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Avr 17 2009

Culture, Education, Technique, quels changements ?

L’envahissement des travaux de recherche et de réflexion par le mot « culture » comme dans culture numérique, informatique, technique, informationnelle etc… est un révélateur intéressant à propos de la capacité de changement et d’adaptation. On remarque de plus que, très souvent, le mot culture est remplacé par le mot éducation, comme si ces deux notions étaient presque synonyme ou au moins corrélées.

Un premier fait est qu’une opposition semble à expliciter entre maîtrise d’une culture et maîtrise d’une technique. Ainsi dans le domaine des TIC on confond souvent les deux en utilisant le savoir savant comme médiateur. Ainsi, les débats que nous avons pu avoir avec Gérard Berry ou Gille Doweck ont été souvent génés par l’absence de clarification sur ce point. La nouveauté technique s’inscrit dans un temps court, la nouveauté dans le savoir dans un temps plus long, la nouveauté dans la culture dans un temps encore plus long. L’affrontement entre ces trois points de vue n’a pas lieu d’être car il ne porte pas sur les mêmes objets. Malheureusement on oublie souvent d’éclaircir ces points de vue parce que survient l’intru de service : l’éducation. Pourquoi un intru, parce que l’on parle d’une solution (il faut éduquer à) alors que l’on a oublié de problématiser les objets. L’école est coutumière de ces raccourcis, sollicitée qu’elle est pour résoudre tous les problèmes de la planète… adulte… (cf les problèmes de violence, les problèmes d’exclusion, les problème d’élitisme, par exemple). Là encore l’école (qui n’est qu’une partie de la planète éducation) est souvent convoquée pour le court terme alors qu’en réalité elle agit sur le long terme, sur la construction d’une culture, justement, dont elle n’est qu’un élément, ô combien essentiel, puisque potentiellement commune (même si les faits nous donnent souvent tort).

Maîtriser une culture n’est-ce pas paradoxal ? L’usage immodéré du terme culture laisse à penser que non. Une réflexion plus avancée nous invite à penser l’inverse : on « est une culture » en mouvement. Le « On » étant choisi à dessein pour ne pas utiliser le « je » et le mot mouvement indiquant que puisque la culture est liées « aux sujets » elle évolue avec eux. Comme Achille et la tortue, on ne rattrappe jamais la culture, on est inscrit dans son mouvement. Quel intérêt a-t-on à utiliser le terme « culture » ? On peut penser que cela permet d’amplifier le propos, de lui donner une légitimité supérieure. Quoi de plus grand que la culture ? Ainsi en associant ce terme à l’informatique, le numérique, les médias etc… on fait accéder ces objets à une reconnaissance nouvelle. En y ajoutant, sous forme très raccourcie, le terme éducation, on les rend essentiels, incontournables, voire fondamentaux.

Il est intéressant d’utiliser la grille de Jacques Ardoino pour aborder et analyser cette utilisation parfois outrancière du terme culture dans le domaine des TIC et pour en donner quelques exemples et en tirer quelques enseignements.
 Au niveau de l’individu, les TIC font désormais partie de la vie ordinaire, professionnelle et personnelle et en particulier dans le rapport à l’information.
 Au niveau de la relation, les TIC sont désormais un vecteur essentiel de l’existence identitaire, puisque j’existe aussi à distance, dans l’absence physique de présence
 Au niveau du groupe, les TIC favorisent l’émergence des communautés et du développement identitaire collectif au delà des proximités habituelles de l’humain
 Au niveau de l’organisation, les TIC se posent en élément structurant des flux informationnels, la structure devenant parfois contrainte
 Au niveau de l’institution, les TIC permettent l’expression de l’instituant. Le « buzz » en est actuellement une illustration d’autant plus parlante qu’elle vient relayer les traditionnels sondages
 Au niveau de l’historicité, les TIC s’inscrivent dans le mouvement de développement informationnel et communicationnel des sociétés humaines de manière continue depuis l’origine de l’homme.
 
La qualification culturelle du numérique, au travers des TIC, semble prendre ici toute sa légitimité. L’éducation prend aussi toute sa place dans le processus de développement. Mais plutôt que de parler de culture numérique, au risque de l’opposer à d’autres cultures, parlons plutôt de ce que le numérique fait à la culture humaine. Ainsi on pourra prendre un chemin nouveau qui évitera d’opposer technique, savoir et culture, mais qui plutôt viendra redéfinir les territoires et les continuité entre ces trois domaines. Quant à l’éducation, évitons de la morceller en utilisant ces découpages artificiels alors que c’est l’articulation qu’elle doit promouvoir et rendre possible.

Les changements culturels s’inscrivent dans un temps long de plusieurs décénies. Les promoteurs des techniques tentent de nous affoler en faisant virevolter les changements apparents. Vouloir former à la seule technique est limitatif, temporaire, mais parfois nécessaire. Mais vouloir réduire le changement culturel à la seule appropriation des techniques voire des savoirs est générateurs d’inégalités : celles que rencontrent tous ceux que l’on assigne aux tâches d’exécution sans les autoriser à la compréhension. Mais comme le chemin est long, il est facile de se décourager et d’abandonner. La logique du court terme est dangereuse, en éducation, comme dans notre société… 

Accompagner le changement culturel lié au numérique c’est forcément accepter la lenteur, les inégalités, les soubresauts, mais c’est forcément leur donner sens pour qu’ils ne deviennent pas des prétextes à des prises de position radicales et souvent partielles.

A approfondir

BD

 

P.S. Signalons que ce mot culture n’est associé qu’au mot jeune dans le supplément Education que le journal le Monde publier en date du 16 avril et qu’il n’est pas autant mis en avant que dans de nombreux travaux de recherche actuelle (cf ERTé sur la culture Informationnelle…). On peut y lire un écart de perception significatif, lié aussi à la position du propos médiatique, qui est dans le temps court, par rapport à celui de la recherche, qui est dans le temps long. Or l’éditorial de Christian Bonrepaux nous montre au contraire que l’on est dans processus long, celui de l’acculturation, justement.

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(1 commentaire)

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  1. jimmy

    Bonjour
    très intéressante
    merci

  1. Quel enseignement avec les TICE? (2) état de la question des TICE dans l’enseignement des langues vivantes | Enseñar es aprender dos veces

    […] Devauchelle, Bruno, Culture, Education, Technique, quels changements ?, […]

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