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Fév 02 2015

Collaboration et culture numérique : disruption ?

Non, nous ne savons pas vraiment collaborer ! Posons clairement les termes du problème plutôt que d’envahir l’espace médiatique de discours qui ne se traduisent pas dans la réalité.

La sociologie des organisations a mis en évidence le dynamisme et la réussite de celles qui font travailler les gens « en groupe » ou « ensemble ». Mais une littérature abondante scientifique ou non a décliné ce fait en de nombreux termes, acronymes et autres expressions donnant l’impression d’une évidence, d’un incontournable. Si de plus on creuse les termes qui sont récemment popularisés, on peut alors utiliser celui de « disruption » pour accompagner ce fait qui semble justement être un indicateur de « disruption ». Gardons-nous bien ici de toute tentative de nous distinguer en tentant de trouver une définition académique, officielle ou certifiée, en effet on observe que le marché des termes et expressions est porteur et qu’il permet de populariser un « produit ». Bref il s’agit d’une démarche publicitaire ou assimilable à cela. Les termes préfixés en « co » n’échappent pas à cette tourmente du verbe.

En groupe, ensemble, sont des mots dépassés diront certains. On va parler de coopération, collaboration, dépassés aussi ! Parlons plutôt de co-working, co-design, co-learning… Pierre Lévy, auteur de l’ouvrage intitulé « l’intelligence collective », doit surement être ravi de cette évolution, à l’instar de tous les chantres du travail collaboratif. Mais pourquoi donc les termes d’équipe, de communauté, de travail de groupe ont-ils été mis de côté, ringardisés ? Peut-être tout simplement parce que ces termes recouvrent une réalité qui a perdu de sa force face à la montée de l’individualisme libéral et concurrentiel qui caractérise l’évolution de monde occidentalisé depuis les années 1980. Mais peut-être aussi que les pratiques réelles de tentatives du travail en groupe ont laissé des traces pas forcément favorables à la poursuite de ce type de fonctionnement.

C’est dans le processus de passage de l’individuel au collectif, du moi au nous, du personnel à l’ensemble au commun, qu’il faut regarder pour comprendre ce qui se passe. Phénomène qui est devenu visible par l’émergence du web 2.0, autrement nommé web interactif, on a enfin pu apercevoir ce que recouvrait l’éventail des possibilités offertes à un individu pour passer d’une activité solitaire à une activité avec d’autres humains. Les moyens de communication par les réseaux numériques ont permis de comprendre que les échanges, aussi bien informels, que formels, entre humains ont un rôle essentiel dans le développement de chacun de nous. Si je suis celui qui apprends, je n’apprends jamais dans la solitude, coupé des interactions. Cela va mieux en le disant, même si cela paraît être banal, surtout depuis la popularisation des travaux de Lev Vygotsky et du socioconstructivisme. Armée, Ecole, institution, organisation, taylorisme, association, etc… Tous ces termes recouvrent des manières de faire à plusieurs humains réunis.  La démocratisation des interactions numériques offre à chacun la possibilité de dépasser l’interaction physique en présence et de la prolonger, voire de la développer.

Mais puisque nous avons souvent du mal à collaborer, on peut aussi s’interroger sur les compétences sous-jacentes. En voici quelques-unes que nous avons eu l’occasion d’éprouver dans notre propre travail :

  •  Écoute et empathie, altérité : se rendre disponible pour accueillir la parole de l’autre, son regard même critique
  • Distance vis-à-vis de soi (réflexivité) : Considérer son travail comme un document à retravailler et non pas comme fini, y apporter soi-même des critiques
  • Analyse comparative et synthèse : Savoir mettre en parallèle des documents, des points de vue, les analyser pour en proposer une synthèse respectueuse qui distinguerai ce qui fait consensus et ce sur quoi il convient de retravailler
  • Critique constructive et bienveillante : Apporter son point de vue sur un document produit par quelqu’un d’autre en ayant soin de permettre une évolution du document et que ce point de vue ne soit pas considéré comme un jugement  mais comme une aide
  • Acceptation du regard différent : Situer les points de vue les uns par rapport aux autres et identifier d’où ils viennent, ce qui fait qu’ils s’expriment ainsi

Négociation et compromis : permettre, dans un collectif, des choix et des décisions qui permettent à chacun de se sentir respecté, même dans la différence, mettre en place des stratégies de compensation ou d’ajustement

Enfin, pour développer un travail collaboratif, on donnera simplement une progression possible d’exercices :
1 – Chacun rédige un texte qui donne son point de vue sur un sujet choisi par tous. Le texte est diffusé à plusieurs personnes qui doivent alors exprimer sur quoi leur point de vue est différent ou identique
2 – Dans un travail en commun, on distribue les tâches de production en définissant un cadre commun de référence. Une fois les documents terminés, on faite une relecture collective basée sur l’identification des continuités et des ruptures
3 – On met en place un document partagé dans lequel chacun peut écrire les modifications de chacun étant entendu que la signature de ces modifications est visible (mode intégré dans les traitements de texte)
4 – On travail en commun sur un document construit à plusieurs mains en même temps en synchrone

Ces quelques activités sont simples et constituent une progression vers le travail collaboratif. Pas vraiment une « disruption » contrairement à ce que certains tentent de nous faire croire en parlant du numérique coopératif. Mais bien au contraire une amplification d’un processus qui s’affranchit de limites de lieu et de temps que l’ère pré-numérique rendait lourdes.

A suivre et à débattre

BD

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(1 commentaire)

4 pings

  1. Stéphane FONTAINE

    J’adhère à 100% avec la dernière phrase du dernier paragraphe  » une amplification d’un processus qui s’affranchit de limites de lieu et de temps que l’ère pré-numérique rendait lourdes. »
    C’est cela qu’il faut mettre en avant.et qui permet de mieux comprendre les blocages de la collaboration entre enseignants : ce sont des pratiques qui n’existaient guère et qui, donc, sont peu fréquentes dans une « école numérique »

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