Douter, réfléchir, à l’ère du numérique…

Les réseaux sociaux sont devenus la coqueluche de tous ceux qui débattent sur les fausses nouvelles. Et pourtant, derrière ces services en ligne, il y a des contributeurs et devant des lecteurs. Réduire la question des fausses nouvelles à celle des réseaux sociaux, c’est oublier qu’ils ne sont pas exclusifs des autres vecteurs d’information et de communication, mais aussi que la fausse nouvelle est d’abord une question humaine, intermédiée ou non, par les technologies.
Deux ouvrages bien différents dans l’approche se complètent bien dès lors que l’on aborde la question du côté des « faiblesses de l’humain ». Il est toujours plus facile de trouver des causes externes (locus contrôle externe) du type les écrans, les réseaux sociaux, la télévision, les journalistes… que d’envisager des causes personnelles (locus contrôle interne). C’est parce que les deux ouvrages se rejoignent en partie sur cette approche interne qu’ils nous apportent un regard bienveillant, riche qui incitent chacun de nous à la vigilance et à la « métacognition », appuyée sur des démarches structurées, mais aussi sur une éthique du doute.

– Votre Cerveau vous joue des tours, Albert Moukheiber, Allary Editions,2019
L’auteur a les caractéristiques d’un personnage médiatique : origines plurielles (Liban, France, etc.…), jeunesse (35 ans), champ disciplinaire des neurosciences (doctorat), exercice professionnel de psychologie clinique (cabinet), mais surtout un style, à l’oral (sur France Inter ou sur des vidéos) et à l’écrit très accessible à tout public. Ajoutons à cela que, dans le livre, l’étayage scientifique est bien présent, mais sans entrer dans la complexité et la forme du discours scientifique qui décourage parfois le lecteur peu averti (le livre de Stanislas Dehaene, Apprendre, lui, oscille entre les deux).
La lecture de ce livre devrait être recommandé à tous les éducateurs : en effet il permet, pour soi, de se situer et permet aussi d’apporter aux personnes avec lesquelles on travaille des moyens de mieux comprendre, de mieux percevoir, de construire un esprit critique. En deux parties, la première concernant le fonctionnement du cerveau en lui-même et la deuxième concernant la manière dont le cerveau travaille avec le monde environnant et ses sollicitations, il nous fait entrer dans l’analyse de nos illusions et sur les manières de les prendre en compte pour mieux agir au quotidien. Il nous permet aussi de relativiser en nous introduisant à la pratique du « doute éclairé »…

– Des têtes bien faites, Défense de l’esprit critique, sous la direction de Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée, PUF, 2019
Ouvrage qui associé travaux de chercheurs et pratiques d’enseignants, cet ouvrage a le mérite d’aborder de manière plurielle la formation de l’esprit critique en démontant ce qui en fait les faiblesses, les failles. Certes l’humain est « faible », il développe des analyses du monde qui l’entoure qui sont entachées d’erreurs et d’approximations. A partir de plusieurs cas, il démonte aussi bien le soucoupisme que le conspirationnisme mais surtout il offre des exemples de pratiques pour lutter contre ces dérives et en particulier à l’école primaire. Mais surtout il nous invite à explorer la « zététique », l’art du doute pour encourager à une véritable éducation de l’esprit critique (et non pas à l’esprit critique)

Ces deux ouvrages se complètent d’autant mieux qu’ils évoquent l’un comme l’autre la question du doute comme état d’esprit et aussi en dénonçant la dérive qui peut naître ce doute, le complotisme. Les références scientifiques de ces deux ouvrages sont proches et complémentaires. Leur lecture apportera aux adultes et en particulier aux enseignants des moyens de comprendre et d’agir face et avec les élèves, les jeunes, mais aussi les adultes.

A suivre et à débattre
BD

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