Michel Serres, un témoin éclairé de notre temps…

Le décès de Michel Serres ne laisse pas indifférent. Philosophe et raconteur d’histoire, il a su amener chacun à avoir envie de penser au travers non pas d’abord de ses ouvrages philosophiques, mais de ses essais. C’est en particulier celui qui a fait polémique, Petite Poucette, qui concerne tous ceux que les questions de transmission, d’éducation et de développement technologique de nos sociétés interroge. Parce que le privilège de l’âge et de l’expérience permet de parler « autrement », il est intéressant de revenir sur certains de ses écrits, tant ils nous disent ce que nous sommes en train de devenir. C’est en quelque sorte aux mutations de notre culture qu’il s’intéresse.

Dans les chapitres 1 à 4 de son livre Petite Poucette, Michel Serres fait un inventaire des changements intervenus dans nos sociétés au cours du XXè siècle et au début du XXIè. Malheureusement, la plupart des lecteurs ont oublié ces quatre chapitres au profit du reste du livre qui décrit cette jeune personne qui intègre le numérique et la vision que Michel Serres donne de l’humain en construction. Considéré comme un optimiste, Michel Serres sait aussi signaler les dangers ou tout au moins les points nodaux des mutations en cours. Ces quatre chapitres montrent que le développement du numérique intervient dans un contexte de transformation bien plus large et que cela suppose que l’on réinterroge ce que signifie « faire société ». Ce sont vingt-neuf points de réflexion que nous avons identifié dans ces quatre premiers chapitres, les voici, réécrits, commentés :

  • 1 – Urbanisation grandissante : les humains vivent désormais presque exclusivement dans des villes
  • 2 – Changement du rapport à la terre et à la nature devenues étrangères, voir exotique (tourisme) : on ne connait plus notre terre, celle qui est là, sous nos pieds, et on tente de la découvrir la plupart du temps en allant « ailleurs », en touriste, en visiteur, en voyeur presque.
  • 3 – Augmentation de la population mondiale : De manière inégale, mais très impressionnante la population a fortement augmenté, questionnant les équilibres à l’échelle de la planète
  • 4 – Augmentation de la durée de l’espérance de vie : jamais nous n’avons vécu aussi longtemps et dans un état de santé largement amélioré, même si de nouveaux problèmes se posent avec l’âge
  • 5 – Une autre vision de la vie que les générations précédentes : L’écart de conception de la vie entre génération s’est agrandi. On ne regarde pas le monde avec les mêmes yeux
  • 6 – Absence de conflits et de guerres sur notre territoire : la violence globale baisse, et en particulier celle issue des grands conflits entre Etats.
  • 7 – Changement par rapport à la douleur, la souffrance : Les progrès techniques et scientifiques ont changé notre rapport au risque, à la maladie, à la douleur. Nous acceptons moins de souffrir.
  • 8 – Contrôle des naissances : Désormais nous choisissons combien et quand nous voulons avoir des enfants. Le contrôle, même a posteriori change notre relation à la parentalité
  • 9 – Évolution de la structure des familles, divorces, unions libres etc… : La tradition familiale se transforme. Elle reste présente dans l’imaginaire, mais est vécue différemment
  • 10 – Hybridation des populations, des milieux et des cultures : l’accélération des moyens de transports des biens et des informations augmente le métissage culturel, mais pose le problème des nouvelles migrations
  • 11 – D’une vie difficile à une vie facile, sans souffrance : le niveau de vie augmente partout dans le monde, confort, commodités, loisirs mêmes, parfois sans effort, mais toujours inégalitaire
  • 12 – Transformation de la représentation de l’histoire et de son déroulement : Nous avons tendance à être amnésiques ou à réécrire l’histoire pour qu’elle nous rassure.
  • 13 – Développement de la représentation visuelle du monde au travers de médias courts : l’accès aux informations sur le monde est désormais instantané et accessible sous des formes très courtes en longueur, en durée (zapping, plan séquence, twitts etc.)
  • 14 – Transformer la société du spectacle en une société pédagogique : Avec les médias de flux on avait le spectacle désormais il nous faut apprendre à faire face à l’information, à la décoder.
  • 15 – L’enseignement menacé par la séduction de l’information : la masse d’information disponible immédiatement nous est rendue accessible au travers de formes de séduction qui sont à l’opposé de l’enseignement tel qu’il a été construit
  • 16 – Perte de crédibilité des enseignants : la valeur du métier d’enseignant, de transmetteur est mise en question par la généralisation de la circulation des savoirs et des informations.
  • 17 – Transformation du fonctionnement mental lié à l’environnement techno-informationnel : peut-on imaginer que le développement du cerveau et la plasticité qui suit ne soit pas marquées par l’environnement nouveau qui est le notre
  • 18 – Évolution de la perception de l’espace topologique : Les distances, les lieux, les espaces ne sont plus perçus de la même manière, présents et distants à la fois
  • 19 – Transformation de l’accès à la connaissance : l’accès à l’information et aux savoirs désormais facilité par les technologies suppose de nouvelles compétences pour pouvoir en faire des connaissances
  • 20 – Évolution de la langue et de son utilisation : Une langue vit. Ses vecteurs d’utilisation l’amènent à s’adapter à la manière dont les humains l’instrumentalisent et s’instrumentent
  • 21 – Montée en puissance de l’individu et de l’individualisme : Le modèle sous-jacent des technologies numériques est celui de l’individu pilote. Mais vers quoi va-t-il piloter sa vie ? c’est l’enjeu de la maîtrise de ces environnements en évolution
  • 22 – La fin de la plupart des collectifs anciens, l’émergence de nouveaux : si les réseaux sociaux ne sont pas nouveaux, les collectifs qui apparaissent actuellement prennent d’autres chemins parfois plus éphémères
  • 23 – Le nouvel individualisme contre le collectivisme, l’appartenance aveugle : l’individualisme montant est aussi le ferment de la recherche d’appartenance, d’identité plus affirmée et partagée
  • 24 – Inventer de nouveaux liens, c’est encore à faire : Les jeunes adultes qui utilisent les technologies numériques construisent de nouvelles formes de liens qui bousculent les modèles antérieurs
  • 25 – Même nos lieux d’enseignement ne sont plus adaptés à ce nouveau monde : Il est désormais paradoxal d’enfermer la transmission dans des lieux fermés alors que les savoirs circulent constamment autour de nous et sont facilement accessibles.
  • 26 – Transformation de la pédagogie comme jadis avec le livre : le livre a imposé un modèle pédagogique basé sur sa rareté. L’univers numérique est aux antipodes du fait de la quantité d’information et de son accessibilité.
  • 27 – De nouvelles possibilités de transmission : transmettre est désormais ouvert à tous et au-delà de l’espace-temps de la présence simultanée.
  • 28 – Une mutation des « cerveaux » : Les cerveaux sont en train de se transformer, de s’adapter à un monde multimodal et circulant.
  • 29 – Changer la transmission impose de changer l’organisation de nos sociétés : il ne suffit pas de s’en tenir à la mutation de la scolarisation, mais bien de parler de l’organisation de la société et de la place de la transmission dans ce contexte nouveau

Toutes ces propositions sont autant de thématiques de réflexion, d’échange, de débat. Mais surtout ils montrent que Michel Serres ne met pas les technologies de l’information et de la communication en dehors des autres progrès techniques et scientifiques. Malheureusement à la lecture de Petite Poucette, la plupart y ont vu une approche positive des technologies numériques et de leur usage par les jeunes sans prendre en compte les autres évolutions. Cette approche analytique des problèmes de notre société est courante et malheureusement introduit un biais important dans l’analyse des situations que nos sociétés traversent. Nous sommes rassurés car l’on peut désigner un coupable….

