Quelles tailles d'écrans pour quels usages ?

La taille des écrans, leur forme (épaisseur, flexibilité…), et les outils logiciels permettant de la manipuler, voilà trois éléments dont on devrait davantage se soucier dans les réflexions sur le développement des TIC dans l’enseignement. On s’est longtemps centré sur l’informatique elle même, sur les services et les données auxquelles on accédait en particulier en ligne. On a certes parlé d’ergonomie, mais la question des écrans n’a que rarement été prise comme cadre d’analyse pour envisager la pertinence de l’usage des TIC en classe.

Pourquoi se pose cette question.

– Tout d’abord parce que la multiplication des écrans dans l’environnement quotidien est un fait qui, au delà des récepteurs télévision si souvent convoqués comme épouvantails, couvre désormais une large palette d’usages quotidiens, personnels et professionnels, voire intimes…  Du fond de la poche au grand écran du cinéma, en 2D et bientôt en 3D, les écrans sont omniprésents.

– Ensuite parce que ces écrans sont convoqués à des moments différents et que ce ne sont pas les mêmes genres d’écrans qui sont mis à contribution selon les situations. Autrement dit, les écrans s’inscrivent de manière complémentaire au cours de la journée, à la maison, dans la rue, à l’école, et ensuite dans la vie professionnelle.

– Enfin parce que l’habitude des écrans n’est pas nouvelle, ou plutôt l’habitude de la sollicitation du sens de la vue, est historiquement liée à l’histoire de l’homme (les grottes Chauvet ou de Lascaux en témoignent, les cathédrales et leur vitraux aussi). Avant l’apparition des écrans dans notre environnement l’image n’avait pas autant de cadres, et notre vue a progressivement été de plus en plus attirée par ces lucarnes ouvertes sur « le monde virtuel », en lieu, temps et place des habitudes antérieures. Ainsi à titre de métaphore ironique, peut-on évoquer le changement lié aux prévisions météorologiques que chacun aspire à maîtriser pour organiser ses activités à venir. Auparavant le regard continu du ciel et une connaissance personnelle permettaient de faire des hypothèses, désormais le site de Météofrance et d’autres remplace cette pratique.

Ainsi donc les écrans captent nos yeux près de 5 heures par jour, en moyenne pour certains, nombreux, d’entre nous, voire bien davantage si le travail se fait sur ordinateur… ou autres écrans. L’importance prise par les écrans amène les concepteurs à tenter de répondre au mieux à cette évolution en proposant des tailles, des couleurs et aussi des modes d’interactivité de plus en plus sophistiqués.
Les jeunes qui sont dans nos établissements sont donc désormais quotidiennement environnés d’écrans de toutes tailles. Est-il possible ou nécessaire qu’il en soit autrement à l’école ? Autrement dit, quelle place les écrans doivent tenir dans les pratiques enseignantes. Les témoignages de l’attrait des TNI pour les élèves, et pour certains enseignants, pourrait être une forme de réponse à cette question : des écrans mais « scolaires ». Le développement des ordinateurs portables mis à disposition des élèves est une autre forme de réponse qui s’oppose à la précédente : pas un écran pour tous, mais un écran pour chacun. Les témoignages des uns et des autres, utilisateurs de ces dispositifs, est assez significatif : les écrans ont une place à l’école, mais il reste encore beaucoup à définir : écran scolaires ou non ? Grands  écrans collectifs ou petits écrans individuels ? écrans omniprésents ou écrans à disposition ?

Les écrans ont depuis longtemps fait leur entrée dans les écoles ou plutôt dans l’enseignement, mais la réalité de leurs usages a toujours et marqué par la concurrence vive de l’écrit manuscrit. Pour des raisons économiques d’abord, le crayon, le papier, l’ardoise et le tableau noir ont toutes les bonnes raisons d’être omniprésents. Pour des raisons culturelles les écrans ont aussi de bonnes raisons d’y être aussi présents. Pour l’apprentissage (de quel apprentissage parle-t-on ?) la concurrence entre les supports continue de faire rage. La méfiance historique vis à vis de l’image est vive dans un monde de l’enseignement marqué par l’écrit et une définition de la culture bien différente de celle qui se cache derrière la « culture de l’écran ». D’ailleurs les programmes d’enseignement, qui sont un bon indicateur de la prescription officielle, ont bien du mal à donner une place aux écrans.

