Culture numérique : les fondamentaux

Une lecture importante pour les enseignants : Au moment où l’informatique et les sciences du numérique entrent par la grande porte dans l’enseignement scolaire, il est nécessaire que chacun de ceux qui vont être impliqués dans ce mouvement trouvent des appuis sérieux pour mener à bien leur enseignement. Non pas qu’il faille « faire un cours magistral », mais parce qu’il faut à chaque éducateur des références « culturelles » (au sens large incluant les savoirs) solides pour accompagner les jeunes. Le livre de Dominique Cardon (écrit en lien avec plusieurs collaborateurs) publié aux « les presses de SciencesPo », Culture numérique est un incontournable un indispensable, un socle de connaissances qui concerne non seulement les enseignants des spécialités, mais tous ceux que le numérique concerne et en particulier les enseignants documentalistes pour lesquels cet ouvrage sera une base réflexive essentielle pour leur action au quotidien dans les établissements scolaires.

Certes l’ouvrage n’a pas le projet de couvrir le programme scolaire officiel, mais il se situe en « infra » c’est à dire dans les fondamentaux qui permettent de mieux aborder les contenus de tous les programmes scolaires que ce soit en informatique, science du numérique mais aussi Education aux Médias et à l’Information et d’autres contenus disciplinaires qui pourraient se trouver interrogés par le développement de l’informatique dans la société (physique, philosophie, SVT et autre technologie… ou culture). En intitulant son ouvrage Culture Numérique, l’auteur après avoir indiqué en introduction l’étendue des actions de l’informatique dans tous les domaines (ce que nous nommons habituellement fait social total) écrit : « il est utile de dire que le numérique est une culture ». Ce parti pris sur cette expression est discutable mais il s’appuie sur l’utilité de la formule dans une société aussi largement marquée par la généralisation de l’informatique et du numérique sous ses diverses formes.

Parce qu’il est un ouvrage fondamental, il n’en reste pas moins un ouvrage très accessible malgré ses 428 pages. Pédagogique et didactique, il n ‘y a pas besoin d’être spécialiste du domaine pour comprendre ce qui y est débattu. Fondé d’abord sur un enseignement en université puis sur un MOOC à destination des étudiants de Sciences Po, l’ouvrage est organisé en chapitres courts et synthétiques accompagnés de références pour approfondir pour terminer chacun d’eux. Ce choix d’organisation de l’ouvrage est pédagogique car il en permet une lecture non linéaire, une lecture provisoire (on peut approfondir chaque partie) à enrichir comme nous y incite la mise en forme mais aussi le style d’écriture qui rend le texte particulièrement lisible. Didactique l’ouvrage l’est aussi dans la structuration des contenus. Il y a là des choix importants qui permettent au lecteur d’aborder toutes les questions habituellement médiatisées, mais en ayant en main des références solides, des savoirs reconnus, mais aussi des interrogations et des nuances qui renvoient le lecteur à sa capacité à ne pas s’arrêter à la surface de cette lecture.

Certains reprocheront l’absence de référence au monde scolaire ou à certains milieux professionnels tout comme l’absence relative d’explications trop techniques (quoique dans certains passages il y a de quoi faire). Mais c’est aussi la volonté de l’auteur, dont on connait aussi la qualité de ses conférences et interventions ainsi que celle de ses précédents ouvrages et articles, que d’offrir un « socle de connaissances » aussi bien sur l’histoire que sur les développements actuels. On remarque en particulier le souci d’historicisation qui n’est pas simplement une question de reconstitution d’une histoire, mais surtout une inscription du présent dans un développement constant (cf. le chapitre sur l’intelligence artificielle). Six grands chapitres permettent de construire un décor qui va de la création d’Internet aux transformations qu’il fait subir à la société et qui mènent vers une analyse des questions à venir.

On peut se questionner sur certains partis pris par l’auteur en particulier sur la centration sur Internet et le Web. On remarque que l’analyse historique fait très peu de cas des pratiques en réseau de communication autre que réticulée. C’est ainsi que les BBS, Compuserve et AOL sont trop vite balayés, tout comme le réseau Apple Link devenu ensuite en France Calvacom. Certes l’architecture (comme celle du minitel) est centralisée, mais ce qui est important c’est qu’avant qu’Internet et le Web ne s’imposent, ces réseaux sont extrêmement actifs au-delà des frontières des USA et surtout permettent dans les entreprises et chez les passionnés le développement d’une culture qui est bien avant l’heure celle du web 2.0. Certes elle est restée relativement confidentiel, certes ces réseaux ont tous été fondus dans le paysage, voire ont disparu. Mais ils ont permis l’installation et l’arrivée d’Internet et du Web comme on a pu l’observer entre 1993 et 1996 quand AOL et Compuserve qui étaient antérieurement leaders sur ce marché des réseaux, ont progressivement intégré l’accès au web dans leur proposition antérieure (logiciels propriétaire, ergonomie spécifique) avant d’être submergé par le HTML et les navigateurs web.

Si le livre s’intitule Culture Numérique, on peut ressentir l’envie, à la fin de la lecture, d’un autre ouvrage davantage contextualisé et situé. Si nombre des questions qui traversent le quotidien de nombre de milieux professionnels ne sont pas abordés de manière approfondie, se réduisant parfois à de simples allusions, on ressent l’envie de demander à l’auteur et à ses collègues d’explorer ce que le numérique fait à la culture (au sens anthropologique du terme) et de dépasser les limites qu’ils se sont donné en prenant le critère d’utilité de l’expression comme justification. La littérature récente sur le sujet est suffisamment polémique pour qu’un tel travail se justifie. En effet le numérique, le web suscitent de nombreux écrits qui vont dans tous les sens et concernent tous les milieux, il semble intéressant que les grilles de lecture et les méthodes d’analyse proposées par Dominique Cardon et ses collègues s’appliquent à ces polémiques et permette à chacun de relativiser tels ou tels propos plus ou moins médiatisés.

Merci à Dominique Cardon et à SciencesPo Les Presses de cette publication. Dans le monde de l’enseignement, de l’éducation, cet ouvrage est une référence qui permet de poser les bases de ce qui permet ensuite d’échanger, de discuter, d’approfondir.
On pourra retrouver en ligne plusieurs conférences et interview de l’auteur qui permettent de découvrir son travail et le livre (France Culture par exemple : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/culture-numerique-enjeux-du-xxieme-siecle mais aussi https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-innovation/linvite-innovation-du-dimanche-10-mars-2019
On renverra aussi au passionnant travail d’Hervé le Crosnier d’abord dans ses cours que l’on peut retrouver en ligne sur CanalU et ensuite dans son travail d’éditeur (https://cfeditions.com/public/)

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