S'y retrouver, dans cet océan d'informations

L’année 2009 sera peut-être celle qui fera prendre conscience à l’ensemble des responsables, éducatifs et politiques (entre autres), que l’inflation formidable d’informations accessibles sur Internet pose d’abord un problème de compétence des usagers.

 

En effet après avoir terminé l’année sur la question de la compétence technique en informatique, il faut bien constater que l’évolution actuelle nous pousse à mettre au rang des urgences la question de l’accès à l’information. Mais attention, là encore à ne pas tomber dans le travers techniciste. Car la question la plus importante est d’abord celle du sens. Et c’est en particulier à l’école que la question du sens peut et doit se travailler, même s’il ne faudrait pas pour autant négliger ce qui est le constituant de fond de la compétence à donner du sens au monde qui nous entoure, le contexte familial.

 

Entre référentiels de compétences informatiques, numériques, informationnels, les travaux sont très souvent techniques. Or la question est d’abord culturelle (au sens que lui attribue l’anthropologie : « ce que l’homme construit du monde qui l’entoure »). La réduire à la technique c’est d’abord s’inscrire dans une cadre cartésien, rationnel, oubliant ce qui est un des éléments clés de la forme humaine : l’incertain.

 

On peut distinguer trois niveaux d’informations : celui du signe/signal, celui contenu, celui du sens. Le niveau du signal est celui qui partant de l’objet information le traite, en quelques sortes, comme une marchandise dont la nature souvent numérique désormais. Le niveau du contenu est celui du savoir, autrement dit d’un objet formalisé par des significations normées, donc structurables et gérables de manière mécanistes. Le niveau du sens est celui de la connaissance, à savoir celui de ce que le sujet fait du monde qui l’entoure. C’est par cette entrée que c’est éminemment une question culturelle. Qu’est-ce que le sujet fait de l’information ? 

 

Face au développement des techniques numériques, la transformation, le stockage et la transformation de l’information sont devenus des choses tellement ordinaires qu’on en oublierait presque leur existence. Avec le développement d’outils de transformation, de traitement de l’information, les choses sont en train de devenir tellement habituelles(la relation individuelle avec les moteurs de recherche en témoigne) qu’on en oublierait presque la faiblesse. Avec la multiplication des sources d’information, ce que certains nomment malheureusement infobésité, c’est la possibilité même de donner du sens qui devient un enjeu majeur de l’éducation. 

 

En d’autres termes, l’enjeu premier est de redonner la parole, de rendre auteur, d’autoriser l’expression. Car l’un des effets paradoxal d’Internet est qu’en libérant le droit d’écrire, il entraîne la parole dans un néant dramatique comme en témoignent chaque jour ces espaces d’expression anonyme ouverts par des sites (le Monde, Libération, L’équipe et autres blogs et forum de toutes sortes). Il suffit de lire nombre de ces contributions, quand il ne s’agit pas d’ailleurs même de certains gestionnaires d’espaces eux-mêmes, pour comprendre que l’incapacité à structurer sa pensée et à l’exprimer est de plus en plus grande. Comme si en s’encombrant l’esprit avec la parole des autres on sacrifiait sa propre capacité à produire une parole !!!

 

La distance critique, si chère au milieu éducatif ne suffira sûrement pas à faire face. Encore faudra-t-il que l’on permette la parole. Or si nous regardons le fonctionnement scolaire : quelle parole est autorisée ? Celle que l’on donne en vue d’une récompense, la note, l’examen, et trop rarement, celle de l’autorisation à exprimer ce que chacun de nous en tant que sujet, voire même de personne a à dire, parce que cela vient de soi.

 

L’école ratera-t-elle ce virage essentiel ?

 

A débattre 

 

BD

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(2 commentaires)

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  1. Bien sur : l’école ratera ce virage essentiel. Elle ne le prendra que lorsque les héritiers se seront durablement appropriés la culture de l’internet, qu’il en maitriseront les codes, et qu’ils pourront en toute quiétude exercer leurs pouvoirs sur les illettrés du numérique.

    Curieux renversement : une grande partie de la culture de l’internet vient de l’underground, et c’est à l’abri de cette culture que le réseau a pu se développer.

    Les choses changent…

  2. On pourra illustrer notre propos en allant voir sur le site de la DEPP la note d’information sur l’éducation aux médias dans le second degré.
    http://www.education.gouv.fr/cid23163/l-education-aux-medias-dans-le-second-degre.html

    BD

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