Lutter contre le plagiat ou favoriser la collaboration ?

La récente médiatisation de l’acquisition par l’université lyonnaise d’un logiciel pour lutter contre le plagiat est une bonne nouvelle. Il est clair que ce type de pratique, qui n’est pas vraiment nouvelle (elle existait sans Internet, ne l’oublions jamais), se trouve désormais repérable. D’ailleurs peu de temps auparavant une telle pratique avait été repérée dans une grande école lyonnaise elle aussi de la part d’un étudiant qui avait cru qu’une langue étrangère lui éviterait d’être repéré… Mais la vigilance d’un enseignant qui a simplement repéré des irrégularités dans le style et le niveau d’expression a éveillé ses doutes et l’a amené à faire une recherche manuelle à partir de passages sélectionnés comme douteux. Utilisant un site (comme http://www.plagiarism.org/) il a pu rapidement trouver les outils qui lui ont confirmé ses interrogations.

Ce qui est intéressant c’est ce qui suit la découverte du plagiat. En l’occurence il a été demandé à l’étudiant de recommencer intégralement son travail et de le soumettre en cours d’écriture à ses enseignants. Autrement dit, les enseignants ont pris conscience que désormais le suivi du processus est aussi important que l’analyse du produit. D’ailleurs c’est ce que l’on observe dans certaines conduites de thèses. Celles-ci sont présentés quand la maturation est aboutie et non pas quand les pages sont remplies… ce qui n’est pas sans causer des sueurs froides à l’auteur…

Ainsi la possibilité plus aisée du plagiat est en train de provoquer de la part des enseignants une autre façon de suivre le travail des étudiants (du moins peut-on l’espérer). Mais si l’usage des TIC a rendu aisé le copier collé si souvent fustigé par des enseignants qui parfois y on recours eux-même (mettez vous devant un photocopieur d’établissement scolaire et vous comprendrez), il aussi généré de nouvelles pratiques qui pourraient aussi interroger les pratiques : la collaboration entre élèves, entre étudiants. Il suffit de se trouver avec un jeune qui rentre de sa journée au lycée et qui devant sont ordinateur utilise la messagerie instantanée avec ses collègues de classe pour se rendre compte de l’ampleur prise par ces pratiques.

Ne fustigeons pas tous les élèves en disant qu’ils se copient les uns les autres, même s’il est vrai que certains y ont recours. Observons au contraire cette technique très sophistiquée d’apprentissage collaboratif que mettent en place ces élèves qui font leurs devoirs à la maison en utilisant la messagerie instantanée pour s’aider à comprendre. Ils exposent leur travail, demandent des avis, discutent des réponses à fournir et se donnent des trucs et astuces pour mieux comprendre. Il nous faut désormais envisager de passer du « il est interdit de copier » au « il est obligatoire de collaborer ». Malheureusement la culture enseignante n’est pas encore suffisamment envahie par ces pratiques pour qu’elles soient intégrées aux dispositifs d’enseignement dans le milieu scolaire. Trop souvent encore, nous gardons au fond de nous l’image de « l’apprenant solitaire ». Cette impression que l’apprentissage est une aventure solitaire est une illusion. Si effectivement le sujet est seul face à ses connaissances, il est toujours en interaction quand il les construit (cf Vigotski).

Plusieurs ouvrages sont récemment parus sur la coopération et la collaboration comme modalité pédagogique particulièrement adaptée dans le cadre des apprentissages basés sur les TIC et la distance. D’autres ouvrages plus anciens nous montraient l’intérêt des équipes et du travail de groupe. Les élèves n’attendent pas qu’on leur donne le mode d’emploi, ils le font. Alors profitons-en pour que cela soit aussi une compétence de plus qu’ils utilisent dans leurs études

A débattre comme d’habitude

Bruno Devauchelle

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(1 commentaire)

4 pings

  1. Bonjour, votre analyse rejoint en tous points la mienne : évaluer le processus plutôt que le produit final, intégrer cette évaluation du processus dans le cadre du travail collaboratif sont des stratégies gagnantes tant pour les étudiants que pour leurs enseignants. Je fais régulièrement des présentations sur le plagiat électronique et c’est exactement le message que je transmets. Merci !

  1. […] "Plusieurs ouvrages sont récemment parus sur la coopération et la collaboration comme modalité pédagogique particulièrement adaptée dans le cadre des apprentissages basés sur les TIC et la distance. Les élèves n’attendent pas qu’on leur donne le mode d’emploi, ils le font. Alors profitons-en pour que cela soit aussi une compétence de plus qu’ils utilisent dans leurs études"  […]

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  3. […] Ne fustigeons pas tous les élèves en disant qu’ils se copient les uns les autres, même s’il est vrai que certains y ont recours. Observons au contraire cette technique très sophistiquée d’apprentissage collaboratif que mettent en place ces élèves qui font leurs devoirs à la maison en utilisant la messagerie instantanée pour s’aider à comprendre. Ils exposent leur travail, demandent des avis, discutent des réponses à fournir et se donnent des trucs et astuces pour mieux comprendre. Il nous faut désormais envisager de passer du « il est interdit de copier » au « il est obligatoire de collaborer ».  […]

  4. […] est étonnant de voir que nous associons très souvent coopération à collaboration et vice-versa. Lutter contre le plagiat ou favoriser la collaboration. La récente médiatisation de l’acquisition par l’université lyonnaise d’un logiciel pour […]

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