Angoisse de l'efficience ou effet d'annonce

Deux moteurs de l’action politique peuvent nous aider à comprendre la place que les TIC tiennent actuellement dans le paysage éducatif des pays occidentaux et parfois au delà : l’envie irrépressible de laisser une trace de l’action, le souhait de faire parler de soi. Malheureusement ces deux moteurs sont catastrophiques dès lors que l’on est dans le monde de l’éducation et plus particulièrement dans le domaine des TIC.

L’angoisse de l’efficience, noble façon de traduite l’envie qu’a tout politique de laisser une trace de son action est à la base de tous les plans d’équipement TIC en éducation. En effet quoi de plus visible qu’une antenne satellite, une salle informatique ou encore un TBI récemment renommé TNI… Le problème du monde politique étant la visibilité, le matériel est ce qui est le plus accessible. Cette habitude déplorable a d’ailleurs largement rejailli sur les responsables jusque dans les établissements scolaires qui montrent fièrement des salles informatiques qui pourtant son bien mal utilisées. Rappelons nous cette brochure jadis publiée par le ministère alors que F Bayrou en était le ministre sur la couverture de laquelle figuraient des photos d’ordinateurs qui n’avaient plus court depuis près de cinq années.
Parfois, il faut bien le dire aussi, ce n’est pas vain et ces équipements sont le simple reflet d’une idée plus globale, d’un vrai projet. Sachant que la notoriété du projet est aussi vue à travers ces biens tangibles, alors on les utilise pour communiquer. Ainsi en est-il des ordinateurs portables des Landes, par exemple. L’analyse de ces pratiques d’équipement à l’intention variable est intéressante et mérite d’être centrée justement sur l’articulation entre moyens et projet. Quand le moyen est le but, voire la finalité du projet, alors on est en droit de s’interroger.

L’effet d’annonce est une vieille ruse dont l’histoire regorge d’exemples de son efficacité. On a souvent parlé du général de Gaulle à ce sujet car il était le premier homme politique français à utiliser habilement la télévision. Mais il avait un passé lourd, car il avait déjà forgé son savoir faire dans la radio. De même les services secrets savent utiliser ce moyen pour tromper l’adversaire. Car l’effet d’annonce n’a d’autre but que de convaincre celui auquel on s’adresse que l’on va faire ce que l’on dit. Regardons dans le domaine des TIC et rappelons cette phrase de Claude Allègre qui en 1998 annonçait que tous les élèves auraient une adresse mail personnelle donnée par l’éducation nationale. Il serait facile de lister ces annonces si nombreuses et si rarement rendues effectives, et d’aucun n’y manquent pas. Mais l’habileté politique et rhétorique de nombre de nos dirigeants doit interpeller au delà du seul constat (qui peut s’avérer faux d’ailleurs) de tous menteurs. Dans le domaine des TIC la multiplication des plans, dont d’aucun des lecteurs de ce blog constatent avec justesse qu’au moins c’est mieux que rien, et l’écart avec leur efficacité réelle, voire même leur effectivité laisse rêveur celui qui observe l’urgence de plus en plus grande pour le système éducatif à effectuer les changements nécessaires.

Pourquoi est-ce si catastrophique en éducation ? Parce que cela génère de la désobéissance passive. Parce que cela provoque de la frustration. Parce que cela ruine les dynamismes. Parce que cela coute cher. Parce que cela ne fait pas changer les choses. Et c’est là qu’est le véritable problème. L’effet d’annonce, les plans d’équipements etc… ne mettent pas en danger ceux auxquels ils s’adressent, bien au contraire. Et d’ailleurs les acteurs de la revendication de tous poils savent habilement en jouer à tel point qu’ils sont devenus complices de ces politiques dont ils usent des mêmes ficelles. Sorte de cercle vicieux, il y aurait collusion et acceptation par tous de cette sorte de fatalité. Changer pour changer n’a pas de sens. Poser des problèmes mais refuser de changer pour y répondre n’en a pas davantage.
Le dépassement des difficultés quotidiennes de la classe ne peut se faire sans aller chercher l’inattendu. L’intégration des TIC fait partie des questions qui posent problème au système éducatif. Tant que les seules réponses seront de l’ordre du matériel et de l’annonce, il est fort probable que l’on continuera longtemps à disserter sur la résistance au changement…

A débattre

BD

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(2 commentaires)

  1. Quand va t-on arrêter le fonctionnement de l’éducation
    Un peu d’enseignement ferait du bien: lecture, écriture, arithmétique, le reste viendra tout seul.
    Au milieu des années 1980 chaque enfant allait avoir son ordinateur, les subventions sont parties.
    Le minitel est tombé très tard, il a été défendu jusqu’au bout

    1. Oui mais comment ? (comme dirait Meirieu)
      Le reste ne viendra pas tout seul, je crois, il viendra sans personne et alors lire écrire compte ne seront plus que des objets vides de sens !!!

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