Un état des lieux des TIC en éducation

Dans son numéro de novembre 2009, la revue futuribles sous la signature de Guy Menant ancien responsable de la cellule TICE de l’IGEN, propose un état des lieux intitulé « Enseigner et apprendre à l’ère numérique » (futuribles n°357 pp.29-42). Le mérite de cet article est de parvenir à faire un état des lieux réaliste et complet de ce qui est en train de se produire en éducation en ce moment. Si certains points du propos peuvent prêter à discussion (le prescrit n’est pas toujours le réel, certains statistiques sont déjà obsolètes…), Il n’en reste pas moins qu’il y a là une mise en évidence d’un passage significatif qui est en train de se produire. Ce passage est suffisamment bien illustré par de récentes avancées dans l’usage des TIC dans les établissements pour en comprendre l’évidence. On peut cependant penser que l’auteur est parfois un peu en avance sur les réalités de terrain (B2i, usages de certains outils numériques), on peut dire qu’il s’agit d’une vision plutôt positive des choses.

Là où la discussion peut être le plus largement engagée concerne les changements de l’école réduits en partie aux seuls éclatement du temps et de l’espace scolaire. Indiquant, avec justesse l’intégration des TIC dans certaines disciplines, Guy Menant oublie d’aller au bout de la réflexion sur les dimensions collaboratives, mobiles et culturelles de l’implication des TIC dans la société. En écrivant à la fin de son article : « On le voit, le métier d’enseignant, s’ile ne change pas dans ses objectifs a déjà commencé à évoluer dans ses priorités, et même dans ses structures, et dans son organisation spatiale et temporelle ». Or c’est probablement là que risque de se situer l’une des ruptures les plus profondes entre l’école et la société si les objectifs du métier d’enseignant et par le fait ceux de l’école ne changent pas.  Il semble que l’auteur n’ose pas aller jusque là, conscient du danger potentiel à aller sur le terrain de possibles changements envisageables, à moins que, bon connaisseur du système il en connaisse bien les points de résistance et celui là en étant un des premiers. Et l’ancien inspecteur général a discrètement pointé des failles dans ce beau paysage en particulier quand il pointe la propension des élèves au copier-coller et l’obligation de l’école de ne pas se limiter à des réponses réglementaires et donc à modifier sa façon d’engager la relation avec les sources de savoir et donc avec un des éléments au coeur du métier d’enseignant, la transmission de savoirs.

Le long passage de cet article consacré aux évolutions autour de l’ENT et de son avenir prometteur est juste. Mais on sent que l’auteur hésite entre constamment dans son article à imaginer le choc des pratiques scolaires contre les pratiques sociales. Comment imaginer la déception des élèves devant des ENT rigides alors que dans des réseaux sociaux ou avec leurs portables, ils développent des pratiques bien plus stimulantes ? A plusieurs reprise Guy Menant montre combien les pratiques sociales des élèves et des enseignants se croisent dans l’activité professionnelle de l’école. Dans une vision qui se veut prospective à court terme, il refuse d’envisager d’autres évolutions possibles compte tenu de ces croisements. On peut penser qu’il considère que l’école a un fort potentiel de stabilité institutionnelle et que tout changement à venir ne peut être imaginé en dehors d’un cadre suffisamment rigide pour être stable durablement. On remarque que, ne voulant pas se lancer dans la prospective, l’auteur ne parle à aucun moment de l’enjeu que vont constituer les pratiques nomades et mobiles (smartphone etc…). On peut mettre ce fait au crédit de cette connaissance de la stabilité du système, de sa capacité intrinsèque de résistance diront certains.

Guy Menant est connu pour avoir soutenu une juste place des TIC en éducation. Son article est une sorte de point d’orgue de son activité dans ce domaine. On ne peut que saluer une vision panoramique aussi bien ramassée en quelques feuillets. On peut regretter simplement qu’il n’ait pas davantage pris parti dans une vision volontariste et prospective, si tant est qu’il en ait eu la possibilité ici.

BD

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(2 commentaires)

  1. Dans les comparaisons internationales,le France n’est pas bien placée pour les TICE en éducation : http://veille-e-formation-medad.blogspot.com/2008/12/alertez-les-parents-et-les-formateurs.html

    Le Royaume-Uni est particulièrement en pointe, et montre un dispositif d’ensemble qui nous offre une très riche matière à réflexion … et à prospective : http://veille-e-formation-medad.blogspot.com/2008/04/tout-vous-saurez-tout-sur-le-e-learning.html

    1. Effectivement quand on regarde ces comparaisons cela donne ce sentiment.
      Si vous y regardez de plus près, la question qui prévaut n’est pas forcément l’avance ou le retard par rapport à tel ou tel pays, mais plutôt la pertinence des usages en fonction des cultures locales… Il y a des réalités sociologiques et culturelles qui doivent être prises en compte (exemple différence entre les jeunes sur les usages des blogs). De plus il faut se méfier des taux d’équipement qui sont souvent peut révélateurs des pratiques réelles. Enfin concernant le Royaume uni on parle des TBI, mais qu’en fait-on réellement ? on parle aussi des portfolio au Québec, mais qu’en fait-on réellement.

      Attention au risque de confondre politiques annoncés, taux d’équipement, usages prescrits et usages réels. On a souvent des surprises… même dans des pays renommés…
      Enfin lisez le document publié par l’OCDE sur les enseignants et les TIC, cela permet de voir de plus prêt des réalités souvent tues par les institutions de tous poils
      http://www.facebook.com/l/81ebe;www.oecd.org/dataoecd/30/54/44104618.pdf

      BD

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