Il faut sauver le B2i… et les élèves… ?

Dans ses querelles éternelles dont elle a le secret, l’école est-elle en train de tuer le B2i ? On peut le penser à lire certains propos tenus en ce moment sur Internet et dans les salles des profs. Le B2i est menacé par les batailles en cours. D’une part un ministère qui veut avancer à marche forcée (le B2i pour le Brevet et dans le socle commun), d’autre part des enseignants qui veulent saboter le B2i pour des raisons plurielles (certains enseignants de technologie), d’autre part encore des chefs d’établissements très « variés » dans leur attitude et leur accompagnement et enfin des enseignants qui regardent le paysage soit en étant indifférent aux TIC soit en continuant à valider les items au sein d’équipes qui ont réussi à le mettre en place réellement.

Que valent, dans ce contexte, toutes les enquêtes en ligne auxquelles chacun est libre de répondre : rien. J’en sais quelque chose car j’en ai mené deux dans le cadre du Café Pédagogique en 2001 et 2004 et j’ai moi même soulevé les risques et les limites de ce type d’enquête. Le problème c’est que les études officielles du ministère (DEPP) n’ont pas apporté plus de visibilité sur le sujet et que les ministres qui se succèdent jonglent avec ces réalités, plus ou moins adroitement.

Il y a quelques temps, la lecture des enquêtes Mediappro confirmait (à l’instar des enquêtes antérieures) que les jeunes ne comprenaient pas l’attitude du monde scolaire face à ces technologies. De plus ils disent qu’elle pourrait être utile, mais il faudrait qu’elle s’y prenne autrement. Bref, le b2i intéresserait bien les jeunes si l’école en faisait collectivement un vrai projet qui dépasserait les guerres internes, surtout celles qui visent à l’affrontement entre les disciplines du collège (il suffit de lire entre les lignes de leurs propos les angoisses de nombreux enseignants de technologie et professeurs documentalistes).

Mais pour en faire un objet collectif, encore faut-il que l’on joue le jeu du collectif. Et là l’Ecole ne sait pas vraiment faire. Il suffit de courir les établissements et les réunions d’enseignants pour s’en rendre compte. Peu nombreux sont les personnels qui portent l’image d’un collectif établissement. Quand on lit les commentaires sur la mise en place du B2i dans les établissements, on s’en aperçoit aisément, même si parfois tout cela est entouré de propos convenus et politiquement correct.

Pour sortir du politiquement correct, justement, il faut peut-être aller jusqu’à dire que aussi « mal foutu » soit le B2i, le sabotage général de l’intégration des TIC dans le milieu scolaire, est en train de le faire disparaître. Malheureusement il risque d’entraîner avec lui bien d’autres choses. A l’instar de l’éducation aux médias dont le rapport présenté par le café pédagogique montre que l’on est encore loin du compte, un jour on lira peut-être que l’école est passée aussi bien à coté des TIC qu’à coté des médias.

Ce billet est un appel à la réflexion. Une réflexion qui sortirait des règles habituelles du débat dans lequel chacun défend son idéologie avant de poser les questions de fond. Car il ne s’agit pas seulement du B2i et des TIC. Il s’agit plus généralement de la relation que l’école et plus généralement le système scolaire avec son environnement. La sortie de crise risquerait alors de venir d’une libéralisation totale du système, cachée par une fausse décentralisation. Il suffit de comparer les régions, les départements, les communes entre eux pour observer ce phénomène. En matière de TIC les initiatives sont très diverses, elles pourraient s’accentuer. Du coup les enseignants auraient d’autres interlocuteurs, peut-être seraient-ils plus « libres », peut-être le seraient-ils moins.

Le B2i est probablement le dernier rempart pour une véritable « politique » originale des TIC. Le saborder pourrait le faire rompre et amener les politiques à ne penser qu’en terme de fondamentaux : lire écrire compter…car après tout, il n’y a pas besoin de former et d’évaluer les TIC à l’école, puisque les enseignants se battent contre…On aurait alors un retour du discours qui a prévalu entre 1985 et 2000 : moyens, formation contenus, mais surtout pas action dans les classes…

A débattre bien sur…

BD

Attention, la modération des billets est faite a priori, je m’autoriserai donc à inviter les contributeurs à respecter la charte générale de la qualité des débats sur Internet

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(26 commentaires)

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    • Philippe Boulin on 17 décembre 2007 at 17 h 36 min
    • Répondre

    Bonsoir,
    Quelques réflexions suite à votre billet :
    -les moyens : comment un collègue qui a une classe de 31 élèves peut il aller dans une salle contenant 20 postes et faire du bon travail ?
    -La formation : en tant que professeur de technologie, je me rends compte que pas mal de mes collègues n’ont pas les connaissances nécessaires ni la formation pour assurer le dépannage logiciel qu’on rencontre inévitablement durant une heure devant les ordinateurs. De plus, leur formation initiale n’a souvent pas intégré les tices. Ils se retrouvent avec des connaissances parcellaires dans ce domaine et en tout cas des connaissances inexactes (si je puis dire) sur des domaines de base comme l’utilisation du traitement de texte par exemple.
    Enfin, je me rends de plus en plus compte que le B2i est une matière à part entière et que ce n’est pas en une journée de stage qu’on peut en faire le tour.

    Quand est ce que nos IPR se prendront par la main, et au lieu d’envoyer des mail à leurs profs leur demandant d’utiliser les Tices, feront eux même le travail qu’ils nous demandent sur le B2i. (cad partage de l’évaluation des items, etc…).

    Enfin, certaines connaissances du B2i, ne peuvent (à mon avis) être acquises QUE dans le cadre d’un cours dédié. Aucune matière (et la techno de moins en moins si on en croit les nouveaux programme) ne se propose de le faire.

    Un des problèmes des tices au collège, c’est qu’on ne parle que de l’évaluation avec le B2i. On reste étrangement silencieux sur les acquisitions par les élèves. Pourquoi ?

    Et que penser du C2i, qui s’est déroulé, formation et évaluation comprise en une demi journée pour ma fille en licence ? (Elle l’a obtenu, bien sur !)

    Je pense que le système d’évaluation multi matière est une bonne chose, mais qu’on accepte de parler aussi de l’acquisition des connaissances, qu’on fasse passer le C2i à tous les profs correctement.

    Pour continuer à débattre.

    Philippe Boulin, prof de technologie à St André de Cubzac (33), (et qui ne fait pas la grève du b2i !)

    • pmichelet on 17 décembre 2007 at 18 h 12 min
    • Répondre

    Sauver le B2i oui mais comment ?
    Est-il normal que d’une commune à l’autre pour les écoles, que d’un département à l’autre pour les collèges, il y ait une telle disparité.
    Pour prendre deux exemples opposés :
    En Loire Atlantique le Conseil général finance entièrement une salle informatique collège polyvalente en plus de ce qui existe en technologie, fournit 1 vidéoprojecteur pour 60 élèves, assure la mise en réseau des équipements et la maintenance.
    A l’inverse en Dordogne rien, aucun budget ou presque pour l’informatique en collège.
    Comment dans ce dernier cas assurer aux élèves une pratique des TIC.
    S’il y a une volonté politique affichée par le B2i de faire entrer l’école dans l’ère des TIC, dans les faits on en est bien loin.
    Comment faire pour pratiquer une activité informatique quand la salle info du collège a 4 postes en panne, une connexion internet défaillante ? Comment mettre cette même salle en état de fonctionner lorsque aucun crédit n’est prévu pour la maintenance ?
    Pour ma part j’ai assuré durant plusieurs années cette charge, j’ai fait passer mon collège de 12 à près de 70 machines sur 4 salles. Les dernières années j’y passais plus de 4 h par semaine, et pour quelle reconnaissance ?
    Alors dire que les profs de techno veulent saborder le B2i, il ne faudrait quand même pas pousser…
    P Michelet
    Professeur de Technologie en Collège

    • Philippe-Charles Nestel on 17 décembre 2007 at 23 h 00 min
    • Répondre

    Bonsoir,

    Bien que rarement d’accord avec vos articles, je ne laisse aucun commentaire. Mais cette fois, je ne peux pas vous laisser dire que des enseignants de technologie veulent saboter le B2i pour des raisons plurielles… ou alors citez vos sources et étayez vos propos par des références précises.
    En voilà une (même si je ne peux que regretter qu’elle soit publiée dans un format de fichier non documenté et propriétaire) :

    pagesperso-orange.fr/tech…

    J’affirme ici au contraire qu’en collège, ce sont les enseignants en technologie qui sont en première ligne. Et ce que ces "certains" attendent, sans doute les plus impliqués d’entre eux dans le B2i, c’est une prise en compte dans les programmes de technologie en collège, d’un certain nombre de fondamentaux informatiques sous-jacents aux compétences exigées…

    Ce n’est pas parce que l’on parle le Français dans toutes les disciplines qu’on l’enseigne. De même, à supposer que tous les collèges de France et de Navarre soient suffisamment équipés et dotés de techniciens pour la maintenance, ce n’est pas parce qu’elles utiliseraient toutes les TIC qu’elles les enseigneraient.

    Valider des compétences sans pouvoir enseigner en technologie les notions qui les rendent intelligibles est aussi absurde que d’opposer les TIC à l’école aux fondamentaux de type "lire écrire compter" . Fondamentaux et compétences, loin de s’opposer sont complémentaires.

    J’arrête ici pour le moment mes commentaires.

