De l'intelligence collective à un collectif intelligent

L’avènement de l’informatique a renouvelé le mythe de la machine intelligente. Si les films du début du XXè siècle avaient mis en scène ce nouvel être machine, les réalités étaient bien sommaires, jusqu’à l’arrivée de l’informatique et de l’imaginaire collectif qui s’en est emparé. Ainsi la machine détiendrait de l’intelligence. Des langages de programmation comme LISP puis comme Prolog ont montré l’étendue mais auss les limites de l’idée d’une machine intelligente. D’ailleurs les japonais qui y avaient investi des sommes importantes ont ramenés leurs projets à des dimensions raisonnables.

Avec le développement de la mise en réseau des ordinateurs, certains se sont emparés de l’expression « intelligence collective » comme d’un nouvel étendard. La représentation sous jacente à cette expression est d’ailleurs largement marqué par cette ancienne idée de la machine intelligente d’une part et par cette autre ancienne idée, issue des systémiciens, entre autres, que l’on est « plus intelligent à plusieurs que seul ». En associant ces deux idées l’intelligence collective est devenue une sorte de mos mythique. Entreprises intelligente, arbres de connaissance etc… sont les avatars de cette idée. Mais qu’en est-il en réalité ? Prenons l’exemple de wikipédia : est-ce de l’intelligence collective ? On peut répondre sans problème que non. pourquoi parce que wikipédia n’est en soi qu’un support aisé de rassemblement de documents divers. Par contre on peut considérer que wikipédia est issu d’un travail collectif de plusieurs intelligences (si tant est que l’on parvienne à définir le terme). C’est pourquoi je pense qu’il faut parler à propos de tous ces produits d’un collectif intelligent et non d’intelligence collective. Dès lors on peut réfléchir sur le sujet avec tranquilité. D’une part la suprématie de l’homme n’est plus mise en question, d’autre part on évite les mythifications inutiles.

Dans de nombreuses situations liées au développement de l’homme on s’est posé la question de la substitution de l’être humain par la machine. La mécanisation puis l’automatisation et ensuite l’informatisation de nombreuses tâches répétitives donnent raison à cette idée de substitution. La recherche en intelligence artificielle et les travaux complémentaires en ont montré les limites. L’exemple de la machine à enseigner en est une bonne illustration car elle aussi traverse le XXè siècle. Les spécialistes de l’apprentissage, psychologues et pédagogues ont rapidement observé l’importance des interactions humaines dans le développement de l’individu, puis du sujet. Dès lors la machine peut trouver une place évidente : elle prolonge l’intelligence humaine en lui rendant plus aisées des tâches traditionnellement plus couteuses en « énergie humaine » qu’en intelligence humaine. Il est devenu banal de dire que la machine ne remplace pas l’enseignant.

Mais qui dit interaction suppose un début de collectif. L’observation du développement des groupes (sociaux, classes, entreprises etc…) montre rapidement l’intérêt d’un collectif dès lors qu’il est affronté à des problèmes qu’il doit résoudre : la diversité humaine facilite la démarche consistant à trouver des réponses, à plusieurs c’est plus facile. En mettant en place une interactivité machinique, on ne met pas pour autant en place une interaction humaine, même si c’est l’homme qui définit la nature de cette interactivité (cf le pari de Thuring). Les foules sont impressionnantes de puissance lorsque l’on se trouve au sein de celles-ci et qu’elles sont réunies par un intérêt commun. Armée, manifestations, concerts, JMJ etc… sont autant d’occasions d’observer l’effet de la foule sur la perception des capacités de cette foule. Que l’on soit dedans ou dehors le sentiment est très fort et l’on peut évoquer chez certains cette idée de « puissance collective » promptement traduite par certains en intelligence. En fait c’est souvent le contraire qui se produit dans les foules : elles ont tendance à faire perdre une partie des capacités intellectuelles de l’individu.

Dès lors que l’on déplace cette idée de foule vers une idée de communauté on pense que cette réduction de « l’intelligence » peut être évitée. Effectivement « le tout est souvent supérieur à la seule somme des parties » dit-on souvent. Mais tant que l’on a pas comparé la notion de somme avec la notion de tout on ne peut accepter cette proposition. Une observation fine montre que le tout n’est pas la somme, mais plutôt le produit (au sens figuré) voire l’exponentiel.

Les mythes sous-jacents à cette idée d’intelligence collective trouvent dont à s’exprimer d’autant plus souvent que ces « allants de soi » sont sensiblement perceptibles : alors, illusion de sens ?

Oui il faut bien le reconnaître c’est l’illusion des sens qui fait croire en l’intelligence collective là où il n’y a que du collectif qui rassemble des intelligences. Comment dès lors nommer le produit de ce collectif des intelligences : « la connaissance partagée » ou encore « la connaissance collective », ou encore la « compétence collective » ce qui pourrait s’avérer plus exacts dans de nombreuses entreprises.

Je propose donc de mettre de coté l’expression intelligence collective et son cortège de propos d’évidence pour se poser la double question : d’une part comment dynamiser un rassemblement d’intelligences ? Et d’autre part, du fait du développement des technologies, comment structurer cette connaissance et cette compétence de façon à ce qu’elle puisse être rendure réellement disponibles aux membres de ce collectif. Les travaux sur le web sémantique vont actuellement un peu dans ce sens, mais ils sont eux-aussi déjà regardés à travers cet imaginaire qui voudra toujours imaginer un avenir de la « machine intelligente »… fut-elle collective…

A débattre

BD

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(1 commentaire)

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  1. Un collectif intelligent, n’est -ce pas une utopie? L’expérience ne confirme pas cette possibilité

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  3. […] son rôle Dès lors, comment traduire concrètement cette nouvelle approche. Double promesse. De l'intelligence collective à un collectif intelligent. L’avènement de l’informatique a renouvelé le mythe de la machine intelligente. Si les films […]

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