Fév 20 2014

Construire son propre apprentissage en ligne : vers les MOOC perso ?

Apprendre c’est parcourir un chemin. Enseigner c’est tracer un chemin pour que quelqu’un apprenne. Dans les deux cas l’objectif est double : connaissances et compétences. Aller vers la connaissance c’est transformer de l’information pour la rendre utile et utilisable pour soi. Aller vers la compétence, c’est utiliser ses propres ressources internes (dont les connaissances) ou les ressources externes accessibles (donc les informations et les savoirs) pour réaliser des tâches complexe, concrètes ou abstraites.

En simplifiant ainsi les choses, nous essayons de comprendre ce qui se passe en ce moment du fait du développement de l’information, communication, automatisation basé sur le numérique. Amplificateurs d’informations disponibles, de ressources accessibles, les moyens numériques embarquent aussi de l’intention humaine, parfois même de l’intention d’enseigner. Par contre, ce qu’ils ne peuvent embarquer c’est l’intention d’apprendre. Or dans le domaine de l’accès aux savoirs, de la société de l’information et autres expressions médiatisées, on est encore victime de cette croyance naïve issue des débuts des médias de masse : le transfert univoque de l’émetteur au récepteur, autrement dit de la propagande, recouverte depuis de nombreuses années par les couches bien pensantes du monde médiatique et publicitaire. Ce qui signifie que loin d’être abandonnée, cette idée de propagande est beaucoup plus présente, bien que relativisée, qu’on ne le pense. En d’autres termes nombreux sont ceux qui pensent que l’humain est un réceptacle bien docile et qu’on peut l’influencer sans difficulté. Et pourtant l’humain semble bien irréductible à toute simplification ou à toute réification.

Ce que les MOOC ou les classes inversées tentent de nous dire repose sur le constat que n’importe qui, ayant envie d’apprendre, a désormais la possibilité de le faire grâce à internet. Mais soucieux de l’autorité académique ces dispositifs dits nouveaux tentent simplement de faire barrage à une attitude bien dérangeant de certains étudiants et élèves : aller voir ailleurs que dans la classe si il n’y a pas un enseignement plus intéressant, de meilleur qualité etc… et surtout de construire par eux mêmes leur propre parcours. Par exemple, en consultant CanalU, le collège de France ou le site de l’UPTV (de Poitiers), j’ai accès à des milliers d’heures de cours et conférences mises gratuitement à ma disposition. Soucieux donc de cette autorité, l’offre des MOOC et des classes inversées consiste à contrer ce phénomène qui pourrait s’avérer très dérangeant pour l’institution académique : on développe ses propres supports vidéo, on environne le tout d’un ensemble d’activités plus ou moins contrôlées et on termine le tout par une certification maison.

Trois années de maternelle,  cinq d’école primaire, quatre de collège et trois de lycée sont suffisamment marquantes pour transformer un enfant curieux, plein d’initiative en un bon élève sage et obéissant qui fait ce qu’on lui dit de faire, qui suit le chemin qu’on lui trace et qui respecte le cadre général, certification comprise. Proposer à l’élève, au jeune, à l’étudiant de quitter un tel cocon est très hasardeux. Du coup la proposition qui est faite, pour nouvelle qu’elle soit, n’est qu’en fait un toilettage opportun qui vise à empêcher des débordements. D’ailleurs la ministre de l’enseignement supérieur et ses conseillers l’ont bien compris en proposant leur propre plateforme de Mooc. Car pour l’instant la concurrence est interne au monde de l’enseignement. Elle ne vient pas du monde financier ou industriel, elle ne vient pas des jeunes ou des adultes eux-mêmes. Et pourtant il y aurait de quoi faire, mais…

La progression de l’idée de pouvoir apprendre et se former indépendamment des systèmes prescrit reste très lente ou en tout cas de manière très souterraine. Or l’enrichissement des contextes de travail, de vie, d’information, de communication a formidablement accru le potentiel permettant d’aller dans cette direction. Les tenants de l’autoformation, de l’autodidaxie, de la formation expérientielle savent bien que l’évolution de notre société ne va pas directement dans ce sens même si depuis le début des années 1980, bilan de compétences, validation des acquis et autres systèmes de validation des apprentissages non scolaires sont en développement. L’arrivée de l’informatique et d’Internet, mais surtout la formidable explosion informationnelle et communicationnelle offre un contexte jusqu’ici inaccessible ou simplement réservé à quelques élites pouvant fréquenter les bibliothèques et autres lieux de savoirs. En d’autres termes, nous vivons dans un environnement qui permet l’autoformation, l’apprentissage autonome mais nous ne savons pas en profiter.

Imaginons un instant l’apprenant qui prend conscience de ce potentiel, qui est capable de concevoir sa propre ingénierie de formation, et de mettre en oeuvre son parcours d’apprenance. S’il est capable d’autorégulation, d’autoformation, il va très vite pouvoir développer connaissances et compétences. D’ailleurs on observe que certains « clients » des Moocs s’approchent de cela avec un effort moindre (l’ingénierie et la certification en moins). Mais reconnaissons que celui ou celle qui veut se développer sur un plan cognitif peut trouver avec les ressources numériques de quoi se passer de tout système formel d’enseignement ou de formation.
En fait dans les salles de classe ou dans les amphis cela émerge de temps à autres. Mais c’est surtout dans les loisirs, lorsque la personne est passionnée, captivée par l’objet de ses centres d’intérêt qu’elle devient capable d’autoformation, de construction de son parcours d’apprentissage. Cette capacité à aller chercher ce dont on a besoin pour maîtriser des situations nouvelles (inconnues pour soi) est au sommet des compétences, de la compétence. Au delà il y a seulement la capacité à inventer de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences.
Il est assez incroyable de constater que le modèle classique de la scolarisation parvienne à normer la population dans ses formes d’accès à la connaissance. A tel point que ce sont les élèves, les étudiants, voire les parents eux-mêmes qui refusent cette hypothèse, devenant ainsi complice ou plutôt pilier d’un système qui se reproduit en continu depuis près de deux siècles. Et pourtant on observe de nombreux « jaillissement de l’esprit » pour reprendre le terme de Seymour Pappert. En effet nombre de jeunes et d’adultes prennent à leur compte leur dynamique personnelle de développement et investissent les nouveaux espaces qui s’ouvrent à eux pour enfin dépasser les frontières qu’on leur avait imposé précédemment.
Que peut donc faire désormais le système académique d’enseignement, si ce n’est réfléchir à ce nouveau potentiel en essayant d’imaginer comment permettre les assouplissements progressifs. Car s’il ne s’agit pas de renverser le système, il s’agit de l’assouplir. Or il y a un axe essentiel à explorer : celui du développement de la conduite autonome de son apprentissage dans un environnement numérique qui offre des possibles inconnus jusqu’à présent. Entre la disparition progressive du carcan scolaire et l’autodidaxie institutionnalisée, il y a un chemin à parcourir qui va de la mise en place d’espace d’apprenance d’une part et la constitution d’équipes pédagogiques d’accompagnement structurant à l’aide à la structuration des espaces en ligne permettant l’éclosion de nouvelles initiatives qui, dans la suite des MOOCs et autres classes inversées, seront capable de porter ce projet de re-développement de « l’envie d’apprendre pour tous ».

A suivre et à débattre

BD

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