TIC en 2009 2010 : fin de période…

La lecture de circulaire de rentrée 2009 donne parmi les 15 axes de travail celui-ci : « Développer l’accès aux technologies numériques éducatives et favoriser leur usage ».

Une lecture attentive du texte donne à débattre et à réfléchir :

1 –  Il est écrit : « Les technologies de l’information et de la communication permettent désormais aux élèves d’accéder à de nouvelles ressources éducatives, et aux professeurs de disposer de nouveaux moyens susceptibles d’améliorer les apprentissages. »
– Comment accepter cet allant de soi sans demander en quoi les TIC sont susceptibles d’améliorer les apprentissages et ainsi de lire le sens que prennent les impulsions ministérielles ?

2 – Il est écrit : « Elles permettent également de renforcer les liens entre l’institution scolaire et les parents. »
– On ne peut que s’interroger sur cette insistance renouvelée (cf la lettre de rentrée 2008 2009) sur la place des parents qui fait par ailleurs l’objet de 2 axes prioritaires dans cette circulaire). De quels liens parle-t-on ? Quelle est la volonté sous-jacente à ce lien, si tant est qu’on en précise la nature ? Transparence ou coopération, voire partenariat, main-mise, surveillance, voire inquisition… autant d’interrogations que l’on aimerait voir éclairées.

3 – Il est écrit : « Les espaces numériques de travail et les cahiers de textes numériques
Le développement des espaces numériques de travail, réalisé en partenariat avec les collectivités territoriales, reste une priorité.
Dans le second degré, les solutions informatiques adoptées par de nombreux établissements permettent de moderniser les usages réglementaires, en offrant une alternative électronique au cahier de textes papier. Tout en renforçant la fiabilité des informations transmises et leur élargissement à de nouvelles ressources, la version numérique du cahier de textes facilite l’individualisation des activités demandées aux élèves.
Plusieurs académies expérimentent l’emploi du cahier de textes numérique, tandis que d’autres l’ont déjà largement développé. Vous vous attacherez à sa généralisation. »
– On s’étonne de voir cette insistance sur le cahier de textes numérique pour lequel il y aurait beaucoup à dire. Il est grand temps que le ministère actualise le texte de 1961 sur la tenue du cahier de textes et dise enfin ce qu’il en attend en terme de trace, de suivi, de contrôle,… En effet le déploiement de ce type d’outil, brique des ENT, est symbolique d’un avenir qui pourrait bien se traduire par un contrôle renouvelé de l’enseignement par les moyens électronique comme le préfigure l’emploi de GiBii dans certains académies. Quelle visibilité du cahier de texte, pour qui, par qui, avec quelles conséquences, quelle sécurisation des données, quelle valeur contractuelle ?

3 – Il est écrit : « L’ouverture du portail PrimTICE pour le premier degré
Réalisée à destination des professeurs des écoles, une plate-forme d’identification et de présentation des ressources, des usages et des bonnes pratiques est ouverte à la rentrée scolaire 2009-2010. Elle apporte des ressources pédagogiques aux professeurs débutants, comme aux enseignants expérimentés. Elle facilite l’évolution de leur enseignement par l’intégration d’activités utilisant les technologies de l’information et de la communication. Cette plate-forme leur permet également de mutualiser leurs expériences. »
– Tiens ! Laurent Audic doit être content de voir que ce qu’il avait mis en place lorsqu’il était au ministère en 2005 est considéré comme une nouveauté en 2009. Où le ministre est mal informé, où il a oublié de préciser ce qui était nouveau… Et comment situer cela par rapport au travail de l’agence des usages du CNDP qui est aussi sur des sujets proches…

4 – Il est écrit : « La plate-forme de formation « Pairform@nce »
Destinée à compléter les dispositifs de formation des enseignants, la plate-forme « Pairform@nce » développe des parcours de formation pour une qualification de niveau 2 du certificat informatique et internet (C2i2e), en accord avec les I.U.F.M. et les universités. Les potentialités de ce dispositif seront progressivement étendues à d’autres domaines de formation. »
– On ne peut qu’être content d’entendre parler de cette initiative, pourtant pas nouvelle, mais qui a bien du mal à exister . Cependant on s’interrogera sur l’avenir de ce dispositif au moment où la réforme des IUFM et de la formation initiale des enseignants est aussi troublée
5 – Il est écrit : « Les écoles numériques rurales
Le programme d’équipement numérique initié par le ministère de l’Éducation nationale, avec l’association des maires ruraux de France, bénéficiera à 5 000 écoles situées dans des communes de moins de 2000 habitants. Après appels à candidatures la liste des projets retenus, département par département, sera prochainement publiée. »
– Après la première école labellisée et installée ces derniers jours de Mai, on peut se demander ce qu’il en est de cette d’annonce : effet ou véritable réponse à des problèmes concrets. Est-ce que les petites municipalités n’ont pas les moyens et qu’il faut s’y substituer ? Mais alors, est-ce à l’état de le faire ou aux collectivités territoriales et autres communautés au sein d’un maillage locale ?

