Elle voit des écrans partout ! Paradoxe de la radio nationale

Après avoir présenté ce matin un roman intéressant et surtout l’interview de son auteur à 7h49, l’invité de Léa Salamé sur France Inter, Nathan Devers auteur du livre « Les liens artificiels » (Albin Michel 08/2022), cet après midi, le sujet de l’émission « zoom zoom zen » semble aussi intéressant : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zoom-zoom-zen-du-mardi-20-septembre-2022-7524483 consacre à « l’enfermement mental ». Outre qu’il limite cette pathologie à la seule question des écrans et des réseaux sociaux, cette émission semble particulièrement « légère » dans le ton tout au moins. Invitant « Sabine Duflo, psychologue clinicienne », nous avons été très étonnés des analyses radicales de cette dame, voire de sa virulence eu égard à ce que d’autres chercheurs et spécialistes disent de cette question restreinte des « zécrans » et des « zaddictions ». Sans jamais définir clairement l’un et l’autre, le propos est surtout trop à l’emporte-pièce, sans nuances et sans vraiment d’analyse (hormis la citation de chiffres de l’enquête de l’UNAF de 2021), mais avec beaucoup de prescriptions. Mais ce qui surprend en particulier c’est que la solution proposée est très ambivalente : d’une part, pour cette personne, il faut une loi pour interdire et limiter (pas d’achat de smartphone connecté avant 15 ans par exemple) et en même temps il faut que les adolescents s’autonomisent de leurs parents et plus largement des adultes.

Ne nous égarons pas dans une analyse critique de l’émission de cet après-midi, chacun pourra se faire une idée. L’interview L’interview faite le matin (https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-7-9-30/le-7-9-30-du-mardi-20-septembre-2022-9036214)est située à partir de 48m46s de l’émission du matin et se termine à 57m50s. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est de réécouter le lancement fait pas Léa Salamé à propos de ce livre et d’entendre la réponse de l’auteur, et d’aller ensuite au bout de l’interview de celui-ci. Car nous avons affaire là à un jeune homme de 24 ans (https://fr.wikipedia.org/wiki/Nathan_Devers) dont la qualité d’expression et d’analyse mérite d’être mise en balance avec l’autre émission de l’après midi et les propos de l’invité. Il ne s’agit pas de les confronter, quoique, mais d’essayer d’étudier aussi bien les formes de l’expression que le fond même des propos. Entre l’assurance parfois péremptoire d’une psychologue confrontée dans son quotidien à des jeunes en urgence psychiatrique et une certaine forme d’humilité et de mesure (on dirait ici encore sobriété) on ne peut qu’essayer de se forger son opinion. En préférant l’humilité de l’expérience à la forme oratoire injonctive, nous voulons faire passer une remarque de fond : les médias semblent se complaire d’un discours anti-écran (et parfois allant vers de l’anti-jeune), l’entrée en matière de Léa Salamé en est une belle illustration, fort bien modérée par son interlocuteur.

Pour illustrer cela, quelques citations extraites de cette interview. En expliquant rapidement le « métavers » et en réponse à une question sur ses dangers il déclare : « il faut défendre le réel ». Il déclare essayer de nous faire sentir le vertige de la « virtualisation du réel ». Il se situe comme voulant faire face à la « déshumanisation liée à la découverte d’une double vie qui serait virtuelle ». Ce romancier explique que le métavers est aussi en continuité de l’illusion personnelle d’un autre monde que chacun de nous se construit pour se mettre à distance du réel. Il réclame en quelque sorte « le droit à l’incarnation », mais aussi la possibilité « d’ajouter au réel ». Il termine en parlant de « réconcilier les livres et les écrans ». Enfin, un propos qui invite à réfléchir plutôt qu’à simplifier.

On pourra faire l’exercice suivant : extraire les questions posées par Léa Salamé et s’interroger sur ses intentions d’intervieweuse. En effet, comme de nombreux journalistes, elle a un parti pris au démarrage de son entretien et elle essaie de le faire vivre au fil des questions. Sans compter la mise en avant du fait que ce roman est sélectionné dans de nombreux prix littéraires de la rentrée, ce qui, avec l’âge de l’auteur (dont on ne cite pas les trois autres livres qu’il a écrit) est suffisamment « visible » pour susciter l’intérêt du média…
On pourra aussi s’intéresser au profil de l’auteur, la notice Wikipédia est particulièrement « éloquente », on peut chacun en juger. Ainsi que du pseudonyme utilisé qui lui permet de se mettre à distance de ce qui l’a fait, au moins en partie…

A lire… dans les temps prochains
BD

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