Pour reprendre et simplifier cette analyse, en voici une version simplifiée de la liste des questions qu’il pose, rédigée à la sortie du livre de Michel Serres

  • Urbanisation des humains,
  • Allongement de l’espérance de vie,
  • Evolution des temporalités de la vie et de la transmission,
  • Apaisement de la vie en société,
  • Disparition des morales de la souffrance,
  • Programmation familiale,
  • Multiculturalisme à l’échelle mondiale,
  • Disparition progressive, en occident en particulier, de l’urgence vitale

Des livres, des livres, des livres… du papier à lire cet été… ou avant

Le livre est un objet qui reste symboliquement très fort car il permet de saisir physiquement une pensée dans la globalité voulue par l’auteur et l’éditeur. A la différence d’une version numérique de l’ouvrage la version papier permet de « tenir dans la main » une pensée, un chemin, une réflexion. Même si l’on peut critiquer le monde de l’édition tant il est divers et pas toujours égal (comme le monde de la presse, et beaucoup d’univers professionnels), une fois que l’on fait ses choix (et non pas subit), on peut alors trouver de quoi avancer dans la réflexion : le livre et un objet qui peut être « complet » pour le lecteur et ainsi lui permettre d’accéder à un ensemble qui a une certaine cohérence. Dans le milieu éducatif et autour, il y a de nombreuses publications. Parmi celles-ci j’ai repéré ces temps-ci plusieurs ouvrages qui pourraient bien nous aider à penser pendant les prochaines vacances d’été.

1 – Pour comprendre comment la populations s’empare du numérique
Dominique Pasquier, « L’internet des familles modestes, Enquête dans la France rurale », Presses des Mines, 2018
Un livre qui permet d’entrer dans un univers rarement exploré et d’une manière telle que l’on touche à la proximité des personnes auprès desquelles l’auteur a enquêté. Une ouverture sur ce que l’on fait du numérique aussi dans les familles modestes et comment le numérique interfère avec les trajectoires de vie

Jocelyn Lachance, « La famille connectée, De la surveillance parentale à la déconnexion des enfants », Erès 2019
On connait l’auteur pour son travail sur les adolescents. Il continue l’exploration en situant désormais son regard sur ce qui se passe dans les familles et avec les adultes. Un regard très riche qui complète ses autres écrits que l’on peut aussi lire dans la revue « l’école des parents »

2 – Pour cartographier les différents aspects que prend le numérique dans notre vie et donc dans notre culture
Dominique Cardon, « Culture Numérique », Les presses de Science Po, 2019
C’est une sorte de « Mooc Papier » que nous propose l’auteur. Bien connu pour ses ouvrages sur les algorithmes, nous retrouvons ici un cours qu’il donne à ses étudiants en 2è année à Science Po où il dirige le Médialab (antérieurement c’était Bruno Latour et Dominique Boullier qui le dirigeaient et l’ont créé en 2010)

3 – Parce que l’esprit critique ne va pas de soi et n’est pas simplement un ensemble de technique, des ouvrages pour nous aider à aller plus loin.
Marion Carbillet et Hélène Mulot, « A l’école du partage, les communs dans l’enseignement », C&F éditions, 2019
Un ouvrage écrit pas deux professeurs documentalistes et qui devrait être lu par tous les enseignants (et pas forcément documentalistes). Même si cet ouvrage est centré sur les élèves, et sur ce que l’on peut leur permettre de développer, il sera d’abord utile à tous les éducateurs. Il ne faudra pas s’arrêter à l’impression de forme d’un texte dense qui peut sembler difficile à lire (les pages son bien pleines… il y a peu d’indications complémentaires de lecture) et

Albert Moukheiber, « Votre Cerveau vous joue des tours », Allary Editions,2019
Démontant un à un les mécanismes psychiques, autonomes et en relation, l’auteur nous invite à découvrir nos forces et nos vulnérabilités mentales. Un document sérieux qui associe approche clinique et neuroscientifique

Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée (sous la dir de), « Des têtes bien faites, Défense de l’esprit critique », PUF, 2019
Associant chercheurs et praticiens, un ouvrage qui aide à envisager ce que peut être l’éducation de l’esprit critique

3 – Parce que les spécialistes peuvent, au delà de nos univers professionnels, nous aider à comprendre une société en mutation.
Dans un autre registre professionnel, deux autres ouvrages pour nous aider à comprendre:

Fabien Tarissan, Au cœur des réseaux, Des sciences au citoyen, Le pommier, 2019
Nous ouvrir les yeux sur « tous » les réseaux, est l’ambition de ce livre qui aide à comprendre bien au-delà de ce que l’on en dit habituellement dans les médias grand public

Bruno Patino, La civilisation du poisson rouge, Petit traité sur le marché de l’attention, Grasset 2019
Dans la suite des travaux sur l’attention et sa captation, l’auteur nous invite aussi à comprendre le marché et les moyens de ce marché

Douter, réfléchir, à l’ère du numérique…

Les réseaux sociaux sont devenus la coqueluche de tous ceux qui débattent sur les fausses nouvelles. Et pourtant, derrière ces services en ligne, il y a des contributeurs et devant des lecteurs. Réduire la question des fausses nouvelles à celle des réseaux sociaux, c’est oublier qu’ils ne sont pas exclusifs des autres vecteurs d’information et de communication, mais aussi que la fausse nouvelle est d’abord une question humaine, intermédiée ou non, par les technologies.
Deux ouvrages bien différents dans l’approche se complètent bien dès lors que l’on aborde la question du côté des « faiblesses de l’humain ». Il est toujours plus facile de trouver des causes externes (locus contrôle externe) du type les écrans, les réseaux sociaux, la télévision, les journalistes… que d’envisager des causes personnelles (locus contrôle interne). C’est parce que les deux ouvrages se rejoignent en partie sur cette approche interne qu’ils nous apportent un regard bienveillant, riche qui incitent chacun de nous à la vigilance et à la « métacognition », appuyée sur des démarches structurées, mais aussi sur une éthique du doute.

– Votre Cerveau vous joue des tours, Albert Moukheiber, Allary Editions,2019
L’auteur a les caractéristiques d’un personnage médiatique : origines plurielles (Liban, France, etc.…), jeunesse (35 ans), champ disciplinaire des neurosciences (doctorat), exercice professionnel de psychologie clinique (cabinet), mais surtout un style, à l’oral (sur France Inter ou sur des vidéos) et à l’écrit très accessible à tout public. Ajoutons à cela que, dans le livre, l’étayage scientifique est bien présent, mais sans entrer dans la complexité et la forme du discours scientifique qui décourage parfois le lecteur peu averti (le livre de Stanislas Dehaene, Apprendre, lui, oscille entre les deux).
La lecture de ce livre devrait être recommandé à tous les éducateurs : en effet il permet, pour soi, de se situer et permet aussi d’apporter aux personnes avec lesquelles on travaille des moyens de mieux comprendre, de mieux percevoir, de construire un esprit critique. En deux parties, la première concernant le fonctionnement du cerveau en lui-même et la deuxième concernant la manière dont le cerveau travaille avec le monde environnant et ses sollicitations, il nous fait entrer dans l’analyse de nos illusions et sur les manières de les prendre en compte pour mieux agir au quotidien. Il nous permet aussi de relativiser en nous introduisant à la pratique du « doute éclairé »…

– Des têtes bien faites, Défense de l’esprit critique, sous la direction de Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée, PUF, 2019
Ouvrage qui associé travaux de chercheurs et pratiques d’enseignants, cet ouvrage a le mérite d’aborder de manière plurielle la formation de l’esprit critique en démontant ce qui en fait les faiblesses, les failles. Certes l’humain est « faible », il développe des analyses du monde qui l’entoure qui sont entachées d’erreurs et d’approximations. A partir de plusieurs cas, il démonte aussi bien le soucoupisme que le conspirationnisme mais surtout il offre des exemples de pratiques pour lutter contre ces dérives et en particulier à l’école primaire. Mais surtout il nous invite à explorer la « zététique », l’art du doute pour encourager à une véritable éducation de l’esprit critique (et non pas à l’esprit critique)

Ces deux ouvrages se complètent d’autant mieux qu’ils évoquent l’un comme l’autre la question du doute comme état d’esprit et aussi en dénonçant la dérive qui peut naître ce doute, le complotisme. Les références scientifiques de ces deux ouvrages sont proches et complémentaires. Leur lecture apportera aux adultes et en particulier aux enseignants des moyens de comprendre et d’agir face et avec les élèves, les jeunes, mais aussi les adultes.

A suivre et à débattre
BD

1983, que disait le politique du numérique

Je continue ici à mettre en ligne des textes qui me semblent devoir constituer les éléments d’une bibliothèque consciente et critique sur la place du numérique en éducation.
Le texte que je vous propose est le compte rendu d’un discours de François Mitterand, fait lors du colloque informatique et enseignement des 21 et 22 novembre 1983. On y retrouve certes des questions historiquement situées, mais aussi des remarques réflexions, propositions dont certaines sont à mettre en perspective avec ce que l’on peut observer aujourd’hui.

