Numérique ou pas comment nous avons cédé…

Les nombreuses lectures critiques sur le développement du numérique dans nos sociétés mettent en avant mais souvent de façon incidente, le rôle de l’économie dans l’évolution globale de l’organisation sociale à l’échelle locale comme à l’échelle globale. Or si ce que l’on nomme les « modèles économiques » de ce secteur numérique est effectivement une donnée essentielle, il faut aussi aller voir du côté de l’humain pour tenter de comprendre comment il intègre l’économie dans sa forme de vie, voir son projet personnel. Dans son livre, « la civilisation du poisson rouge » (Grasset 2019), Bruno Patino associe, à l’instar de Yves Citton et dans un autre axe Dominique Cardon, économie et attention. En faisant de la captation de l’attention (cf. captologie) l’un des leviers fondamentaux de l’économie du numérique, on tente de mettre en évidence le fait que le moteur qui alimente la puissance des services et biens numériques est la capacité de ses concepteurs promoteurs à y mettre des « pièges à attention » de plus en plus nombreux et de plus en plus élaborés. Une fois captée l’attention, le sujet devient un objet dont la valeur va pouvoir être exprimée. Il est donc nécessaire de s’interroger sur ces mécanismes, leur origine et leurs visées, mais aussi sur la possibilité d’y échapper ou, au moins d’en maîtriser les effets.

Mais il faut revenir à ce qui fait l’humain. Nous voyons émerger depuis quelques années une « idéologie du bonheur » qui se traduit par aussi bien la psychologie positive qu’un marketing et des publicités accompagnées de documents médiatisés (articles, documentaires etc.…) qui tendent à diriger chacun de nous vers une sorte de bonheur de vivre. Or c’est au travers de biens de consommations que la plupart de ces propos sont organisés. Que ce soit dans la promotion de contrées lointaines à découvrir ou celle d’objets susceptibles de procurer à court terme du bien être voire du plaisir que s’incarnent cette idéologie. Celle-ci est elle-même appuyée sur l’idéologie du progrès technique et scientifique dont l’histoire du 20è siècle montre que la technique et la science ont transformé notre vie quotidienne (cf. Michel Serres), et complétée par une approche de plus en plus individualisante. En renvoyant à chacun, individuellement et séparément, la responsabilité de sa propre trajectoire, ces idéologies ont pénétré l’esprit de chacun de nous au point d’accepter des transformations du quotidien comme les coupures publicitaires dans les émissions de télévision ou de radio.

Les modèles économiques qui tentent de s’imposer avec le développement de l’informatique et du numérique ne dérangent finalement pas grand monde, comme si chacun espérait pouvoir en tirer profit et avantage, individuellement bien sûr. Pour le dire autrement, le modèle d’une économie libérale, réglementée ou non par les états, est désormais considéré comme acceptable par les humains, dans leur très grande majorité. Ils ont donc adopté les comportements associés et le développement incroyablement rapide du numérique dans toutes les sociétés en atteste. Car bien au-delà des commodités que procurent les utilisations diverses et variées des moyens numériques, il y a le sentiment d’un « meilleur être » qui est aussi économique et social. Pour ainsi dire, si l’on veut être en société on doit être numérique et ainsi accéder à une place sociale qui nous convienne. On pourra toujours tenter de se dédouaner en renvoyant la responsabilité à ceux qui conçoivent, gouvernent, diffusent, vendent ces moyens nouveaux, mais il faut en retour accepter d’être responsable soi-même des choix que l’on effectue. Ainsi l’enfant accro aux écrans ne l’est que pace que son environnement éducatif le lui a permis. Dès lors il faut que les adultes prennent leur part de responsabilité, non seulement dans l’acquisition des moyens techniques, mais aussi dans la conception qu’ils ont de leur mise en œuvre dans le quotidien du foyer.

Le développement de la vente par abonnement semble être un des modèles adoptés le plus souvent dans le monde numérique (smartphone, logiciels, hébergements etc..). A partir d’un appât, l’offre gratuite, on passe au fameux « premium » et on va alors accepter de payer régulièrement de petites sommes acceptables pour continuer à bénéficier du bien. Les marchands de crédit à la consommation connaissent parfaitement les mécaniques, humaine et financières, sous-jacentes. A l’opposé la gratuité assurée par la contrepartie publicitaire reste très présente mais se concentre dans quelques produits de très grande diffusion Google etc… « Si c’est gratuit, c’est vous le produit », dit le célèbre aphorisme. Mais les choses sont à nuancer. Car nous sommes aussi consentants au nom de ce que nous avons précédemment montré : le meilleur être individuel.

