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rédigé le 28th décembre, 2012

Inflation de logiciels de création de cours, de supports d’enseignement…

Produire des supports d’enseignement, ou au moins des supports d’information et de communication à des fins éducatives s’inscrit dans une logique plus large de production assistée par ordinateur. Du traitement de texte au logiciel de montage vidéo, en passant par les logiciels de photo et autres, la possibilité de produire des ressources de toutes natures est une des potentialités essentielle des ordinateurs. Que ce soit en programmant ou simplement en assemblant des « objets » ou encore en organisant des informations de sources variées, concevoir des ressources est de plus en plus facile. Logique donc que le monde scolaire s’en empare dans la suite de ce qui dans le temps s’appelait « logiciels auteurs » permettant de concevoir des logiciels d’enseignement assistés par ordinateur (EAO)

La multiplication récente de solutions de créations de cours, surtout destinés à être mis en ligne mérite réflexion. Il semble tout d’abord que ces produits s’adressent prioritairement à l’enseignement supérieur. En effet les institutions supports de ces projets logiciels sont surtout des universités d’Amérique du nord comme le MIT ou Stanford. A celles-ci s’ajoutent les sociétés dominantes dans ce domaine comme Apple ou Google qui proposent leurs propres solutions et aussi leurs plateformes de diffusion comme itunesU. (quelques logiciels : Edx, Class2go, iTunesU generator, ibook author, google class…)

Dans le cadre des pédagogies de projet, faire produire par les élèves, les étudiants des ressources (poster, diaporama, sites web, blogs etc…) dans le cadre de l’apprentissage est devenu un travail qui se banalise au fur et à mesure que les outils se démocratisent. Entre écrire des lignes de langage informatique et assembler des informations sur une page avec des liens et des animations, il y a des exigences de maîtrise bien différentes qui se sont allégées au cours du temps. Il est possible aujourd’hui, sans connaissance avancée de l’informatique, de produire des ressources et de les mettre à disposition de tous (ou presque). On ne compte plus le nombre d’applications sur tablettes (iOS et Androïd) qui désormais offrent des possibilités presque identiques à celles de logiciels comme Didapages sur PC.

La multiplication de ces produits sera-t-elle suivie de productions de plus en plus nombreuses ? On peut le penser, mais cela n’est pas sûr. Surgit là une énigme récurrente : les enseignants ne produisent que rarement leurs ressources multimédia interactives numériques. Même si d’aucuns l’ont espéré, faire des enseignants des concepteurs réalisateurs de ressources, de supports reste encore quelque chose de rare. même si la présentation assistée par ordinateur a révélé qu’ils pouvaient progresser dans ce domaine, on est encore loin de produits plus élaborés et surtout de produits pouvant amener ceux qui apprennent à travailler en autonomie avec la machine, sans pour autant avoir leur enseignant à proximité.

En fait la conception de supports multimédia interactifs suppose un travail bien plus important qu’on ne le pense et demande un investissement fort. Considérons par exemple le formidable travail de Yann Houry avec son manuel de quatrième en Français, conçu avec iBooks Author. La qualité de cette réalisation est incontestable et doit faire réfléchir nombre d’éditeurs… de manuels scolaires. D’une part les outils sont disponibles, d’autre part les savoirs faire nécessaires à leur utilisation ne sont pas encore suffisamment développés pour que ces pratiques se généralisent, mais déjà on voit surgir des produits dans certaines salles de classe venus de la simple initiative d’un enseignant, de groupes d’élèves ou des deux.

