Traces, données, big data, vous avez dit éduquer ?

Introduction

Jacques Ellul, philosophe, nous a mis en garde sur l’aveuglement technologique dans l’ensemble de ses écrits. Les questions autour des traces, des données, des big datas, des algorithmes, de l’intelligence artificielle ou encore des capacités d’apprentissage des machine (deep learning – Yan LeCun, machine learning etc..) sont de plus en plus fréquentes. Afin de clarifier ces questions et surtout de se mettre en projet « d’éduquer avec le numérique » à propos de cette thématique, nous proposons un cheminement pédagogique et réflexif.

Notions et concepts

Un premier rappel concerne les notions et les mots qui y sont associés (en lien avec ce que E Bruillard a présenté lors de la journée académique des documentalistes Poitou Charentes le 30 mai 2017).

– Les faits, les activités, les évènements sont les matières premières de l’humain et du vivant en général. C’est sur ces faits que vont se construire les éléments qui vont permettre d’en extraire une mise en langage.

– Les traces : Lorsque nous marchons sur le sable mouillé, nos pieds laissent une trace qui s’effacera progressivement au gré des marées. Lorsque nous utilisons notre ordinateur connecté à Internet nous laissons aussi des traces. Il y a de bonnes chances que nous ne sachions pas ce que sont ces traces. Elles sont de deux natures, implicites et explicites. Les traces explicites ce sont nos contributions volontaires dans des forums, des messages et autres participations actives. Les traces implicites ce sont les enregistrement techniques faits par différents moyens et qui gardent la trace de toutes les formes d’activité : ouverture, fermeture de page, clic de souris

– Les données (obtenues) : elles sont la traduction structurée ou non des traces de l’activité, dont les discours, les actions captées. Les données peuvent être construite (invoquées) ou récupérées (évoquées). La traduction est désormais principalement fondée sur la numérisation. Le principal problème des données est leur qualité. Entre une donnée qui reflète une action (clic de souris) et une donnée qui reflète un témoignage (couleur d’une voiture qui passe), les variations peuvent être très grandes. Les données sont donc fragiles et nécessitent une critique méthodologique a priori amenant à envisager ce que l’on nomme un « biais ».

– Les informations : En rassemblant les données pour en exprimer le sens et leur donner forme, on produit une information. C’est souvent le matériau de départ dont on dispose, ignorant souvent l’amont de cette information et donc les possibles approximations qu’elles contiennent. Cependant c’est souvent la base à partir de laquelle nous travaillons dans l’enseignement et la formation. L’arrivée des médias nouveaux a modifié principalement la fabrication et la diffusion de l’information en la rendant accessible à tous.

– Les connaissances : elles sont avant tout ce que chacun fait des données, des informations et des savoirs qu’il côtoie. Face au savoir, aux informations, aux situations, chacun « incorpore » une partie de ce à quoi il a accès. Ce faisant il transforme pour lui ce qu’il capte et en construit une représentation qu’il rend plus ou moins durable (disponible en mémoire) selon l’importance d’usage qu’il lui accorde.

– Les savoirs : Ils sont des informations qui ont un degré de validation suffisant pour être reconnus temporairement comme valides. Il s’agit principalement d’une validation par les pairs et sont basés sur la preuve méthodologique. Tous les savoirs ne sont pas de même teneur, de même nature, mais tous reposent sur l’idée d’un consensus à défaut d’une vérification. Attention, les savoirs sont toujours provisoires, comme le monte l’histoire des sciences.

– La mémoire défaillante ? : La tradition orale des sociétés primitives était fondée sur la mémoire de chaque individu. Les travaux menés depuis de nombreuses années montrent que la mémoire est défaillante dans de nombreux cas. Approximative, inexacte, fausse même, la « mémoire des faits » reste quelque chose de fragile. L’humain a très tôt « externalisé » la mémoire en peignant sur la pierre et même sur le verre, gravant et taillant dans la pierre, en inventant l’écriture sur le papier d’abord et désormais sur les écrans. Cette externalisation est une forme d’objectivation d’un instant. Les archéologues sont confrontés à ces objets de mémoire dont ils connaissent la qualité, mais aussi la fragilité. Face à de grandes quantités de données, l’humain n’est pas capable de les mémoriser et il va utiliser la technique pour l’aider à traiter ces données. Ce phénomène est désormais ordinaire, mais peu connu de chacun de nous. De la trace aux savoirs, il y a un chemin complexe et parfois hasardeux dont il est souhaitable que chacun prenne conscience. L’éducateur est donc invité à développer des stratégies et des dispositifs pour permettre aux jeunes de rentrer dans ces questionnements.

