Forum public et e-lobbying : peut encore communiquer en ligne ?

Est-il encore possible d’ouvrir un forum public en ligne (comme le fait actuellement Educnet) pour recueillir les témoignages des « usagers de base » ? Un récent article publié dans SVM n°267 p.56 pose la question vue du coté d’auteurs (littéraires) qui ont été pris à partie sur le web en donnant la parole au » public ». Plusieurs initiatives récentes de consultation publique en ligne (ou non) ont confirmé la difficulté de plus en plus grande à communiquer dans nos sociétés.

Si vous avez un blog et que vous exprimez une opinion, vous vous exposez immédiatement à toutes sortes de contributions dont certaines peuvent être anonymes, parfois violentes, ou s’en prenant à la personne qui s’exprime autant qu’à ses idées. Ainsi une contribution commence parfois ainsi « Untel dit n’importe quoi comme d’habitude » ou encore « vous êtes vraiment hors circuit »…. Parfois anonymes, parfois pas (ou pas détectées), ces contributions sont le reflet d’un effet pervers des TIC : permettant à tous de s’exprimer, ceux qui recherchent une tribune ont tôt fait de coloniser tel ou tel espace de communication et d’y appliquer leur modèle réthorique. A l’époque naissante des pratiques en ligne, on avait déjà largement pu observer ce phénomène (usenet, calvacom, compuserve et autres BBS). Avec les listes de discussion puis le large développement des espaces ouverts à participation, cela prend des proportions inquiétantes. Il devient de plus en plus difficile d’engager de véritables échanges : les pratiques ont elles changé ? Toujours est-il que dans de nombreux cas on parle mais on ne dialogue pas, on ne confronte pas les idées.

Dans la même veine de ces consultations publiques, les enquêtes en ligne doivent aussi être critiquées à l’aune de ce même problème. D’ailleurs les sociétés d’enquêtes renoncent à ce type de sondage si le public qui y accède n’est pas « dirigé » vers l’enquête. Le biais est immédiat : seuls ceux qui ont intérêt à s’exprimer s’emparent de ces moyens pour faire passer leur message. A l’époque historique des premiers Hit Parade on avait surpris des sociétés de commercialisation de disque 45t à « inciter » par cadeaux, des personnes pour appeler en masse les numéros proposés. Cela, dans d’autres sociétés, s’appelle du bourrage d’urne ou encore du détournement de voix.

Mettez un haut parleur à disposition des gens et vous verrez qui viendra y crier.

Dès lors quelles parades envisager :

  • réguler les messages avant leur publication (censure ?)
  • repérer les messages issus de la même origine (IP…)
  • interdire l’anonymat
  • renvoyer une demande de confirmation
  • adjoindre un code (captcha)

Aucune de ces méthodes n’est suffisante en soi, il faut souvent les articuler les unes avec les autres, mais alors cela devient compliqué à mettre en oeuvre.

Quant à la « netiquettes » il faut probablement en faire notre deuil. Les adultes sont de bien piètres éducateurs dans ce domaines comme dans d’autres. On n’en entend plus guère parler… quand à sa mise en oeuvre, il y a une dégradation réelle, un peu d’observation suffit à s’en convaincre.

Faut-il pour autant désespérer ? Non. Mais il faut engager une démarche de rigueur qui commence par s’appliquer à l’auteur de ces lignes lui même et qui ensuite pourra en faire ostensiblement la règle de fonctionnement de l’espace collectif. Dès lors que ceux qui le revendiquent acceptent de mettre le doigt sur ces agissements à chaque fois que cela se présente alors on peut espérer faire progresser en « humanité » le web….

On commencera alors toute communication en se posant ces questions… ce sera probablement lourd mais il faudra en passer par là si nous ne voulons pas que ceux qui s’expriment soient pris à partie violemment et personnellement. Il est probable que ce questionnement rejoigne celui plus fondamentale sur la « nouvelle démocratie » qu’il faut inventer en se basant sur une « nouvelle communication ».

A débattre

BD

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