Pourquoi l’attention est-elle venue au centre des débats ? Parce qu’il s’agit d’un fonctionnement mental qui, tout au long de l’histoire humaine, a été utilisé dans de nombreuses situations d’interaction. Avec l’avènement des moyens numériques la concurrence entre les « capteurs d’attention » s’est amplifiée. Or ces capteurs d’attention sont devenus de plus en plus individuels et donc on peut désormais personnaliser la tentative de captation. Les concepteurs ne se privent pas d’apporter à chacun « selon ses besoins », ou du moins selon ceux qui ont été repérés au moyen, entre autres d’enquêtes mais surtout désormais d’analyse des traces. Tout enseignant, face à un groupe d’élève sait combien capter l’attention de « tous » les élèves est difficile, surtout dans un cadre contraint comme celui de l’école… Leur déploration fréquente d’une perte d’attention des jeunes vient rejoindre ce questionnement plus global. Car au-delà des faits, il y a le ressenti. Or ce ressenti est variable selon les contextes : comment expliquer dès lors certaines phases de grande attention durable pour certaines tâches et pas pour d’autres ? Probablement parce que chacun se construit dans son imaginaire un ensemble de repères qui vont l’amener à choisir ses objets d’attention. Cette construction se fait au travers d’une éducation au quotidien, mais aussi dans un environnement que parfois on subit plus qu’on ne le pilote, surtout quand on est enfant.

Un exemple particulièrement illustratif de cette question de l’attention et qui concerne les adultes est celle de la gestion des notifications. Anthony Masure dans ses travaux fait bien sûr le lien avec l’attention. Apprendre à contrôler les notifications c’est apprendre au moins en partie à piloter notre attention. Bien que ce ne soit pas la seule source de captation, elle en est une qui est au moins en partie contrôlable. Or on observe que nombre d’entre nous sommes très rapidement happés par les notifications qui surgissent à tout instant selon les éventuels réglages de l’ordinateur ou du smartphone. Au-delà des réglages, c’est aussi les relations humaines qu’il convient d’examiner : de quelle manière, au sein d’un groupe humain les échanges sont gérés et quelle place prennent les notifications (sonnerie et autres) dans notre quotidien ? Les semaines déconnectées et autres pauses de numérique ne sont rien si, dès lors qu’on en sort, ces fameuses notifications reprennent le dessus de notre quotidien. Si on ajoute à ces systèmes contrôlables, toutes les sollicitations, numériques ou non, on peut mesurer notre fragilité, notre vulnérabilité. Les concepteurs des moyens numériques, à l’instar du monde de la publicité et du marketing, ont bien repéré cette faiblesse, et ils l’exploitent de plus en plus. Désormais avec ou sans notre consentement ?

A suivre et à débattre
BD

Site d’Anthony Masure
http://www.anthonymasure.com/articles/2019-04-archeologie-notifications-numeriques-cerisy

Culture numérique : les fondamentaux

Une lecture importante pour les enseignants : Au moment où l’informatique et les sciences du numérique entrent par la grande porte dans l’enseignement scolaire, il est nécessaire que chacun de ceux qui vont être impliqués dans ce mouvement trouvent des appuis sérieux pour mener à bien leur enseignement. Non pas qu’il faille « faire un cours magistral », mais parce qu’il faut à chaque éducateur des références « culturelles » (au sens large incluant les savoirs) solides pour accompagner les jeunes. Le livre de Dominique Cardon (écrit en lien avec plusieurs collaborateurs) publié aux « les presses de SciencesPo », Culture numérique est un incontournable un indispensable, un socle de connaissances qui concerne non seulement les enseignants des spécialités, mais tous ceux que le numérique concerne et en particulier les enseignants documentalistes pour lesquels cet ouvrage sera une base réflexive essentielle pour leur action au quotidien dans les établissements scolaires.

Certes l’ouvrage n’a pas le projet de couvrir le programme scolaire officiel, mais il se situe en « infra » c’est à dire dans les fondamentaux qui permettent de mieux aborder les contenus de tous les programmes scolaires que ce soit en informatique, science du numérique mais aussi Education aux Médias et à l’Information et d’autres contenus disciplinaires qui pourraient se trouver interrogés par le développement de l’informatique dans la société (physique, philosophie, SVT et autre technologie… ou culture). En intitulant son ouvrage Culture Numérique, l’auteur après avoir indiqué en introduction l’étendue des actions de l’informatique dans tous les domaines (ce que nous nommons habituellement fait social total) écrit : « il est utile de dire que le numérique est une culture ». Ce parti pris sur cette expression est discutable mais il s’appuie sur l’utilité de la formule dans une société aussi largement marquée par la généralisation de l’informatique et du numérique sous ses diverses formes.

Parce qu’il est un ouvrage fondamental, il n’en reste pas moins un ouvrage très accessible malgré ses 428 pages. Pédagogique et didactique, il n ‘y a pas besoin d’être spécialiste du domaine pour comprendre ce qui y est débattu. Fondé d’abord sur un enseignement en université puis sur un MOOC à destination des étudiants de Sciences Po, l’ouvrage est organisé en chapitres courts et synthétiques accompagnés de références pour approfondir pour terminer chacun d’eux. Ce choix d’organisation de l’ouvrage est pédagogique car il en permet une lecture non linéaire, une lecture provisoire (on peut approfondir chaque partie) à enrichir comme nous y incite la mise en forme mais aussi le style d’écriture qui rend le texte particulièrement lisible. Didactique l’ouvrage l’est aussi dans la structuration des contenus. Il y a là des choix importants qui permettent au lecteur d’aborder toutes les questions habituellement médiatisées, mais en ayant en main des références solides, des savoirs reconnus, mais aussi des interrogations et des nuances qui renvoient le lecteur à sa capacité à ne pas s’arrêter à la surface de cette lecture.

