Blog, Buzz et pertinence

Tenir un blog ne suffit plus ! C’est la réflexion que je me fais quand je vois la multiplication des initiatives sur la toile…, réseaux sociaux (Facebook, Lindln,..), blogs intégrés aux médias (le Monde, …) etc… et autres. Partager ses idées sur la toile suppose désormais d’adopter la « buzz attitude ». Le bruit, la rumeur, le lien, le débat, la polémique, tout est bon pour faire parler de soi, et comme les médias traditionnels ont repéré le mouvement, ils l’amplifient. Quel en est l’effet ? Si tant est que vous soyez un peu sérieux, votre blog devient trop austère, trop confidentiel du fait même qu’il ne rentre pas dans le « buzz ». On avait vu avec le développement des sites web apparaître ce phénomène, on l’a vu avec les blogs, on le voit se poursuivre en plus avec les réseaux sociaux.

Ce qui est intéressant c’est que les sites professionnels d’information (médiapart, rue 89 etc..) rentrent dans le jeu avec cette logique implacable de « l’entre soi ». Qu’est-ce à dire ? En fait au delà des contenus, il y a un type de relation à l’environnement qu’il faut développer si l’on veut être reconnu. Ainsi les médias nouveaux et anciens sont-ils en train d’opérer leur rapprochement avec les mêmes acteurs, les uns ayant migré chez les autres et parfois réciproquement…. Du coup autour du buzz déclenché par les uns et les autres (de manière réciproque) ils deviennent pré-éminents. Jadis Coluche parlait des gens qui s’autorisaient à parler, il ne croyait pas si bien dire : l’enjeu de la communication médiatique c’est de s’entre-autoriser à s’exprimer, c’est à dire à faire du buzz entre soi. Je parle de vous, vous parlez de moi, cela nous fait connaître. L’intérêt de notre propos, peu importe du moment qu’il alimente le buzz…

Un mouvement cyclique s’installe. A l’apparition de nouvelles possibilités d’expression, un certain nombre de nouveaux venus tentent de profiter de l’aubaine pour s’imposer. Ils n’y passeront pas forcément longtemps, mais on parlera d’eux. Ou plutôt ils sauront faire parler d’eux. En ce moment, l’enjeu est d’autant plus grand qu’il y  va de la survie de certains médias et de certains professionnels des médias. C’est donc légitimement qu’ils adoptent la « buzz attitude » et se retrouvent entre soi. Certes il y a une ouverture, à d’autres, mais minime et à condition de respecter les codes du milieu.  Ce mouvement cyclique s’observe plus largement autour de toute nouvelle technologie qui attire de nouveaux venus qui vont s’emparer de la nouveauté, souvent sans s’occuper de ce qui s’est fait auparavant. Ils vont alimenter le « buzz » et tenir le devant de la scène jusqu’au moment ou l’éphémère de leur propos ne trompera plus, mais surtout ne sera plus « médiatique », c’est à dire que dans le modèle commercial des médias, il ne rapportera plus de clients…

Au delà de ces mouvements cycliques, il y a des constantes, et c’est celles-là qui sont les plus importantes, celles qui marquent les véritables changements culturels, les véritables innovations, généralisées celles-là, et parfois même institutionnalisées. Ce temps intermédiaire, celui du « buzz » est souvent irritant pour ceux qui depuis  longtemps oeuvre sur ce même terrain. Ils ont l’impression de disparaître momentanément derrière ce bruit, cette agitation. Et puis, plus tard on les retrouve, continuant le même chemin, rappelant qu’il ne faut pas céder aux effets du buzz pour comprendre et progresser. Ils rappellent aussi que le buzz, même irritant, fait partie des rites de passage qui s’imposent avec les technologies nouvelles. Et dans le même temps de nombreux nouveaux venus disparaissent corps et biens dans l’oubli, ils sont parti vers d’autres nouveautés, dans certains cas, mais le plus souvent se sont rangé dans le collectif dont ils sont membres, oubliant parfois même qu’ils ont été sur le devant de la scène (mais pas toujours, ils ont parfois une dose de mégalomanie suffisante).

En d’autres termes, je m’aperçois que l’afflux d’initiatives de tous genres sur le web entretien un mouvement de surface qui ne doit pas nous faire oublier le fond : à savoir que progressivement les relations humaines se modifient sous l’effet de ces périodes « coup de boutoir » qui secouent l’ordinaire pendant un moment, puis ensuite cèdent la place aux véritables mutations, celles de la banalisation des outils dans le paysage quotidien.

A suivre et à débattre

BD

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(1 commentaire)

  1. Bonjour. Tres bonne réflexion qui, meme avec quelques années de recul, est toujours d’actualité.

    J’ai comme projet de créer un magazine gratuit basé sur le décryptage du buzz ds la société.

    Pourriez vous etre interessé d’y prendre part?

    Bien a vous
    Ima

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