Discours de François Mitterand Colloque novembre 1983

A lire et à débattre…

BD

Mais où se trouve donc l’AAP Byod ?

Il est enfin téléchargeable là : https://cache.media.education.gouv.fr/file/04_-_avril/40/2/Cahier_des_charges_AAP_Colleges_BYOD_1107402.pdf

Mais je l’ai aussi mis ici : Cahier_des_charges_AAP_Colleges_BYOD_1107402(1)

Apparemment, le ministère ne communique pas dessus sur ses sites à ce jour :

http://eduscol.education.fr/pid26435/enseigner-avec-numerique.html

On ne trouve rien sur education.gouv.fr (pas de changement depuis aout 2018 sur cette page)…

Enfin on peut s’interroger, à partir de ces constats sur les véritables intentions ministérielles…. sur le numérique éducatif.

A suivre

BD

Publié en 1983, Les Nouveaux Modes de Comprendre

Pierre Babin, qui fut collègue et co-auteur avec Marshall Mac Luhan d’un ouvrage « Autre homme, autre chrétien a  l’âge électronique » (Ed Chalet 1978) est avec Marie France Kouloumdjian (qui fut professeure à Lyon 1) l’auteur cet ouvrage sous-titré « La génération de l’audiovisuel et de l’ordinateur ». (Centurion,1983)

Le chapitre dont sont tirés les phrases du précédent post est accessible ici :

Les chances de l école babin kouloumdjian p 127 142

Chacun pourra approfondir ce chapitre pour en mesurer la dimension et visionnaire et toujours actuelle pour une grande part. Cette lecture doit nous rendre humble, en particulier lorsque l’on croit découvrir des questionnements qui en réalités ne sont pas du tout nouveau, mais simplement réactualisés et enrichis.
On a tort de négliger les propos des anciens, même s’il est souvent impossible d’accéder à leurs écrits (droits d’auteur obligent et absence de numérisation)

Dans le même ouvrage (dans les premières pages et le premier chapitre) on trouve aussi ces deux éléments qui se complètent sur ce que l’on disait de la nouvelle génération au début des années 1980. On pourra là encore remarquer récurrence et répétition dans plusieurs propos actuels :

Un montage audiovisuel sur la nouvelle génération présentait les éléments suivants en 1980

  • Ils ne voient plus comme avant (un caméra prolonge l’oeil)
  • Ils n’entendent plus comme avant (un transistor collé à l’oreille)
  • Ils ne parlent plus comme avant (un écouteur de téléphone à l’oreillé)
  • Ils n’apprennent plus comme avant (une classe devant les machines à apprendre)
  • Ils ne commandent plus comme avant (commande au micro et boutons devant un pupitre)
  • Ils ne marchent plus comme avant (un cosmonaute dans sa fusée)

Un tableau des étonnements, des questions et des reproches qui naissent de l’ancienne culture face à l’univers mental de la nouvelle génération

  • La puissance de concentration en baisse
  • Un étalement dans la superficialité
  • Une passivité accrue
  • La perte de l’esprit critique et du raisonnement
  • Pertes des notions de temps et de distance

A suivre et à débattre bien sûr
BD

Mais qui donc a pu écrire ces phrases

Dans ce billet en deux temps, je vous soumets, en premier ces phrases, « aphorismes » qui méritent d’être explorées. Dans un deuxième temps, je vous donnerai le texte intégral et surtout les auteurs.

Mais qui donc a écrit ces phrases ? et quand ?

  • Faut-il encore une école ? Oui et plus que jamais, pour trois raisons : la communication, la distance, la mémoire.
  • . Une école transformée, certes, mais bien une école avec ses murs et son relatif isolement, ses habitudes régulières et son brin de conservatisme, ses éducateurs, ses « maîtres » du savoir et ses pôles de résistance à la jeunesse.
  • Contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vue, la multiplication des moyens de communication n’aboutit pas à un accroissement de communication entre les personnes, mais à un accroissement des réceptions individuelles de messages.
  • La véritable nouveauté du self n’est pas le partage de la nourriture, mais la « compartimentation », non pas l’élargissement de la communication, mais l’individualisation des services collectifs. L’individu peut choisir pour son plateau et isoler dans son plateau. Ainsi, le vieux sens de la table est-il cassé.
  • L’école idéale devrait être intimement liée à la cité et non rejetée à l’extérieur des communications habituelles du peuple. Liée, mais à part.
  • L’idée que nous proposerions de l’école est celle d’un campus où l’on ne vient pas d’abord pour « apprendre des choses ?» ce qu’on peut faire seul chez soi avec une machine, mais pour apprendre le lien que les choses ont avec l’action et la sagesse de vivre.
  • Bref, une école, lieu de connexions.
  • Au professeur, comme par le passé, on demande le véritable savoir : ce savoir qui n’est pas une connaissance matérielle et pseudo-objective, mais bien une connaissance reliée à l’homme, située, organisée et vivifiée.
  • A la multiplication des techniques de contrôle ou de manipulation, seule peut répondre-une éducation critique à la communication humaine. En définitive, c’est l’avenir de la démocratie qui est ici en jeu.
  • Autant nous avons insisté sur la nécessité de l’immersion pour comprendre un message audiovisuel, autant nous insistons maintenant sur la nécessité du second temps, la distance, pour parvenir à une certaine vérité de la connaissance.
    • Les trois distances :
      – La première distance à établir est une distance de l’œil par rapport à l’objet
      – La deuxième distance à instaurer est celle de la connaissance critique des nouveaux langages , autre élément de distance : la connaissance des infrastructures
      – Il est une dernière distance, la plus importante : celle de l’éveil du” Moi-Je » . Peut-on la demander à l’école ?
  • Qui vit dans les médias perd la mémoire. Et le sens des choses importantes. La loi du journalisme est celle de l’anormal. Seul l’écart à la norme est intéressant pour le journaliste.
  • Aussi voyons-nous qu’une place importante soit réservée dans l’école de demain à la bibliothèque-médiathèque. Non pas un lieu étriqué et poussiéreux, mais un lieu vaste et agréable où se trouvent côte à côte la table de travail, la collection de revues ou magazines, les livres, les disques et documents audiovisuels, etc.
  • L’école d’hier était construite autour des salles de classe et d’étude. L’école de la civilisation audiovisuelle électronique pourrait être construite autour de la bibliothèque-médiathèque.

Les questions de 1981 peuvent se reposer aujourd’hui…. sur le numérique en éducation

JACQUES ELLUL Education 2000 1981

Ce document que vous pouvez télécharger est aussi ci-dessous.
En 1981, Jacques Ellul est interrogé dans une revue de l’Institut Supérieur de Pédagogie de Paris sur le lien entre enseignement et informatique. Son analyse, bien que datée, mérite d’être relue, ligne à ligne et mise en perspective avec ce que l’on vit aujourd’hui. Malheureusement, les questionnements qu’il a soulevé en son temps n’ont pas été entendu suffisamment, et encore aujourd’hui je vous invite à le lire « précisément et jusqu’au bout… car s’il ne fait pas 100 pages, il ne fait pas non plus 288 caractères….

 

Jacques Ellul, Professeur de droit à 1 ’Université de Bordeaux], est l’auteur de nombreux ouvrages sur des questions aussi différentes que la technique, l’information, la propagande, l’éthique, la foi. Les deux plus récents sont, rappelons-le : La Foi au prix du doute (Hachette) et La Parole Humiliée (Seuil). Ses récentes prises de position sur l’évolution de l’enseignement supérieur ont été remarquées. Sa réputation ne cesse de croître à l’étranger où il est reconnu comme une des voix libres en France. Il aborde ici le rôle fondamental de l’enseignant.

Education2000 N°19, Informatique au présent, ISP, Paris, 1981

Informatique et Enseignement

Ce thème est d’autant plus important que le gouvernement a décidé de faire pénétrer l’informatique dans les collèges et lycées. Nous sommes en présence d’une volonté délibérée, à l’égard de laquelle, il me semble, 1e corps enseignant a nettement à prendre parti. Mais il faut d’abord essayer d’éclairer le problème. Ce qui n’est pas simple. Il faut évidemment séparer l’enseignement de l’informatique d’avec l’enseignement où l’ordinateur est intégré comme appareil d’enseignement. Pour le premier point, il ne soulève pas de grandes difficultés à première vue : du moment que les élèves seront appelés, dans tous les métiers qu’ils exerceront, à utiliser l’informatique, il vaut mieux qu’ils soient au courant de l’utilisation des ordinateurs, de la programmation et qu’ils puissent s’intégrer dans le « logiciel ». Soit. Je n’insisterai pas là-dessus, je me bornerai à faire deux remarques.

