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Mai 08 2017

Peut-on encore éduquer après ce spectacle ?

Après près de huit mois au cours desquels les politiques, relayés par les médias et leurs usagers, ont proposé aux citoyens leur candidature, on ne peut que s’interroger sur l’effet éducatif de tout ce qui a été fait, vu, dit et montré. L’exacerbation des passions peut parfois amener à des dérapages, des glissements éthiques et autres, mais il semble que désormais, à l’instar d’autres pays, nous ayons largement dépassé des limites que le simple sens de l’autre, du bien commun bref d’un peu d’humanité sont en mesure de nous proposer chaque jour. A moins que je ne sache pas ce qu’est la politique (ce que certains ont déclaré lors de telles critiques), en tout cas, en tant qu’éducateur, je ne vois pas qu’on puisse laisser autant de faits dans le silence, l’acceptation simple, bref le déni…

Le mensonge, la calomnie, l’injure, l’information fabriquée transformée modifiée etc.… autant de faits que nous avons pu observer, tous, enfants, jeunes y compris. J’imagine les prochains débats dans les salles de classe et cours de récréation… Au risque d’être récurrent, l’exemple est là, triste, médiocre, infâme… et demain nous continuerons d’entendre dire que l’autorité, le droit, la parole, tous doivent être respectés… en particulier à l’école. Mais que se passe-t-il donc pour que cette frontière soit franchie.

Il faut peut-être revenir aux propos du philosophe récemment décédé, Ruwen Ogien, pour tenter d’analyser ces dérapages. Dans un article de Libération (Robert Maggiori — 5 mai 2017) nous rappelle la distinction entre le bien et le juste, porté par ce philosophe : « Le bien, écrit-il « concerne le rapport à soi et le style de vie que chacun adopte ou devrait adopter (sédentaire ou aventurier, ascète ou visant les plaisirs immédiats, etc.) » »[…] »Quant au juste, il concerne, lui, « le rapport aux autres et les formes d’équité ou d’égalité qui pourraient le régler ». » Poussant loin la réflexion morale et plus globalement le sens de la relation humaine, ce philosophe fixe bien des limites. Le journaliste conclut son article sur cette phrase :  » Les hommes, écrivait Ruwen Ogien, sont « non seulement plus moraux qu’on a tendance à le dire, mais beaucoup trop moraux, c’est-à-dire beaucoup trop enclins à juger les autres, à faire la police morale, à fouiner dans la vie des gens, et à se prendre pour des saints ». » Il semble que nous ayons là quelques clés de lecture.

Quand nous lisons au quotidien des « chats » des twitts, des discussions sur Facebook, nous sommes déjà édifiés de ce qui s’y dit et écrit parfois… trop souvent. Il n’y a donc pas de raison qu’à l’occasion d’un tel spectacle public, ces formes de paroles soient amplifiées, multipliées. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer des « trolls » et autres critiques peu respectueuses des personnes dont nous-même avons été victime. Mais ceci n’est rien en regard de ce qui s’est déchainé au cours des moments de la vie politique. Et comme s’il en fallait une preuve, d’aucuns, voyant les autres faire, se sont lâchés et ont emboité le pas. Difficile de ne pas s’énerver face à un flot d’injures. Difficile de ne pas se révolter dans certains cas. Sortant à l’instant du film « Glory » (des cinéastes bulgares Krisitina Grozeva et Petar Valchanov), on peut y voir une forme d’illustration de ce qui pourrait nous attendre si nous ne prenons pas garde. Or cela est arrivé dans des pays minés par ces pratiques qui sont passées des paroles aux actes.

Mais comment peut-on encore éduquer devant de tels spectacles ? Allez dire à vos enfants ce qu’est la vérité, ils seront en droit de vous demander des comptes. Allez dire à vos enfants de parler poliment, ils seront en droit de vous demander des comptes. Allez dire à vos enfants de ne pas harceler l’autre, ils seront en droit de vous demander des comptes. Allez raconter des belles histoires à vos enfants, ils seront en droit de vous dire que ce n’est pas vrai… et qu’il y a beaucoup mieux à la télé et sur Internet.

La télévision a été un vecteur primordial de diffusion de ces pratiques. Mais il n’est pas le seul. Tout un « système » s’est mis en place pour tenter d’influencer, de capter, d’orienter, mais aussi d’exclure et d’éliminer l’autre. Pour le dire d’une autre manière, on peut penser que ceux qui se réclament du « bien » ne sont pas « justes », ou encore que le plus important reste d’abord la préservation de son territoire, à tout prix. Même des médias interactifs qui autorisent pourtant une véritable ouverture démocratique portent désormais les voix de ces pratiques parfois même délictueuses.

Internet est une source potentielle de liberté mais aussi de répression d’enfermement. Mais en fait, c’est bien l’humain qui doit choisir ce qu’il fait de ce potentiel. Et rien ne peut nous rassurer suite à ces quelques mois d’exposition de la part d’adultes qui réclament de nous représenter de nous diriger de porter notre voix alors qu’ils nous donnent de tels exemples. Il est temps que les politiques (et ceux qui les entourent) réfléchissent et soient questionnés sur leurs valeurs, leur honnêteté, leur éthique…. Il ne s’agit pas de dire ce qui est bien mais de s’interroger sur ce qui est juste…

A suivre et à débattre
BD

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(1 commentaire)

  1. Michel Guillou

    « Il ne s’agit pas de dire ce qui est bien mais de s’interroger sur ce qui est juste… »

    Oui, bien sûr. Pour ma part, j’aurais ajouté « raisonnable »… La raison, c’est mon truc. 🙂

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