Certains reprocheront l’absence de référence au monde scolaire ou à certains milieux professionnels tout comme l’absence relative d’explications trop techniques (quoique dans certains passages il y a de quoi faire). Mais c’est aussi la volonté de l’auteur, dont on connait aussi la qualité de ses conférences et interventions ainsi que celle de ses précédents ouvrages et articles, que d’offrir un « socle de connaissances » aussi bien sur l’histoire que sur les développements actuels. On remarque en particulier le souci d’historicisation qui n’est pas simplement une question de reconstitution d’une histoire, mais surtout une inscription du présent dans un développement constant (cf. le chapitre sur l’intelligence artificielle). Six grands chapitres permettent de construire un décor qui va de la création d’Internet aux transformations qu’il fait subir à la société et qui mènent vers une analyse des questions à venir.

On peut se questionner sur certains partis pris par l’auteur en particulier sur la centration sur Internet et le Web. On remarque que l’analyse historique fait très peu de cas des pratiques en réseau de communication autre que réticulée. C’est ainsi que les BBS, Compuserve et AOL sont trop vite balayés, tout comme le réseau Apple Link devenu ensuite en France Calvacom. Certes l’architecture (comme celle du minitel) est centralisée, mais ce qui est important c’est qu’avant qu’Internet et le Web ne s’imposent, ces réseaux sont extrêmement actifs au-delà des frontières des USA et surtout permettent dans les entreprises et chez les passionnés le développement d’une culture qui est bien avant l’heure celle du web 2.0. Certes elle est restée relativement confidentiel, certes ces réseaux ont tous été fondus dans le paysage, voire ont disparu. Mais ils ont permis l’installation et l’arrivée d’Internet et du Web comme on a pu l’observer entre 1993 et 1996 quand AOL et Compuserve qui étaient antérieurement leaders sur ce marché des réseaux, ont progressivement intégré l’accès au web dans leur proposition antérieure (logiciels propriétaire, ergonomie spécifique) avant d’être submergé par le HTML et les navigateurs web.

Si le livre s’intitule Culture Numérique, on peut ressentir l’envie, à la fin de la lecture, d’un autre ouvrage davantage contextualisé et situé. Si nombre des questions qui traversent le quotidien de nombre de milieux professionnels ne sont pas abordés de manière approfondie, se réduisant parfois à de simples allusions, on ressent l’envie de demander à l’auteur et à ses collègues d’explorer ce que le numérique fait à la culture (au sens anthropologique du terme) et de dépasser les limites qu’ils se sont donné en prenant le critère d’utilité de l’expression comme justification. La littérature récente sur le sujet est suffisamment polémique pour qu’un tel travail se justifie. En effet le numérique, le web suscitent de nombreux écrits qui vont dans tous les sens et concernent tous les milieux, il semble intéressant que les grilles de lecture et les méthodes d’analyse proposées par Dominique Cardon et ses collègues s’appliquent à ces polémiques et permette à chacun de relativiser tels ou tels propos plus ou moins médiatisés.

Merci à Dominique Cardon et à SciencesPo Les Presses de cette publication. Dans le monde de l’enseignement, de l’éducation, cet ouvrage est une référence qui permet de poser les bases de ce qui permet ensuite d’échanger, de discuter, d’approfondir.
On pourra retrouver en ligne plusieurs conférences et interview de l’auteur qui permettent de découvrir son travail et le livre (France Culture par exemple : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/culture-numerique-enjeux-du-xxieme-siecle mais aussi https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-innovation/linvite-innovation-du-dimanche-10-mars-2019
On renverra aussi au passionnant travail d’Hervé le Crosnier d’abord dans ses cours que l’on peut retrouver en ligne sur CanalU et ensuite dans son travail d’éditeur (https://cfeditions.com/public/)

Ressortir un texte ancien et voir qu’il est encore actuel

En 1995, j’ai fait une conférence pour le développement de l’audiovisuel et du multimédia dans l’enseignement. : Audiovisuel et Multimédias 1995 BD reduit

Dans ce texte on retrouve nombre de questionnements qui sont à confronter avec ceux d’aujourd’hui…

« A partir des nombreuses observations que nous avons pu faire, il nous semble que deux principes apparaissent comme une base pour rendre possible une véritable intégration des technologies dans un contexte pédagogique :

Prendre en compte la capacité de chaque individu à innover par rapport à sa pratique usuelle. C’est ce que nous appelons « l’écart d’innovation ».

Chaque enseignant, chaque responsable est soumis à de nombreuses contraintes dans son travail quotidien. Afin d’assurer une qualité la plus constante possible, chacun a développé des outils, des habitudes, des rituels qui ont permis d’asseoir  une qualité générale de l’enseignement. Cependant, l’innovation et le changement, en modifiant ces codes établis, provoquent de l’insécurité et de l’angoisse entraînant des comportement de résistance. L’observation et la pratique de l’enseignement montre que l’intégration de pratiques innovante doit prendre en compte cette angoisse et la capacité de chacun à la surmonter. C’est pourquoi il conviendra de prendre en compte cette résistance qui se traduit par une capacité à innover, variable suivant les individus, que nous pouvons mesure en terme d’écart possible par rapport aux habitudes.

