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rédigé le 17th mai, 2012

Qu’y a-t-il de mobile dans le « mobile learning » ?

Quand on parle de e-learning, de mobile learning, etc… Tout le monde considère que l’on parle d’objets précis et clairs pour tous. En réalité il semble que les conceptions, la signification attachées à ces mots soient d’autant plus mouvantes qu’ils sont apparus récemment dans le paysage culturel et social. Il ne suffit pas de donner une définition, encore faut-il aller plus loin dans la définition des « attributs » du concept pour tenter d’y voir plus clair. Il s’agit aussi de sortir ces mots et expressions nouvellement apparus de leur gangue d’illusions liées à l’idée de nouveauté, voire d’innovation qui les entoure. L’exemple du mobile learning illustre bien ce flou. De plus l’expression mobile learning nécessite un approfondissement tant ce que recouvre cette expression semble important dans la société actuelle et celle qui émerge avec le numérique.

La première ambigüité véhiculée par l’expression mobile learning est de savoir ce qui est mobile : le dispositif technique ou la personne, ou encore les deux ? Deuxième ambigüité, quand on parle de mobile learning on évoque l’idée de mobilité sans préciser si elle est en mouvement (physiquement) ou temporairement statique; en d’autres terme faut qu’il que l’usager et l’appareil soient en mouvement réel ? Troisième ambigüité, dans l’expression mobile learning, est-ce que c’est le support qui est mobile ou ce qu’il véhicule, le contenu qui est mobile, voire volatile ?

Ainsi on peut imaginer que quelqu’un apprenne à l’aide d’un dispositif technique quelconque (peut-être pas numérique) en marchand en se déplaçant en voiture, en transport en commun. Mais on peut aussi imaginer que quelque soit le lieu où je me trouve j’accède à des informations qui suivent ma mobilité aux moments où elle s’arrête dans un point d’accès. On peut enfin imaginer que j’apprenne en me promenant dans les informations, les savoirs au gré de mes humeurs mobiles…On le voit il est toujours nécessaire de préciser ce dont on parle afin de comprendre mieux ce que l’on veut dire. Mais la confusion entretenue doit bien servir à quelque chose, en particulier à rendre populaire en s’appuyant sur un vocabulaire qui surprend et attire… Mais au delà, qu’en est-il ?

Et puis vient la question essentielle, celle de l’apprendre ou plutôt celle « des apprendres ». Là encore il est possible de relever de nombreuses confusions dans la littérature, scientifique ou non. Il ne s’agit pas ici d’avoir la prétention de résoudre ces problèmes de sens mais plutôt d’interroger ces polysémies, leurs conséquences, et tenter d’aider chacun à faire l’analyse pour lui même dès lors qu’il choisit d’employer ces expressions. Car apprendre est une action qui recouvre aussi de nombreuses situations, conscientes ou non conscientes, formelles et informelles voire incidentelles. Si l’on considère que l’humain a pour principal caractéristique qui le différencie de son socle animal d’être capable d’apprendre, en particulier de manière consciente, autonome et explicite, dans un contexte formel ou informel, alors on peut comprendre que la notion de mobilité est attachée fondamentalement à cet humain. Apprentissage expérientielle, apprentissage en situation de travail, apprentissage mimétique, apprentissage scolaire etc… les formes multiples de l’apprendre signalent donc un caractère fort de mobilité qui est aussi une caractéristique humaine. Celle-ci est d’autant plus intéressante que la aussi la distinction de l’animalité se fait dans cette mobilité qui s’affranchit souvent (mais pas toujours) des contraintes génétiques par une conscience et des choix. Enfin, apprendre c’est être mobile, si l’on considère qu’un changement est une forme de mobilité (il n’y a pas que la mobilité géographique).

Finalement si l’on revient à notre expression initiale, on peut considérer que le « mobile learning » est la possibilité technique numérique de prolonger notre capacité d’apprendre en toutes circonstances. Ainsi dans un transport en commun, je peux me trouver « coupé du monde ». Dès que je franchis le seuil du véhicule, j’accepte de me séparer de possibilités de liens. Dés lors la mobilité devient une rupture. Si je veux anticiper et continuer d’apprendre en mobilité, il faut que je me dote de dispositifs « embarqués » comme le livre. La mobilité actuelle survient lorsque je conserve la continuité et que j’efface la rupture. Du coup le mobile learning devient un potentiel constant d’accès à l’apprendre et ce sans avoir besoin d’envisager une rupture. Si pour engager un déplacement physique je suis obligé d’embarquer avec moi de nombreux documents, cela sera bien différent si, ces documents étant numérisés, je peux y accéder instantanément quelque soit le lieu et la situation dans laquelle je me trouve. C’est donc la continuité, la permanence qu’apporte cette idée de mobile.

Sachant que l’on n’a pas forcément besoin de machines numériques pour apprendre, et que l’apprentissage mobile est comme la prose de Monsieur Jourdain, ce que chacun fait au quotidien, on peut considérer que l’expression « mobile learning » n’est rien d’autre que le volet numérique amplificateur de ce potentiel humain. Cet amplificateur est particulièrement intéressant car il s’applique à supprimer des barrières traditionnelles de nombreuses institutions qui ont été fondées et structurées sur ces ruptures. Le monde scolaire est un des exemples les plus explicites de cela. En créant des lieux spécifiques, il a même exclu du champ des apprentissages qui ne se réalisait pas en son sein ou par son intermédiaire. Avec le numérique l’institution s’est trouvée bousculée dans cette certitude de contrôle. Afin d’éviter une catastrophe, les acteurs, collectivement d’accord, ont freiné les initiatives, de manière volontaire ou involontaire, consciente ou non, pour ne pas remettre trop vite en cause le système en place. Avec le mobile learning on ouvre une brèche que l’on peut illustrer par ce dilemme dans la classe : faut-il mieux un écran/tableau avec vidéo projection ou une tablette/netbook pour chaque élève. Si je prends l’option vidéo collective, je réduis la mobilité de l’apprentissage. Si je prends l’option individuelle je prends le risque de perdre le contrôle et même de voir l’espace temps de mon activité d’enseignement au profit d’activités d’apprentissages différentes (parfois non scolarisables…) que les élèves peuvent avoir aussi bien dans l’espace classe qu’en dehors. En d’autres termes je prends le risque de permettre, d’autoriser la mobilité d’apprendre.

La question du « mobile learning » est donc une question bien plus large que le seul aspect technique liée aux appareils que l’on peut emporter avec soi. Elle est avant tout une question de conception de ce qu’est apprendre, mais aussi de ce qu’est enseigner dans un tel contexte. Faire classe avec des smartphone (cf. l’expérience suisse sur Arte) ou des tablettes ou même des netbooks ordi portables, ouvre un espace nouveau dont il faut avoir conscience et qui doit être pis en compte si on en est d’accord. On ne déploiera pas ces machines sans conséquences sur nos pédagogies, sur les apprentissages. Les enseignants du supérieur qui découvrent ces « forêts » d’écran qui cachent le visage et le stylo des élèves (quand ils en ont) au moment de commencer leurs cours sont désormais dans l’obligation de repenser les manières d’enseigner à la lumière des manières d’apprendre. Car enfin apprendre redevient mobile… mais apprendre en mobilité ça s’apprend surtout dans un monde qui a bipolarisé, voire diabolisé l’opposition travail, loisir, en y associant d’ailleurs le terme effort, sans jamais trop aller voir plus loin que les mots… mais cela est un autre débat, surtout quand on voit les objets pour lesquels chacun de nous adultes et jeunes sommes prêts à faire des efforts… Ou pas !!!

A débattre

BD

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