Tout d’abord, s’il fallait préparer les élèves à l’usage de tous les engins, pourquoi la conduite automobile ou la dactylographie ne seraient-elles pas, aussi, enseignées dans les collèges ?

La seconde est plus sérieuse : la décision est prise en fonction d’une certaine conception de la société, de l’évolution : « C’est la fatalité, 1e destin. On n’arrête pas le progrès. » Maintenant que l’on a commencé à informatiser, bien entendu, il y aura de plus en plus d’ordinateurs partout, de robots, d’engins de bureautique, de télétex, etc, etc. c’est fatal. Donc il faut préparer les enfants à entrer dans cet univers informatisé. Or, ce n’est pas tout à fait évident. Mais surtout, il faut être très au clair Sur le fait que personne au monde n’est actuellement capable de dire quels seront les effets de cette informatisation. Les experts les plus compétents sont tous en contradiction sur tout. Non pas sur la technique des appareils eux-mêmes, bien sûr, mais sur les effets psychologiques, sociologiques, économiques, politiques, de cette informatisation. Nous sommes dans une ignorance totale. Pour les uns, il est évident que l’informatique va accroître le chômage, mais d’autres démontrent que l’informatique est créatrice d’emplois. Pour les uns, il est évident que l’informatique est l’instrument par excellence de la concentration des pouvoirs, de la centralisation et du contrôle socio-politique, mais les autres tiennent pour non moins évident que l’informatique est créatrice de décentralisation, d’autonomie des petites unités, de libération. Pour les uns il est évident que l’informatique restitue le pouvoir à la base et fournit de l’autonomie de choix, de décision, et qu’elle est créatrice de relations conviviales multiples. Pour les autres, qu’elle supprime toute possibilité d’intervention, de choix, et qu’elle substitue à des relations personnelles des relations anonymes. Or chacun a des arguments décisifs Et je pourrais multiplier les exemples. Autrement dit, c’est un domaine où nous ne savons rien.

Et il ne faut surtout pas dire que l’informatique est un outil neutre qui sera ce que nous voulons ! En réalité, l’informatique entre dans une société d’un type donné : élitiste, centralisée, concentrée. Où seraient les forces capables d’aller à l’encontre ? Il ne faut pas imaginer que l’informatique va produire un changement du courant social par elle-même. Il paraît vraisemblable qu’elle entraînera d’une part une croissance de l’atomisation sociale et en même temps une centralisation croissante. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il paraît dangereux de préparer les enfants à entrer dans une société informatisée dont on n’a pas la plus petite idée de ce qu’elle peut être et de les y adapter d’avance. Autrement dit, l’enseignement de l’informatique n’est pas tout à fait identique à l’enseignement de toutes les autres matières du programme, ou bien, pour ceux qui s’accordent avec les thèses de BOURDIEU et PASSERON, c’est une matière d’enseignement qui porte à la puissance n les orientations qu’ils avaient détectées.

Mais notre propos ici n’est pas tellement de penser l’informatique en tant que matière à enseigner, c’est l’autre aspect qui doit nous retenir, l’informatique participant à l’enseignement, l’ordinateur, aide ou substitut du professeur. Et il semble que nous soyons en présence alors de deux ordres de questions. L’ordinateur peut-il se substituer à l’enseignant ? Celui-ci, par ailleurs, peut-il accepter d’être un acteur supplémentaire d’intégration sociale par la diffusion et l’accoutumance à l’informatique ?

On a eu quelques illusions il y a une dizaine d’années quant aux possibilités pédagogiques de l’ordinateur. Aux deux extrêmes on vous représentait, soit un enseignement distribué par un ordinateur central, relayé dans chaque classe de tout un pays, et l’enseignement s’effectuant par le complexe « Ordinateur-Télévision-Téléphone ». Un ordinateur à lui seul, convenablement programmé, pouvait distribuer pour tout un pays un même enseignement d’une certaine matière, à un certain niveau. L’autre extrême : l’ordinateur répétiteur pédagogue individualisé. D’une patience inlassable et capable de conduire méthodiquement chaque élève au point de compréhension ou d’exécution satisfaisant. L’ordinateur fera, sans impatience, répéter la phrase d’anglais par l’élève jusqu’à ce que celui-ci l’ait formulée sans faute grammaticale et avec un accent parfait. Des deux côtés c’est absurde. Les problèmes sont malheureusement plus complexes. Admettons d’abord que s’il s’agit d’une transmission de connaissances, l’ordinateur peut être programmé pour ce travail parfaitement bien. Il saura tout, il n’oubliera rien, il communiquera les connaissances matérielles, formelles, sans lacune, et il répétera autant de fois que cela est nécessaire. S’il s’agit de corrections de devoirs, l’ordinateur peut évidemment corriger des épreuves, dire si la solution du problème est exacte ou non, en mathématique, physique, etc. et même détecter où a eu lieu l’erreur de raisonnement. De même, il peut corriger les fautes d’orthographe ou, s’il a été programmé de façon particulièrement sophistiquée », corriger des thèmes et des versions. Ceci étant déjà beaucoup plus contesté par les spécialistes. En réalité, on n’a pas encore d’ordinateur qui soit une machine à traduire de façon satisfaisante. Enfin dans le domaine du contrôle des connaissances, l’ordinateur peut toujours fonctionner tant qu’il s’agit de réponse par « vrai ou faux ». Il ne peut guère aller au-delà. C’est-à-dire que, pour prendre deux exemples dans ce domaine des corrections, d’une part l’ordinateur restera totalement incapable d’apprécier la qualité du style d’une composition française (il ne pourra jamais qu’apprécier la conformité du style à celui que le programmateur a estimé être le bon), encore moins les inventions stylistiques ; d’autre part il restera totalement incapable d’évaluer une nouvelle interprétation des faits historiques ou des opinions philosophiques. L’ordinateur ne pourra jamais corriger des copies sur les « origines du capitalisme » par exemple, ou sur la relation de Kant et de Hegel…

Mais venons-en au plus sérieux : la formule qui s’est répandue partout ces derniers mois était que « les Machines à enseigner rendront caduque l’éducation nationale enfermée dans les murs de l’École ». Je prétends pour ma part que c’est une énorme sottise. Et ceci à deux niveaux. Transmettre des connaissances par des moyens plus efficaces, c’est le même problème que la Télévision. Il est absurde de dire que la TV est la grande concurrente de l’école, ou plutôt ceci dénote la démission des enseignants. La TV transmet quoi ? Un amas informe de connaissances, vous Verrez de façon passionnante un reportage sur les phoques, des films sur les animaux sauvages, une information de vulcanologie, des explications (sommaires) sur tel phénomène économique, une pièce de Shakespeare Ou de Sophocle… (pour les meilleures émissions !) et j’entends bien que tout cela est fort intéressant, mais cela ne constitue ni une culture, ni une pensée. Pour comprendre et utiliser correctement ces informations, ces manifestations, il faut déjà avoir un cadre culturel dans lequel chacune de ces pièces viendra se situer. Il faut avoir un outil intellectuel qui permette d’analyser, de décrypter les significations, de procéder à des comparaisons, etc. Autrement dit : la TV peut servir de complément à une formation intellectuelle et culturelle, sinon elle donne un magma de connaissances absurdes, elle produit une parfaite incohérence mentale et de la confusion.