    • Bruno Devauchelle on 18 décembre 2007 at 6 h 32 min
    • Répondre

    Il faut observer toutes les réalités et pas seulement celle des convaincus, quelles que soient leurs opinions. Depuis sept années que je circule dans de nombreux établissements et rencontre toutes les disciplines, je ne peux vous laisser dire seuls ce que vous dites. Votre voix (voie) mérite d’être entendue, mais elle doit aussi être resituée. Malheureusement, vu les actuelles discussions sur la liste pagestec, on ne peut que constater, après une étude un peu plus approfondie de l’histoire du B2i, que les prises de position actuelles sont à discuter. Malheureusement la virulence du débat demande que l’on prenne un peu de temps avant de discuter sur le fond. On pourra alors discuter du socle commun, du découpage disciplinaire, du lien entre sciences, techniques et technologies etc… autant de débats qui méritent de prendre du temps. Les enseignants de technologie se sentent légitimement menacé dans le contexte actuel. Il est donc normal qu’au moment où le pouvoir propose d’accélerer un des aspects clés, le B2i, d’une politique TIC qui vise à en développer les usages dans toutes les disciplines, et à l’inscrire dans un diplome, les premiers concernés en fassent un emblème de leur revendication. Cependant, j’estime que parler de grêve B2i risque davantage de desservir la profession (enseignants de technologie) que de l’aider à trouver une véritable place dans le système scolaire. Je crains fortement qu’une attitude de « séparation » ne soit plus dangeureuse qu’une attitude de coopération. Sur le fond, le chantier des TIC à l’école risque de s’enliser, cela je l’observe chaque jour. Mais dans le même temps des spécialistes extérieurs (rectorats, entreprises…) arrivent et sont en train de marginaliser les acteurs internes. Débat à suivre

    • Pierre Guille on 18 décembre 2007 at 11 h 53 min
    • Répondre

    Bonjour,
    Bruno Devauchelle, je le connais pour l’avoir rencontré dans mon établissement et pour avoir travaillé à ses côtés au cours de cessions de formateurs au CEPEC de Craponne (lyon). Ses propos théoriques, je les partage à 100% et je suis totalement d’accord avec sa vision des choses, mais voilà…. je suis prof de technologie dans un collège de l’Ain, chargé de l’animation du B2I au sein du collège, et c’est là que les "vrais" problèmes commencent.
    Une salle informatique de 14 ordinateurs pour des classes de 18 à 33 élèves…???
    Deux salles de technologie avec 8 ordinateurs pour des classes de 18 à 33 élèves…???!!!
    Des enseignants désireux d’essayer de participer mais qui demandent une semaine avant comment faire un graphique sur Excel???
    Un réseau informatique géré par un "bénévole" non enseignant qui vient lorsque cela lui est possible, c’est à dire très rarement.
    Une volonté de l’établissement qui n’est pas clairement affirmée.
    Je pourrais encore en écrire 20 lignes de propos dans ce style.

    En résumé, j’adore les propos de Bruno, je suis d’accord avec lui, mais sur le terrain, nous sommes sur une autre planète et Bruno ne la perçoit pas à travers ses interventions qui sont pourtant très riches et motivantes. Les TICE ne fonctionnent pas bien et ce n’est pas près de changer dans les conditions actuelles.
    Pierre Guille

    P.S. Je ne fais absolument pas la grève du B2I

    • Bruno Devauchelle on 18 décembre 2007 at 13 h 19 min
    • Répondre

    Merci à tous de vos contributions qui permettent à tous les lecteurs de mieux percevoir vos analyses et vos contextes de travail. Malheureusement je ne peux pas accepter l’idée que l’on estime que je sois sur une autre planète. Cela n’est que partiellement vrai. Certes je ne suis plus dans un établissement avec les contraintes afférentes. Cependant j’en ai une certaine expérience passée, mais aussi présente, je croise nombre d’enseignants et d’établissements chaque année et travaille avec chacun d’eux, de même que plusieurs de mes collègues. Au travers de toutes ces activités, je perçois aussi les différences importantes de vécu entre les établissements, les équipes et les enseignants. Effectivement il y a de quoi se poser des questions, et je m’en pose et continue d’en poser aux enseignants, aux équipes, mais aussi aux décideurs. On ne peut cependant laisser passer la seule appréciation négative des choses. Comment se fait-il qu’il y ait des établissements qui réalisent des actions concrètes et qui valident réellement le B2i ? On ne les invente pas. La pratique médiatique apprend à parler plus facilement des dysfonctionnements que du fonctionnement ordinaire. Est-ce un effet de contagion ? Non je ne veux pas le penser. Y a-t-il un effet boule de neige ? Je le pense. Plusieurs facteurs de déstabilisation sont actuellement à l’oeuvre. Notre débat s’en fait incidemment l’écho. Nos résistances réciproques aussi. Quand je lis les chiffres d’équipement, et regarde leur progression au cours des 6 dernières années, je me demande si les inégalités ne commencent pas fondamentalement là. Augmentant une perception négative des choses dans plusieurs lieux. La sensibilité des uns et des autres doit nous amener à rechercher des possibles plutôt que d’aller vers des replis. Les besoins de reconnaissance sont réels et justifiés quand on passe du temps et de l’énergie. Je vous invite aussi à relire nombre de mes contributions antérieures pour vous rendre compte que certaines des affirmations posées dans certaines contribution laissent penser un désaccord alors qu’elles sont simplement un oubli de ce que j’ai pu énoncer. Malheureusement l’effet d’enfouissement des blogs n’est pas favorable à ce « suivi longitudinal » d’une recherche. A suivre donc Bruno Devauchelle

    • Philippe Boulin on 18 décembre 2007 at 18 h 03 min
    • Répondre

    Bonsoir,

    D’après ce que vous avez pu voir dans vos déplacements dans différents établissements, qui, d’après-vous "porte" le B2i ? Sont-ce majoritairement les profs de technologie ou pas ? (Je suis prêt à entendre un avis différent du mien !)

    Amicalement

    Philippe Boulin

    • Daniel BICHET on 18 décembre 2007 at 20 h 25 min
    • Répondre

    Bonjour,
    Je crois que le problème est simplement mal posé. Ou plutôt que la solution proposée n’en est pas une. S’il y a, c’est incontestable, une crise des TICE, ce n’est pas en faisant vivre le B2i qu’on la résoudra. Déplorer que des enseignants, et en particulier de technologie, veulent saboter le B2i, ce n’est pas dire que les TICE sont en danger, mais que les méthodes proposées pour les faire vraiment entrer au collège sont mauvaises. On n’a pas besoin du B2i pour faire des TICE. On a besoin de définir clairement des compétences A ENSEIGNER et non à évaluer (ou pire, à valider !) ce qui veut dire : définir qui va les enseigner, avec quel moyens techniques, de quelle manière, dans quel cadre… Bref, d’écrire des programmes d’enseignement. C’est tout ce que le B2i ne fait pas, et c’est pourquoi il est mal accepté et peu mis en pratique. Si les items du B2i étaient convertis en objectifs opérationnels évaluables par le prof qui enseigne les savoirs et savoir-faire correspondants, le problème disparaîtrait de lui-même. Il y aurait une discipline dédiée au moins en partie aux TICE (pourquoi pas la techno, mais pas nécessairement) et on aurait alors des élèves qui apprennent des connaissances "TIC" à l’école, qui acquièrent des savoir-faire "TIC" à l’école, qui sont évalués sur leurs compétences "TIC" à l’école. Transposons un peu cette situation aberrante : Après tout, on pourrait décréter un jour qu’un Brevet d’Expression Française serait utile, et même obligatoire pour avoir le DNB. On créerait alors un "machin" transversal où n’importe quel prof de n’importe quelle discipline "validerait" des items dans lequel le prof de français se verrait comme dépossédé, et on ferait croire aux élèves que ce prof de français, après tout, ne sert pas à grand-chose, puisque même les profs de techno, d’arts plastiques et d’EPS sont capables de vérifier qu’un élève est compétent ou non sur l’accord du participe passé. C’est exactement ce que j’ai ressenti dès ma première lecture des items du B2i : Contribuer à le (B2i) faire exister, c’est contribuer à me (prof de techno) faire disparaitre. Ce n’est pas le B2i qu’il faut sauver, c’est l’enseignement des TIC ! ça n’a rien à voir.
    Daniel Bichet.

    PS : puisque ça semble être la coutume, je ne fais pas non-plus la grève du B2i. Je ne me suis simplement pas proposé pour m’en occuper, je fais ce qu’on me dit de faire, je valide où on me dit de valider, comme le prof lambda.

