Peut-on former les enseignants ?

Dès le début des années 70 la formation des enseignants à l’informatique et aux TICE a été une priorité annoncée de tous les pouvoirs. Jamais démentie cette ligne de conduite figure dans tous les plans de relance des TIC en éducation. A l’instar d’autres sujets de formation (travail en équipe, différenciation pédagogique etc…) on peut se poser la question de l’efficacité de la formation, de sa pertinence, de sa cohérence, de ses moyens.

Or qu’observons nous aujourd’hui, une absence assez générale de propositions construites de formation des enseignants, mais par contre un discours récurrent sur sa nécessité. De bas en haut de la hiérarchie du système éducatif la question est constamment posée. D’aucuns pourraient d’ailleur y répondre de la même façon avec des arguments opposés : ne le formons pas, les TIC n’ont rien à faire à l’école ou bien ne les formons pas et laissons cela aux spécialistes (éventuellement ceux des entreprises qui produisent ces outils). Ces deux tendances sont régulièrement réaffirmées et font partie du paysage traditionnel en éducation en France.

Si l’on constate la difficile efficacité de la formation, pourquoi alors en fait-on un thème récurrent des projets officiels comme semble l’annoncer le rapport de la commission Pochard ? On peut faire l’hypothèse que la réflexion ne se pose pas là où il faut. En effet que met-on derrière le terme de « formation » ? Trop souvent les programmes proposés se résument au simple respect des documents normés (AFNOR…) et non pas à de véritables réflexions sur la formation. On achète de la formation, on consomme de la formation, mais on oublie de penser la formation.

Dans le domaine des TIC il est probable qu’il faille repenser complètement cette question. Il suffit de se promener dans les salles des classes qui utilisent les TIC pour poser les bases de la réflexion : « la formation vise à rendre possible l’action ». A oublier cette simple recommandation on remarque dèjà que nombre de formations ne peuvent pas rendre possible l’action.

On peut ajouter cette autre remarque : « c’est le sujet qui se forme et non pas le formateur ». A oublier cette dimenstion on risque de laisser le système marcher sur la tête, à savoir l’offre injonctive de formation ne laisse pas de place au sujet qui se forme.

On peut aussi remarquer que : « La formation est la réponse à un besoin identifié et partagé entre le formateur et le formé (se formant ???) » Là encore on peut observer que bien souvent les choses ne fonctionnent pas comme cela. Surtout quand entre les deux acteurs principaux s’intercalent un commanditaire et un financeur qui, chacun avec leur règle, imposent aux deux un cadre qui alourdit le dispositif

On peut enfin observer que : « la formation n’est pas uniforme (contrairement au modèle scolaire) mais qu’elle articule une multitudes de modalités qui sont mises en oeuvre dans le cadre de « dispositifs construits ». La stagiérite aiguë en milieu scolaire amène à transposer la forme scolaire dans le monde de la formation continue des enseignants. L’ingénierie de formation suppose de réfléchir à chaque fois à l’élaboration d’un dispositif qui puisse articuler aussi bien de l’accompagnement individualisé que de l’autoformation, le tout dans un cadre plus large qui peut éventuellement inclure du face à face traditionnel ou à de la formation à distance (ou hybride).

La loi du 12 février 2007, abrogée depuis, laissait envisager la possibilité de développer de la formation et de l’accompagnement de proximité financé dans le domaine des TICE. La demande des personnes ressources en établissement allait dans ce sens. Aujourd’hui les initiatives locales existent mais il y a encore de grands progrès à faire dans le domaines des personnes ressources TICE (et pas seulement technique). D’autant plus que si elles sont mises en place en remplacement d’un plan global de formation elles ne pourront pas parvenir au but qui leur est assigné : accompagner qui pour quoi ?

Outre la nécessité de repenser globalement la formation et l’accompagnement de tous les enseignants dans leur usage des TICE, il est indispensable de réfléchir à la motivation que peuvent avoir ces mêmes enseignants à adopter la démarche de formation. La multiplication des offres antérieures inefficaces doit interroger. Bien au delà des infonctions paradoxales trop souvent observées (cf le B2i et le C2i par exemple) il est temps d’introduire du dialogue qui, mettant de coté les discours rituels, mette en évidence les besoins réels des enseignants. Former et encore plus accompagner ce ne doit pas être béquiller, mais au contraire libérer, affranchir… et dans le domaine des TIC nombre d’interventions observées n’ont pas vraiment atteint leur but, il suffit d’écouter les retours de formation qui découragent… de traduire dans la pratique sur le terrain.

A débattre

BD

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