Une culture ce n’est pas une accumulation d’informations, mais une organisation capable d’assimiler et de mettre en place ces informations. Une intelligence n’est pas un outil capable de répondre aux questions du Quitte ou double, mais une capacité de critique, d’analyse et de synthèse, que ni la TV ni aucun ordinateur ne permettront de développer. Autrement dit, l’ordinateur comme assistant d’un professeur pour la répétition des connaissances, pour l’illustration ou pour la totalisation : oui. Mais il reste parfaitement inerte pour la formation de cette intelligence ou de cette culture. Il peut même devenir un obstacle important. En effet, jusqu’ici l’intelligence a toujours fonctionné à partir des données concrètes (seule l’algèbre ou la mathématique moderne y échappait). On pensait sur des faits rencontrés, sur des expériences effectives, Il y avait un rapport entre la vie et la pensée. On critiquait, à juste titre, les programmes qui faisaient apprendre du Racine à des enfants de treize-quatorze ans qui ne pouvaient guère entrer dans ces finesses psychologiques. Avec l’ordinateur, on passe à un autre type de pensée, il y a modification du mode même, non seulement de raisonnement, mais de pensée : on va travailler sur des informations qui seront toujours abstraites. Précisément parce qu’elles sont totales et globales. Elles ne se réfèrent plus à rien d’expérimental vécu. Je ne peux ici développer cette indication.

Mais nous voyons déjà par ce que nous disions plus haut, apparaître, non pas une modification du rôle des professeurs, mais je dirai le retour à l’essentiel. Et c’est assurément une des qualités importantes de l’informatique de nous mettre au pied du mur pour savoir si nous sommes capables d’assumer notre rôle humain. Ici, en particulier, est-ce que le professeur va cesser d’être un diffuseur de connaissances pour devenir (ce qu’il doit être !) un formateur d’intelligence et un initiateur de culture  » Et ici l’informatique ne peut en rien le remplacer. Mais il devra se battre pour surpasser la logique informatique et la fascination de l’appareil miraculeux !

Et voici un second domaine où l’enseignant-personne » me parait indispensable, irremplaçable dans l’enseignement, un domaine où l’ordinateur ne peut entrer, une qualité irréductible à l’informatique. Le professeur n’est pas, ne peut pas être seulement un transmetteur d’information ; qu’il le veuille et le sache ou non, il est immanquablement pour les élèves une présence vivante, un adulte, qui va être soit un modèle d’identification, soit un vis-à-vis de répulsion. L’élève inévitablement se forme par rapport à Ia personnalité du professeur. Il peut l’admirer, le mépriser, le haïr, le redouter, l’aimer, le rapport humain est inséparable de « l’instruction ». Il y a en même temps apport intellectuel et « in-struction >>, c’est-à-dire construction à la fois d’une connaissance, d’une culture et d’une personnalité. La relation humaine est indispensable à la formation intellectuelle. Aucun ordinateur ne transmettra en fait aucune formation intellectuelle (sinon des capacités abstraites de raisonner juste) parce qu’il n’est qu’un mécanisme et ne présente qu’une voix de robot et un écran glacé de téléviseur. Or, dans la mesure où l’école reste le lieu principal pour les enfants (depuis la réduction du temps passé dans la famille, du rôle de la famille, depuis aussi le développement du travail des mères de famille), il faut, il est indispensable que l’enfant ait une relation humaine à l’école avec des adultes. Le professeur doit (devait déjà, et il y manquait parfois, mais doit absolument, encore plus maintenant !) être un « modèle de vie » dont l’enfant a besoin. Or, ceci comporte deux aspects également indispensables. Tout d’abord nous savons de mieux en mieux, depuis BUBER, que la personnalité ne se forme et ne se développe que dans la relation à une autre personne. C’est parce que je suis quelqu’un qui existe pour l’autre que j’apprends à exister en moi-même. La fameuse relation du Je et du Tu. Je suis parce que Tu es là. Je suis appelé « Tu » par l’autre, et par là je deviens ce que je suis. Or, cette relation me paraît fondamentale dans la pédagogie, dans la relation Maître-Élève. Et peut-être s’il y a eu des réactions dures et négatives de la part des élèves, c’est aussi parce qu’ils se sont trouvés en présence de Professeurs qui étaient sans doute de bons techniciens pour leur faire apprendre des choses, mais pas exactement le vis-à-vis qui permette à l’élève de devenir un « Je ».

Et l’autre aspect est complémentaire, il s’agit encore de la formation de la personnalité : là aussi la psychologie a évolué, on reconnaît maintenant que celle-ci apparaît toujours dans un affrontement à un obstacle, à une discipline, à un interdit. Bien entendu, il ne faut pas que l’autorité, la contrainte, soient telles qu’elles écrasent celui qui en est l’objet. Il faut une discipline, une « loi », mais qui soient telles que l’enfant qui entre en conflit avec ce pouvoir développe ses propres forces, soit capable d’un dépassement. Il faut que la transgression soit toujours possible. La réaction d’une pédagogie non directive contre l’autoritarisme et la rigueur absolue a conduit à une sottise, l’abandon de toute autorité. Autrement dit, tout doit se jouer dans une relation humaine souple où celui qui est investi d‘autorité la manifeste à un niveau tolérable et de façon telle qu‘elle puisse être un facteur de développement de l’autonomie de la personne de l’élève et non pas une « mise au pas » et une conformisation. Or. il est évident que dans tous ces domaines, l’ordinateur ne peut strictement rien ! Il ne sert à rien. Il n’existe pas. Mais la conjugaison : ordinateur-professeur, conduit à magnifier le rôle du professeur, agent de culture d’une part et de formation de personnalité de l’élève d’autre part. Il est maintenant dans cette fonction l’agent décisif de ce que va devenir la génération qui vient, bien plus important que la TV ou l’ordinateur. Mais il est évident que, ou bien il acceptera cette mission, ou bien il sera remplacé par la machine.

Or une autre inquiétude s’est faite jour. L’ordinateur est évidemment un instrument d’intégration et de contrôle social. Nous n’allons pas ici discuter de centralisation ou décentralisation, la question est controversée et « indécidable » pour le moment, malgré, à mon avis, une très forte probabilité en faveur de l’ hypercentralisation. Mais de toute façon avec l’enregistrement des données, l’inter-connexion des fichiers, la rapidité de transmission des informations, on est obligé d’admettre que le contrôle social s’exercera inévitablement et de façon de plus en plus lourde et, en même temps, dans la mesure où l’individu est de plus en plus accoutumé, adapté, familier à l’égard des systèmes informatisés, il tend à réagir de moins en moins contre une telle possibilité. Le gadget électronique n’est pas innocent. Il nous conduit à considérer comme tout-à-fait simple et normal le développement des banques de données et des fichiers de contrôle. Dès lors, l’entrée de l’ordinateur à l’école paraît exactement du même ordre, et présente les mêmes dangers : adaptation de l’enfant à cet appareil, reconnaissance que tout ce que fait l’ordinateur est à la fois compréhensible, utile, efficace et même indispensable, dès lors acclimatation à toutes les applications de ce qui est non pas un appareil, mais un énorme réseau. Bien entendu, cette crainte est tout-à-fait légitime.