    • Bruno Devauchelle on 18 décembre 2007 at 20 h 32 min
    • Répondre

    Merci de ce questionnement Depuis ses débuts j’observe les pratiques du B2i dans les établissements. Qu’est-ce que j’observe ? Dans la plupart des établissements les enseignants de technologie sont impliqués. Dans la grande majorité des établissements ils ne sont pas seuls (il y au moins deux autres enseignants et en majorité les enseignants documentalistes et les enseignants scientifiques) et ne sont pas toujours responsables du B2i (cela s’est trouvé conforté par diverses enquêtes passées sur les établissements ayant réellement mis en place le B2i). Il n’est pas rare de rencontrer toutes les autres disciplines, l’histoire géographie et les arts (éducation musicale et arts plastiques) étant souvent présents, mais vu leur faible nombre d’heure ne peuvent que participer modestement. On voit de plus en plus d’enseignants de langue participer au mouvement, ils ont de bonnes raisons didactiques. Du coté des enseignants de lettres les choses sont plus difficiles. Mais le vrai problème c’est le mode de management. Trop souvent et j’ai plusieurs fois fait remarqué cela, le chef d’établissement donne le texte à un enseignant « branché » et lui dit de s’en occuper. Selon la personnalité on a plusieurs pratiques, de celui qui fait tout tout seul à celui qui refuse et laisse le bébé à d’autres. Effectivement de nombreux enseignants de technologie se sont retrouvés avec ce genre de bébé… Les établissements dans lequel le « chef d’établissement » est actif sur le B2i la question ne se pose pas, car la charge est répartie en équipe. Encore faut-il qu’il y ait constitution d’équipe. Il semble que la position des professeurs de technologie ait évolué avec le temps et que l’abandon des autres enseignants, leur refus les ait amenés à « porter » davantage le B2i surtout depuis l’annonce de l’obligation, afin de faire avancer les choses et c’est tout à leur honneur. Ils sont peut être une majorité à se considérer comme porteur, encore faut-il que l’on explique ce que l’on met sous ce terme. Si c’est la validation des items c’est différent de la responsabilité et du suivi des élèves. Voilà quelques éléments. Je n’ai pas de chiffres précis sous le coude. Je peux toutefois vous renvoyer aux enquêtes publiées à partir de sondages en ligne (dont je rappelle qu’ils sont à prendre avec distance parce que c’est du déclaratif, on dit ce qu’on a envie, ce sont des représentations, et parce que seuls ceux qui ont choisi de répondre le font, ce qui inévitablement provoque un effet de loupe sur les positions de ceux qui participent et qui souvent sont impliqués d’une manière ou d’une autre). Quant aux documents fournis par le ministère dans les années précédentes, j’ai du mal à comprendre comment ils ont été élaborés (d’où vient le 14% publié l’an dernier ? et les statistiques des enseignants publiées auparavant ?), d’ailleurs il suffit de lire les compte rendus médiamétrie (http://www.educnet.education.fr/chrgt/Barometre-23-11-05.ppt) pour le ministère ou encore l’enquête de pragma (http://www.educnet.education.fr/chrgt/Etude_Usages_TICE2006.pdf) pour comprendre. Il est certain qu’avec Gibii installé dans les académies, on va avoir des chiffres et des indications intéressantes : combien d’enseignants, quelles disciplines, en quelle classe, à quel moment de l’année et peut-être même si on analyse les messages mis par les élèves et les enseignants, dans quelles situations et enfin quels établissements. J’inciterai volontiers les responsables académiques qui ont accès à ces statistiques à les rendre rapidement publiques, cela aidera surement à y voir plus clair, par contre on découvrira la puissance d’un tel outil pour observer les établissements… A suivre donc, BD

    • B. Rivoire on 19 décembre 2007 at 8 h 25 min
    • Répondre

    Bonjour, c’est encore un professeur de Technologie qui apporte sa contribution au débat. C’est d’abord l’accusation de "sabotage" de "certains professeurs de technologie" qui m’a poussé a ouvrir le Blog de B. Devauchelle. Je constate avec satisfaction que je ne suis pas la seule enseignante de technologie à avoir eu envie de réagir. Je vous propose quelques pistes pour poursuivre le débat : les TICE ne s’enseignent pas, elles se pratiquent. Il est donc évident qu’historiquement ce sont les professeurs de technologie qui se sont sentis concernés lorsqu’à l’aube du XXI° siècle l’Education Nationale a réalisé qu’il fallait peut-être prendre en considération cette évolution technique et culturelle dans les programmes. Nous (la techno) étions dès 1986 impliqués dans cette marche en avant dans nos programmes. Faire exister, maintenir, abolir le B2i, là n’est pas le problème ! Ce qui compte c’est réduire la fracture numérique aussi bien au niveau des élèves, qu’au niveau des enseignants. Le développement de l’équipement des ménages en matériel informatique ainsi que la logique commerciale ont induit un usage familial et individuel des TICE très éloigné des attentes du système scolaire complètement obsolètes au regard des pratiques. Notre rôle éducatif se situe au delà du débat à propos d’une liste de compétences à valider comment, par qui, pourquoi ? Il fallait au départ, définir un seuil commun de connaissances comme dans les autres domaines d’enseignement, identifier une discipline chargée de (construire,véhiculer, accompagner…enseigner ?) ces connaissances ce qui n’a jamais existé de manière évidente comme pour les mathématiques ou le français. Comment alors peut-on demander à quiconque d’évaluer le résultat ? Les TICE ont grandi sauvagement, sans l’Education Nationale engluée dans la lenteur des réformes et on veut récolter des fruits immatures et inmangeables. Y a t’il encore un enjeu à cultiver ce domaine pour les générations futures ? Si oui, la réaction des professeurs de techno montre qu’il y aura encore et toujours des volontaires mais il faut faire vite car la friche est envahissante !
    B. Rivoire, professeur de Technologie

    • Guilloique Yves on 20 décembre 2007 at 7 h 00 min
    • Répondre

    Dans mon collège le directeur à présenter le futur DNB en réunion à tous les professeurs (niveau A2 en langue, B2I), il a souhaité que les professeurs se mettent en relation avec moi prof de Techno afin de voir ce qu’ils pouvaient valider comme Item pour le niveau 2, plusieurs profs étaient partant. Deux mois après aucune réponse, personne ne cherche à donner un coup de main, etc….
    Je m’étonne qu’il n’y ai pas d’autres profs dans d’autres matières à réagir sur le ce Blog !!!!

    Je ne fais pas la grève du B2I (il serait mort).

    • e.vincent on 20 décembre 2007 at 18 h 01 min
    • Répondre

    je ne crois pas qu’un enseignement informatique soit nécessaire : a t-on besoin d’apprendre aux élèves à faire un blog ? Leur apprend-on à utiliser msn ? et pourtant bon nombre savent le faire…Et d’ailleurs les élèves arrivent dans le secondaire avec leur B2i école en principe ! Rares sont ceux qui n’ont jamais utilisé un ordinateur de leur vie quand même !J’ai été étonnée de voir récemment ma fille faire un exposé audio-visuel avec movie maker sans jamais l’avoir appris à l’école (à utiliser movie maker) et sans que je lui apprenne non plus ! les outils informatiques étant de plus en plus intuitifs et fonctionnels, l’apprentissage manipulatoire est plutôt rapide et le "peer to peer" l’apprentissage de pair à pair marche bien dans ce cas là…Donc l’existant me semble plutôt bien convenir…Je pense cependant qu’il est urgent de les faire réfléchir sur leurs utilisations et pour ce faire des temps de réflexion et d’accompagnement sont par contre nécessaires à mon sens : les élèves sont-ils conscients des droits et devoirs afférents à la publication d’informations dans l’espace public (blogs, forums, chats…))(droit à l’image, droit d’auteur, diffamation, respect de la vie privée …?) ; souvent ils ne savent rien à ce sujet et font n’importe quoi :mise en ligne de photos volées ; de vidéo sur YouTube ou autres.. Ce genre d’informations fait cruellement défaut dans le système scolaire actuel parfois et je trouve que le rôle des professeurs (quels qu’ils soient) est bien de faire émerger en toute occasion des consciences, c’est bien la philosophie du B2i, non ? Former des futurs citoyens éclairés. Les enjeux sociaux concernant l’utilisation de certains outils sur Internet me semblent plus importants que les querelles inter-disciplinaires en la matière, il serait temps d’en prendre conscience (et on ne va pas créer une nouvelle discipline pour autant )…le temps de la vie de classe me paraît intéressant pour initier des réflexions,
    E Vincent professeur documentaliste

  1. De nombreuses questions peuvent être posées à B.Devauchelle qui semble occuper à lui seul de façon monopolistique toutes les colonnes éditoriales du Café Pédagogique ces derniers mois sur ce sujet de l’orientation ministérielle de transversalité des apprentissages, puis de la validation du B2i (Enseigner l’informatique pour mieux l’enfermer ? http ://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2007/10/08102007Accueil.aspx et Il faut sauver le B2i http://www.cafepedagogique.net/l...
    On a bien compris que vous soutenez la dilution dans toutes les disciplines, comme le ministère, des apprentissages et donc des validations.
    Je retiens au moins 6 questions fondamentales. L’ensemble concerne l’implication des disciplines du collège dans la responsabilité des apprentissages et l’apport des notions fondamentales utilisables dans le B2i .
    Question 1 : pourquoi vous ne fustigez pas les autres disciplines de ne pas faire leur travail alors que vous fustigez la discipline technologie de faire son travail ? N’est-ce pas le monde à l’envers, donc un parti-pris ? Et pourquoi vous ne félicitez pas la technologie de faire son travail depuis 1996 ?
    Question 2 : depuis 1996 c’est la discipline technologie qui a été chargée officiellement par le ministère dans son programme à l’occasion de l’ensemble des programmes du collège des apprentissages fondamentaux en ITIC. Cela veut dire que vous contestez aussi la compétence officielle de la technologie sur les apprentissages des 44 notions techniques en technologie ? Donc entre quelles autres disciplines vous conseillez de répartir ces 44 notions ?
    Question 3 : est-ce que vous soutenez la décision ministérielle de retirer à la technologie la responsabilité des apprentissages de base aux ITIC (horaire et notions dédiées) depuis le programme de refondation en 6e de cette discipline en 2005 ? Si oui, dites-nous à quelle(s) autre(s) discipline(s) (ou comment) sont selon vous sont dorénavant dévolues-réparties ces responsabilités car il ne peut pas y avoir d’évaluation du B2i sans le ciblage clair des disciplines qui ont la responsabilité des apprentissages, ni celle de la révision complète des programmes des autres disciplines ?
    Question 4 : est-ce que vous soutenez l’orientation actuelle de suppression des apprentissages en technologie depuis 2005 sur le traitement de texte, puis du tableur grapheur, etc. ? Si oui est-ce que vous prônez-approuvez la nouvelle orientation par thèmes B2i et du projet de programme en technologie 5/4/3e au lieu de celle actuelle par fonction de travail logicielle ?
    Question 5 : est-ce que pour vous les apprentissages et les évaluations sont à réduire à « l’outil », ou est-ce que pour vous il y a aussi un « objet » ou des « objets » d’apprentissage ?
    Question 6 : puisque que vous êtes partisan-militant de la dilution des apprentissages hors d’une discipline spécifique, est-ce que selon vous il ne faut pas une coordination avec des heures inclues dans le service d’enseignement, ce que vous n’avez jamais réclamé au titre du moindre « coût » prôné par le ministère ? Si oui combien d’heures et comment vous envisagez-conseillez au ministère les financements ?
    Pour plus de renseignements, revoir le détail de mes deux contributions sur ce sujet :
    – 15-11-2007 – Apprentissages des T.I.C. et informatique au collège : discipline, dans une discipline ou dans les disciplines ? Est-ce que la France est effectivement prête à dispenser et à certifier en 2008 ces apprentissages fondamentaux ? Selon moi beaucoup de conditions restent à remplir pour la faisabilité et la qualité.
    – 10-12-2007- (+ complément du 18-12-2007) Sondage sur B2i obligatoire collège en 2007-2008 sur PAGESTEC : résultats. 135 collèges, 46 départements et 22 académies ont donné leur avis à trois questions à visée qualitative. Le dépouillement instructif et mon analyse.
    Ce texte sera diffusé sur la seule association Internet PAGESTEC des professeurs de technologie

    • Bruno Devauchelle on 20 décembre 2007 at 21 h 06 min
    • Répondre

    On ne peut qu’être surpris et attristé d’un message aussi vindicatif. Non je n’ai aucun monopole, non je n’ai aucune vérité. mais je revendique le droit aussi d’exprimer d’autres opinions, qui, même si elles ont l’heur de déplaire à certains, doivent aussi être entendues.

