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rédigé le 24th septembre, 2012

La passion permet-elle de développer des compétences TIC ?

Il vous est peut-être arrivé de croiser un jeune passionné par un thème, un sujet, parfois exotique, parfois commun. Peut-être êtes vous aussi personnellement passionné. Or pour « assouvir » sa passion, il faut mettre en oeuvre des compétences, parfois de haut niveau non seulement dans le domaine de sa passion, mais aussi « autour » c’est à dire des compétences du type gestion d’une base de connaissances, accès à l’information, participation à des groupes de discussion, construction de pages web ou de blogs etc…
. Il arrive assez souvent que les passions ne rentrent pas, en particulier pour les plus jeunes, dans les cadres institués soit par la famille, soit par l’école, soit même par l’entourage relationnel. Voir le fils d’un meunier devenir égyptologue dont la passion s’est exprimée dès l’âge de 12 ans et perdure toute la vie en est une illustration. Voir un fils d’enseignant de lettres se passionner pour la conception graphique numérique en trois dimensions de véhicules et ensuite travailler dans les métiers du bâtiment en utilisant certaines compétences de cette passion (pourtant souvent partiellement abandonné vers l’âge adulte) relève aussi de ce type de questionnement. Mais ces comportements, avec ou sans ordinateur n’ont jamais cessé de questionner les éducateurs. Or il se trouve que l’on entend souvent que lorsque l’on fait travailler les jeunes avec un ordinateur ils sont plus motivés. Ce propos qui peut paraître banal, tant il apparaît dans les récits des enseignants eux aussi motivés par les TIC, doit cependant être modulé. S’ils sont motivés pas l’outil est-ce pour autant qu’ils sont motivés pour les objets d’apprentissage qu’ils soient académiques ou non.

Internet et plus généralement les outils numériques ouvrent des possibles très importants pour ceux qui veulent s’en emparer et développer leurs connaissances pour des objets variés. On peut, pour commencer, distinguer quatre niveaux d’implication d’une personne par rapport à un objet d’investigation : la curiosité, l’intérêt, la passion, l’addiction. Ces quatre niveaux ne prétendent à aucune scientificité mais à une simple approche empirique.

- La curiosité est une base d’ouverture vers les objets que l’on ne connait pas ou peu. Avant même d’avoir un objet précis, la curiosité est un état d’esprit. Il semble bien que la plupart des petits enfants disposent de cette curiosité qui se traduit par l’envie de toucher, de voir, de savoir (pourquoi). Cette curiosité est souvent éphémère mais elle dénote chez l’enfant une aptitude à saisir dans son environnement des éléments qui peuvent susciter son attention. Attention, les spécialistes de la communication, en particulier commerciale savent jouer de cette curiosité pour distraire. Cette particularité de la curiosité prouve sa faiblesse et le risque d’abandon très élevé si l’on reste à ce stade. Cependant oublier la curiosité c’est courir le risque de restreindre son champ d’investigation. Entre le jeune qui clique partout sur l’écran et celui qui se limite uniquement à ce qu’il connait déjà, il y aune large palette de comportements possibles

- L’intérêt se situe dans une implication beaucoup plus forte et suppose des choix. On peut observer l’intérêt par la durée que l’enfant est capable de mettre sur tel ou tel objet. Devant l’ordinateur, celui qui a un intérêt est capable de bien diriger son action et d’éviter les pièges des marchands ou tout simplement de la sérendipité. L’intérêt amène un jeune à s’investir suffisamment longtemps pour atteindre un résultat tangible et montrable à d’autres. Susciter l’intérêt est souvent à la base du métier de l’enseignant qui doit amener les jeunes sur des terrains aussi différents tout au long de l’année. Entre les dix disciplines du collège et la centaine de sujet à aborder, toutes matières confondues, l’élève est confronté à sa curiosité, mais il doit faire preuve d’intérêt. Si parfois il sélectionne les matières, il lui arrive aussi d’éteindre complètement aussi bien la curiosité que l’intérêt. Quand vous menez une recherche d’information qui ne donne pas les résultats escomptés, même si vous avez fait n’importe quoi, il est courant que soit vous renonciez simplement, soit vous abandonniez votre esprit critique et vous satisfaisiez de réponses insuffisantes…  L’intérêt se rapproche de la volition qui est le maintien de la motivation. Il arrive parfois que certains jeunes parviennent parfaitement à gérer cet intérêt en en comprenant le sens. Pas seulement le sens du contenu mais le sens du système (scolaire par exemple) dans lequel on doit faire preuve d’intérêt.