Mais j’avancerai alors dans une voie qui est périlleuse, car elle conduit à prendre des orientations inverses des intentions de nos gouvernements quand ils veulent informatiser l’école. Si nous considérons qu’il s’agit d’élever des hommes et non pas de fabriquer des techniciens, si nous pensons d’autre part que l’informatique présente, dans la diversité incontrôlable de ses applications, des dangers extrêmes, j’aurai tendance à considérer alors cet ordinateur en tant qu’ennemi. Je précise bien : je ne dis pas qu’il le soit. Mais il a la potentialité de l’être, et nous n’avons aucune garantie qu’il ne le soit pas. Or, à l’égard d’un ennemi totalement invisible et inconnu, nous n’avons aucune arme, aucune possibilité de nous protéger, et de nous défendre. Tant que la médecine ignorait les microbes, elle ne pouvait pas défendre le malade contre eux. En face de la propagande, j’ai montré par ailleurs que la défense ne consiste pas à faire une contre-propagande (qui reste une propagande !) mais bien à démonter les mécanismes de propagande, à expliquer les ressorts et les processus, à montrer pourquoi telle personne dit ceci, à apprendre au propagandé qui va se passer, sur quoi, en lui, on agit, comment on attend qu’il réagisse et comment il peut déjouer cela. De même encore, un grand spécialiste des tests de personnalité, ayant vu l’extrême danger de leur application, a écrit un livre remarquable pour avertir le public non pas de ce danger, mais du « comment ça fonctionne », comment sont conçues les questions, comment sont interprétées vos réponses, comment les données sont croisées, de façon à ce que le lecteur apprenne à échapper à ce type de classement et de contrôle. Il en est, à mon sens, exactement de même ici. Ce n’est pas en refusant de faire de l’informatique en classe que l’on préservera les élèves. Ils seront possédés par les gadgets et des écoles d’entreprises. Il faut au contraire leur apprendre ce que c’est, comment on s’en sert, ce qui est possible avec ces appareils démonter à la fois l’apparei1 lui-même et la société dans laquelle il se développe, et montrer le réseau de toute l’informatique, pour apprendre à l’élève à se méfier et à critiquer cette évolution. C’est le seul moyen de limiter le contrôle social par l’informatique. Bien entendu, il ne s’agit pas de développer une hostilité systématique (et à la limite de provoquer la destruction des appareils !), ni une mentalité de panique devant un tel pouvoir (ce qui fut parfois le tort dans la propagande antiatomique). Mais il faut partir de la certitude que c’est quand on connaît effectivement une situation que l’on peut la dominer. C’est quand on a analysé les éléments du pouvoir que l’on peut élaborer un contre-pouvoir. C’est toujours à partir une appréhension exacte, approfondie, rigoureuse de la réalité que l’on peut trouver une réponse au défi de cette réalité. Il serait alors nécessaire de concevoir cet enseignement non pas comme : « Comment peut-on se servir le mieux possible de l’ordinateur ? Comment peut-on servir le mieux possible l’informatique ? Comment être, grâce à l’informatique, un agent plus utile au développement de la société ? ». Mais bien : « Comment, connaissant les pièges et les dangers de ce réseau, de ces mémoires ces contrôles qui recouvrent la société, trouver une parade, une riposte pour sauvegarder la liberté de l’homme et sa capacité de jugement ? Comment détourner l’informatique de son orientation évidente pour la faire servir à un contre-pouvoir ? Comment rompre la systématique technicienne précisément en utilisant l’extrême développement de cette technique ? ». Voilà quel est l’enseignement, tout à fait orienté, thématisé, qui peut en même temps mettre l’élève au courant de cet appareillage inévitable et dans une situation de choix, de décision et d’indépendance. Il est évident que ceci implique de la part des professeurs une mutation pédagogique exactement comme le premier point. Il n’a encore jamais été pratiqué, cet enseignement « en partie double », d’une part apprendre une science ou une technique, d’autre part, et en même temps, apprendre la critique à l’égard de cette même science et technique. Il est très intéressant de constater que, ou bien le professeur était tellement séduit, enthousiaste, convaincu de la validité de la science qu’il oubliait totalement la réserve critique. Ou bien ceux qui prétendaient faire la critique le faisaient à partir d’un a priori idéologique (la science est bourgeoise, il faut faire une critique de classe, etc.) qui se situait tout-à-fait en dehors du cadre scientifique, et il faut bien dire que dans ce cas, très souvent, l’enseignement dans sa scientificité et sa technicité manquait de rigueur et d’exactitude. Il faut, autrement dit, accéder à un niveau supérieur de l’enseignement où la critique soit intégrée (mais non pas comme on le faisait souvent en science : on faisait la critique d’une théorie, à partir d’une meilleure…) et effectuée à partir de la connaissance qu’il n’y a pas de science innocente et qu’il faut l’apprendre aux élèves. L’informatique me paraît être le cas privilégié pour faire cette démarche, en même temps qu’elle est le défi qui nous est adressé (peut-être le dernier, avec le génie génétique) pour nous obliger à repenser un enseignement qui permette à l’élève de devenir un adulte capable de procéder à des choix dans un monde d’objets d’informations et de machines. Il va de soi que ces orientations, qui montrent que le rôle des professeurs reste absolument central, vont exactement à l’encontre de l’attente gouvernementale. Mais il serait temps que le corps professoral retrouve 1e sens de sa vocation spécifique et de son pouvoir.

 

Jacques Ellul

  1. Whyte : L’homme de l’Organisation

Version partielle de l’AAP Byod/AVEC

Le document ci-dessous ne comporte pas les annexes. Il s’agit de la dernière version en notre possession, les dates sont susceptibles d’être changées. Seule le document publié au BOEn fera fois….

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Appel à projets « Collèges numériques et expérimentation de projets pédagogiques innovants s’inscrivant dans une démarche BYOD/AVEC » année 2019

Appel à projets opéré dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA).

  1. Motivation de l’appel à projets et cibles

Dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir destiné à soutenir le développement de l’innovation numérique pour l’éducation, les collectivités territoriales, en lien étroit avec les académies concernées, pourront répondre au présent appel à projets émis par l’Etat.

L’ambition de cet appel à projets est d’impulser, d’accompagner et de généraliser les projets pédagogiques mettant le numérique au service des apprentissages et de la transformation des pratiques pédagogiques. Il vise pour cela à développer les expérimentations des collèges s’appuyant sur l’utilisation de l’équipement personnel des élèves pour accéder aux ressources pédagogiques.

Ce type d’approche, dit BYOD/AVEC[1] désigne l’usage, dans le cadre scolaire, d’un équipement numérique personnel dont la responsabilité ne relève ni de l’État ni de la collectivité. Ce modèle semble être aujourd’hui une alternative pertinente à l’équipement massif des élèves, à l’allégement du poids du cartable ou encore à une appropriation facilitée de l’outil informatique par les apprenants.

En conséquence, cet appel à projet émis par l’Etat vise les collèges publics et privés sous contrat, en ciblant l’action sur le soutien des dispositifs complémentaires d’équipements à destination des élèves boursiers et des enseignants non encore équipés.

Dans ce but, l’État investit 25 millions d’euros dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir pour soutenir les projets pédagogiques innovants basés sur le modèle BYOD/AVEC dans les collèges.

Les projets pédagogiques présentés dans le cadre des réponses à cet AAP, doivent reposer sur le volontariat des équipes pédagogiques concernées qui s’engageront, avec le soutien des académies (accompagnement, formation, ressources…), à mettre en œuvre les innovations pédagogiques proposées. La réponse à l’AAP sera ainsi l’expression de la volonté de chacun des acteurs, collectivité, équipe pédagogique, académie, de faire converger leurs efforts au service du projet sollicitant le soutien du Programme des investissements d’avenir.

Le soutien accordé contribuera au financement de l’équipement de l’établissement pour des dispositifs de prêt individuel aux élèves boursiers et aux enseignants selon les règles de subventionnement prévues par le PIA.

Les réponses devront prendre en compte les contextes territoriaux. A cette fin, elles devront être co- construites par les chefs d’établissement, les équipes éducatives, les académies et les collectivités territoriales partenaires, en y associant éventuellement les services des opérateurs de l’Education nationale présents dans les territoires (Réseau Canopé, ONISEP, CNED).

 

Les collectivités territoriales de rattachement des collèges candidats, en lien avec la DANE, la DSI et les corps d’inspection, les accompagneront dès l’élaboration de leur projet pédagogique. De la définition de ces projets pédagogiques découleront les projets d’investissement pour le numérique dans ces collèges (acquisition des équipements mobiles pour le dispositif de prêt, et financement de l’équipement individuel des enseignants) qui seront proposés au soutien financier de l’Etat dans le cadre de ce programme. Les dépenses éligibles au soutien de l’Etat sont décrites au paragraphe III-6.

Les collèges qui s’engageront sur cet appel à projets pourront s’appuyer sur les retours d’expérience des projets de type BYOD/AVEC menés dans les collèges laboratoires (dits « collèges lab’ ») soutenus par le PIA et retenus en 2017.

Les académies et les collectivités devront répondre à l’appel à projets dans le respect des principes généraux du présent cadre national. Les réponses seront collectées selon un calendrier décrit au paragraphe VI.

  1. Les objectifs du programme d’investissement via cet appel à projets

Le développement du numérique à l’Ecole constitue un volet essentiel de l’aménagement numérique d’un territoire. C’est donc nécessairement un objectif partagé entre l’Etat et les collectivités territoriales. En conséquence, la réponse à cet appel à projets invite au rapprochement, à la réflexion commune et à la mise en cohérence des objectifs et des projets entre les différents acteurs de ces territoires (collectivités, chefs d’établissements, équipes éducatives, et fédérations de parents d’élèves) et à la mise en place d’une gouvernance partagée.