L’engagement progressif vers un travail transdisciplinaire ou pluridisciplinaire qu’induisent la plupart des dispositifs complexes intégrant les technologies de l’information et de la communication

Les médias, nouveaux et anciens, en permettant une appréhension globale du monde obligent à aborder les questions dans leur complexité. Le découpage disciplinaire traditionnel perd de sa pertinence, en particulier si l’on veut engager une pédagogie de production de savoir par les élèves. C’est pourquoi, au regard des expériences menées par de nombreux enseignants, une approche pluridisciplinaire  semble être la plus à même d’intégrer les médias. »

A lire

BD

EMI : il faut analyser le système médiatique

Dominique Cardon a publié (20 juin 2019) un long article en deux parties à propos de l’effet réel des infox sur la société.

S’appuyant sur une recherche américaine, il montre qu’il ne faut pas se limiter aux analyses trop souvent sommaires qui désignent un fautif, mais qu’il faut comprendre ces infox dans le cadre d’un système. Il écrit : « Les infox ne rencontrent pas les internautes au hasard des interactions dans un monde devenu fluide. Leur visibilité est une production collective du système de publications numériques ». En s’exprimant ainsi il nous invite à revisiter les travaux sur l’analyse de l’effet des informations et de la communication et surtout à ne pas ignorer des tendances profondes qui traversent les sociétés humaines au travers des âges. Car avant le livre, avant l’imprimerie, avant les médias de flux, écrits puis audiovisuels et avant Internet le web et les réseaux sociaux, la circulation de l’information au sein des groupes humains s’appuie sur des systèmes d’échange qui structurent la société et qui évoluent au fur et à mesure des techniques utilisées, sans toutefois que celles-ci ne transforment cette dimension de l’humain (cf. les travaux de Goffman). Pour le dire autrement, une nouvelle fois, la technologie n’a pas d’effet en soi, mais bien selon les contextes et la relation que ces technologies entretiennent avec ces contextes, elles vont accompagner l’humain, parfois en amplifiant ce qui est au centre de ses préoccupations. Dominique Cardon écrit : « Il faut que des gens fabriquent des infox, que des réseaux s’en saisissent, que des médias en parlent, que les algorithmes ne les filtrent pas pour que d’autres acteurs y répondent et que les publics se mettent à leur tour à les partager et les commenter. »

L’arrivée de nouvelles formes et moyens techniques d’information et de communication n’efface pas, ne supprime pas l’effet des précédents. Progressivement une mutation/incorporation s’effectue et le système humain se réorganise. C’est ce à quoi nous assistons en ce moment dans le monde du journalisme et plus généralement des médias de flux (journaux, télés, radio). D’une part les acteurs impliqués dans ces médias tentent de conserver leur position dans le système et d’autre part les nouvelles formes d’interactions médiatiques sont incorporées dans leurs pratiques quotidiennes. Ce qui est étonnant c’est de voir que dans ces médias de flux, il y a une attirance vers les propos des réseaux sociaux qui leur donne une visibilité qu’il n’aurait pas autrement. Le jeu médiatique, de flux ou interactif, est un jeu systémique qui se déroule dans un contexte de « lutte des places ». Dominique Cardon analyse très bien cela dans un ouvrage récent (Culture Numérique, presses de Science Po, 2019) dont nous reparlerons dans un autre texte. Parce que les réseaux sociaux en ligne, dans leurs différentes formes, offrent de nouvelles possibilités d’identité à chacun de nous, nous les utilisons en essayant de les rendre utiles à notre développement personnel, social, professionnel, bref à la « place » que nous occupons ou souhaitons occuper.

Ce qui est intéressant dans tout cela c’est finalement il y a en ligne bien plus de non lu et de non vu que l’inverse. C’est pourquoi, dans la logique de flux, les professionnels des médias traditionnels s’emparent des « populaires », c’est à dire des personnes et des contenus qui sont les plus lus et vus. Ils renforcent d’une part la force de quelques-uns (ceux qui sont souvent vus ou aimés), mais ils confortent aussi leur place « d’ouvreur de porte ». L’indice de popularité n’est pas l’indice de pertinence… mais cela n’arrête pas les grands médias : il suffit de voir comment ils relaient davantage les propos en ligne de M Trump plutôt que les éléments officiels de son action réelle. Ainsi les propos en ligne deviennent les propos officiels ce qui ouvre la porte à une dé-démocratisation : nous ne pouvons plus accéder au réel des décisions pour les discuter, il nous faut nous contenter des « relais ». Le président américain a bien compris, lui qui veut conserver sa « place ». Il a construit un système de circulation de l’information qui induit que la surface des propos est beaucoup plus importante que la réalité des actions et que cela suffit pour que les électeurs votent pour lui. Il a détourné la théorie de la commodité à son profit en faisant circuler des informations qui sont « commodes » pour ses électeurs.

