La bagarre des programmes ou des manuels

Le dernier livre « signé » par Emmanuel Davidenkoff (Réveille toi Jules Ferry ils sont devenus fous, oh! editions 2006)est une sorte de paradoxe permanent. En effet on y trouve de justes dénonciations, des approximations, des arguments d’autorité, des exemples érigés au rang de vérité bref tout ce qui fait les ingrédients de la réthorique désormais classique des livres de rentrée consacrés au système scolaire et à la dénonciation des travers réels ou imaginés de celui-ci.

En premier lieu on se demande si ce livre, dont le sous-titre est « comment les programmes du collège envoient nos enfants dans le mur », attaque les manuels ou les programmes pendant la première moitié du livre. Par contre la suite et la fin de l’ouvrage sont tournés contre les programme, même si un rappel lié à l’évocation d’un rapport de l’inspection général rappelle la faible place des manuels dans les pratiques des enseignants.

Si attaquer les manuels est salutaire, ce n’est pas tant dans la dénonciation de leur forme et de leurs contenus qui peuvent laisser à désirer (encore que la démonstration proposée dans le livre relève plus de la spectacularisation de quelques erreurs que de la preuve scientifique…), mais plutôt parce que cette dénonciation devrait alerter tous les enseignants qui sont si accrochés à leurs manuels pour définir leur enseignement. Eux qui s’en détachent si vite pour pratiquer leur enseignement, comme justement le rappel le rapport de l’IGEN, l’une des rares sources clairement citée.

Les programmes qui font le titre sont attaqués à partir des manuels. Ceci est étonnant comme démarche, mais pas inintéressant. Malheureusement on tient là deux sujets qui ont déjà fait l’objets de travaux de recherche qui certes n’ont pas encore été vulgarisés suffisamment mais qui méritaient un meilleur traitement que celui infligé ici.

On relévera de cet ouvrage que manuels-programmes-savoirs ont partie liée et qu’ils sont de connivence dans leur absurdité. A quoi cela sert donc de rappeler, sur ce mode d’écriture, des thèses déjà connues de puis longtemps ? Parce que l’on se voile souvent la face devant ce genre de réalités et que l’auteur (qui revendique l’aide de quelques enseignants, relégués au rang de lecteurs de manuels…) pense qu’il faut les metre sur la place public. Soit, mais rappelons alors simplement (et non en plus de 200 pages) quelques simples vérités : Les manuels sont inutilisables par les élèves si on ne les accompagne pas Les manuels ne sont pas faits pour apprendre à la maison mais à l’école Les manuels contiennent de nombreuses fautes plus ou moins graves (tiens, c’est comme Internet ?) Les enseignants sont arc boutés sur les programmes et sur les manuels comme référence ultime Et pourtant les enseignants n’utilisent pas les manuels avec leurs élèves (ils font souvent de « l’assemblage » hors de tous contrôle, il suffit de regarder les photocopies de nos enfants pour le comprendre) Le ministère ne fait rien pour arranger les choses et intervenir auprès des éditeurs Le ministère alourdi la barque avec un pilotage des programmes qui va vers le toujours plus Les programmes et par rebond les manuels sont un très mauvais reflet des savoirs réels et l’on apprend pas aux jeunes enseignants à « faire avec » La formation des jeunes en IUFM ne permet pas une véritable professionnalisation. Les TIC sont évoqués très brièvement, de manière neutre, mais sur un ton railleur et non argumenté; dans le passage consacré au socle commun, considérés comme principale innovation de ce socle. Or le B2i existe depuis 2000, et le socle ne fait qu’entériener celui-ci…

Bref à vouloir frapper les esprits Emmanuel Davidenkoff, qui nous avait habitué à un travail plus en profondeur déçoit sur la méthode. Dommage que cet ouvrage ait été transformé en « tête de gondole » au moins par la volonté de l’éditeur, et peut-être même celle de l’auteur. Un tel ouvrage ne va pas faciliter la tâche des enseignants et des parents, et encore moins celle des élèves. Par contre il risque indirectement de faire le lit des marchands de cours particuliers, rebaptisés actuellement « accompagnement à la scolarité » sous l’effet d’une campagne ministérielle qui préfigure l’arrivée sur le marché d’offres du CNED et surtout d’un ensemble d’officines privées qui n’attendaient que cela.

Dominique Raulin, dont l’ouvrage sur les programmes parus au printemps avait déjà dénoncé de tels problèmes, est cité à plusieurs reprises, mais il aurait été intéressant que E Davidenkoff l’associe plus largement cela aurait donné une autre crédibilité à cet ouvrage trop vite fait, mal organisé et surtout trop faiblement argumenté…

A débattre

BD

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  1. […] La bagarre des programmes ou des manuels Le dernier livre « signé » par Emmanuel Davidenkoff (Réveille toi Jules Ferry ils sont devenus fous, oh! editions 2006)est une sorte de paradoxe permanent. En effet on y trouve de justes dénonciations, des approximations, des arguments d’autorité, des exemples érigés au rang de vérité bref tout ce qui fait les ingrédients de la réthorique désormais classique des livres de rentrée consacrés au système scolaire et à la dénonciation des travers réels ou imaginés de celui-ci. En premier lieu on se demande si ce livre, dont le sous-titre est « comment les programmes du collège envoient nos enfants dans le mur », attaque les manuels ou les programmes pendant la première moitié du livre. Il y a de l’obsession dans le monde éditorial. Après le livre, c’est le manuel qu’il faut sauver. Mais cette fois-ci on a bien compris qu’il devrait être numérique…Il y a de l’obsession dans le monde des décideurs éducatifs, qui reviennent à cette idée près de dix années après avoir constaté que cela ne pouvait pas marcher !!! surtout si l’on reste sur le même modèle. Dans l’idée de la « forme scolaire » chère à Guy Vincent, il ne faut pas oublier les supports d’apprentissage et en particulier le manuel scolaire. […]

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