L’un des enjeux sous-jacents à cette évolution est le changement progressif du métier d’enseignant. La tradition de l’enseignant applicateur de textes et de livres que lui confie l’autorité supérieure est en lente disparition, ou au moins transformation. Les duplicateurs à alcool, stencils, puis photocopieurs et autres imprimantes laser personnelles ont mis le pied à l’étrier de nombreux producteurs de ressources (parfois de simples copiés-collés, certes). Avec l’arrivée de l’ordinateur à la maison, ces productions se sont enrichies, mécanisées et certains ont déjà en stock un nombre impressionnant de supports ressources qu’ils organisent progressivement d’année en année. Le temps du passage au support multimédia interactif pourrait bien commencer à émerger. Malheureusement le statut de l’enseignant ne facilite pas les choses et son travail devrait s’organiser autrement pour passer à cette étape. La seule piste actuellement jouable serait celle de la mutualisation des ressources et plus encore le partage en équipe des charges de travail trop souvent individuelles.

Pour ce faire, et c’est peut-être paradoxal, l’ordinateur individuel pourrait rendre plus collectif. Les communautés d’enseignants en ligne ont montré le chemin depuis de nombreuses années, mais ont difficilement amené à une transformation du métier. Même si le ministre encourage la mutualisation, il faut, derrière cela, une culture qui n’est pas aussi présente que cela dans les établissements. Pourtant des exemples de productions collectives de ressources existent au sein de certaines équipes enseignantes, amenant à des pratiques mutualistes nouvelles. Au delà d’une nouvelle culture enseignante qui pourrait faire l’objet d’un travail en formation initiales (apprend-on par exemple aux futurs enseignants à travailler au CDI avec leurs élèves en collaboration avec l’enseignant documentaliste – devenu partenaire et non pas prestataire de service, apprend-on à enseigner plusieurs enseignants en même temps avec des groupes d’élèves rassemblés et gérés collectivement dans un projet transdisciplinaire ?), il y a la représentation du métier. Or celle-ci est marquée par un fort individualisme renforcé par l’organisation scolaire et surtout la reconnaissance professionnelle qui va du concours, où l’on se retrouve d’abord en concurrence avec de futur collègue, à l’affectation en établissement qui relève d’un processus fort éloigné des dynamiques collectives que pourraient souhaiter certains et qui est essentiellement basé sur l’individu seul.

Le développement du numérique, parce qu’il offre de nouvelles possibilités d’organisation du métier et des tâches pourrait bien être une opportunité à saisir. L’exemple des logiciels de production de ressources, voire même des stratégies d’enseignement inversé ou Mooc, pourrait bien indiquer un changement plus important qui serait basé sur une recomposition du métier d’enseignant basé autour de plusieurs axes clés : production, partage, participation, mutualisation, accompagnement, structuration, guidance, apprenance… bref un métier qui pourrait bien être totalement nouveau dans les années à venir… mais pour l’instant l’institution résiste…

A suivre et à débattre

BD

5 comments to Inflation de logiciels de création de cours, de supports d’enseignement…

  • […] Inflation de logiciels de création de cours, de supports d’enseignement… […]

  • google class ? ca n’est pas plutôt à google course builder http://goo.gl/hZ589 que vous pensez ?

    • admin

      Effectivement c’est le nom précis, mais il me semble me souvenir que ce nom, class, était apparu au début, mais comme cela remonte à quelques mois… cela peut être effectivement une erreur de prise de note

  • […] Inflation de logiciels de création de cours, de supports d’enseignement… […]

  • Gilles Landrevie

    Excellent article qui met en avant une idée mise en oeuvre depuis longtemps dans les organisations dynamiques : la « mutualisation des ressources et plus encore le partage en équipe des charges de travail trop souvent individuelles ».

    Mais pour çà il faudrait un management moderne du système. Les réseaux informatiques ne suffisent pas. Il faut inculquer une culture de mutualisation, des méthodes de travail en groupe avec des objectifs cohérents et des obligations de résultat (organisation matricielle, projets, assurance qualité, etc).

    Par expérience, je pense que la productivité pourrait augmenter de 20 à 30 % en cinq ans…les profs, les manageurs et bien sûr les élèves y trouveraient leur compte.

    Mais « l’institution résiste » à cause notamment des individualismes, du corporatisme, et peut-être d’un manque de détermination au plus haut niveau…

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