Terminons ici sur la question de la « lutte des places ». Les écrits et propos de Madame Ingrid Riocreux inquiètent et dérangent à juste titre, tant les critiques mettent le doigt sur des propos discutables voire contestables. Toutefois, il faut écouter aussi le raisonnement de cette personne (digne continuatrice de Natacha Polony) pour en mesurer d’une part les dimensions pertinentes et d’autre part les dérives partisanes. Car là encore nous pouvons lire dans son propos ce qui fait écho à ces nouvelles formes qui émergent dans l’espace communicationnel et informationnel de notre société actuelle. Cette personne porte d’ailleurs, elle aussi, la marque de sa lutte des places tout en dénonçant, parfois à juste titre, celle des autres, et en particulier des journalistes. Il faut dépasser ces discours trop marqués politiquement pour s’intéresser, dans le monde éducatif à l’effet des moyens numériques sur la « place » de professionnels de l’enseignement. A voir comment fonctionne actuellement le système scolaire, on peut s’assurer qu’il n’y a pas de contestation de la place des enseignants, sauf à la marge. D’une part les remises en causes de certains « mal servis » par le système, d’autre part les passionnés de numériques qui s’inscrivent dans le courant libéral libertaire conformément aux utopies fondatrices du web (Fred Turner). Si les transformations se sont produites, c’est surtout dans la périphérie et donc sans remettre en cause les places dévolues à chacun au sein du système scolaire. Quant au traitement des infox, le travail de Dominique Cardon nous éclaire sur l’élargissement nécessaire de l’analyse : non il ne suffit de savoir dire si une information est vraie ou fausse (si cela est possible, d’ailleurs !!!) mais il faut aussi analyser la manière dont elle circule dans l’espace médiatique et dans la société…

Article 1ère partie : https://aoc.media/analyse/2019/06/20/pourquoi-avons-nous-si-peur-des-fake-news-1-2/
Article 2è partie : https://aoc.media/analyse/2019/06/21/pourquoi-avons-nous-si-peur-des-fake-news-2-2/
Dominique Cardon, Culture Numérique, Presses de Sciences Po, 2019
Ingrid Riocreux, La langue des médias, 336 pages, Éditions du Toucan.

Le 22 aout 2019, sortie de mon quatrième livre : Inverser la classe

Ca y est cela se met en place pour la rentrée avec ESF Sciences Humaines. En voici la première et la quatrième de couverture

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Michel Serres, un témoin éclairé de notre temps…

Le décès de Michel Serres ne laisse pas indifférent. Philosophe et raconteur d’histoire, il a su amener chacun à avoir envie de penser au travers non pas d’abord de ses ouvrages philosophiques, mais de ses essais. C’est en particulier celui qui a fait polémique, Petite Poucette, qui concerne tous ceux que les questions de transmission, d’éducation et de développement technologique de nos sociétés interroge. Parce que le privilège de l’âge et de l’expérience permet de parler « autrement », il est intéressant de revenir sur certains de ses écrits, tant ils nous disent ce que nous sommes en train de devenir. C’est en quelque sorte aux mutations de notre culture qu’il s’intéresse.

Dans les chapitres 1 à 4 de son livre Petite Poucette, Michel Serres fait un inventaire des changements intervenus dans nos sociétés au cours du XXè siècle et au début du XXIè. Malheureusement, la plupart des lecteurs ont oublié ces quatre chapitres au profit du reste du livre qui décrit cette jeune personne qui intègre le numérique et la vision que Michel Serres donne de l’humain en construction. Considéré comme un optimiste, Michel Serres sait aussi signaler les dangers ou tout au moins les points nodaux des mutations en cours. Ces quatre chapitres montrent que le développement du numérique intervient dans un contexte de transformation bien plus large et que cela suppose que l’on réinterroge ce que signifie « faire société ». Ce sont vingt-neuf points de réflexion que nous avons identifié dans ces quatre premiers chapitres, les voici, réécrits, commentés :

