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Jan 17 2010

Quatre façons de penser les TICE ?

La lecture de nombreux articles publications et livres depuis près de 25 années sur les TIC dans l’enseignement (tous niveaux) invite à dégager une typologie des approches, des postures, des conceptions présentes dans ces textes. Au delà des querelles, je propose de distinguer quatre catégories :

  • Approche technique
  • Approche systémique
  • Approche pédagogique
  • Approche culturelle

L’approche technique
Fondée principalement sur l’informatique (mais avec les évolutions, l’audiovisuel et la télématique l’ont rejoint) cette approche vise à mettre en avant la nécessité technicienne pour penser les TICE. Que ce soit pour ceux qui apprennent comme ceux qui enseignent, la dimension de la maîtrise technique est considérée comme première. Cette approche trouve en permanence un écho dans le monde scolaire, en particulier dans l’univers des responsables techniques qui y voient outre une nécessité pour un meilleur usage, un moyen de situer leur reconnaissance et éventuellement leur pouvoir. Pour ceux qui apprennent cette approche s’appuie sur l’idée que comprendre comment peut permettre de mieux savoir pourquoi. Et la critique principale fait à ceux qui ne veulent pas aller vers cette maîtrise technique en est le corolaire : si vous ne savez pas comment, alors vous risquez d’être dominés par la technique. Enfin cette approche s’appuie aussi sa distinction entre trois populations : les professionnels (éclairés), les amateurs (qui cherchent à s’éclairer) et les occasionnels (qui ne veulent pas entendre parler de technique). On trouve aussi dans cette approche les tenants d’une éducation à la technique informationnelle (la dimension de la technique spécifique du traitement de l’information).

L’approche systémique
Fondée sur la cohérence des outils avec leur contexte et des outils entre eux, cette approche est surtout managériale, organisationnelle, et s’appuie aussi sur la dimension technique. C’est cette approche qui permet l’arrivée très rapide des logiciels de note en éducation et qui permet aujourd’hui l’avènement du cahier de texte électronique, cartable numérique et autre ENT. C’est cette approche qui traverse la pensée de décideurs (pas toujours acteurs) qui pressentent l’importance de la technique et qui cherchent à en faire un instrument de pilotage. Dans l’enseignement cette approche cerne peu à peu l’établissement scolaire, sans trop toucher à l’acte pédagogique (encore souvent dans une boite noire). Pour ceux qui apprennent, c’est l’émergence d’un ensemble d’outils qui petit à petit vont cadrer son parcours : logiciels de gestion des retards et absences, portfolio électronique, livrets de suivi de toutes sortes. Cette approche est souvent insensible et pourtant son impact est un des plus importants sur l’activité d’enseignement comme on peut l’observer en ce moment. Cependant l’efficacité de cette approche se mesure dans un temps long et l’efficacité ne se mesure pas par rapport à l’outil mais par rapport au système (on verra les débats autour de l’accès des parents au cahier de texte des enseignants)

L’approche pédagogique
Toujours mise en avant dès les premiers soubresauts des technologie (et pas seulement informatique, comme l’avait montré Jacques Perriault) cette approche repose d’abord sur le mythe ancien de la machine à enseigner. Cette approche a souvent préjugé de l’efficacité des TIC pour apprendre, sans prendre toujours le soin de la prouver réellement. Cette approche associe aussi bien les mécanistes, que les constructivistes… L’approche pédagogique des TIC repose souvent sur des enseignants volontaristes voire militants (Freinet). Outre l’idée de la machine à enseigner (pris au sens large de répétiteur patient ou d’aide au pilotage des parcours d’apprentissage) cette approche propose aussi l’idée du tiers médiateur qui modifie la posture pédagogique de l’affrontement (face à face) au profit de la posture collaborative (côte à côte).  Dans un univers scolaire dont l’environnement est d’abord centré sur l’écrit papier (manuscrit ou non) et l’oral, cette approche reste le plus souvent marginalisée. La généralisation d’une pédagogie avec les TIC, tout le temps, serait probablement une erreur car tombant dans le travers inverse qui est celui de privilégier un environnement (mécanique) par rapport un autre (relationnel) les deux coexistant en permanence dans le quotidien de la vie scolaire ou non.