Par l’intermédiaire du soutien aux expérimentations de type BYOD/AVEC, le programme vise à favoriser la réussite des élèves et développer leurs compétences, numériques notamment en :

  • Simplifiant l’utilisation du numérique au service des orientations éducatives et des objectifs pédagogiques ;
  • Adaptant l’utilisation du numérique aux redéfinitions des espaces d’apprentissage grâce notamment à l’aspect nomade des terminaux actuels ;
  • Accueillant les équipements individuels des élèves, pour accéder aux ressources et personnaliser les apprentissages, tout en capitalisant sur l’implication des élèves;
  • Recentrant et rationalisant les investissements, des collectivités et de l’Etat, en fonction de leurs compétences sur les infrastructures, les ressources et l’accompagnement.

 

Les réponses doivent contribuer à favoriser l’innovation pédagogique et la transformation des pratiques pédagogiques dans le collège au service de la réussite scolaire de tous les élèves. Que le projet concerne l’ensemble des classes ou un périmètre limité, il donnera lieu à un suivi et une évaluation permettant d’accompagner la mise en œuvre et dégager les enseignements liés à l’observation du choix du BYOD/AVEC pour l’équipement (accès aux ressources, conditions de réussite, implication des familles, pratiques des enseignants, impact sur les missions éducatives).

Les collèges retenus dans le cadre de cet appel à projets ont vocation à impulser et développer l’écosystème éducatif dans leur territoire :

  • –  en assurant une continuité des apprentissages entre l’établissement scolaire et le domicile familial permettant aux élèves d’être accompagnés en dehors du temps scolaire, notamment par des associations pour l’aide aux devoirs ou toute autre activité liée au numérique pour l’éducation proposées aux élèves par les enseignants. Cette démarche constitue une dimension à part entière d’une pédagogie numérique ; les outils proposés pourront être des outils existants ; l’appropriation de leur usage sera facilitée par les enseignants.
  • –  en contribuant aux dispositifs de formation pour les étudiants et les fonctionnaires stagiaires de l’ESPE, dans un objectif d’observation/ découverte, de formation et de diffusion des bonnes pratiques.

 Les réponses, s’inscrivant dans l’esprit des motivations exposées en partie 1, s’appuyant sur un projet pédagogique et éducatif innovant, sont construites conjointement par les collectivités territoriales concernées et les équipes éducatives sur la base d’un diagnostic partagé, d’objectifs validés par tous (niveau d’équipement collectif et d’infrastructures, moyens nécessaires pour la mise en œuvre du projet pédagogique). Elles peuvent intégrer sur proposition de la collectivité des éléments de la politique éducative locale, notamment dans le champ périscolaire et numérique. Les fédérations de parents d’élèves et acteurs territoriaux associés à l’action éducative sont sollicités en tant que de besoin. Les équipes s’appuieront sur l’expertise des corps d’inspection. Les projets BYOD/AVEC pourront participer aux objectifs définis dans le « Plan national Inclusion numérique » du secrétaire d’Etat au numérique.

Les projets auront pour prérequis une association entre le projet de l’établissement et les résultats de la recherche (en particulier, la formation et l’accompagnement pourront prendre appui sur les résultats des projets e-fran) autour des apprentissages des élèves :

– apprentissages fondamentaux (lire-écrire, compter, respecter autrui)

– préparation aux métiers de demain (connaître et maitriser le code informatique, savoir travailler en équipe, savoir mener un projet, de la phase d’idéation jusqu’éventuellement au prototypage ou la création de start-up)

– apprendre à utiliser le numérique avec discernement, (esprit critique, prévention des addictions, et éducation aux médias — savoir déjouer les manipulations, savoir trier et s’approprier l’information.

III. Principes du programme d’investissement

  • III-1 Un projet pédagogique et éducatif
    • La participation au présent appel à projets implique, au préalable, l’élaboration en lien étroit avec les collectivités territoriales concernées d’un projet cohérent et innovant, aux niveaux pédagogique et éducatif. La subvention par collège, décrite au paragraphe III-6, a pour objet d’accompagner le développement de ce projet. Elle doit être associée à des actions de conduite du changement, en particulier par la formation, l’identification des besoins numériques et leur évaluation.
    • Le projet pédagogique et éducatif présenté dans le cadre de ce programme d’investissement doit être couplé à la mise en place des dispositifs nécessaires pour accueillir des équipements numériques personnels dans les établissements du territoire et permettre l’accès aux ressources numériques dans le respect de la réglementation pour les données personnelles.

Enfin, les projets doivent prendre en compte la situation particulière de chacun des territoires afin de permettre par exemple que :

– des projets existants d’équipements individuels ou collectifs puissent être poursuivis, avec la modalité BYOD/AVEC, sous réserve des conditions d’éligibilité ;

– les territoires les plus en retrait puissent initier une démarche porteuse d’un développement des usages innovants du numérique ;

– les principaux axes de la politique conduite conjointement entre l’Etat et les collectivités au niveau du territoire soient nourris par les objectifs de ce projet :

  • renforcement de l’équité territoriale,
  • résorption de la fracture dans les usages du numérique,
  • cohérence avec les projets développés en collèges dans le territoire.

III-2 Projet d’Établissement

Quel que soit le périmètre du projet BYOD/AVEC sur le territoire, la mise en œuvre du projet BYOD/AVEC se fait au niveau de l’établissement (sur tout ou partie des classes, voir paragraphe III-5), en partenariat avec l’académie et la collectivité.

En conséquence, le projet d’Établissement, par souci d’efficacité et de pérennité, doit fixer un rythme de mise en œuvre adapté au contexte qui lui est propre. Il doit créer les conditions d’un développement harmonieux des usages du numérique des enseignants et des élèves, et des relations avec les membres de la communauté éducative (en particulier les parents d’élèves et les équipes pédagogiques, pour lesquels la modalité BYOD/AVEC est une rupture organisationnelle).

Le projet d’établissement doit également permettre de dispenser une formation au numérique adaptée aux besoins des équipes pédagogiques et éducatives. Il est en particulier possible de commencer par fixer des classes pilotes, ou un niveau pilote, pour expérimenter différentes dimensions du projet avant d’étendre sa mise en œuvre dans l’établissement.

Le chef d’établissement et l’équipe pédagogique veilleront à mener le projet en collaboration avec toutes les parties prenantes : parents d’élèves, élèves, personnels de l’établissement et autres membres de la communauté éducative.

La participation au programme nécessite donc que le chef d’établissement s’approprie sa mission de transformation associée à l’arrivée du BYOD/AVEC dans le pilotage de la communauté éducative comme dans la gestion et la communication de l’établissement. A ce titre, à partir de besoins identifiés, il peut bénéficier de formations ou d’accompagnements spécifiques aux niveaux académique et national.

III-3 Projet partenarial formalisé dans une convention

Le cadre national du présent appel à projets fixe les grandes orientations, le calendrier de sélection et les modalités de soutien.

Chaque territoire (académie et collectivités compétentes) pourra adapter le rythme de déploiement au contexte, avec pour objectif une mise en œuvre dans les classes au plus tard à la rentrée scolaire 2019-2020.

Comme indiqué dans les paragraphes I et II, il est attendu que l’académie et les collectivités partenaires définissent et mettent en cohérence leurs objectifs et intentions d’investissement en matière d’équipements, de services, de ressources, de formation et d’accompagnement afin d’en dégager une ambition partagée.

Cette ambition partagée venant au service de la réalisation du projet pédagogique de chaque établissement doit être formalisée dans une convention, indiquant la façon dont chacune des parties contribue à l’atteinte des objectifs définis en fonction de ses compétences.

Elle indique également les compétences mobilisées localement par les opérateurs relevant du ministère de l’Education nationale.

Elle comporte des indicateurs quantitatifs et qualitatifs d’évaluation des résultats attendus portant notamment sur la qualité de service, le suivi des utilisations, les usages pédagogiques en classe et hors la classe, les usages des ressources numériques, etc.

La convention doit être signée idéalement avant la rentrée de septembre 2019 et, au plus tard fin décembre 2019.

Elle doit intégrer les engagements respectifs des partenaires (la conduite du projet pédagogique et éducatif par les établissements, le plan de formation mis en place par l’académie, les modalités de mise en œuvre des actions relevant de ses compétences par la collectivité territoriale, etc.).