    Ce blog est modéré, c’est à dire que je lis les messages avant de les publier. Je souhaite jouer le jeu du débat, mais je savais en commençant ce débat que cela risquait d’être houleux. C’est pourquoi le PS de mon premier message invitait à la modération. Je ne peux que m’étonner que ce soit un inspecteur (en retraite) qui soit aussi dur, injuste, et surtout qui méconnaisse particulièrement mes propos anciens et actuels.

    J’invite ceux qui le souhaitent à continuer d’intervenir en assurant la sérénité de l’échange et la qualité des arguments.

    Bruno Devauchelle

    • Philippe Boulin on 20 décembre 2007 at 21 h 19 min
    • Répondre

    Bonsoir,

    J’apprécierai beaucoup d’avoir votre éclairage sur le problème de l’acquisition des connaissances TICE par les élèves. Pour ma part, j’en suis resté au couple apprentissage / évaluation. Or un prof de langue qui va utiliser la messagerie avec ses élèves n’envisage pas du tout de leur apprendre à utiliser la messagerie. Il veut que les élèves utilisent la messagerie, point. Et dans son timing, il prévoira quelques minutes pour lancer le programme de messagerie et commencera l’utilisation immédiatement. Son but (logique) sera de faire communiquer une classe française avec une classe étrangère, pas de parler de la technique de communication par mail.

    Pensez vous que ce sera suffisant pour atteindre aux compétences réclamées par le B2i ? La technologie n’aura plus le module sur la communication (actuellement en 4ème) dans les nouveaux programmes.

    J’ajoute que j’ai l’impression que l’on ne veut pas aborder ce problème des acquisitions. Pourquoi ?

    Amicalement

    Philippe Boulin, Prof de technologie (33)

    • Bruno Devauchelle on 20 décembre 2007 at 21 h 59 min
    • Répondre

    Non je ne suis pas complètement d’accord avec vous. Surtout que les outils informatiques sont de plus en plus intégrés aux disciplines : que penser de Cabri Géomètre etc… ? qui doit enseigner quoi ? Pour moi il est clair que cela n’est pas une exclusivité, ni dans un sens, ni dans l’autre, mais, je le rappelle il y a des dominantes.
    Maintenant, il est vrai que cela constitue une remise en question importante des modèles traditionnels. Mais allez dans les classes primaires et vous pourrez constater que cela n’est pas aussi impossible que ça.

    Cordialement

    Bruno Devauchelle

    • Philippe Boulin on 21 décembre 2007 at 9 h 12 min
    • Répondre

    Bonjour,

    Justement, cette remise en cause importante des modèles traditionnels …. Pourriez-vous développer ?

    Amicalement

    Philippe Boulin, prof de technologie (33)

  2. Même si dans le contenu de mon message il existe des imperfections de présentation, l’objet de ma réaction détaillée en 6 questions est de ne pas laisser dire, indirectement, que les professeurs de technologie ne sont pas responsables des apprentissages et de contester leur rôle essentiel dans la validation depuis 4 ans, et demain matin, pour la validation B2i collège, alors que c’est l’inverse : ils assurent et ils assument dans l’intérêt des collégiens de manière bénévole la validation du B2i dans la quasi-totalité des cas (même si dans certains collèges il y a des heures supplémentaires attribuées ou des heures spécifiques à l’intérieur de l’horaire statutaire).
    C’est la raison pour laquelle je vous ai proposé de donner votre point de vue en qualité d’expert et formateur sur les questions de traitement de l’information TIC sur chacune des 6 questions, une par une, pour engager ensuite un débat sur votre blog avec les professeurs.
    En attendant je pense que les professeurs de technologie, un par un, en groupe syndical, associatif ou d’établissement, continueront sûrement à prendre leurs responsabilités en TIC dans l’application de leur programme propre en cours de refondation, tout comme dans tous les dispositifs hors de leurs obligations disciplinaires dont le B2i fait partie et dans lequel ils sont les plus engagés, mais il y a aussi l’ASSR, les ODP 3 et ODP 6h, la participation à la totalisation des résultats du DNB dans de nombreux collèges, etc., ceci dans l’intérêt des collégiens d’abord et pas forcément dans leur intérêt personnel.
    Merci par avance sur vos réponses et des échanges qui s’ensuivront.
    Ignace Rak

    • Bruno Devauchelle on 22 décembre 2007 at 21 h 16 min
    • Répondre

    Voilà un message complexe en réponse à deux questions posées par les contributeurs

    Monsieur Rak a souhaité que je réponde aux 6 questions qu’il a posées. Je peux prendre cela pour une injonction et dans ce cas je ne vois pourquoi je répondrai. Je peux aussi considérer que ces questions ont pour but d’éclairer les débats et donc il est nécessaire d’apporter les réponses qui semblent adaptées. J’ai décidé de considérer que c’était cette deuxième option qui est la bonne.

    Cependant je suis dans l’obligation de passer parfois par une reformulation personnelle des questions. En effet la formulation de certaines ne laissent pas de place à une explication, mais simplement à une justification. C’est en particulier le cas des questions qui sont posées comme exprimant mon opinion alors qu’elles sont une interprétation de mon point de vue et aussi de celles posées sous la forme du pourquoi ou sous une forme négative (parfois les deux). Comment répondre à une question négative ? Nous le savons tous, si je réponds non ou oui, j’ai tort… Je vais donc reformuler les questions qui me semblent devoir l’être pour ensuite y apporter mes éclairages

    Question 1 : pourquoi vous ne fustigez pas les autres disciplines de ne pas faire leur travail alors que vous fustigez la discipline technologie de faire son travail ? N’est-ce pas le monde à l’envers, donc un parti-pris ? Et pourquoi vous ne félicitez pas la technologie de faire son travail depuis 1996 ?

    La question que je reformule est la suivante : quelle est la responsabilité de toutes les disciplines dans le développement des TIC ? Quelle est la place originale de la technologie ?

    L’histoire de l’enseignement de la technologie doit être liée à l’histoire des enseignants de technologie. Discipline récente (1985) elle souffre d’un manque de considération de la part de nombreux collègues des autres disciplines. Une autre catégorie souffre au collège de la même désaffection c’est celle des enseignants documentalistes. Si je fais ce rapprochement c’est que les observations faites montrent qu’à propos du B2i ces deux catégories d’enseignants sont celles qui ont tout de suite compris l’intérêt de ce dispositif. Au delà de la discipline il y a la question des enseignants eux-mêmes dont l’origine disciplinaire est très dispersée et ne correspond pas aux critères habituels de l’enseignement scolaire. L’absence de discipline universitaire de référence est rédhibitoire dans l’enseignement semble-t-il. Or la question des savoirs de la pratique est essentielle et ne doit pas être mise de coté dans l’école au profit des savoirs savants, mais bien articulée avec eux. La faiblesse de la culture épistémologique dans la formation initiale des enseignants renforce selon moi cette absence de considération.

    De nombreuses disciplines ont du mal à intégrer les TIC. Depuis 1992 date à laquelle le Conseil National des Programmes à recommandé dans un texte officiel l’intégration des TIC, on s’étonne que si peu ait été fait dans les établissements scolaires. Par contre une analyse plus globale et pas seulement scolaire permet de penser qu’en réalité c’est le coté « prématuré » des TIC qui pose le plus problème (plantages, évolutions rapides etc…). De plus Il est étonnant de constater que des différences importantes entre disciplines se font jour actuellement qui s’accentuent de manière diverse selon les niveaux d’enseignement. Ainsi on pourrait parler des mathématiques au collège à qui sont recommandées officiellement depuis 1994 l’intégration des TIC (au collège) et qui pourtant ne se sont que récemment mises au travail. N’oublions pas qu’une épreuve informatique se met en place au Bac pour les mathématiques… regardons les sciences au collège et au lycée, pour s’apercevoir que là aussi depuis quelques années les choses évoluent rapidement en particulier en lycée. Au collège le faible nombre d’heures hebdomadaires laisse peu de possibilités aux enseignants avec un programme d’enseignant toujours plus chargé.

    Il est clair que les lettres et l’histoire géographie semblent, dans les établissements scolaires assez réticentes à l’intégration des TIC. Cependant une observation des sites de ces disciplines (weblettres, clionautes d’une part, sites académiques d’autre part) laisse penser qu’il y a de nombreuses initiatives, mais qu’elles restent statistiquement assez marginales.

