Entraînement mental

On connaissait les logiciels d’entraînement pour enfants (zoombinis, et autres docteur Brain). On avait rapidement feuilleté des livres comme gymcerveau (devenu récemment Gym cerveau objectif 100 ans). On découvre maintenant(avec stupéfaction) le site www.happyneuron.com (voir le Monde daté du Samedi 18 juin). Plusieurs analyses sont possibles. La première est commerciale et consiste à considérer, comme pour le livre gym cerveau, qu’il y a un marché de l’entrainement mental (cognitif ???). Ce marché, après avoir montré ses limites pour les enfants et les adultes, concerne désormais les plus agés d’entre nous. Le commerce du 3è et 4è age est un marché qui a des moyens financiers suffisants pour assurer la vie de ces sociétés qui proposent ces produits La deuxième est concerne le fonctionnement du cerveau. Peut-on entraîner le cerveau ? si oui comment ? Des spécialistes de la plasticité du cerveau (M Peschanski, M. Prochiantz etc…) ont montré l’importance de la stimulation de l’activité intellectuelle pour maintenir un bon niveau de vigilance mentale en vieillissant. C’est donc sur cette base que certains (moins scientifiques) ont conçu des outils pour stimuler cette activité La troisième est pédagogique et cognitive. peut-on entraîner les capacités mentales indépendamment d’un contexte. Peut-on concevoir des exercices systématiques et en dehors d’un contexte pour stimuler l’activité intellectuelle ? Là encore l’utilisation des logiciels de ce type en classe ou encore les recherches menées à l’université de Paris 5 ont montré que l’intérêt de telles pratiques est extrêmement limité. Enfin est-il possible d’entretenir réellement une vigilance mentale indépendamment d’un contexte. Le contexte parce qu’il sert de repère dans le temps et dans l’espace, parce qu’il est un appui à la motivation, et enfin parce qu’il donne sens à l’activité, est essentiel à tout fonctionnement du cerveau. De ces analyses ont peut comprendre que derrière la dimension commerciale se cache une croyance qui est aussi une ignorance : celle que l’entraînement systématique hors contexte est efficace. Quand un musicien explique les gammes qu’il fait tous les jours, quand un sportif s’entraîne des années en vue d’une hypothétique réussite, quand un artiste parle du long chemin qu’il parcourt, on peut penser que cet entraînement systématique est un modèle. C’est oublier ce qui fait le contexte de ces entraînements et le rituel qui les entoure. C’est oublier ce qui motive ces entraînements et qui les rend « productifs ». Les logiciels d’entraînement sont alors à contextualiser. Quand une personne agée fait un mot croisé ou joue aux chiffres at aux lettres, elle fait un exercice d’entraînement contextualisé qui comporte une dimension d’appartenace sociale qui se traduit par les échanges et interactions que permettent ces activités. L’autre dimension qu’oublient ces logiciels c’est l’interaction humaine comme stimulant le cerveau. Or l’entraînement systématique qu’ils proposent oublient complètement cette dimension. Quand pour des jeunes en milieu scolaire cette interaction est contrainte par le contexte scolaire, il n’en est pas de même pour les personnes agées davantage portées par le repli sur son intérieur. Les marchands de la peur du vieillissement ont trouvé là un espace d’affaire. Espérons que la vigilance de nos anciens saura résister à ce type de marché : universités du 3è age, activités collectives, associations, et même recherches sur Internet, sont des espaces de vigilance intellectuelle au moins aussi porteuse que ces logiciels qui prétendent entraîner le cerveau… BD

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