Former les jeunes

Il a été fait un large écho de la médiatisation, voir de la spectacularisation de la question des big datas dans notre société. Chacun a pu prendre conscience de l’ampleur du phénomène dont il faut rappeler que la question centrale qu’il pose n’est pas nouvelle : collecter des données sur l’humain pour mieux le surveiller, le contrôler, le diriger et désormais de plus en plus le faire « acheter ». Entre l’indifférence du « on n’y peut rien » et le catastrophisme du « je n’avais imaginé ça, on me l’a caché », il y a une exigence éthique et professionnelle (les 2 V) de vigilance et de vérification qui doit mettre en interrogation les fameux (?) 4V des big datas (volume, variété, vitesse, vélocité). Pour cela il est nécessaire de tenter de comprendre ces évolutions qui sont surtout technologiques.

Dans une visée éducative il y a un ensemble d’impératifs de formation des jeunes qu’il semble important de tenter de mettre en œuvre dans les domaines suivant :
 1 – L’accès aux informations, aux données
La recherche d’information ne suffit pas, il faut remonter à la source (au sens large du terme). C’est à dire identifier les données à l’origines de l’information et le chemin de ces données. Ce ne sont parfois même pas des données, mais de simples traces auxquelles il va parfois être donné du sens, les transformer en données (ou en obtenues pour reprendre le propos de Bruno Latour)

 2 – Le recueil des données
Les travaux sur les datas de toutes sortes mettent évidence la nécessité de questionner la qualité des données et ainsi d’éviter des biais liés à la collecte des données. Ainsi en est-il d’une note donnée à un travail différente d’un enseignant à l’autre. De même en est-il lorsque l’on enquête auprès de gens qui témoignent : l’erreur de témoignage est aussi connue des enquêteurs de police que des historiens. Le biais déclaratif par exemple (lors des sondages) est la mise en évidence du fait que l’on ne répond pas forcément la réalité de ce que l’on croit, mais parfois ce que l’on pense que l’autre attend comme réponse. Les données sont des objets très fragiles…

 3 – Le traitement des données
C’est la partie la plus obscure et magique. Souvent rappelée par le terme d’algorithme, le traitement des données c’est une série d’étapes qui sépare la donnée brute de sa mise en forme. L’exemple le plus connu est celui du redressement des sondages. Mais nombre de traitements sont inconnus et invisibles pour l’utilisateur. Or ces traitements parfois automatisés vont du nettoyage des données à leur mise en image. Chaque étape fait l’objet d’un travail réel qui doit être fait avec maîtrise. Mais il est souvent difficile, voire impossible de faire émerger ces processus

 4 – La visualisation des données
La caractéristique de la mise en scène des données est la mise en spectacle au travers de différents moyens de visualisation. Apprendre à faire le lien entre une représentation des données et les données d’origine est une nécessité. En effet la traduction graphique peut créer un effet de présentation qui modifie le sens que l’on peut trouver aux données traitées.

 5 – L’interprétation des données
Lorsque l’on est en fin de travail sur des données, on donne une lecture de ces données. Corrélation n’est pas causalité a-t-on l’habitude de dire en recherche. Mais cela n’est pas le seul questionnement que l’on peut faire aux rapports d’interprétation des données. Généraliser sur quelques cas, faire des statistiques prédictives en mettant de côté certains facteurs explicatifs etc.… sont des erreurs courantes. Celui ou celle qui interprète les données, en exprime le sens doit s’interroger sur sa rigueur d’analyse

 6 – L’intention
Lorsque l’on travaille sur les données, et que l’on tente d’en extraire le sens, il faut s’interroger sur l’intention de celui qui construit ce discours, mais aussi sur l’intention de celui qui accueille, lit, regarde ces données. L’un des biais connus de la psychologie sociale et bien repéré par de nombreux spécialistes du traitement des données est que nous sommes d’abord à la recherche de ce qui nous ressemble, ce qui nous rassure. Nous allons donc aller plutôt vers ce que l’on connaît et éviter, par exemple, les opinions contraires à nos idées. Cette intention en réception se trouve doublée de l’intention en émission : celui qui met en spectacle des données et leur interprétation tente de « manipuler » de manière consciente ou inconsciente. Les technologies informatiques n’ont eu de cesse de s’effacer face à l’utilisateur pour ne lui donner que le résultat (exemple de la programmation informatique par rapport à l’écran du smartphone). Aussi l’intention en émission est-elle toujours à interroger dans une démarche d’éducation