  • 1 – Urbanisation grandissante : les humains vivent désormais presque exclusivement dans des villes
  • 2 – Changement du rapport à la terre et à la nature devenues étrangères, voir exotique (tourisme) : on ne connait plus notre terre, celle qui est là, sous nos pieds, et on tente de la découvrir la plupart du temps en allant « ailleurs », en touriste, en visiteur, en voyeur presque.
  • 3 – Augmentation de la population mondiale : De manière inégale, mais très impressionnante la population a fortement augmenté, questionnant les équilibres à l’échelle de la planète
  • 4 – Augmentation de la durée de l’espérance de vie : jamais nous n’avons vécu aussi longtemps et dans un état de santé largement amélioré, même si de nouveaux problèmes se posent avec l’âge
  • 5 – Une autre vision de la vie que les générations précédentes : L’écart de conception de la vie entre génération s’est agrandi. On ne regarde pas le monde avec les mêmes yeux
  • 6 – Absence de conflits et de guerres sur notre territoire : la violence globale baisse, et en particulier celle issue des grands conflits entre Etats.
  • 7 – Changement par rapport à la douleur, la souffrance : Les progrès techniques et scientifiques ont changé notre rapport au risque, à la maladie, à la douleur. Nous acceptons moins de souffrir.
  • 8 – Contrôle des naissances : Désormais nous choisissons combien et quand nous voulons avoir des enfants. Le contrôle, même a posteriori change notre relation à la parentalité
  • 9 – Évolution de la structure des familles, divorces, unions libres etc… : La tradition familiale se transforme. Elle reste présente dans l’imaginaire, mais est vécue différemment
  • 10 – Hybridation des populations, des milieux et des cultures : l’accélération des moyens de transports des biens et des informations augmente le métissage culturel, mais pose le problème des nouvelles migrations
  • 11 – D’une vie difficile à une vie facile, sans souffrance : le niveau de vie augmente partout dans le monde, confort, commodités, loisirs mêmes, parfois sans effort, mais toujours inégalitaire
  • 12 – Transformation de la représentation de l’histoire et de son déroulement : Nous avons tendance à être amnésiques ou à réécrire l’histoire pour qu’elle nous rassure.
  • 13 – Développement de la représentation visuelle du monde au travers de médias courts : l’accès aux informations sur le monde est désormais instantané et accessible sous des formes très courtes en longueur, en durée (zapping, plan séquence, twitts etc.)
  • 14 – Transformer la société du spectacle en une société pédagogique : Avec les médias de flux on avait le spectacle désormais il nous faut apprendre à faire face à l’information, à la décoder.
  • 15 – L’enseignement menacé par la séduction de l’information : la masse d’information disponible immédiatement nous est rendue accessible au travers de formes de séduction qui sont à l’opposé de l’enseignement tel qu’il a été construit
  • 16 – Perte de crédibilité des enseignants : la valeur du métier d’enseignant, de transmetteur est mise en question par la généralisation de la circulation des savoirs et des informations.
  • 17 – Transformation du fonctionnement mental lié à l’environnement techno-informationnel : peut-on imaginer que le développement du cerveau et la plasticité qui suit ne soit pas marquées par l’environnement nouveau qui est le notre
  • 18 – Évolution de la perception de l’espace topologique : Les distances, les lieux, les espaces ne sont plus perçus de la même manière, présents et distants à la fois
  • 19 – Transformation de l’accès à la connaissance : l’accès à l’information et aux savoirs désormais facilité par les technologies suppose de nouvelles compétences pour pouvoir en faire des connaissances
  • 20 – Évolution de la langue et de son utilisation : Une langue vit. Ses vecteurs d’utilisation l’amènent à s’adapter à la manière dont les humains l’instrumentalisent et s’instrumentent
  • 21 – Montée en puissance de l’individu et de l’individualisme : Le modèle sous-jacent des technologies numériques est celui de l’individu pilote. Mais vers quoi va-t-il piloter sa vie ? c’est l’enjeu de la maîtrise de ces environnements en évolution
  • 22 – La fin de la plupart des collectifs anciens, l’émergence de nouveaux : si les réseaux sociaux ne sont pas nouveaux, les collectifs qui apparaissent actuellement prennent d’autres chemins parfois plus éphémères
  • 23 – Le nouvel individualisme contre le collectivisme, l’appartenance aveugle : l’individualisme montant est aussi le ferment de la recherche d’appartenance, d’identité plus affirmée et partagée
  • 24 – Inventer de nouveaux liens, c’est encore à faire : Les jeunes adultes qui utilisent les technologies numériques construisent de nouvelles formes de liens qui bousculent les modèles antérieurs
  • 25 – Même nos lieux d’enseignement ne sont plus adaptés à ce nouveau monde : Il est désormais paradoxal d’enfermer la transmission dans des lieux fermés alors que les savoirs circulent constamment autour de nous et sont facilement accessibles.
  • 26 – Transformation de la pédagogie comme jadis avec le livre : le livre a imposé un modèle pédagogique basé sur sa rareté. L’univers numérique est aux antipodes du fait de la quantité d’information et de son accessibilité.
  • 27 – De nouvelles possibilités de transmission : transmettre est désormais ouvert à tous et au-delà de l’espace-temps de la présence simultanée.
  • 28 – Une mutation des « cerveaux » : Les cerveaux sont en train de se transformer, de s’adapter à un monde multimodal et circulant.
  • 29 – Changer la transmission impose de changer l’organisation de nos sociétés : il ne suffit pas de s’en tenir à la mutation de la scolarisation, mais bien de parler de l’organisation de la société et de la place de la transmission dans ce contexte nouveau

Toutes ces propositions sont autant de thématiques de réflexion, d’échange, de débat. Mais surtout ils montrent que Michel Serres ne met pas les technologies de l’information et de la communication en dehors des autres progrès techniques et scientifiques. Malheureusement à la lecture de Petite Poucette, la plupart y ont vu une approche positive des technologies numériques et de leur usage par les jeunes sans prendre en compte les autres évolutions. Cette approche analytique des problèmes de notre société est courante et malheureusement introduit un biais important dans l’analyse des situations que nos sociétés traversent. Nous sommes rassurés car l’on peut désigner un coupable….