L’approche culturelle
La forte intégration des TIC dans la vie quotidienne, personnelle et professionnelle depuis le début des années 2000 a fait émerger de façon importante la question culturelle. Cette approche vise à montrer qu’au delà du technique, il y a la culture et son évolution. Pensée selon des temps plus ou moins longs (culture fondamentale, culture générationnelle, culture scientifique et technique) l’approche culturelle porte la réflexion sur la part de culture qui doit donc être attribuée aux TIC et donc la place à leur donner dans une conception globale de l’enseignement. Dans cette approche la question primordiale est d’abord d’identifier ce qui change dans le contexte socio-scolaire avant de penser la mise en oeuvre dans le contexte scolaire. Cette première analyse doit déboucher sur la définition de priorités éducatives et cognitives basées sur les questionnements des changements observés du fait de ces technologies. Une approche culturelle de l’éducation, de l’enseignement reste encore largement à penser même si Jérome Bruner avait commencé à nous guider sur ce chemin. Les idéologies sous-jacentes à des discours sur les « digital natives » doivent aussi être mise à distance, tant elles détournent simplement de la question culturelle et renvoie aux autres dimensions.

Il n’y a pas opposition entre ces quatre approches, mais complémentarité. C’est en situant chacune par rapport aux trois autres que l’on pourra avoir une vision assez complète et critique de ce que l’on peut faire des TIC en éducation, dans l’enseignement et la formation. Malheureusement la tendance que l’on observe, surtout chez les néophytes de la question (quelque soit leur âge…et parfois aussi de vieux militants) est souvent de ne s’appuyer que sur l’une de ces approches en négligeant les autres… ce qui est très dommageable à l’avenir des TIC en éducation.

A débattre

BD

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(3 commentaires)

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  1. Jacques Baudé

    Bonjour,

    « Complémentarité » est une notion que ne cesse de répéter (et de pratiquer, quand c’est possible !) l’EPI depuis sa création. Pour les curieux, voir l’éditorial du numéro 1 de son Bulletin (décembre 1971):
    http://www.epi.asso.fr/revue/01/b01p001.htm

    Bien cordialement

    Jacques Baudé
    19-01-2010

    1. admin

      Merci de ce message, mais je pense que les propos de certains membres de l’EPI ne vont pas dans mon sens, contrairement à ce que vous dites, surtout si j’en juge par les échanges lors de notre tribune du salon de l’éducation de novembre 2008…. Le déséquilibre est souvent plus fort que la complémentarité, mais il se peut que j’ai du mal à lire ce que certains écrivent ou à entendre ce qu’ils disent !!!

      Bruno Devauchelle

  2. Jacques Baudé

    Bonjour,

    A propos de « complémentarité », je peux témoigner ici de mon expérience personnelle qui n’a rien d’exceptionnelle. Ayant pratiqué l’informatique « outil » (on parlait alors d’EAO), pdt de très nombreuses années dans ma discipline (on parlait alors de Biologie-Géologie …) je me suis parfaitement rendu compte de la réceptivité particulière des élèves de Première et de Terminale qui suivaient l’option informatique (je parle donc des années 80). C’était bp plus facile avec eux de faire passer les notions de simulation, de bases de données , de traitement de l’information (ExAO), etc. C’était bp plus facile d’aller plus loin sans empiéter sur le temps, tjs trop court, alloué à ma discipline.

    Mais c’était trop beau, et il aurait fallu former correctement les enseignants … Aussi, sous prétexte d’élitisme (en fait pour récupérer des postes … ah, les non-dits !), le MEN a préféré mettre un terme à une démarche qui selon moi était pleine de promesses et ne demandait qu’à se développer en évoluant. Jacques Baudé

    PS : je n’ai pas trouvé votre compte-rendu de la tribune du Salon de l’Education 2008 sur votre site. J’ai dû mal chercher.

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