    La technologie a bénéficié dès le début de son arrivée de l’inclusion de l’informatique dans son programme. Il est donc logique que ce soit cette discipline qui ait eu et ait encore (sous réserve des nouveaux programmes) le leadership sur les contenus d’enseignement de ces contenus. Mais les attermoiements et reculs du ministère sur les nouveaux programmes montre que les choses ne sont pas simples. Il serait dangereux d’isoler la question des TIC des autres questions qui pèsent sur l’évolution (recrutement des enseignants, statut de la discipline, poids financier de la discipline tant sur les personnels que les matériels, entre autres). Il faut, selon moi, considérer que la question de l’informatique en se transformant en TIC n’est pas neutre. Cette évolution structurelle de l’objet lui même (interface, ergonomie, banalisation, usages, etc…) à laquelle s’ajoute le développement des pratiques non scolaire de manière massive pose question sur sa place dans le système scolaire. La difficulté actuelle de définition des contenus d’enseignements de la technologie est révélatrice d’un questionnement global (et pas seulement des spécialistes) sur la technologie elle même d’une part, sur les TIC d’autre part. (On pourrait aussi se demander qui aurait intérêt à faire disparaître cet enseignement).

    Pour ma part la technologie est essentielle à l’éducation, et en particulier une éducation critique à la technique et ses liens avec la science. Quand j’observe que les élèves qui vont en DP3 sont considérés dans la plupart des collèges comme étant « fléchés » dans leur orientation, je pense que c’est une déconsidération complète de la « technologie » dans l’esprit collectif. Pour moi la DP3 était une chance de faire considérer la technologie comme essentielle pour la grande majorité des élèves en particulier en vue de leur orientation. Pour moi la question de la technologie ne se réduit pas aux TIC, au contraire elle se situe bien en amont. Il s’agit pour moi d’une question de « Culture » dans laquelle la technologie a une place originale, spécifique mais aussi transversale. Il suffit d’observer la place des techniques dans la vie quotidienne pour le comprendre, mais à condition de ne pas en rester aux seules manipulations ce qui est le cas dans de nombreux cours de techno, mais qui est mal perçu à l’extérieur.

    Question 2 : depuis 1996 c’est la discipline technologie qui a été chargée officiellement par le ministère dans son programme à l’occasion de l’ensemble des programmes du collège des apprentissages fondamentaux en ITIC. Cela veut dire que vous contestez aussi la compétence officielle de la technologie sur les apprentissages des 44 notions techniques en technologie ? Donc entre quelles autres disciplines vous conseillez de répartir ces 44 notions ?

    Pour moi cette question se reformule de la façon suivante : quelle place ont les TIC et l’informatique dans les programmes d’enseignement de l’école du collège et du lycée, et par conséquent, quelles spécificités peut-on observer ?

    Un peu d’histoire de l’informatique et des TIC en milieu scolaire permet de comprendre que les débats sur cette question sont posés avant 1996 et ont continué après. On peut effectivement s’appuyer sur les programmes de 1996 pour en faire la pierre d’angle de la situation actuelle. Mais je pense qu’il faut mettre en lien cela avec l’ensemble des évolutions qui ont suivi dont en particulier la créatio
    n de la mise à niveau en seconde en remplacement de l’option informatique au lycée en 1999. Cette proposition était pour moi un questionnement partiel de ce qui avait été enseigné (ou non) auparavant. Heureusement elle était inexistante ou presque dès sa création. L’arrivée du B2i et de la philosophie sous jacente est un deuxième questionnement important. L’absence de prise en considération de la technologie dans la récente refonte des progammes en lien avec le domaine 3 du socle de compétence est un troisième questionnement, surtout que dans ce socle les TIC sont en dehors de ce domaine de compétence.
    Il serait intéressant d’interroger le pouvoir, bien plus que moi, sur ces choix.
    Pour ma part, comme je l’exprime aussi pour l’enseignement du français (tous les enseignants devraient participer à l’évaluation de l’oral et de l’écrit, quand ils le sollicitent, mais pas de la littérature), les TIC ont un degré de transversalité de plus en plus important et chaque jour on peut l’observer dans le monde qui nous entoure. L’acquisition de compétences « notionnelles (idées ou schémas de pensée) et instrumentales (usage d’équipements ou d’outils de représentation et communication) » est, dans le domaine des TIC de plus en plus à mettre en lien avec tous les aspects de l’enseignement et à ne pas cantonner dans une seule discipline. Cela ne signifie pas que la technologie n’ait pas une place particulière à tenir, bien au contraire, c’est la seule qui, au delà de l’usage peut permettre de faire le lien entre technique, science et pratiques sociales intégrées au monde technique.

    Question 3 : est-ce que vous soutenez la décision ministérielle de retirer à la technologie la responsabilité des apprentissages de base aux ITIC (horaire et notions dédiées) depuis le programme de refondation en 6e de cette discipline en 2005 ? Si oui, dites-nous à quelle(s) autre(s) discipline(s) (ou comment) sont selon vous sont dorénavant dévolues-réparties ces responsabilités car il ne peut pas y avoir d’évaluation du B2i sans le ciblage clair des disciplines qui ont la responsabilité des apprentissages, ni celle de la révision complète des programmes des autres disciplines ?
    La première partie de la question est la même que la précédente et je renvoie donc au texte précédent. Pour la deuxième, toutes les disciplines doivent collaborer. La révision des programmes dans ce sens est engagée depui 1992 (cf texte de la CNP de l’époque), donc bien avant le texte de 1996.
    Dans la question vous présupposez un ciblage clair dans les programmes. Lisez le document publié par le CRDP du Toulouse sur la place de l’information dans les programmes de toutes les disciplines et vous en aurez une première illustration. Vous présupposez aussi la question de la responsabilité séparée des disciplines sur un contenu d’enseignement, je ne suis pas d’accord : ll y a des apprentissages qui ne doivent pas relever d’une seule discipline (relisez Edgard Morin sur le sujet, il est selon moi éclariant, bien que tous ses écrits ne soient pas facilement accessibles) et les TIC en sont un exemple, d’autant plus que de nombreux apprentissages sont réalisés même en dehors de l’école (j’entends d’ici les habituelles critiques de ces propos qui ont déjà été évoquées précédemment dans la question d’une discipline TIC. Mais l’observation des faits montre que les choses doivent être extrémement nuancées et que l’on ne voit pas encore comment l’école peut évoluer sur ce point)

    Question 4 : est-ce que vous soutenez l’orientation actuelle de suppression des apprentissages en technologie depuis 2005 sur le traitement de texte, puis du tableur grapheur, etc. ? Si oui est-ce que vous prônez-approuvez la nouvelle orientation par thèmes B2i et du projet de programme en technologie 5/4/3e au lieu de celle actuelle par fonction de travail logicielle ?

    Sur cette question je ne me prononcerais pas. Je ne suis pas assez au fait de « l’orientation actuelle ». Je n’ai pas encore pris suffisamment connaissance des nouveaux textes, surtout qu’ils ne sont pas publiés et adoptés officiellement si je ne m’abuse. Je ne crois pas que l’on puisse répondre à cette question de toutes façons.
    En tout cas, si je prends le cas du tableur grapheur, je m’étonne que les profs de maths ne montent pas davantage au créneau. Faut-il qu’ils se battent avec les profs de techno pour en avoir la maîtrise ?
    Pour ce qui est de l’apprentissage au travers de projets. Je pense en effet que c’est une des meilleures façon d’aborder ces questions. La méthode spiralaire, qui articule, sans les confondre des apprentissages complexes aux apprentissages procéduraux simples, utilisée en primaire semble faire ses preuves et bien s’articuler avec une approche par projet. L’observation de certains IDD ou TPE montre que ce sont de bons supports pour engager des évaluations et des apprentissages de certains aspects des TIC.
    Je rappelle que pour moi il y a une spécificité de la technologie qui est irremplaçable et qui touche justement à l’objet « technique » et à l’ensemble des conséquences que la technique a sur notre vie.

    Question 5 : est-ce que pour vous les apprentissages et les évaluations sont à réduire à « l’outil », ou est-ce que pour vous il y a aussi un « objet » ou des « objets » d’apprentissage ?

    Attention, cette question demanderait une très longue explication. D’abord telle qu’elle est formulée je ne peux la comprendre. Qu’appelez vous un outil ? Quelle distinction faites vous entre un objet et des objets ? Nous sommes là dans une question de cadre théorique et scientifique de l’apprentissage. Qu’est-ce qu’apprendre, qu’est-ce qu’évaluer. Je vous renvoie volontiers aux travaux de gens bien plus pertinents que moi : Bernard Rey de l’université de Bruxelles(les compétences à l’école), Jacques Tardif de l’université de Sherboorke (l’évaluation des compétences), Roc Chouinard (l’évaluation des apprentissages) Pour mieux comprendre votre question, pouvez vous répondre à celles-ci : Quelle différence faite vous entre outil et instrument(Rabardel), compétence et connaissance (Jonnaert,de Ketele), entre technique et usage de la technique(Jouët) ?

    – Question 6 : puisque que vous êtes partisan-militant de la dilution des apprentissages hors d’une discipline spécifique, est-ce que selon vous il ne faut pas une coordination avec des heures inclues dans le service d’enseignement, ce que vous n’avez jamais réclamé au titre du moindre « coût » prôné par le ministère ? Si oui combien d’heures et comment vous envisagez-conseillez au ministère les financements ?

    – Je ne peux vous laisser interprêter et traduire ainsi tous mes propos à votre manière : cela est incorrect méthodologiquement. J’ai toujours expliqué qu’il y avait des dominantes disciplinaires et des éléments halo qui concernent plusieurs disciplines

    Je vous rappelle que je ne suis rien dans la hiérarchie ministérielle, politique ou financière et que je n’ai aucune ambition de ce coté. Je suis un formateur chercheur qui essaie de faire avancer certaines convictions fondées sur des observations quotidiennes. Je n’ai pas à réclamer quelqu’heure que ce soit. J’ai simplement considéré que des heures techniques et pédagogiques, indépendantes de l’enseignement devaient être attribuées dans les établissements pour le développement des TIC. L’abrogation des décrets du 12 février 2007 semble avoir enterré cette piste qui y était inscrite.

    Ceci-dit, je milite actuellement et depuis un certain temps, pour l’heure (au minimum) de concertation au collège (d’aucuns pourront en témoigner si c’était nécessaire un jour…). De plus je milite aussi pour une meilleure relation entre les disciplines au moyen de temps communs devant élèves.