La convention intègre également une description des infrastructures des établissements candidats, qui permet d’en garantir l’adéquation avec le projet pédagogique élaboré. A cet égard, il est demandé que les collèges disposent au moment du déploiement :

  • –  d’un débit Internet permettant le développement attendu des usages numériques, et d’au moins 10 Mb/s,
  • –  des installations électriques et réseaux (bornes Wi-Fi, etc.) permettant l’usage des équipements des élèves et l’accès aux ressources pédagogiques dans de bonnes conditions dans les salles de classe.

Le ministère s’engage à abonder, via les académies, les sommes nécessaires :

  • –  pour la formation des équipes engagées dans les projets (prise en main des outils, intégration aux usages pédagogiques et éducatifs, sensibilisation à la culture numérique, etc.);
  • –  pour contribuer à l’équipement des dispositifs de prêt aux élèves boursiers et à l’équipement des enseignants.
  • –  pour mobiliser les référents numériques en établissement.

Le ministère met à disposition des établissements des ressources et services développés et mis à disposition des communautés éducatives par l’Etat et ses opérateurs (Canopé, CNED ou ONISEP) tels que Eduthèque, EDU bases, ainsi que les ressources numériques des banques de ressources numériques pour l’école[2].

Le ministère mobilise les opérateurs dont il a la tutelle, dont le réseau Canopé pour contribuer à la mise à disposition de ressources, mais également pour la formation et à l’accompagnement des personnels enseignants.

Un accompagnement renforcé des équipes pédagogiques est mis en place par les Délégations Académiques au Numérique pour l’Éducation (DANE) sur la durée du projet, de sa préparation à sa mise en œuvre et à son évaluation.

Cet accompagnement est articulé avec les actions des Conseillers académiques en recherche développement innovation et expérimentation (CARDIE).

Au fur et à mesure de sa mise en œuvre, le programme fait l’objet d’une évaluation coordonnée par les différents niveaux de pilotage (territorial, académique, national).

Les académies s’engagent à informer les collectivités territoriales partenaires des évolutions, progressions et développements des différents chantiers constitutifs de l’action INEE – Innovation numérique pour l’excellence éducative et à recueillir en retour les contributions utiles à la qualité des résultats.

III-4 Préconisations pour les projets

Un ensemble de conseils, recommandations et bonnes pratiques pour élaborer et mettre en place un projet s’appuyant sur le BYOD/AVEC est fourni dans le document « Guide des projets pédagogiques s’appuyant sur le BYOD/AVEC » publié en mars 2018[3].

Par ailleurs, les préconisations pour l’équipement des enseignants, pour l’accès aux ressources, services et prestations associés, sont développées dans le référentiel national CARMO. La version en cours de ce référentiel[4] sert de cadre pour le présent appel à projets.

L’intégration des équipements à l’écosystème numérique de l’établissement fera l’objet d’une attention particulière de la part de l’ensemble des acteurs. De la même façon, un dispositif d’assistance est à mobiliser en cohérence avec les autres projets, ressources et organisations mises en place dans le contexte de la stratégie numérique territoriale.

III-5 Conditions d’éligibilité

Les projets présentés seront retenus à la condition de présenter obligatoirement les caractéristiques suivantes :

  • Ils reposent sur une logique d’expérimentation de la logique BYOD/AVEC dans l’établissement ; à ce titre, les projets déposés devront concerner au moins un quart des classes de l’établissement;
  • Ils résultent d’une écriture participative du projet associant les usagers et résultant d’une réelle gouvernance partagée, traduction du partenariat entre l’académie, le collège et la collectivité territoriale.
  • Ils s’inscrivent dans les ambitions du programme et objectifs décrits aux paragraphes I et II
  • Ils sont donc encadrés par un budget maitrisable de la part de ceux qui en ont la charge et optimisé pour rendre l’opération transférable et adaptable à d’autres collèges au contexte et à l’environnement semblables.

 

Le soutien financier par la subvention décrite au paragraphe III-6 peut concerner :

  • Les collèges ayant déjà reçu un soutien au titre des appels à projet 2015, 2016 et 2017 ;
  • Les collèges lab’ de l’appel à projets 2017 qui n’auraient pas choisi le BYOD lors de leur candidature en 2017 ;
  • Les collèges n’ayant pas été sélectionnés dans les appels à projets suscités.

 III-6 Soutien financier

Les collèges sélectionnés au titre de cet appel à projets ouvrent droit à une subvention exceptionnelle versée par l’Etat au bénéfice de la collectivité compétente pour l’équipement de l’établissement, couvrant :

  • 50 % de la dépense engagée pour les équipements individuels mobiles proposés en prêt aux élèves boursiers qui n’en disposent pas et qui sont concernés par l’expérimentation BYOD/AVEC, dans la limite d’un plafond de subvention de 190 euros par équipement (soit 50 % d’une dépense subventionnable maximale de 380 euros par équipement).
  • 100 % de la dépense engagée pour les équipements individuels mobiles des enseignants concernés par le projet et dont l’équipement n’aurait pas déjà été financé à l’occasion des précédents appels à projets, et ce dans la limite de 380 euros par équipement.

Lorsque l’Etat est compétent juridiquement pour l’équipement des établissements, le taux de prise en charge par l’Etat est fixé à 100% soit un plafond de 380€ par élève et par enseignant.

La subvention de l’Etat pourra faire l’objet du versement d’un acompte d’un montant représentant 50 % des sommes demandées.

Les subventions versées au titre du présent appel à projets ne pourront dépasser 25 millions d’euros.

Les équipements individuels mobiles proposés en prêt aux élèves boursiers doivent pouvoir être ramenés à domicile, afin de s’inscrire dans les finalités du présent appel à projets et assurer l’équité avec les élèves déjà équipés personnellement. Des conventions de mise à disposition devront être établies pour faire le lien avec les familles.

 Constitution et sélection des dossiers

  • IV-1 Constitution des dossiers

Le dossier de candidature est réalisé pour chaque collège par les académies, en lien étroit avec les collectivités, sur la base de la trame proposée en annexes : une annexe décrivant le projet et une annexe de type classeur/feuilles de calcul avec des données chiffrées.

La première annexe comprend :

  • le projet pédagogique ou éducatif innovant porté par les équipes pédagogiques.
  • le diagnostic partagé des acteurs locaux sur les moyens nécessaires pour sa mise en œuvre
  • si nécessaire, les objectifs du projet territorial auquel s’intègre le projet.
  • profil du collège
  • les objets du financement demandés.

La deuxième annexe comprend en particulier un tableau de description des coûts du projet, avec identification des types de dépenses, la répartition des élèves boursiers/non boursiers par établissement candidat et la couverture Etat et/ou collectivité.

L’ensemble de ces éléments sera intégré au dossier de candidature qui sera mis à disposition des porteurs du projet. Les dossiers seront transmis à l’adresse appels-a-projets-dne@education.gouv.fr.

  • IV-2 Sélection des dossiers

Une commission de sélection des projets se réunira au cours du second trimestre de l’année 2019 pour étudier les candidatures.

Celle-ci réalisera son examen sur la base d’une liste hiérarchisée par les porteurs de projets.

La commission de sélection veillera à ce que l’ensemble des établissements retenus reflète la diversité des territoires.

La commission pourra, le cas échéant, demander aux porteurs de projets des précisions ou compléments sur la réponse apportée à l’AAP.

  1. Modalités de versement de la subvention

La subvention « Collèges numériques et expérimentation de projets pédagogiques innovants s’inscrivant dans une démarche BYOD/AVEC » sera attribuée par l’académie à la collectivité concernée.

  1. Calendrier

Les dossiers complets seront transmis à l’adresse appels-a-projets-dne@education.gouv.fr avant le 15 mai 2019.

[1] BYOD : Bring Your Own Device ; AVEC : Apportez Votre Equipement personnel de Communication

[2] Banque de ressources numériques pour l’école : http://ecolenumerique.education.gouv.fr/brne/

[3] Guide disponible sur Eduscol : http://eduscol.education.fr/cid128686/guide-des-projets-pedagogiques-s-appuyant-sur-le-byod-avec.htm

[4] CARMO : Cadre de référence pour l’accès aux ressources pédagogiques via un équipement mobile : eduscol.education.fr/carmo

 

Version en espagnol d’éduquer avec le numérique

La version en espagnol de mon livre « éduquer avec le numérique vient de sortir :

http://www.editorialpopular.com/Libro/Tecnologias-digitales-en-la-escuela-ISBN-978-84-7884-751-8-CODIGO-PRO,000454