Août 25 2013

Rêve, illusion, imaginaire et réalité des TIC(E)

Entre les imprimantes 3D, les MOOCs, l’inversion, les détecteurs de mouvements, montres, lunettes et autres nouveautés qui apparaissent dans le paysage médiatique, il est difficile de faire la part entre le rêve, l’illusion, l’envie, et la réalité. Cela est d’autant plus vrai que les discours autour des « objets » sont particulièrement généralistes et flou et qu’ils demandent à être analysés, mais surtout il faut aller voir, derrière les discours, les réalités que cela recouvre. Malheureusement le temps médiatique est très court et, bien souvent, annonce vaut preuve. Du coup tenter de lever les fausses idées, les illusions ou simplement tenter de préciser les choses est très difficile, voire impossible. Le bavardage médiatique, relayé souvent par la boite à écho de la toile, est en train d’empêcher une analyse de fond, une véritable analyse qui permette d’y voir un peu plus clair, d’avoir un peu de distance.

Jean Claude Guillebaud, dans sa chronique du 23 aout dernier sur le site du Nouvel Observateur (http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20130823.OBS4196/potins-ragots-buzz-ne-tombez-pas-dans-le-panneau.html), le dénonce pour le monde politique, mais on peut le dénoncer pour bien d’autres choses dont, les TIC en éducation. Rappelons-nous l’histoire récente du TBI et autres nouveautés techniques dont on a plus vite fait de vanter les possibles que de les prouver. L’affaire des MOOC est à ce sujet une bonne illustration. Impression de nouveauté d’une pratique que l’on a déjà expérimenté dans les années 90 (cf. l’école des Mines d’Alès ou encore le centre éducation d’IBM de la Hulpe en Belgique) mais sous des formes un peu différentes et surtout sans la même prétention médiatique. Malheureusement un acronyme, aussi mal choisi soit-il fait rapidement le buzz pour peu qu’il embarque avec lui l’imaginaire collectif. Car c’est de cela qu’il s’agit : faire travailler l’imaginaire des gens, le possible, pour les empêcher de penser le quotidien, le réel. Or l’observation distancée prend du temps, et elle vient souvent montrer que derrière ces « monuments » médiatisés, il n’y a pas grand chose d’autre qu’une vaste opération d’influence.

Entre la technique et l’éducation, la tension est d’autant plus vive que cette dernière résiste particulièrement à de nombreuses injonctions et depuis longtemps. Croire que la technique peut résoudre les problèmes de l’enseignement est un vieux poncif. De manière récurrente il réapparait presque à chaque nouvelle technique qui prétend avoir une action sur l’enseignement. Il est un argumentaire bien connu des commerciaux. Mais dans le même temps voir en la technique un danger pour l’enseignement est un autre poncif, pas moins courant, mais dont l’argumentaire est aussi connu. Entre les deux, les techniques continuent d’envahir le champ quotidien de la vie, et le monde scolaire de se poser des questions sur sa place et la place à donner aux technologies. C’est dans cet entre deux que se faufilent ces propositions nouvelles qui font fi du passé et de la réalité. Car un des principes argumentaire est de nier le passé (voir de le dénier) et de vouloir imposer à la réalité ce qu’elle aurait toujours voulu refuser.

L’absence de discernement peut toucher tout le monde, et l’engouement soudain pour telle ou telle nouveauté peut frapper n’importe qui, surtout s’il peut en tirer un avantage personnel. C’est malheureusement le cas lorsqu’une nouveauté croise un questionnement existentiel. Car c’est souvent dans ce contexte que l’irrationnel l’emporte. L’une des recettes pour contourner l’illusion c’est l’innovation expérimentale. En effet celui ou celle qui est à la recherche d’une évolution va pouvoir aller sur le terrain de l’innovation expérimentale pour trouver, quoiqu’il en soit, la transformation de son questionnement en reconnaissance externe d’une valeur de l’innovation expérimentale. C’est souvent ce que l’on observe lorsque l’on compare innovation et généralisation. On s’aperçoit que ce passage refroidit l’objet technique (il prend sa place ordinaire) et en même temps relègue celui qui l’a porté dans une zone peu confortable. Pour en sortir, certains vont sur la prochaine nouveauté… Avec le même processus et les mêmes résultats.

Or ce qui est essentiel, c’est ce qui devient « ordinaire ». Les commerçants le savent bien, eux qui visent les marchés de masse pour leurs produits. Or pour atteindre cela il faut aller vers des usages ordinaires. Mais ils savent aussi qu’il faut de l’imaginaire pour faire advenir l’ordinaire. Quand j’achète la technique, j’ai dans ma tête l’imaginaire qui l’accompagne, mais dans la réalité l’usage sera ordinaire. Du traitement de texte au smartphone, toutes les études montrent que nous n’exploitons qu’un faible pourcentage du potentiel technique offert, mais que des usages ordinaires s’installent de manière massive en n’utilisant que quelques possibilités offertes. Il est vrai que la complexification des objets techniques numériques rend leur exploration difficile. Rappelons nous les années de programmation insensées du magnétoscope (si peu utilisée au détriment des cassettes préenregistrées) ou encore l’usage longtemps faible du caméscope. Observons aussi l’évolution de la photographie avec le numérique, Pierre Bourdieu pourrait bien nous écrire un autre livre sur le sujet s’il revenait parmi nous.

Si l’on tente de dégager des principes, on peut identifier d’abord une idée qui révolutionnerait les pratiques actuelles, on peut aussi identifier des analogies avec des actions actuelles que l’on pourrait ainsi enrichir, prolonger, on peut ensuite repérer un objet phare, porté par un acronyme accrocheur, on peut enfin observer le buzz médiatique continué par l’appel aux innovateurs de toutes origines. On crée ainsi une bulle de communication qui a sa propre logique et qui tend à s’autoalimenter tant qu’elle reste dans l’occasionnel. L’enjeu des concepteurs et d’utiliser ce ressort pour amener à des usages ordinaires. Du coup le produit proposé doit articuler les deux : facilitation de geste ordinaire et droit au rêve. La tablette numérique porte actuellement particulièrement bien cela.

Il ne s’agit pas de considérer cela comme bien ou mal, simplement d’observer et d’analyser ces manières de faire pour éviter de commettre quelques erreurs dont certaines peuvent être coûteuses aussi bien financièrement qu’humainement. Chacun de nous est confronté à ses rêves et parfois il les accroche à des objets symboliques dont il espère un retour fort. Les désillusions sont nombreuses dès lors qu’on ne dépasse pas ces attentes de retour, surtout à court terme. Car au final c’est surtout la question du temps qui est interrogée : pourquoi ne veut-on pas prendre le temps ? Que ce soit pour de nouveaux médicaments, de nouvelles technologies etc… la médiatisation de ces avancées nous fait souvent croire à l’ici et maintenant des effets. Or la réalité est bien plus lente qu’on ne le pense habituellement. Mais l’impatience, traduite par l’accélération, nous joue un bien mauvais tour. En ce début d’année, prenons le temps….

A suivre et à débattre

BD

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(3 commentaires)

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  1. Merci pour l’intelligence et la clarté de ce texte, qui mériterait une suite sur le quotidien de l’utilisation des TICE.

    • Klaus on 25 août 2013 at 16 h 00 min
    • Répondre

    Prénom erroné: ce n’est pas J Jacques, mais J Claude Guillebaud.

    1. Ok merci c’est corrigé

  1. […] Rêve, illusion, imaginaire et réalité des TIC(E) […]

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