Si les écrans ont eu au début des usages liés à leur taille et leur environnement technique, désormais, tous les écrans offrent les mêmes possibilités : du grand écran du cinéma au petit écran du téléphone/terminal portable, les services disponibles sont identiques, avec une accessibilité parfois différente. Or cette évolution repose, par exemple, la question de la place à donner au téléphone portable dans la classe ? De même cette évolution pose la question de la place de l’image animée (vidéo, simulation) dans l’enseignement. On pourrait à l’occasion des écrans poser de nombreuses questions. Parmi ces évolutions le remplacement (en termes de domination) de la stimulation  de l’audition par celle de la vue semble être la plus fondamentale. Le modèle de la classe traditionnelle est basé sur la « parole » orale du maître, transcrite ensuite par l’écrit et enrichie par le tableau. Avec la présence des écrans, ce modèle doit être repensé, à moins d’en interdire l’usage. La présence d’un écran créée le plus souvent une concurrence nouvelle de l’enseignant. Il doit donc repenser son dispositif d’enseignement afin que l’écran trouve sa place. La taille de l’écran obligera à une analyse plus fine du type d’usage et de dispositif. Si l’on ajoute que l’écran, image jadis muette, est sonorisé avec des moyens individuels ou collectifs… on imagine le changement radical que cela va imposer.

Si un jour il vous arrive d’avoir devant vous un groupe dans lequel une partie des participants à un ordinateur portable (relié à Internet) vous comprendrez rapidement les questions que cela pose. Si de plus, comme cela m’est arrivé récemment, une personne utiliser l’écran pour se « protéger », voire se « cacher » vous percevrez que l’écran qui est une fenêtre ouverte sur le monde peut aussi devenir un rempart pour s’en écarter, surtout s’il est proche….

A suivre et à repenser

BD

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(2 commentaires)

  1. j’aime bien la référence à l’ardoise et au tableau noir : ce sont des tableaux (des écrans ?) tous deux mais à usage différent.
    En fait, c’est bien une question des usages de TICE qui se pose.
    Un téléphone (mobile learning) permet de visualiser pour soi une information (consultation d’un dictionnaire, d’une vidéo …)
    Un PC portable permet de consulter, mais aussi d’écrire, de dessiner …
    Un tableau interactif, est un point d’échange dans la classe.

    Personnellement, je poserai plutôt la question en terme de quelle focalisation on cherche pour les élèves, et quelles activités ?
    La multiplication des écrans est en fait une multiplication des usages possibles, tout comme l’ardoise et le tableau noir correspondent à deux modes de focalisation différents et donc des usages différents.

    Cordialement,

    • Jean Tanguy on 31 mars 2010 at 17 h 56 min
    • Répondre

    Les écrans ont bien des usages différents. Ayant téléchargé deux rapports dans une même période, je me suis livré à un test.
    J’ai lu le rapport Durpaire-Renoult sur le grand et large écran de mon poste de travail (19″, 16:10) : Lecture pénible, surtout à la fin. Ecran trop grand qui oblige à trop de mouvements oculaires ? trop brillant ? trop fixe ?
    Puis j’ai lu le rapport Fourgous sur mon netbook dont l’écran fait 10″ : tout à fait agréable ( j’ai même testé la lecture dans un fauteuil, c’est faisable !).
    Ceci dit, je me pose tout de même la question : est-ce l’habitude de lire des livres et des revues papier qui font que lire sur un netbook est plus confortable ? Et je me demande si les élèves zapperaient moins en lisant sur des petits écrans ?

    Bien cordialement

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