signifie pas effectivité, on peut remarquer que des évolutions sensibles ont lieu. Car au delà des hiérarchies traditionnelles, il y a les habituels cloisonnements au sein des organisations qui se trouvent modifiées par les nouveaux flux possible d’information et de communication. Les contournements mis en place de manière spontanée par nombre d’acteurs de l’école montrent que cela correspond à une certaine évolution. Ainsi des enseignants, en s’exprimant dans l’espace public du web accèdent-ils potentiellement plus rapidement à des lecteurs qu’ils ne pourraient que difficilement contacter autrement. De même pour les élèves ou encore les différents services au sein d’un établissement. Cependant la culture verticale reste dominante, même si les comportements sont en pleine évolution.

– Transparence,
Les écrans, comme les fenêtres permettent de voir à l’intérieur, mais aussi de le cacher… pour peu qu’on y mette les moyens. Le mythe de la transparence est lié à celui de la sensation d’immédiateté. Au travers d’un écran, on peut avoir l’impression de « toucher » le monde directement. Au travers d’une visioconférence l’artifice technique s’efface vite, tant qu’il fonctionne bien, et laisse la place à la sensation, imaginaire d’immédiate co-présence. La théorie du complot a tenté de nous laisser penser que derrière les images il n’y avait que de la fabrication. Les jeunes d’ailleurs sont prompts à repérer cette fabrication quand ils sont à l’affut des trucages dans les films, mais ils sont les mêmes à s’immerger dans des mondes virtuels en les rendant bien réel, jusqu’à influencer leur vie réelle. La pseudo transparence des écrans et beaucoup plus difficile à déjouer que celle de l’écrit. Même si le rapport au réel dans l’écrit semble éloigné par la forme même de l’écrit, face aux écrans l’image qui fait croire à l’absence de traduction langagière est en quelque sorte de même nature. Qui ne s’est pas plongé dans un écrit en perdant le lien avec le réel pour s’évader dans l’imaginaire. La crainte de l’écran est que sa transparence ne vienne s’imposer à des mondes dont l’opacité est forte sans eux. Ainsi l’arrivée du cahier de texte numérique fait-il craindre que l’écran permettre de voir dans la classe. Mais dans le même temps derrière l’écran, le mythe de la transparence c’est aussi le vecteur de la demande d’honnêteté l’injonction à la transparence des décisions. Symbole de l’ambigüité l’écran porte par sa transparence un imaginaire fort riche et varié qui mérite d’être interrogé en termes de communication interne et externe.

– Contrôle,
Le développement du numérique a mis en place un outil redoutable pour la communication : la trace automatique. Lorsque je communique avec un outil numérique je laisse immédiatement des traces dont la nature varie mais dont les usages et leurs effets peuvent être importants. Si un parent envoie un message numérique à un enseignant, il laisse une trace et la suite de cette conversation numérique peut rapidement échapper à tout contrôle réel, si un outil de collecte de trace vient à s’interposer. L’exemple des « fadettes » dans les enquêtes policières qui font polémiques quand elles sont justifiées à propos des sources des journalistes illustre assez bien l’ampleur que cela peut prendre. Mais sans aller si loin, les « traces ordinaires » se multiplient et dans le monde scolaire elles ajoutent à la communication explicite un support souvent implicite qui peut trouver une signification particulière. A l’image des indications qu’un enseignant note dans son carnet de notes personnelles, trace de tel ou tel fait d’élève, le numérique peut fournir, de manière automatique ou non les moyens d’augmenter de telles traces qui permettraient de voir par exemple le mode de travail personne d’un élève sur l’ENT alors qu’il s’y connecte en dehors de l’établissement. On imagine l’exploitation potentielle de ce genre d’informations et les conséquences qu’elles peuvent avoir pour orienter le pilotage d’un système et le contrôle, entre autres, des élèves. Des systèmes de badges, de reconnaissance visuelle ou autre systèmes automatiques de contrôles d’accès peuvent se transformer en redoutables outils de surveillance. D’autres faits de contrôles peuvent aussi avoir des conséquences importantes comme le suivi des messages ou des sites consultés par des personnes dans l’établissement scolaire. La communication interne et externe peut ainsi avoir une autre forme de surveillance dont il faut réfléchir l’importance.

– Dynamique.
L’un des aspects les plus déroutants est la fluidité de la communication et de l’information dans un monde numérique. Cette fluidité est aussi un facteur dynamisant non négligeable. La vitesse et la quantité d’informations échangées par les réseaux numériques est d’autant plus impressionnante qu’elle a rapidement envahit le quotidien de chacun de nous en particulier par le téléphone portable et bientôt le smartphone. Les réseaux sociaux numériques s’inscrivent aussi dans ce mouvement et imposent aussi une démarche d’actualisation nécessaire pour celui qui veut suivre. La dynamique de l’information et de la communication est aussi un danger qu’il est nécessaire de mesurer. Le principal écueil est celui de la perte de contrôle, ceci compris dans l’idée que la finalité initiale est remplacée le vecteur et ses spécificités. On peut avoir l’impression que la rapidité, la fluidité, l’immédiateté sont des valeurs « naturelles » alors qu’elles sont totalement modelées par les techniques qui les supportent. Piloter dans ce contexte c’est inscrire cette dynamique comme paramètre à prendre en compte et comme vigilance constante à développer.

Le numérique est en train de bouleverser la communication interne et externe des établissements scolaires. Partis de loin, du fait même de leur structure archaïque, les lieux scolaires s’ils adoptent des écrans dans leur hall oublient parfois que le problème et la solution ne sont pas dans les machines, mais bien dans l’éducation et l’accompagnement des utilisateurs, jeunes mais aussi, et surtout, adultes. Beaucoup d’enseignants ne mesurent pas encore cette évolution. Leurs responsables sont en train de s’en emparer. L’affaire est à suivre…

Ou à débattre

BD

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