Pour reprendre et simplifier cette analyse, en voici une version simplifiée de la liste des questions qu’il pose, rédigée à la sortie du livre de Michel Serres

  • Urbanisation des humains,
  • Allongement de l’espérance de vie,
  • Evolution des temporalités de la vie et de la transmission,
  • Apaisement de la vie en société,
  • Disparition des morales de la souffrance,
  • Programmation familiale,
  • Multiculturalisme à l’échelle mondiale,
  • Disparition progressive, en occident en particulier, de l’urgence vitale

Des livres, des livres, des livres… du papier à lire cet été… ou avant

Le livre est un objet qui reste symboliquement très fort car il permet de saisir physiquement une pensée dans la globalité voulue par l’auteur et l’éditeur. A la différence d’une version numérique de l’ouvrage la version papier permet de « tenir dans la main » une pensée, un chemin, une réflexion. Même si l’on peut critiquer le monde de l’édition tant il est divers et pas toujours égal (comme le monde de la presse, et beaucoup d’univers professionnels), une fois que l’on fait ses choix (et non pas subit), on peut alors trouver de quoi avancer dans la réflexion : le livre et un objet qui peut être « complet » pour le lecteur et ainsi lui permettre d’accéder à un ensemble qui a une certaine cohérence. Dans le milieu éducatif et autour, il y a de nombreuses publications. Parmi celles-ci j’ai repéré ces temps-ci plusieurs ouvrages qui pourraient bien nous aider à penser pendant les prochaines vacances d’été.

1 – Pour comprendre comment la populations s’empare du numérique
Dominique Pasquier, « L’internet des familles modestes, Enquête dans la France rurale », Presses des Mines, 2018
Un livre qui permet d’entrer dans un univers rarement exploré et d’une manière telle que l’on touche à la proximité des personnes auprès desquelles l’auteur a enquêté. Une ouverture sur ce que l’on fait du numérique aussi dans les familles modestes et comment le numérique interfère avec les trajectoires de vie

Jocelyn Lachance, « La famille connectée, De la surveillance parentale à la déconnexion des enfants », Erès 2019
On connait l’auteur pour son travail sur les adolescents. Il continue l’exploration en situant désormais son regard sur ce qui se passe dans les familles et avec les adultes. Un regard très riche qui complète ses autres écrits que l’on peut aussi lire dans la revue « l’école des parents »

2 – Pour cartographier les différents aspects que prend le numérique dans notre vie et donc dans notre culture
Dominique Cardon, « Culture Numérique », Les presses de Science Po, 2019
C’est une sorte de « Mooc Papier » que nous propose l’auteur. Bien connu pour ses ouvrages sur les algorithmes, nous retrouvons ici un cours qu’il donne à ses étudiants en 2è année à Science Po où il dirige le Médialab (antérieurement c’était Bruno Latour et Dominique Boullier qui le dirigeaient et l’ont créé en 2010)

3 – Parce que l’esprit critique ne va pas de soi et n’est pas simplement un ensemble de technique, des ouvrages pour nous aider à aller plus loin.
Marion Carbillet et Hélène Mulot, « A l’école du partage, les communs dans l’enseignement », C&F éditions, 2019
Un ouvrage écrit pas deux professeurs documentalistes et qui devrait être lu par tous les enseignants (et pas forcément documentalistes). Même si cet ouvrage est centré sur les élèves, et sur ce que l’on peut leur permettre de développer, il sera d’abord utile à tous les éducateurs. Il ne faudra pas s’arrêter à l’impression de forme d’un texte dense qui peut sembler difficile à lire (les pages son bien pleines… il y a peu d’indications complémentaires de lecture) et

Albert Moukheiber, « Votre Cerveau vous joue des tours », Allary Editions,2019
Démontant un à un les mécanismes psychiques, autonomes et en relation, l’auteur nous invite à découvrir nos forces et nos vulnérabilités mentales. Un document sérieux qui associe approche clinique et neuroscientifique

Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée (sous la dir de), « Des têtes bien faites, Défense de l’esprit critique », PUF, 2019
Associant chercheurs et praticiens, un ouvrage qui aide à envisager ce que peut être l’éducation de l’esprit critique

3 – Parce que les spécialistes peuvent, au delà de nos univers professionnels, nous aider à comprendre une société en mutation.
Dans un autre registre professionnel, deux autres ouvrages pour nous aider à comprendre:

Fabien Tarissan, Au cœur des réseaux, Des sciences au citoyen, Le pommier, 2019
Nous ouvrir les yeux sur « tous » les réseaux, est l’ambition de ce livre qui aide à comprendre bien au-delà de ce que l’on en dit habituellement dans les médias grand public

Bruno Patino, La civilisation du poisson rouge, Petit traité sur le marché de l’attention, Grasset 2019
Dans la suite des travaux sur l’attention et sa captation, l’auteur nous invite aussi à comprendre le marché et les moyens de ce marché

