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rédigé le 1st juin, 2010

Ces institutions qui communiquent peu…

Le système scolaire et universitaire, les bibliothèques, les espaces culturels (publics, privés, associatifs..), les musées… les lieux qui mettent des personnes en contact avec les « savoirs » communiquent très peu entre elles. L’analyse de chacun de ces lieux montre que de nombreuses zones de recouvrements devraient pourtant les inciter à échanger davantage entre elles, surtout pour ce qui est de cet élément important de la mission de chacune d’elle et qui est commun à toutes, rapprocher le public des savoirs de toutes natures et de permettre une découverte, un apprentissage, voire une appropriation.

Cet état de fait est d’autant plus inquiétant que depuis le développement d’Internet, ces lieux sont de plus en plus présents simultanément de manière numérique, mais que cela ne génère pas de mouvements plus importants de rapprochement, de synergie que ceux que l’on observe actuellement. Autrement dit, chaque lieu reste cantoné sur son espace de travail appuyé par l’ensemble du dispositif qui s’est organisé autour de chacun en fonction de la place qu’il a souhaité occuper. C’est dans l’analyse de ces territoires constitués que l’on observe des zones de recouvrement. Ainsi il n’est pas rare de voire les musées ou les bibliothèques faire des propositions de mise en relation avec les classes ou les universités. Mais ces relations de nature partenariale (selon définition traditionnelle de ce terme) se limitent à ces zones de contact, mais très rarement au delà. Et pourtant il n’est pas rare de voire une de ces institutions s’aventurer sur le terrain des autres en faisant oeuvre dans le champ des autres : démarche muséographique dans les lieux scolaires, démarche pédagogique dans des bibliothèques etc… Il existe même des services comme les bibliothèques qui existent au sein de certaines de ces institutions (musées, université par exemple). Mais celles-ci se gardent souvent de travailler en commun (sauf projets limités) avec celles qui sont en dehors de leur institution, comme ce responsable d’une bibliothèque municipale qui déclarait n’avoir aucune relation avec les bibliothèques universitaires de la ville.

Ainsi donc les principales institutions ayant pour mission de rapprocher des savoirs ne se rapprochent-elles pas entre elles. Dans le même temps d’autres font du lien. Ce sont principalement les médias (de masse) et plus récemment les services numériques supportés par Internet. Les médias de masse ont cette habitude de diffuser en flux des informations et, à la différence des autres institutions évoquées plus haut, de ne pas porter de projet spécifique d’enseignement/apprentissage (sauf tel ou tel comme la cinquième ou Arte par exemple et de plus en plus les chaînes spécialisées). Avec le numérique et Internet, en particulier, nous avons le vecteur, mais nous avons une multiplicité d’acteurs ayant tous des intentions bien différentes. Au sein de ces offres, il y a bien entendu des projets d’accès au savoir qui sont proposés, mais sans aucune structuration, ou si peu…

Deux mondes coexistent donc pour permettre l’accès au savoir : d’une part un monde structuré mais cloisonné et d’autre part un monde non structuré mais totalement ouvert et fluide. Si l’on considère la logique des institutions en place, on s’aperçoit que chacune d’elle hérite d’une histoire qui a constitué un cadre rigide avec ses logiques, ses métiers. Chacun de ces lieux développe ainsi des actions qui vont au delà de ses logiques initiales, en recouvrement parfois des autres, mais sans faire de lien. Ainsi quand une bibliothèque ouvre un site de questions réponses comme le guichet des savoirs (www.guichetdusavoir.org) de la BM de Lyon, on s’étonne qu’il n’y ait pas davantage de lien avec d’autres institutions ayant des missions similaires. Est-ce le signe que la question de l’accès aux savoirs reste une question qui divise ? Probablement, tout comme la question de ce qu’est apprendre divise si on en juge par ces trois formes de l’apprentissage que celle par proximité sociale ou affective, celle par la forme scolaire, celle par le contexte expérientiel principalement professionnel. Chacune de ces trois formes est d’ailleurs souvent rejetée ou tout au moins mise à l’écart des deux autres. Essayons par exemple de faire le lien entre l’école et l’autodidaxie, et l’on observera vite, ceux qui travaillent sur le développement de l’autonomie dans le système scolaire français le savent, que l’on à affaire à un quasi paradoxe, voire un oxymore. Comme s’il y avait une opposition radicale entre les trois formes d’accès à l’apprentissage.

