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Sep 14 2017

Ce que veulent dire les mots d’un ministre, de l’éducation

 

Le ministre de l’éducation relance l’interdiction des téléphones portables (article de loi voté pour lutter contre la nocivité des ondes suite au Grenelle de l’environnement) et ajoute cet argument à la loi : « Avec les principaux, les professeurs et les parents nous devons trouver le moyen de protéger nos élèves de la dispersion occasionnée par les écrans et les téléphones. » (L’Express du 14 septembre2017).
Les commentateurs et autres se questionnent : est-ce possible, est-ce raisonnable, est-ce pertinent ? Ce que l’on peut constater c’est le déplacement de l’origine du problème : on passe de l’idée de nocivité des ondes à la nocivité éducative. Ce que le ministre tente de faire passer (et certains témoignages semblent l’y encourager)c’est l’idée que l’école ou le collège vont ainsi exprimer le choix d’une posture éducative face à une pratique sociale. Autrement dit l’école donne la morale, l’impose en son sein et tente de la diffuser aux parents. Ou dit encore autrement, au vu de l’incapacité de parents à éduquer leurs enfants à un usage raisonné du portable, il est temps de leur montrer, ainsi qu’aux enfants, quelles sont les priorités.
Au-delà de la question d’interdiction, il y a la question d’éducation. Ce que Philippe Meirieu rappelait en 1998 dans une conférence mérite qu’on s’interroge. Il faut retrouver le sens de l’interdit en éducation. Un dessinateur humoriste (Garrigue) avait saisi le trait et expliqué qu’en 1968 on disait, « il est interdit d’interdire, en 1998 il est obligatoire d’interdire ».
Encore une fois un propos de ministre recouvre plusieurs intentions. Il faut tenter de débrouiller les intentions et pas réagir simplement à l’effet d’annonce. Or l’intention est Politique (la majuscule est importante). En effet le ministre réintroduit l’école dans l’arène éducative d’une autre manière qui rappelle les propos de Condorcet en 1791 : sortir le peuple de l’ignorance, alors de nature cognitive, ici de nature éducative !
A suivre

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(3 commentaires)

  1. B. Girard

    L’interdiction des portables remonte… à 2010. En intervenant aussi brutalement dans une question qui relève du règlement intérieur de chaque établissement, le ministre entretient la seule chose qu’il ait réussi à faire jusqu’à présent : communiquer…

    1. admin

      Non, cela ne relève uniquement du règlement intérieur, mais bien de la loi pour la partie contenue dans la loi de 2010. Les règlements intérieurs ont tenté des interprétations ou des aménagements qui auraient mérité de vrais débats.
      Quand au ministre, effectivement, l’effet communication est là, mais les choix faits dans cette communication sont très orientés… sur un plan philosophique et éthique et en plus politiques…

  2. stenanais

    Bonjour Bruno …

    Tu poses bien le problème …

    Pour ma part au premier abord, je trouve l’interdiction des téléphones portables à l’École plutôt judicieuse …

    Et puis je me dis que:

    Tout a été fait pour que le téléphone portable nous devienne un outil « indispensable » … (sauf peut-être encore pour des dinosaures comme moi… 😉 et qui le sera encore plus dans un avenir proche …

    Alors Schizophrénie de nos décideurs …
    ou tout simplement crainte que l’École joue son rôle en incluant cet outil dans son Enseignement pour en permettre aux Élèves une utilisation « raisonnée et raisonnable » de cette merveille technologique dans ses apports, ses dangers et ses limites …

    c@t

    alain l.

    ( Là ou tu écris: « sur un plan philosophique et éthique et en plus politiques… » pour ma part j’aurai mis politique au singulier … )

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