    Quant au financement des heures quellles qu’elles soient, je vous signale
    que la politique actuelle de réduction financière du budget de l’état est pour moi une catastrophe. Malheureusement tous les français sont loin de penser comme moi. L’école se fait battre sur son propre terrain actuellement.

    Je pense qu’il y a une urgence à revaloriser l’enseignement (et pas seulement le salaire). Je ne pense pas qu’opposer les disciplines entre elles soit un bon projet. Au contraire je pense qu’il faut trouver du lien et partager les « objets » transversaux d’apprentissage entre les disciplines qui peuvent le faire au lieu de continuer une opposition radicale entre chacune.

    Ensuite Monsieur Boulin a demandé cette précision : « cette remise en cause importante des modèles traditionnels …. Pourriez-vous développer ? »

    Effectivement, le modèle traditionnel est celui du découpage disciplinaire (cf Guy Vincent, histoire de la forme scolaire). Pour exister dans le domaine des savoirs savants il faut constituer une discipline, de préférence universitaire. Or des approches actuelles qui se développent depuis plus de vingt années (en Belgique, au Québec, en Suisse) tendent à inciter à dépasser ces découpages qui sont préjudiciables au jeunes.
    En effet on observe encore trop souvent des élèves incapables de « faire du lien » entre leurs apprentissages. De plus on remarque la formidable capacité d’oubli (d’inhibition diront, peut-être aussi les psychologues cogniticiens) des jeunes dès lors qu’un apprentissage n’est pas « utile » à la « performance » scolaire.

    La remise en cause importante est celle qui consiste à tenter de développer la compétence à « faire du lien » et de rendre « durables » les apprentissages réalisés à l’école. La forme scolaire, indépendamment des enseignants qui y sont souvent contraints (voire formatés), impose ce découpage et le renforce. Les débats qui semblent difficiles dans l’écriture du socle (pour sa version opérationnalisée) en sont la preuve. Regardez par exemple le domaine 7 du socle, on y trouve la capacité « savoir nager » comme un des éléments de l’autonomie et l’initiative. On se demande comment les tenants de l’EPS ont réussi ce tour de force.

    Les crispations en Suisse, en Belgique et au Québec sur les réformes de l’enseignement sont révélatrices de ce changement radical qui tente de se faire… et qui est en débat. Malheureusement nombre des questionnements posés à ces réformes relèvent davantage de la conviction personnelle que de l’analyse de fond. De plus les fondements scientifiques en éducation (et dans d’autres disciplines) sont toujours difficiles à établir, même si on fait appel à des spécialistes de tel ou tel champ de recherche (cf les débats sur la lecture ou encore, mais dans un autre domaine, sur la mémoire de l’eau…)

    • Philippe Boulin on 23 décembre 2007 at 18 h 01 min
    • Répondre

    Bonsoir,

    Tout d’abord merci pour cette longue (et détaillée) réponse.

    Je pense avoir bien compris les attendus de ce que vous avez développé.

    Mais pour cette année scolaire ci et les suivantes, avec les restrictions budgétaires et le manque de formation et/ou de moyens, je me retrouve assez pessimiste sur la possibilité de "réussir" le B2i.

    Amicalement et bonnes fêtes

    Philippe Boulin, prof de technologie (33)

    • Philippe-Charles Nestel on 26 décembre 2007 at 15 h 17 min
    • Répondre

    Cher Bruno Devauchelle,

    Par delà notre différend sur les fondamentaux informatiques et la position nodale de l’éducation technologique en collège dans ce dispositif, je ne peux décidement pas non plus vous suivre dans votre vision du "découpage disciplinaire", ni dans votre argumentaire pédagogique sur l’oubli et le lien.

    Pour parler franchement, j’ai l’impression de lire du Alain Finkielkraut ou du Sauver les lettres à l’envers. Vos positions sont parfaitement antagoniques et pourtant vous procédez vous comme eux d’un même mode de raisonnement bâti sur du "ou exclusif".
    Loin d’être antinomiques, le découpage des disciplines et la capacité à créer du lien sont complémentaires.

    Regardez par exemple comment Tim Berners Lee a créé le web. Pour localiser les ressources par une URL, via le protocole http, afin de permettre des liens hypertextes sur lnternet, il s’est référé à leur positionnement dans une arborescence.

    Le paradigme de l’arborescence que l’on retrouve tout aussi bien dans la table des matières d’un codex, la démarche cartésienne qui consiste à décomposer chaque difficulté jusqu’au plus simple élement, les taxinomies, les classifications, etc, renvoie au découpage traditionnel et historique de l’école : en disciplines. Mais pour pouvoir créer du lien, à l’ère des hypertextes et des moteurs de recherche bâtis, non pas sur des mots clés, mais sur de l’indexation plein texte, il devient nécessaire de s’appuyer, au sein de l’école, sur ces deux paradigmes complémentaires.

    Quant à la mémorisation, si l’on tient compte bien sûr du fait que la mémoire est oublieuse, elle nécessite de plus en plus un équilibre à trouver entre l’écrit, la mémoire du corps, et nos environnements virtuels. Le copier/coller est tellement rapide, tellement facile, qu’il nécessite un passage obligé par l’écrit.

    Dans ce dispositif, toutes les disciplines sont complémentaires.

    La nouvelle donne qu’introduit l’ordinateur en réseau, c’est que tout un chacun peut désormais vérifier qu’il n’existe pas d’observateur omniscient et universel, la construction des savoirs est irrémédiablement locale et occasionnelle ; d’où l’absolue nécessité d’une pérennité des disciplines, sans lesquelles on ne pourrait plus rien lier.

    Sur le plan paradigmatique ce qu’introduisent le web, les réseaux P2P et autres Google, c’est la nécessité absolue, à côté des traditionnelles méthodes fondées sur les logiques de classification par segmentation arboresecente, de procéder par approches lexicales.

    Jusqu’à présent le corps enseignant, les documentalistes, les professeurs de lettres, etc, ont privilégié une approche sémantique que l’on peut résumer par le célèbre ouvrage de Georges Pérec : penser, classer. L’approche lexicale qui renvoie à des corpus occasionnels est l’une des réponses possibles pour apprendre à apprendre à l’ère du numérique, pour précisément créer des liens.

    Les membres du groupe Paragraphe de l’université de Paris 8 qui participèrent à une théorisation des hypertextes et des hypermedias, dans les années quatre-vingt, en correspondance avec Ted Nelson, avaient pris le paragraphe comme unité de sens.
    Ils avaient fait le pari qu’il était possible de relier des paragraphes appartenant à des documents qui ne relevaient pas des mêmes classifications, si l’on trouvait un certain nombre d’occurrences communes au sein de ces paragraphes, constituant ainsi de nouvelles unités de sens.

    C’est la démarche que j’utilise sur le terrain avec mes élèves.

    Un lexique, énonçait Yves Lecerf, énumère des formes de mots en face desquels il place des définitions. Il ne peut exister de définitions objectives (i.e. définitions ayant une validité indépendante du contexte). Un lexique doit donc se donner une base locale de définition en se référant à un groupe humain bien déterminé, ayant des dimensions limitées.
    C’est la seule méthode que j’ai trouvée avec mes élèves pour leur apprendre à faire des liens.

    De plus, chaque lexique est obligatoirement hypertexte. Il n’est pas possible au sein d’un corpus local (et chaque discipline use de sa propre langue de bois, de son propre métalangage) de donner une définition de l’une des entrées du lexique, sans faire appel à un moment ou un autre, aux autres définitions de ce même lexique…

    Voilà pourquoi je considère que l’approche lexicale est l’une des voies possibles pour apprendre aux élèves à gérer des liens entre les disciplines. Il est vrai, et je m’en excuse, que l’éducation technologique est au carrrefour de nombreuses disciplines.

    Cordialement Charlie

    • Bruno Devauchelle on 26 décembre 2007 at 16 h 56 min
    • Répondre

    Merci de votre message qui éclaire bien votre point de vue et me permet de mieux comprendre votre approche.
    Il me faudrait beaucoup de temps pour répondre sur le fond avec toutes les références que je voudrai convoquer. Cependant je me dois de mettre l’accent sur quelques éléments qu’un premier texte permet de signaler.
    Il me semble que votre raisonnement relève de la rationalité la plus traditionnelle. La structure arborescente est une représentation et qu’elle qu’en soit la popularité scientifique elle ne peut suffire l’explication.
    La rencontre dans les locaux de Paris 8 et pendant une année de Jacques Ardoino m’a amené à considérer l’idée de complexité comme pouvant éclairer notre incompréhension du monde. Cette pensée rejoint aussi celle d’Edgar Morin qui a tenté de la formaliser.
    Par ailleurs le travail pédagogique de recherche action que j’ai mené autour des travaux de Britt Mary Barth elle même en lien avec les travaux de Bruner et Vygotsky m’ont amené à réfléchir cette rationalisation dans la pratique. Or l’observation des élèves et des adultes dans ces situations révèle la difficulté d’une certaine rationalité pour permettre de faire du lien.
    Non je ne peux me suffire de l’hypertexte ou d’autres formes de mise en lien. Constatant le relatif échec du structuralisme, de Lévy Strauss à Noam Chomsky, je ne peux être d’accord avec votre approche.
    Cela fait plus de vingt années que j’explore avec intérêt la voie que vous indiquez. Je la trouve effectivement très intéressante et très opérationnelle (je l’ai utilisée jadis avec mes élèves) et je reconnais qu’elle est très attirante. Cependant j’en vois aussi les limites auxquelles j’ai souvent été confrontées. Jacques Ardoino nous invitait souvent à ne pas confondre complexe et compliqué. Son analyse m’a paru suffisamment pertinente pour que j’y porte une attention qui m’a amené à renoncer à la stricte acceptance des modèles rationnels.
    Je me sens malheureusement fort démuni pour aller plus loin dans mon analyse, il me faudrait, et je vous remercie de m’y inviter, une longue vie de méditation et d’observation pour enfin écrire ce qui me semble être la réponse (toute provisoire) que je souhaiterai vous faire. Je ne pourrais que simplement évoquer ici mon travail de réflexion spirituelle qui traverse aussi mon univers intellectuel. Enfin je voudrais vous dire ma déception de lire votre deuxième paragraphe. Mais je m’interdirai d’y répondre et je laisse les lecteurs libres de leur compréhension de ce propos. Merci encore de votre réponse qui permet de comprendre pourquoi nos conceptions sont si différentes bien au delà des enjeux, complexes, à mon avis, de l’avenir de l’enseignement de la technologie au collège. La parole, à la différence du langage, porte en elle une force d’humanité. Souhaitons qu’elle puisse continuer à vivre et que chacun des jeunes et des adultes que nous cotoyons puissent continuer de s’y autoriser Cordialement Bruno