- La passion est une énigme pour l’éducateur. Elle semble occuper de façon majoritaire l’esprit du jeune passionné (ou de l’adulte bien sûr). Elle occupe beaucoup de son temps et exclut nombre d’autres centres d’intérêts. Or les adultes qui entourent un jeune passionnés ont l’impression d’être parfois étrangers et contestent même cette passion en la considérant comme soit une addiction, soit comme un détournement de ce qu’il est normal de faire (Billy Elliot je jeune qui voulait devenir danseur en est une illustration cinématographique convaincante). Ce jeune de CM2 passionné des oiseaux de l’arctique et de l’antarctique avait ainsi développé toute une activité sur Internet autour de cette passion. Occupant la majorité de son temps libre, cette passion, qui n’avait pas droit de cité dans l’univers scolaire, était canalisée par lui même ce qui lui laissait de la liberté pour sa passion. Il avait compris qu’il fallait donner des gages au monde adulte pour le satisfaire et s’il voulait être tranquille. Malheureusement les passions peuvent aussi avoir des effets complexes dans des milieux où elles sont accompagnées de manière conflictuelle. La force de résilience d’un jeune n’est pas égale pour chacun. Le numérique peut déclencher des passions (les geeks par exemple), mais il peut aussi être un vecteur des passions et un amplificateur des passions.

- L’addiction, toujours en débat lorsque l’on parle du numérique, est pourtant une vraie question, surtout lorsqu’un jeune se désocialise. C’est ce passage de la vie sociale à l’isolement qui est le signe d’un basculement dont il faut s’inquiéter. A partir du moment où plus aucune parole de proximité n’est possible, alors on peut questionner cela. Le numérique en soit ne rend pas addicte. Il est simplement, comme d’autres objets d’addiction, un moyen au service d’une construction personnelle. La distinction entre la passion et l’addiction est difficile à admettre, dans un sens comme dans l’autre. Les médias ont largement survalorisé les addictions pour en faire un vecteur de critique du numérique (la grande peur). Les adultes craignent cela d’autant plus que ces comportements sont souvent des troubles à l’équilibre familial, sorte de miroir déformant de la difficulté à éduquer.

Cette approche qui peut semble un contournement par rapport au titre de ce message est là pour poser un cadre d’analyse. En effet, nombreux sont les jeunes qui à partir d’une simple curiosité sont capable d’aller chercher ce dont ils ont besoin, pour peu qu’ils passent à l’intérêt voire la passion. Si l’on analyse les activités de ces jeunes passionnés, on s’aperçoit que leur passion les « oblige » à développer des compétences annexes qui vont leur permettre de développer des compétences centrales de leur objet de passion. Il suffit parfois d’écoute le récit de vie d’une personne dont on sent qu’elle est intéressée par ce qu’elle a vécu. On découvre alors que le moteur de compétences a été cette possibilité de passer de la curiosité à l’intérêt puis éventuellement à la passion (il y a plusieurs niveaux). Les écrans sont considérés, souvent, comme des freins et non pas des stimulants. Il est vrai que l’objet technique écran, de télévision ou d’ordinateur, est potentiellement déroutant par rapport à un livre comme objet technique, il suscite davantage une curiosité pouvant être une distraction. A l’inverse le livre est enfermant isolant de par sa totalité comprise entre toutes ces pages numérotées et à lire dans l’ordre prescrit… (mais pas toujours) et jusqu’à la fin. En d’autres termes avec les écrans la passion est plus difficile à maintenir à cause de la concurrence (sérendipité, liens hypertextes, zapping etc..) alors qu’avec le livre, elle est davantage contenue, mais elle est plus limitée, plus finie.

Ce que le numérique révèle c’est un potentiel pour assouvir la curiosité, l’intérêt et la passion jamais égalé. Malheureusement les études sur le rapport que les jeunes entretiennent avec l’intérêt d’apprendre à l’école montrent que nombre de jeunes l’abandonnent totalement (ceux dont on parle le plus) ou partiellement (ceux qui sont les plus nombreux). Si devant les écrans ils apparaissent comme motivés à leurs enseignants, c’est peut-être qu’il y a là un gisement d’exploration nouveau qu’il faudrait peut-être éviter d’enfermer dans le scolairement correct. Malheureusement l’idéologie de l’effort et de la souffrance pour l’apprentissage est encore tellement présente que l’idée d’une passion qui fasse plaisir, alors qu’elle demande des investissements, des engagements personnels très importants, a encore peu droit de cité dans les modèles éducatifs contemporains qu’ils soient familiaux ou scolaires. Le numérique ouvre de nouvelles voies, encore faudra-t-il réfléchir à ne pas les assécher ou ne pas les normaliser…

A suivre et à débattre

BD

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