Enseignants et TIC

On peut lire sous la plume de François Guité à l’adresse : http://www.opossum.ca/guitef/archives/002621.html Un texte bien inquiétant.

En mettant bout à bout les remarques de cet auteur à propos des enseignants on peut s’interroger sur cette « absence des enseignants de la blogosphère » et plus largement sur la relation que les enseignants entretiennent avec les TIC : « Le manque de temps, la fatique, l’individualisme, l’insécurité professionnelle, le retard technologique, une incompétence en écriture et l’immobilisme  » Ouf !

La charge présentée ici est violente, elle doit être analysée à l’aune des pratiques quotidiennes réelles et appréciées aussi en regard des explications (excuses) proposées par l’auteur

Les TIC sont depuis longtemps, avant de la transformer, révélatrices de la culture de ceux qui tentent de les utiliser. A propos des blogs, F. Guité retrouve et rassemble un ensemble de remarques que les animateurs, formateurs, personnes ressources TIC de toutes origines expriment souvent. On avait dès 1985 en France observé les prémisses avec le plan IPT, on l’a retrouvé avec Internet en 1997, on le retrouve avec les blogs en 2005. Comme ici, le Canada (Nouveau Brunswick) lui même, dont on a tendance trop souvent à idéaliser les pratiques de ce coté de l’atlantique (à l’Est), est le terrain d’observations, qui amènent à s’interroger sur la place qu’il conviendrait réellement de donner aux TIC en éducation, mais plus largement à l’innovation et au changement. On pourrait ainsi convoquer les chercheurs qui ont oeuvrés sur la question (M. Hubermann, F.Cros, M. Gather Thurler ou N.Alter par exemple) pour nous aider à comprendre celà.

A peu près au même moment, Robert Bibeau évoquait lui aussi d’autres difficultés en particulier dans le matérel pédagogique à disposition. Il observait aussi le décalage croissant entre l’équipement TIC dans la société (Nettendance Québec 2005 http://www.cefrio.qc.ca/rapports/Rapport_abrege_NETendances2005.pdf) et les pratiques dans les classes (moins de 50% des enseignants).

Il est risqué de désigner les enseignants comme boucs-émissaires de l’échec des TIC à l’école. D’aucuns signalent aussi la faiblesse des ressources, d’autres le désintérêt des responsables des établissements scolaires. Bref l’ensemble de la chaîne de révèle loin d’être parfaite pour parvenir à une complète intégration des TIC à l’école. Mais on oublie là la question primordiale du « pourquoi » articulée dès lors avec la question du « comment ». On a cru à l’évidence et on continue de refuser de s’interroger. Or les indicateurs montrent que tous les niveaux de la hiérarchie scolaire voire même des acteurs de la scolarité sont réservés. C’est probablement qu’ils perçoivent tous que la question n’a jamais été examinée de façon large et approfondie au delà des cercles d’initiés et des « intéressés » (à tous les sens du terme). Même dans les lieux dans lesquels on tente de lever tous les obstacles possibles, on n’a guère davantage d’engouement… (cf les réflexions des politiques des Landes et de CG13 sur les effets de leurs actions).

Une analyse et une étude suffirait-elle ? Non, car isoler les TIC en éducation de la question de l’éducation dans le société est une erreur. Il suffit d’analyser la place prise par la question des TIC dans le grand débat en France pour se rendre compte que c’est très annexe. Même les détracteurs du pédagogismes ne remettent pas (ou peu) en cause les TIC à l’école, hormis pour des raisons de politique marchande, sans pour autant en faire un viatique…

Le constant mouvement d’idées, mais aussi de machines, de dispositif et autres nouveautés technologiques empechent actuellement toute réflexion structurée et durable. Il suffit de regarder les questions sur la formation à distance par Internet pour s’en rendre compte. Une nouvelle idée technologique suffit (au moins dans certains esprits) à remettre en question les conclusions des précédents travaux qui démontrent certaines faiblesses. Mais le commanditaire et le financeur n’aiment pas qu’on dévoile l’échec des choix qu’ils ont faits. Aussi est-il plus confortable d’accepter cette aveuglement que d’engager un débat lucide. D’autant plus que pendant ce temps, chacun, à l’instar de Michel de Certeau, bricole avec ces outils et sa situation. Et c’est peut-être parce que den nombreux bricolages sont encore à faire que la maturité du débat n’est pas encore atteinte. Peut-être faut-il simplement attendre et voir… à condition de ne pas « ignorer » comme le font parfois des acteurs de l’éducation…

A débattre

BD

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(1 commentaire)

  1. La question est posée à tous les niveaux d’enseignement de l’élémentaire à l’université. Il existe des blocages institutionnels évidents mais aussi au niveau des méthodes d’enseignement.
    Les inititatives en TICE sont peu valorisées par l’EN. De plus il faut rappeller que les carrières et les mutations ne prennent pas vraiment en compte les enseignants qui ont continué à se former. L’autre difficulté provient du carcan disciplinaire et les TIC sont interdisciplinaires. Or le documentaliste qui est souvent au centre de cette interdisciplinarité est aussi l’enseignant à qui on confère une faible légitimité et qui perçoit une rémunération moindre ( prime ISo inférieure de moitié et quasi impossibilité de percevoir des heures supplémentaires)
    Autre personnage susceptible de développer les TICE : l’administrateur réseau. Or une grande partie de son travail repose sur du bénévolat… notamment quand il est documentaliste.

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