    • Philippe-Charles Nestel on 27 décembre 2007 at 14 h 46 min
    • Répondre

    Bonjour Bruno,

    L’item du B2i : "Je m’interroge sur les résultats des traitements informatiques (calcul, représentation graphique, correcteur…)" illustre d’une certaine manière "le relatif échec du structuralisme, de Lévi-Strauss à Noam Chomsky", si l’on se réfère au document d’appui du CNDP : "L’item peut être validé pour tout élève qui met en œuvre des stratégies afin de déceler d’éventuelles erreurs dans les traitements informatiques (résultat d’un calcul, validité d’un graphique, d’une correction orthographique, d’une traduction automatique…).".

    Claude lévi-Strauss et Noam Chomski on bâti tous deux de brillantes théories sur l’existence d’invariants et de règles qui régissent les différences linguistiques, notamment pour rebondir sur l’item cité plus haut et plus, en ce qui concerne Chomsky : par une grammaire générative, capable de traduire automatiquement les langues. Ses détracteurs n’ont pas manqué de lui faire remarquer que "la chair est faible si l’esprit est subtil" fut traduit par un ordinateur dans une langue étrangère par "la viande est tendre si l’alcool est fort".

    Il m’arrive parfois pour valider cet item du B2i de demander aux élèves d’utiliser l’option "traduire cette page" de Google. La simple lecture surréaliste des traductions proposées permet à l’élève de déceler d’éventuelles erreurs dans la traduction automatique. Pour illustrer mon propos, je viens de taper le mot "cinerrela" (un logiciel libre de montage vidéo sous GNU/Linux) sur Google, puis j’ai cliqué sur "traduire cette page" ; ce qui a donné : "Cinerrela a deux fourchettes".

    Dans sa thèse de doctorat "Fondements épistémologiques de l’ethnométhodologie, Application à la logique, aux mathématiques et à l’informatique", Paul Loublière relate que "le gouvernement fédéral américain n’hésita pas à investir des sommes supérieures à celles nécessaires au fonctionnement de la NASA durant quinze ans" pour aboutir à des résultats toujours aussi décevants. La grammaire générative de Noam Chomsky déboucha, comme vous le dîtes : "sur le relatif échec du structuralisme".

    Yeosuah Bar-Hillel démontra, dans les années soixante, l’impossibilité de la construction de telles machines. Du fait de l’indexicalité, disait-il, les langues naturelles ne sont pas vraiment définies. Les significations des mots et expressions des langues naturelles ne peuvent pas faire l’objet de définitions universelles ; le sens dépend toujours du contexte. "Les indexicalités sont donc des polysémies infinies, assorties d’une large imprévisibilité des significations. C’est cette infinitude qui se trouve à la source du caractère irrémédiable du phénomène d’indexicalité" (Yves Lecerf, lexique ethnométhodologique).

    Et si je voulais créer un lien entre ce que l’ethnométhodologie qualifie de "caractère irrémédiable du phénomène de l’indexicalité" d’avec la complexité d’ Ardoino auquel vous vous référez, je dirais que c’est lorsqu’il parle d’imprévisibilité, définissant la complexité par ce qui est « irréductible à un modèle fini » ; ce qui me convient très bien.

    Cher Bruno, nous avons donc des points communs malgré nos cursus et parcours de vie différents.

    Mais si je ne suis pas un adepte du structuralisme, dois-je pour autant m’interdire de m’intéresser au paradigme de l’arborescence ? Pour reprendre vos catégories complexe/compliqué et en me référant à un texte d’Ardoino "La complexité en sciences de gestion" que l’on peut lire sur le web et où il énonce : "ce qui est compliqué peut et doit être simplifié" ; je dirais que l’arborescence relève du compliqué qui peut être simplifié.
    C’est la raison pour laquelle je demande à mes élèves de représenter une table des matières d’un ouvrage scolaire quelconque sous la forme d’une représentation arborescente.

    Apprendre à classer, hiérarchiser est aussi l’une des missions de l’école. L’usage d’outils numériques comme word peut se révéler des plus destructurants, surtout si l’utilisateur a appris à faire sa mise en page à la volée, ce qui produit des blocs de texte éparpillés dans les divers dispositifs de commande offerts (menus, barre d’outils). Et je ne parle pas de ce que la communauté du logiciel libre qualifie d’effet d’addiction que tout un chacun peut vérifier dans son entourage avec les utilisateurs de word qui éprouvent autant de difficultés à changer de suite bureautique qu’un fumeur à cesser de fumer !
    Séparer le fond et la forme est l’un des fondamentaux informatiques que l’on retrouve tout aussi bien dans des descripteurs de textes comme LaTeX, le CSS ou même l’usage d’un SPIP.
    OpenOffice.org, bien que certains lui prêtent le même défaut que word, permet néanmoins bien plus facilement de développer, avec l’outil Styles et formatage, une pédagogie structurante, fondée sur la séparation entre le fond et la forme : travail en texte brut, hiérarchisation des titres par niveaux, numérotation automatique des chapitres, édition d’une table des matières.

    L’ethnologue Robert Jaulin remit en cause la brillante théorie sur les liens de la parenté de Claude Levi-Strauss en ce que, rendu sur le terrain, il se rendit compte qu’elle faisait bien rire les indiens qui lui dirent que ça ne servait pas à se marier. Robert Jaulin est par ailleurs l’auteur du concept d’ethnocide.

    Je ne crois pas un seul instant que le modèle de l’arborescence soit universel et je partage votre avis : "la structure arborescente est une représentation et qu’elle qu’en soit la popularité scientifique elle ne peut suffire l’explication.". Il n’en demeure pas moins que c’est sur ce modèle que s’est bâtie, en France, la tradition scolaire, sur la simplification – pour reprendre le terme d’Ardoino – qui consiste à décomposer chaque difficulté jusqu’au plus simple élément.

    Aussi, je ne supporterai pas que les TIC, à un moment où l’école est fragilisée et ébranlée, participent d’un ethnocide des cultures scolaires, notamment l’enseignement des disciplines, malgré leurs dysfonctionnements. Le remède serait pire que le mal. C’est la raison pour laquelle je comprends les résistances de nombreux collègues qui n’enseignent pas la technologie, et souhaitent un retour aux fondamentaux : savoir lire, écrire et compter avec un retour à la laïcité.

    Ardoino, dans le texte que vous m’avez conduit à rechercher sur le net, dit, me semble-t-il, quelque chose de très juste, à propos des TIC et de la globalisation/mondialisation :

    "L’ouverture des frontières et la diminution des barrières douanières donnent une dimension internationale à la concurrence. De plus, l’avènement des TIC (Technologies de l’information et de la Communication), et à leur tête Internet, accélère les choses en facilitant l’accès et la diffusion de l’information. Les entreprises doivent désormais évoluer dans un environnement perçu complexe où imprévisibilité rime avec incertitude.".
    Réf : http://www.lsis.org/~estratatm/c...

    Le constat qu’opère Ardoino dans son article sur la complexité en sciences de gestion, peut également s’appliquer à l’école.

    Lorsqu’on demande aux élèves de rechercher des données sur le net, ils ne sont plus confrontés à un nombre réduit de propositions mais à de multiples acceptions, si l’on élimine celles qui pourraient être considérées comme erronées, d’une même notion. Plus que jamais, la capacité à faire des synthèses devient nécessaire. Le travail du profes
    seur de Lettres, même s’il n’utilise pas les TIC, devient à ce moment là indispensable au professeur de technologie. Dans le même temps, le cours de technologie devient indispensable.

    L’objectif n’est pas d’apprendre à se servir des outils mais de comprendre un certain nombre de fondamentaux informatiques qui permettront à l’élève d’être mieux armé pour affronter l’incertitude dont Karl Popper dans son playdoyer pour l’indéterminisme nous ouvre la voie.

    En toute amitié, Charlie

    • Bruno Devauchelle on 28 décembre 2007 at 18 h 22 min
    • Répondre

    Cher ami et débatteur

    J’apprécie à sa juste valeur la qualité de votre réponse et surtout l’effort intellectuel qu’il propose à son lecteur. Cela devient trop rare dans notre quotidien pour que je ne me prive du plaisir mais aussi de l’effort de reprendre quelques points de notre échange et de tenter d’avancer dans ma réflexion.

    Je rapproche trois passages de votre message qui me paraîssent particulièrement significatif du problème dont nous débattons.
     » – Apprendre à classer, hiérarchiser est aussi l’une des missions de l’école.
    – Séparer le fond et la forme est l’un des fondamentaux informatiques
    – L’objectif n’est pas d’apprendre à se servir des outils mais de comprendre un certain nombre de fondamentaux informatiques qui permettront à l’élève d’être mieux armé pour affronter l’incertitude dont Karl Popper dans son playdoyer pour l’indéterminisme nous ouvre la voie. »

    Vous pourrez à juste titre me reprocher d’extraire ces passage de leur contexte, mais il me semble qu’ils ont en commun des éléments de la pensée que vous exprimez.