Douter, réfléchir, à l’ère du numérique…

Les réseaux sociaux sont devenus la coqueluche de tous ceux qui débattent sur les fausses nouvelles. Et pourtant, derrière ces services en ligne, il y a des contributeurs et devant des lecteurs. Réduire la question des fausses nouvelles à celle des réseaux sociaux, c’est oublier qu’ils ne sont pas exclusifs des autres vecteurs d’information et de communication, mais aussi que la fausse nouvelle est d’abord une question humaine, intermédiée ou non, par les technologies.
Deux ouvrages bien différents dans l’approche se complètent bien dès lors que l’on aborde la question du côté des « faiblesses de l’humain ». Il est toujours plus facile de trouver des causes externes (locus contrôle externe) du type les écrans, les réseaux sociaux, la télévision, les journalistes… que d’envisager des causes personnelles (locus contrôle interne). C’est parce que les deux ouvrages se rejoignent en partie sur cette approche interne qu’ils nous apportent un regard bienveillant, riche qui incitent chacun de nous à la vigilance et à la « métacognition », appuyée sur des démarches structurées, mais aussi sur une éthique du doute.

– Votre Cerveau vous joue des tours, Albert Moukheiber, Allary Editions,2019
L’auteur a les caractéristiques d’un personnage médiatique : origines plurielles (Liban, France, etc.…), jeunesse (35 ans), champ disciplinaire des neurosciences (doctorat), exercice professionnel de psychologie clinique (cabinet), mais surtout un style, à l’oral (sur France Inter ou sur des vidéos) et à l’écrit très accessible à tout public. Ajoutons à cela que, dans le livre, l’étayage scientifique est bien présent, mais sans entrer dans la complexité et la forme du discours scientifique qui décourage parfois le lecteur peu averti (le livre de Stanislas Dehaene, Apprendre, lui, oscille entre les deux).
La lecture de ce livre devrait être recommandé à tous les éducateurs : en effet il permet, pour soi, de se situer et permet aussi d’apporter aux personnes avec lesquelles on travaille des moyens de mieux comprendre, de mieux percevoir, de construire un esprit critique. En deux parties, la première concernant le fonctionnement du cerveau en lui-même et la deuxième concernant la manière dont le cerveau travaille avec le monde environnant et ses sollicitations, il nous fait entrer dans l’analyse de nos illusions et sur les manières de les prendre en compte pour mieux agir au quotidien. Il nous permet aussi de relativiser en nous introduisant à la pratique du « doute éclairé »…

– Des têtes bien faites, Défense de l’esprit critique, sous la direction de Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée, PUF, 2019
Ouvrage qui associé travaux de chercheurs et pratiques d’enseignants, cet ouvrage a le mérite d’aborder de manière plurielle la formation de l’esprit critique en démontant ce qui en fait les faiblesses, les failles. Certes l’humain est « faible », il développe des analyses du monde qui l’entoure qui sont entachées d’erreurs et d’approximations. A partir de plusieurs cas, il démonte aussi bien le soucoupisme que le conspirationnisme mais surtout il offre des exemples de pratiques pour lutter contre ces dérives et en particulier à l’école primaire. Mais surtout il nous invite à explorer la « zététique », l’art du doute pour encourager à une véritable éducation de l’esprit critique (et non pas à l’esprit critique)

Ces deux ouvrages se complètent d’autant mieux qu’ils évoquent l’un comme l’autre la question du doute comme état d’esprit et aussi en dénonçant la dérive qui peut naître ce doute, le complotisme. Les références scientifiques de ces deux ouvrages sont proches et complémentaires. Leur lecture apportera aux adultes et en particulier aux enseignants des moyens de comprendre et d’agir face et avec les élèves, les jeunes, mais aussi les adultes.

A suivre et à débattre
BD

1983, que disait le politique du numérique

Je continue ici à mettre en ligne des textes qui me semblent devoir constituer les éléments d’une bibliothèque consciente et critique sur la place du numérique en éducation.
Le texte que je vous propose est le compte rendu d’un discours de François Mitterand, fait lors du colloque informatique et enseignement des 21 et 22 novembre 1983. On y retrouve certes des questions historiquement situées, mais aussi des remarques réflexions, propositions dont certaines sont à mettre en perspective avec ce que l’on peut observer aujourd’hui.

Discours de François Mitterand Colloque novembre 1983

A lire et à débattre…

BD

Mais où se trouve donc l’AAP Byod ?

Il est enfin téléchargeable là : https://cache.media.education.gouv.fr/file/04_-_avril/40/2/Cahier_des_charges_AAP_Colleges_BYOD_1107402.pdf

Mais je l’ai aussi mis ici : Cahier_des_charges_AAP_Colleges_BYOD_1107402(1)

Apparemment, le ministère ne communique pas dessus sur ses sites à ce jour :

http://eduscol.education.fr/pid26435/enseigner-avec-numerique.html

On ne trouve rien sur education.gouv.fr (pas de changement depuis aout 2018 sur cette page)…

Enfin on peut s’interroger, à partir de ces constats sur les véritables intentions ministérielles…. sur le numérique éducatif.

A suivre

BD