Juin 29 2012

Savoir où donner de la tête ?

Dans les établissements scolaires, les attraits de l’information et de la communication provoquent des débats. Enseignants d’une part, élèves d’autre part, chacun est sollicité par la variété et le nombre de moyens techniques, mais aussi de contenus. Tout cela invite à réfléchir aux priorités et demande de « savoir où donner de la tête ».
De l’intérieur vers l’extérieur et inversement, les propositions sont multiples et variées, mais il peut arriver que cela tourne à la saturation D’une part il faut se faire connaître et communiquer : réseaux sociaux, sites web, ent, et autres mail. La multiplication des propositions confine bientôt à l’embouteillage…
D’autre part il faut organiser les sources d’information dont a besoin l’établissement et chacun de ses membres, professeurs, élèves, personnels…. Là encore la profusion de sources et de moyens de recherche et de veille comme les fils RSS, les réseaux sociaux (encore), les outils de curations, les logiciels de veille etc… donne le vertige et nécessite de plus en plus de connaissances. Enfin, il faut aussi développer une dynamique interne de circulation de l’information et de la communication qui aide réellement chacun dans son travail et qui rende vivant le réseau social (toujours) interne de l’établissement. Et cette circulation interne ne peut être vue et pensées sans référer aux deux autres en termes de continuité et de complémentarité.

La difficulté pour les responsables des établissements, tout comme pour chacun des acteurs est d’y voir clair et de s’y retrouver, d’autant plus que les modes, le plus souvent basées sur l’emploi de termes et expression au goût de nouveauté, se succèdent rapidement sans permettre d’y voir clair. Parmi celles-ci on peut y trouver les termes de « réseaux sociaux », de « web sémantique », de co-design », de « e-learning » etc…. sans compter les objets techniques, matériels et logiciels qui viennent compléter le tableau. Entre prise de distance nécessaire et importance stratégique d’être présent dans cet univers à un moment donné, il y a de quoi se questionner et débattre. L’inflation progressive de tous ces éléments incite à proposer une véritable réflexion méthodologique, stratégique et aussi philosophique. Faire face, ce n’est pas se plier ou refuser, c’est comprendre et développer un ensemble de démarches qui vont permettre de se situer : recherche d’image commerciale, souci d’efficacité, développement de l’efficience, innovation, conception de l’humain, du développement etc…

A titre d’exemple, la notion de « réseau social » s’impose en ce moment dans une littérature variée et particulièrement médiatisée. A lire certains textes à ce sujet, on s’aperçoit rapidement que nous avons encore une fois affaire à la sur-médiatisation d’une expression dont les réalités qu’elle signifie sont très divergentes. L’important n’est pas la précision du terme, mais l’efficacité de son emploi, en particulier auprès de décideurs peu au fait des choses. Ceci permet d’illusionner, de vendre, de passer un vernis de modernité plutôt que de rechercher un sens véritable, ancré dans la durée. Comment analyser ce phénomène si ce n’est en le ramenant au nombre d’abonnés de tel ou tel réseau social numérique très connu. On avait vécu la même chose avec les chats, avec MSN, avec second life, puis avec les blogs, il n’y a pas de raison que cela s’arrête…. et pourtant que deviennent ces propos si démesurés à l’aune de ce que la réalité en révèle le devenir ? Silence ! Nous oublions trop vite que nous rapidement les icônes que nous avons vénérées, mais sans le dire, bien sûr.

La récente mise en ligne de l’application de l’université de Stanford est un exemple de ce que l’on peut faire, au delà des modes. Sans forcément chercher à se placer sur tel ou tel réseau sur lequel il est de bon ton d’avoir une page, cette université à d’abord essayer d’être cohérente et d’offrir une offre complète de services en lien avec son activité. On le voit, il y a derrière cela une vision plus globale et stratégique qui dépasse largement l’idée d’un assemblage d’objets hétéroclites pour laisser place à un ensemble qui semble tenir la route. Ce qui est surtout à remarquer c’est l’articulation entre les différentes formes d’information communication qui peuvent permettre à une organisation d’accompagner la vie de ses membres et des publics qui peuvent être intéressés.

Nos établissements scolaires et universitaires devraient se souvenir de l’histoire, une histoire des technologies et qu’il faut s’y référer non seulement pour faire des choix mais surtout pour écrire l’avenir. A force de répondre aux sollicitations multiples on risque d’y perdre en identité au détriment d’un suivisme peu pertinent. En fait l’usage de certains réseaux sociaux (numériques) repose en priorité sur l’idée d’aller chercher le consommateur là où il est…. Encore faut il que les institutions d’enseignement se considèrent comme des commerçants ! Le danger est donc de considérer l’étudiant, le jeune comme un consommateur, en utilisant les dispositifs techniques qui en sont les porteurs. Le risque actuel (et la question du coût des études dans l’enseignement supérieur en témoigne) est que les technologies de l’information et de la communication ne soient le cheval de Troie de dessein inavoués mais bien plus puissants qu’on ne l’imagine.