Et pendant ce temps l’environnement de chacun a été progressivement envahi d’outils permettant de s’affranchir de ces barrières. Pour le dire simplement, les médias de masse, d’abord, Internet ensuite et bien davantage ignorent les frontières dans l’accès au savoir. En renvoyant à chacun la possibilité de se construire un parcours, ces nouveaux vecteurs mettent en questions les institutions existantes. Elles ne font pourtant pas complètement abstraction de ces nouveaux moyens, mais chacun dans son terrain.

L’émergence de l’idée d’accès de tous et pour tous se traduit par des initiatives dans le monde entier. Que ce soit en Inde avec l’utopie d’Auroville ou en Angleterre avec les Idea Stores etc… des projets se font jour. L’expression Learning Center semble avoir un certain succès actuellement comme on peut s’en rendre compte dans de récents appels à communication pour des colloques ou encore à propos de projets comme celui de l’EPFL à Lausanne ou encore celui de la région Nord Pas de Calais. Nous avions ici même en 2000 parlé des « maisons de la connaissance » une utopie pour demain : http://www.brunodevauchelle.com/utopie.htm . Il se trouve qu’aujourd’hui il y ait un vrai chantier qui soit en train de s’ouvrir.

Les moyens d’accès à l’information et aux savoirs se séparent progressivement des institutions qui ont charge de les transmettre : ainsi Internet permet-il progressivement de s’affranchir des bancs de certaines universités. Parfois ces institutions sont actrices dans cette évolution, mais restent toujours cloisonnées dans leurs missions.
Ce qui est en jeu dans les temps à venir c’est le rapprochement et la continuité entre les institutions : il manque des moyens de faire du lien. Et en particulier il manque des accompagnements pour les publics qui voudraient passer d’une institution à l’autre, d’un espace à l’autre. Si l’on fait tomber des cloisonnements, cela impose un nouvel accompagnement car le précédent a été très lié au projet même de l’institution (professeurs dans le système scolaire, bibliothécaires dans les médiathèques, conservateurs dans les musées etc…)

Car derrière ce cloisonnement et cette évolution des nouveaux médias se réveillent, en lien avec une évolution libérale de la conception du devenir en société, l’idée de l’autonomie potentielle de chacun face au savoir. Autrement dit, il se pourrait bien qu’émerge l’idée que, puisque les savoirs sont à disposition de chacun, la responsabilité de leur transformation en connaissances et en compétences relève de la personne. Cette idée qui existe déjà dans certains lieux, comme l’indiquent les études sur les non-utilisateurs des bibliothèques ou des musées par exemple, qui considèrent que leur mission s’arrête à ceux qui franchissent la porte sans forcément se soucier de ceux qui ne la franchissent pas. Dans le monde scolaire, la scolarité obligatoire combat partiellement ce défaut, mais au delà, chacun est renvoyé à sa responsabilité.

Autonomie, autoformation, autodirection dans la vie, responsabilité personnelle sont des pièges pour les plus faibles si l’on ne conçoit pas des formes nouvelles d’accompagnement « d’apprenance ». Ces lieux institutionnels qui ne dialoguent pas n’ont pas encore pris la mesure de l’enjeu des années à venir. même si des initiatives prennent corps, il est grand temps que les responsables politiques réfléchissent à ces évolutions afin que la société de la connaissance ne soit pas qu’un concept vide, mais qu’elle advienne réellement appuyée sur un projet qui prenne en compte ce potentiel… à transformer.

A suivre et à débattre

BD

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