    Je comprends d’autant mieux la nécessité de poser ce que vous appelez des « fondamentaux » (dont je reparlerai plus loin) que c’est souvent ce que l’on cache pour aliéner les usagers. Cependant séparer le fond et la forme est pour moi un « artifice » au sens scientifique du terme, c’est à dire une construction opérationnel et représentative d’un univers mais en aucun cas une réalité. Les sciences cognitives en essayant de nous faire comprendre le fonctionnement du cerveau en témoignent régulièrement (cf les travaux de Prochiantz, Peschanski, Dehaenne, Houdé…). C’est justement parce que le fond et la forme sont imbriqués que l’esprit humain est complexe et pas seulement compliqué. Jacques Ardoino montre que ce qui est compliqué peut-être expliqué, mais que faire du complexe : il propose alors l’approche holisitique et multiréférentielle. Autrement dit au lieu de continuer de tenter de découper l’objet en tranche fines (grammatiser dirait Stiegler, je crois) il propose de le regarder de plusieurs lieux scientifiques (ou non) différents. Autrement dit le passage du compliqué au complexe supposerait de s’atteler à rendre possible la compréhension transdisciplinaire des phénonmènes observés.

    Toutefois et pour reprendre mon propos de base, les apprentissages que vous qualifiez de fondamentaux sont ceux que j’appelle les « objets de mémorisation » (savoirs, procédures, schèmas…) qui n’ont pas d’existence en soi mais qu’en contexte. Cependant il faut bien les acquérir, c’est à dire les intérioriser pour les opérationnaliser en contexte. Car là est le problème des apprentissages fondamentaux et des découpages disciplinaires pour moi, c’est qu’ils otent le contexte sous prétexte d’apprentissage. Ce que je peux comprendre pour l’acquisition très ponctuelle d’objets de mémorisation ne dois cependant jamais être totalement décontextualisé. J’appuie mes convictions aussi sur les travaux de Claude Bastien sur la connaissance et sur la place des contextes.

    Pour reprendre votre conclusion, je dirai que pour affronter l’incertitude, on ne peut se suffire de certitudes (et pourtant elles sont essentielles et rendent possible une certaine libération). Or c’est ce que je crains dans certaines approches didactiques (parfois éloignées des travaux scientifiques, si j’en juge de très récents travaux sur l’enseignement des sciences).

    Je crois que nous mettons le doigt sur le délicat passage des apprentissages fondamentaux (si je ne trahis pas votre langage) aux apprenitssages complexe. Ce passage a été particulièrement bien pointé par Bernard Rey dans l’ouvrage sur « les compétences à l’école » (De Boeck 2006) à propos de la réforme de l’enseignement en Belgique francophone.

    A suivre bien sûr, en toute cordialité

    Bruno Devauchelle

  3. Bonjour,

    Evidemment après un tel niveau de débat il vaudrait mieux laisser planer un silence méditatif ; ) …

    J’anime régulièrement des réunions de coordinateurs B2I de collège et de lycées, et quand les équipes de pilotage ne parviennent pas à faire du B2I un dispositif transdisciplinaire je vais animer des concertations d’enseignants dans les établissements.

    Philippe Boulin soulevait la question de l’acquisition des compétences et avait pris en exemple le courrier électronique. J’adhère à ta réponse, Bruno, (comme d’habitude) et les développements qu’elle a amenée étaient très intéressants à lire. Je voudrais retourner cette question (sincèrement je précise, je ne veux pas gâcher la fin de l’année à qui que ce soit) vers ceux qui partagent les doutes de Philippe, en conservant son exemple.
    Mon but est ici de mieux comprendre le point de vue de ceux qui connaissent bien la réalité du terrain et/ou des programmes et continuent de se demander qui dans le système actuel est sensé apporter aux élèves les connaissances liées au B2I. Personnellement j’apportais en 2007 3 réponses :

    Pour certains items je pense comme Evelyne Vincent plus haut (coucou Evelyne) et également après avoir observé mes enfants et leurs amis, (non, ils ne sont pas tous fils de profs), qu’étant donné la convivialité actuelle des logiciels et le bon niveau d’utilisation de certains élèves, il est parfois suffisant de vérifier si les élèves ont tous eu l’occasion d’acquérir le savoir-faire (par exemple « je sais ouvrir et enregistrer un fichier joint à un message »), et de cibler l’aide vers ceux qui en ont besoin. Ma 1ère question est : pensez-vous vraiment que pour ce genre de compétences il soit préférable de conserver le traditionnel « référentiel/explication/exercices/évaluation », qui a l’avantage d’être complet et systématique, mais ne laisse pas beaucoup de place à l’ implication des élèves dans leurs propres apprentissages, et lasse ceux d’entre eux qui n’en avaient pas besoin…
    N’est-il pas suffisant pour cet item de laisser notre professeur d’anglais
    – mettre les élèves en situation réelle de réception de messages avec pièces jointes,
    – et observer comment ils s’en sortent pour compléter leurs connaissances si besoin ?

    Pour d’autres compétences plus complexes, il me paraît par contre nécessaire de laisser à chaque professeur sa spécialité. Et dans le B2I, la place de la technologie et des documentalistes est effectivement importante. Il est effectivement rassurant pour tout le monde de savoir que si le professeur de langue repère un élève qui maîtrise mal cette compétence, il peut le diriger vers son professeur de technologie plutôt que de lui apporter une formation « approximative ».
    Ici, ce que je comprends mal, c’est pourquoi certains professeurs de technologie disent que le courrier électronique par exemple n’est plus dans leur programme. Est-ce que dans les programmes de 2005 ne sont pas mentionnées dans les compétences à faire acquérir notamment : « Composer et présenter un document numérique (message, texte mis en page, schéma, composition graphique), le communiquer à un destinataire par des moyens électroniques…etc ». ? Est-ce qu’on ne retrouve pas là les items tels qu’envoyer ou publier un message avec pièce jointe ?

    Troisième groupe d’items, les compétences qui visent une attitude critique. Elles me paraissent pour le coup réellement transdisciplinaires. Ne parle-t-on pas d’attitudes, que l’on peut acquérir dans différents contextes, comme on acquiert l’habitude de bien ranger ses affaires ou d’adapter son langage à l’interlocuteur ? Un professeur de langues vivantes qui utilise la communication électronique dans sa discipline n’a-t-il pas intérêt à vérifier que les élèves « réfléchissent aux lecteurs possibles en fonction de l’outil utilisé» ? Ne peut-on pas le laisser décider, en accord avec son équipe pédagogique, que cette année il s’occupera de parler de ça avec les élèves de telle classe, pour leur faire acquérir de bons réflexes en matière de communication ? Là ce n’est plus l’informatique en tant qu’objet d’apprentissage qui est concerné, Internet est un instrument au travers duquel l’élève apprend la communication à distance. Quelques conclusions personnelles issues notamment du témoignage de formateurs qui animent des stages établissements sur le B2I : les professeurs qui n’enseignent pas la technologie acceptent de travailler cette compétence ou de vérifier son acquisition soit parce qu’ ils voient le lien avec leurs objectifs pédagogiques (disciplinaires ou non…), soit parce qu’ils savent qu’il est important que quelqu’un dans la communauté veille à ce que les élèves soient conscients de ce qu’ils font notamment quand ils publient sur un blog ou un forum. Certains enseignants sont même plutôt contents de pouvoir, grâce à quelques informations apportées par un formateur, un collègue, une lecture, participer à cette éducation du sens critique.

    Il faut pour ça évidemment des temps pour recevoir ces informations, y réfléchir et échanger en présence de « personnes ressource ». Ma conclusion est donc aussi, mais ce n’est pas original :
    – que des heures de concertation doivent être prévues, organisées et animées (personne n’apprécie de perdre son temps en réunions stériles)
    – et que le coordinateur, s’il a un rôle déterminant (notamment de personne ressource), ne peut pas donner l’impulsion à la place du chef d’établissement.

    Enfin sur le sujet que tu évoquais, Bruno, du suivi des résultats, à Poitiers où nous prenons nos mesures grâce à GIBII et sur tous les établissements (privés sous contrat comme publics) nous atteignons péniblement 38 % d’élèves de 3ème ayant quitté le collège avec le B2I collège en juin 2007, contre 36 % l’année précédente (le changement de référentiel a cassé la progression, mais le nombre d’élèves ayant une feuille de position entamée progresse plus nettement d’année en année). Il est perturbant en effet de ne plus avoir de repères nationaux, mais restons prudents sur l’importance accordée à ces chiffres, qui ne distinguent pas les compétences apportées et vérifiées des compétences trop généreusement validées.

    Je sais aussi que certaines personnes au ministère regrettent comme nous le choix qui a été fait d’introduire aussi brutalement le B2I dans le brevet, et font comme nous de leur mieux pour que personne n’oublie au passage les vrais enjeux…

    Merci en tous cas pour ces témoignages intéressants et pour la précision de l’enquête PAGESTEC.

    Amicalement

    Chantal Bernard

    • Philippe Boulin on 6 janvier 2008 at 19 h 21 min
    • Répondre

    Bonjour,

    Je voudrais réagir au post de Chantal Bernard.

    Il est exact que dans le programme de 6ème de 2005, on peut utiliser la messagerie, mais ça n’a rien d’obligatoire. Dans le programme de 4ème de 1995, c’est obligatoire ! Dans le programme de 6ème, le professeur peut aussi se contenter de faire comme le professeur de langue, c’est à dire se limiter à une utilisation très basique, aucune théorie. Sera-ce suffisant pour valider le B2i ?

    D’autre part, dans votre message, la technologie pourrait devenir la matière qui amènera les connaissances manquantes, et à la demande des autres professeurs. Quid alors du programme et de la progression prévue par le professeur de technologie dans sa matière ?

    Enfin, j’adhère complètement lorsqu’on parle de formation. Mais elle est bien rare, hélas.

    Amicalement

    Philippe Boulin, professeur de technologie

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