Discerner, choisir, simplement réfléchir, sont des attitudes d’autant plus importantes que tout concours actuellement, dans le champ du numérique, mais plus généralement technologique et scientifique comme le déclarait Jacques Ellul au début des années 80) à nous limiter, à nous enfermer. La multiplication des sollicitations de toutes parts rencontre désormais une diffusion grand public qui fait des usagers de nouveaux partenaires bien plus redoutables dans leurs demandes que les simples sociétés qui conçoivent ces produits. La question essentielle à se poser est celle des « flux ». Le numérique est un vecteur qui permet des flux dont la nature est déterminante pour la vie sociale. Autrement dit ce n’est pas une mode contre une autre qu’il faut explorer, mais bien plutôt une philosophie et une politique d’information et de communication de l’établissement qui touche aussi bien l’organisation que la promotion, mais surtout que l’activité elle-même de l’établissement. A quoi sert un site web d’établissement qui ne porte en rien l’activité qui s’y déroule. Ce qu’apportent les réseaux sociaux numériques c’est qu’ils facilitent grandement la « vie » numérique, la respiration, le pouls du coeur de l’activité, c’est pour cela qu’ils rencontrent un si grand succès. Encore faut-il savoir contextualiser ces nouveautés par rapport à ce que l’on vit au quotidien….

A suivre et à débattre

BD

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(1 commentaire)

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  1. Je partage vos préoccupations, la question n’est plus tellement celles des ressources multiples mais de leur utilité dans un contexte professionnel ou la lisibilité et la pratique des outils numériques demandent un discernement accru, voir une « expertise » et des compétences techniques affirmées. Pourquoi valoriser un site plutôt qu’un Blog, adopter le TNI ou des ENT? et pour quoi faire? Le concept de plateforme pédagogique ouverte semble le plus à même de donner une unité à des fonctionnalités et des outils dispersés qui peuvent perdre leurs utilisateurs. Etablir des priorités de communication et une architecture cohérente d’utilisation des usagers parait être un gros challenge pour les établissements et ceux qui sont à leur tête et tentent d’impulser et de coordonner des actions efficaces… avec un souci de collaboration dans l’équipe.
    Après trois ans de Blog et la découverte des réseaux, je commence à mieux comprendre seulement maintenant, certaines limites, certains dangers qui guettent dans l’embrasure de la porte.
    Donc pas de crainte mais comme vous le dites « faire face » pour comprendre.

  1. […] Savoir où donner de la tête La difficulté pour les responsables des établissements, tout comme pour chacun des acteurs est d’y voir clair et de s’y retrouver, d’autant plus que les modes, le plus souvent basées sur l’emploi de termes et expression au goût de nouveauté, se succèdent rapidement sans permettre d’y voir clair. Parmi celles-ci on peut y trouver les termes de « réseaux sociaux », de « web sémantique », de co-design », de « e-learning » etc…. sans compter les objets techniques, matériels et logiciels qui viennent compléter le tableau. Entre prise de distance nécessaire et importance stratégique d’être présent dans cet univers à un moment donné, il y a de quoi se questionner et débattre. L’inflation progressive de tous ces éléments incite à proposer une véritable réflexion méthodologique, stratégique et aussi philosophique. mercredi 20 septembre 2006. Les relations entre l’école et la famille ont été l’enjeu de la question fondamentale :"A qui appartient l’enfant ?" Avec la scolarisation obligatoire de l’école de Jules Ferry, l’état place les familles à une certaine distance de l’école, voire scolarise les enfants "contre" elles. L’état prend une main d’oeuvre utile, mais se sert aussi de l’enfant pour éduquer la famille. L’état exerce ainsi un contrôle et vise l’intégration, l’unification du territoire. Les familles doivent être éduquées en matière d’hygiène, de prévention (alcoolisme, tuberculose..) […]

  2. […] Savoir où donner de la tête La difficulté pour les responsables des établissements, tout comme pour chacun des acteurs est d’y voir clair et de s’y retrouver, d’autant plus que les modes, le plus souvent basées sur l’emploi de termes et expression au goût de nouveauté, se succèdent rapidement sans permettre d’y voir clair. Parmi celles-ci on peut y trouver les termes de « réseaux sociaux », de « web sémantique », de co-design », de « e-learning » etc…. sans compter les objets techniques, matériels et logiciels qui viennent compléter le tableau. Entre prise de distance nécessaire et importance stratégique d’être présent dans cet univers à un moment donné, il y a de quoi se questionner et débattre. Twitter et la Netiquette « Le Gazouilleur Tout récemment, une abonnée ayant fréquenté les forums Usenet m’interrogeait sur l’utilité de définir une Netiquette appropriée à Twitter. Je ne m’étais jamais posé cette question, bien qu’ayant activement fréquenté les forums Usenet à la fin des années quatre-vingt dix. Dans un billet de décembre 2010, suite à l’appel de l’AFEV j’avais affirmé que “ orientation et notation se tenaient la main ». La suppression des procédures d’orientation que je défends dans mes présents billets, suppose de réfléchir à cette liaison dangereuse. Que réclame la procédure d’orientation à la française ? […]

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