Ordinateur pas cher

L’arrivée d’un marché d’ordinateur à bas prix semble désormais acquise. L’engouement pour l’Asus Eeepc a été le révélateur d’une attente, mais celle-ci s’est principalement révélée comme celle de passionnés en mal de découverte d’un nouveau concept qui aurait encore davantage démocratisé l’accès aux machines.
Le développement d’un marché de l’ordinateur portable pas cher n’est pas pour autant synonyme de démocratisation, tout au moins dans un premier temps. Les premières machines proposées avec Linux et des logiciels libres sont vite concurrencées par des propositions qui intègrent des configurations plus habituelles sur le marché du grand public. De surcroît même les concepteurs de ces premières machines ont proposé ces concurrents sentant probablement les contours qu’il convenait de donner à ce marché.

Dans les établissements scolaires les classes mobiles (regroupant des ordinateurs portables que l’on peut distribuer aux élèves) se multiplient. La concurrence du Tableau Blanc Interactif dans les priorités d’achat est forte, mais les besoins d’équipements flexibles sont désormais une réalité.

Finie la salle multimédia ? Finis les câbles qui circulent le long des murs ou les multiprises qui courent au milieu de la salle ? Pas encore, mais une nette évolution se fait jour et qui va vers une reconfiguration du paysage de l’informatique scolaire. Si on ajoute à cela le développement des ENT ainsi que des logiciels en ligne sur Internet, il est possible que de petits ordinateurs pas chers puissent faire leur entrée dans les classes. Reliés par le wifi à Internet ces outils de travail, désormais discrets et transportables peuvent commencer à arriver massivement. Même si les commerciaux préféreront vendre un TBI, les établissements devront y réfléchir à deux fois.
L’intérêt de cette évolution se situe à deux niveaux : d’une part il y a une souplesse d’usage très grande (pas lourd, pas de grand écran derrière lequel se cacher…) D’autre part il y a une accessibilité plus grande du fait de la portabilité et de l’indépendance croissante du matériel par rapport au logiciel qui se trouve reporté sur Internet.

Même si la question de la valeur pédagogique reste en suspend (si tant est qu’elle puisse être résolue) il est possible que ce soit, comme pour le téléphone portable, une évolution de fait imposée par des jeunes usagés équipés. Le relatif échec des portables à l’école ne doit pas cacher les pratiques non scolaires. C’est l’écart entre ces deux modalités qui pourrait se réduire si de telles machines pas chères, peu gênantes du fait de leur faible encombrement et pourtant suffisamment performantes pour en permettre de nombreux usages variés se développaient dans le grand public.

Pour l’instant nous n’en sommes pas encore là, car l’imaginaire de l’informatique reste très marqué par les modèles initiaux de l’ordinateur personnel. Son encombrement est encore symbole de puissance, la taille de l’écran est le signe de sa présence. Dès que la machine se fait discrète, voire invisible, elle a du mal à exister dans le cadre de socialité habituel. Le téléphone portable s’impose par le son (sonnerie, voix), l’ordinateur par l’image (écran, photos vidéos). Pour les établissements scolaires, la salle informatique est un objet de visibilité important, sa disparition au profit de solutions légères et mobiles oblige à un renversement de conception. On a pu voir dans les expériences sur les ordinateurs portables à l’école que l’on n’a pas encore réussi à stabiliser de nouvelles modalités de travail avec ces outils. C’est peut être l’enseignement supérieur qui montrera le chemin au monde scolaire. Les usages des « nés avec » arrivent dans les universités et sont en train de modifier de manière de plus en plus significative le métier d’étudiant qui prolonge la vie ordinateur de ces jeunes adultes en devenir. Certes le modèle universitaire reste classique sur un plan pédagogique mais on sent de nets changements qui se préparent tant l’irruption de ces outils remet en cause le rapport aux savoirs traditionnellement symbolisés par l’amphi de faculté…. Les étudiants prenant de plus en plus en main leur destin numérique pourraient rapidement bousculer aussi bien les manières d’apprendre que celles d’évaluer. On peut penser que par rebond, l’école y parviendra aussi. Encore faut-il que ces petites machines soient acceptées dans le quotidien scolaire. Le chemin sera peut-être long, mais il est en cours….

A suivre

BD

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(1 commentaire)

  1. Ce billet est très intéressant. Je pense que les usages se démocratiseront vraiment en milieu scolaire lorsque les élèves à la place de leur cahier sortiront leur ordinateur portable. Ce qui se passe dans les cours universitaires avec les étudiant-e-s sortant leur portable pour prendre des notes durant les cours se transférera au lycée et au collège. Au nom de quoi les établissements et enseignants pourront-ils à terme l’empêcher à partir du moment où l’intégration des TIC fait partie des finalités de l’école (B2i par exemple)?
    Au passage un autre élément m’a interpellé: « la salle informatique est un objet de visibilité important ». Ce qui transparaît dans le fond dans le propos, c’est que la salle d’informatique est ici un objet important pour l’école, symbole qu’elle saurait vivre avec son temps, mais que ce n’est alors pas un objet important pour l’apprentissage ou pour les élèves… Je partage cette vision que pour l’école l’intégration des technologies telle que l’informatique a été avant tout un moyen de « prouver » qu’elle vivrait avec son temps et dans son temps. Par contre, les technologies à l’école n’ont que très marginalement été une manière de se remettre en question ou de véritablement les intégrer dans l’acte pédagogique. L’usage de l’informatique par les élèves et la pression sociale sera-t-elle cette fois-ci suffisante pour qu’un changement s’opère dans le rapport de l’école aux technologies?

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