Le jeune, corps étranger à l'école ?

Les mots et les acronymes sont porteurs de sens et générateurs de représentations. C’est pourquoi je propose qu’on s’interroge sur l’intérêt qu’il peut y avoir à passer de TICE (pour l’enseignement) à TICA (TIC pour apprendre) ou TICEA (TIC pour enseigner et pour apprendre). Nombre d’enseignants s’inquiètent et déplorent les usages, réels ou supposés, que les jeunes font des TIC. Comme on a pu le voir à plusieurs reprise il y a un écart important d’usage et de compréhension des usages entre les jeunes et les adultes.

La réponse traditionnelle que l’on demande à l’école dès qu’il y a un problème dans la société est de formater les esprits des jeunes avant qu’ils ne deviennent adultes. Ce discours est très courant et porte sur de nombreux problèmes tels que la violence, la conduite routière, ou encore la religion, l’attitude vestimentaire, ou encore l’usage des TIC. Le système scolaire conforté dans sa légitimité à agir par de telles pressions se trouve pourtant souvent mis en difficulté face aux élèves. Non pas que les élèves, tant bien que mal, ne suivent pas les enseignement qu’on leur donne, au moins dans le cadre de l’école, mais qu’ils semblent cependant plus imperméables qu’on ne le pense à toutes ces injonctions dès que l’on sort de l’école. La tradition veut souvent que l’on rejette la faute sur les familles et leurs modèles éducatifs et que l’on déclare ainsi qu’il est normal que l’école ne soit pas aussi efficace qu’on le pense. Ce raisonnement peut s’entendre tant que la place qui est donnée à l’école est enfermée dans un univers peu perméable aux bruits de l’extérieur. Or l’évolution du système éducatif au cours des 40 dernières années a, volontairement (massification) ou non (évolutions sociales et politiques) subit de plein fouet ce questionnement. il est devenu de plus en plus difficile de maintenir les élèves dans une relation suffisamment distante avec leur vie sociale dès lors qu’ils sont sur les bancs de l’école. On peut penser que c’est la représentation sociale de l’école qui est en train de changer : Si elle a pour mission de faire des citoyens intégrés à la société, dans quelle mesure peut-elle rester à l’écart de cette société. C’est probablement autour de cette question que se trouve un des contentieux les plus lourds dans les vifs débats actuels autour de l’enseignement et de ses méthodes.

Le cas des TIC est particulièrement illustratif de ce questionnement. La télévision, le téléphone portable restent, pour l’instant, de coté, tandis que l’ordinateur est constamment promu comme devant être dans le monde scolaire. Outre que cette distinction s’estompe chaque jour un peu plus avec les nouveaux produits techniques mis sur le marché, cette séparation des deux catégories d’outil, est révélatrice de la place que chacun veut leur donner à l’école, compte tenu de leur place dans la société. En développant le projet d’introduire cet ordinateur dans la classe, l’acronyme TICE est devenu incontournable. Et pourtant il n’est pas sans faire débat. « Pour l’enseignement » est suffisamment claire pour indiquer qu’il s’agit d’abord, et l’histoire de l’informatique scolaire a toujours conforté cette approche, d’une définition pour les enseignants et non pas pour les élèves. Cette centration peut certe être discutée, le terme enseignement est global, mais on connaît la distinction avec les termes du monde anglo-saxon, pour savoir que ce choix n’est pas si neutre.

Au vu de l’évolution actuelle des usages sociaux des TIC, il apparaît de plus en plus nécessaire de passer de l’enseignement à l’apprentissage et cela pour plusieurs raisons :
1 – les jeunes, habitués à un environnement numérique développent de nouvelles relations à l’information et à son appropriation
2 – les usages quotidiens des technologies ont rendu les frontières de l’école poreuses
3 – la fracture élèves/enseignants risque de se développer s’ils ne se sentent pas concernés
4 – la nécéssité de développer des compétences pour toute la vie implique l’apprendre à apprendre
5 – les TIC sont le moyen de développer des passerelles entre divers mondes, en particulier pour apprendre

La liste pourrait encore s’allonger, elle n’est ni exhaustive, ni hiérarchique, en tout cas elle mérite débat.

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(1 commentaire)

  1. Bonjour,

    Lorsque j’entre en classe en poussant mon chariot/ordinateur/projecteur les élèves me demandent à tout coup «est-ce que l’on regarde un film?». Ils ont associé la présence du projecteur et de l’ordinateur-avec-lecteur-de-DVD à la présentation d’un film… ce qui me désole beaucoup.

    Personnellement, j’utilise beaucoup les présentations PowerPoint et je passe pour un génie de l’informatique alors que je suis parfaitement conscient que je n’utilise qu’un tableau de luxe (parce que je déteste les craies).

    Faire comprendre au corps enseignant qu’utiliser les TIC en classe est plus que la simple projection de diapos (ou de film!) sera un travail à long terme. Certains s’en servent pour présenter une variété de documents et de sources à leurs élèves, mais le cours reste magistral. L’intégration des ordinateurs portables et des projecteurs dans notre école n’est que la phase 1 (qui vise à familiariser les enseignants avec cet outil). La phase 2 devra introduire des ordinateurs «pour les élèves».

    On me vante les mérites du Portail de notre CS depuis quelques années. Je vais donc l’essayer avec mes élèves et utiliser un forum pour ternir un débat. Je souhaite que mon expérience enrichisse les apprentissages de mes élèves et inspire d’autres enseignants à «essayer ça»!

    Ce n’est qu’un début, continuons le combat!

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