6 – Il est écrit : « Les visioconférences et le « e-Twinning »
Les TICE offrent aussi de multiples possibilités en matière d’enseignement des langues vivantes. Leur usage est encouragé, sous le contrôle des professeurs. Le déploiement des visioconférences, entamé en 2008-2009, se poursuit en 2009-2010.
Dans cette perspective, le programme européen « e-Twinning» permet à tout établissement français d’entretenir des échanges avec un autre établissement européen via une plate-forme Internet. »
– Les visioconférences ne sont pas vraiment des nouveautés… mais l’impulsion voulue par le ministère ne peut qu’être la bienvenue pour les enseignants qui veulent s’y engager. Mais comment articuler cette impulsion technique avec les réticences de nombres d’enseignants face au développement du cadre européen des langues. Quant à e-Twinning l’intérêt réel de cet outil pédagogique lié à une dynamique est d’abord un programme européen est tangible, à quelques jours des élections européennes, cela n’est pas à négliger…

7 – Il est écrit : « Les TICE pour aider les enfants porteurs d’un handicap
Les technologies de l’information et de la communication offrent de nouveaux outils susceptibles d’aider les élèves porteurs d’un handicap. Le site « lecolepourtous.fr », dédié à leur scolarisation, présente des ressources numériques adaptées aux différents types d’activités scolaires. »
– Sans autre commentaire, on peut penser au propos incantatoire, voire démagogique. Et pourtant il serait si important de favoriser la poursuite des travaux engagés de longue date dans le domaine de l’aide aux enfanst porteurs d’un handicap, que l’on est toujours satisfait de voir que nos gouvernants s’en préoccupent. Toutefois il faut s’étonner du coté récurrent de cet argument, surtout quand l’on connait l’histoire longue des initiatives dans ce domaine, mais en dehors de l’école d’abord…

En guise de synthèse :

Rien de neuf sous le soleil… Ainsi le ministère n’aurait rien de neuf à dire sur le sujet… Effectivement on ne sent pas dans ce propos une réelle politique dans le domaine des TIC. Instrumentalisées au service des thématiques plus globales – ruralité, handicap, langues,.. , les TIC ne sont pas une priorité, contrairement à ce que pourrait laisser penser la présence de cette thématique dans les 15 axes de cette circulaire. Un ministre, fut-il partant, ne peut pas laisser les TIC de coté tant elles sont devenues omniprésentes dans le quotidien. Mais en l’absence de véritable vision, il vaudrait peut-être mieux s’en tenir à l’existant et l’affirmer au sein d’une analyse à long terme. Oxymore en ces temps mouvant que de parler de long terme dans un monde politique pour lequel l’annonce est plus importante que l’effet….

A suivre et à débattre

BD

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(1 commentaire)

  1. Je serait tenté d’ajouter quelques éléments au point 3 concernant le cahier de texte numérique :
    Quelle finalité et quelle plus-value pédagogique vise-t-on ? Peut-être que c’est le concept même de cahier de texte qu’il faut revisiter et redéfinir et cela suppose une certaine réflexion en concertation avec les principaux acteurs.

    Dans le domaine du lien parents-école rien n’est dit sur la nature des liens et je rejoins Bruno pour dire que c’est un point essentiel qui, s’il n’est pas pris en compte peut nous faire passer des meilleures intentions aux pires des situations. Quelle place et quel rôle veut-on donner aux familles dans un contexte largement impreigné de « priorité sécuritaire » et de contrôle au détriment d’espaces de confiance et d’autonomie.
    D’une façon plus générale, l’arrivée des ENT peut-elle s’affranchir d’une réflexion sur les valeurs sur lesquelles la conception et le déploiement des outils prennent appui ? Ces outils sont-ils neutres ? Leurs effets et possibles dérives sont-ils pris en compte en dehors du champ lié à la maîtrise technique par l’utilisateur ? Quelle finalité vise-t-on… maîtrise technique des usages ? amélioration des apprentissage ? éducation du jeune ? sur quel registre de valeurs prend-on appui ?

    Est-ce une outil au service des élèves ou une manière de rendre les élèves afficaces dans les usages de l’outil, est-ce un mélange des deux ? Les enseignants sont-ils au clair sur les attendus ?

    Modeste contribution au débat après une journée un peu chargée.

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