Le retour de l’intelligence artificielle
Quand l’intelligence artificielle revient à la surface des débats médiatiques en 2010 après les avoir quittés dans les années 1990, on a semble-t-il oublié les leçons de la première époque. Non, il n’y a d’intelligence artificielle ! Il n’y a que des tentatives plus ou moins abouties de concurrencer les performances exceptionnelles du cerveau humain. L’émergence des notions de « machine learning », « deep learning » etc.… montrent bien que le chemin pris par l’informatique dans le domaine n’est pas, quoiqu’ils s’en réclament, de l’intelligence artificielle. D’ailleurs les spécialistes scientifiques du domaine expliquent bien cela (cf. Gérard Berry, Yann leCun). Ce qui émerge désormais c’est que l’on a réussi à augmenter les puissances de calcul et de traitement des données, on a aussi amélioré la manière d’étudier les problèmes (algorithmique, mathématique…). C’est cette combinatoire qui amène parfois à des déclarations qui méritent d’être interrogées dès lors qu’elles sont mises volontairement sur la place publique :

Ainsi, à l’adresse : http://lesclesdedemain.lemonde.fr/dossiers/titre-edu_f-178.html on peut lire le passage suivant (dans la troisième partie de la page web)

En 2012, un site américain listait déjà les 10 manières dont l’intelligence artificielle pourrait réinventer l’éducation (http://www.onlineuniversities.com/blog/2012/10/10-ways-artificial-intelligence-can-reinvent-education/) :

1. Automatiser les activités de base dans l’éducation comme les évaluations
2. S’adapter aux besoins des élèves
3. Aider les enseignants à améliorer leurs cours
4. Créer des tuteurs virtuels pour les élèves
5. Faire un retour utile aux enseignants et aux élèves
6. Changer notre rapport à l’information et notre façon d’interagir avec elle
7. Modifier le rôle des enseignants8. Rendre l’apprentissage par essai et erreur moins intimidant
9. Changer la façon dont les écoles trouvent, forment et aident les étudiants
10. Transformer les lieux d’apprentissage et la manière d’apprendre

L’ensemble des articles de cette page proposé par IBM visent à faire le lien entre les évolutions du traitement des données, les sciences cognitives et l’éducation et en montrer que des changements, des évolutions peuvent être attendus… Le point de vue est, logiquement celui d’une entreprise qui se positionne sur ce chantier et qui a pour habitude (cf. leurs autres publicités) d’articuler questions humaines et questions techniques, informatiques. Les analyses prospectives qui sous-tendent les propositions doivent nous alerter. On peut y retrouver la chaîne de traitement qui va de la trace à l’information puis au savoir. Mais cette fois-ci le savoir est incarné par des actions ou des cadres d’actions que l’on nous invite à envisager pour les années à venir.

Les développements informatiques et algorithmiques (cf. Dominique Cardon) ont été importants au cours des dernières années. Souvent invisibles pour l’usager ils se caractérisent par une sorte de couche souterraine qui associe captation de données et exploitation de ces données en vue de les rendre utiles. Comme d’habitude, lorsqu’une technique se développe, la recherche de son utilité est associée souvent pour en prouver le bienfondé (l’histoire des technologies en témoigne). Cependant il faut garder du recul par rapport à ces hypothèses d’usage et encore plus aux hypothèses d’utilité et d’utilisation. Or ce sont souvent ces hypothèses qui sont médiatisées et qui font du bruit auprès du public. C’est pourquoi il convient d’être prudent et critique, aussi bien sur le catastrophisme que sur l’enthousiasme que peuvent susciter de tels travaux.

En conclusion

Il semble nécessaire, dans l’espace éducatif, d’agir dans le cadre d’une philosophie de l’école fondée sur « l’apprendre à faire société ». Cela signifie que face à l’apparition de la question des données (qu’il faut situer en amont des informations), un champ de travail, d’analyse et de réflexion s’ouvre pour chacun de nous enseignant documentaliste mais plus largement éducateur. Le devoir d’humanisation est un devoir éducatif qui vise à faire en sorte que les fruits de la technologie ne soient pas prescripteurs, conducteurs de nos vies, comme elles peuvent être tentées de le faire sous l’impulsion des pouvoirs marchands et politiques. Il est souhaitable que pour chacun des jeunes et des adultes qui nous entourent nous encouragions les facultés de curiosité et de sérendipité et la « capacité d’étonnement ».

A suivre et à débattre
BD

PS : cet article a été écrit suite à la journée académique des enseignants documentalistes de l’académie de Nouvelle Aquitaine, Poitou Charentes qui a eu lieu le 30 mai 2017 à Poitiers

20 ans de partage sur le web

Cela fait vingt années que je tente de partager mes réflexions sur les TICE sur Internet. De 1997 à2004, je tenais une liste de diffusion qui avait quelques 200 membres. Modeste public, mais basé sur des rencontres prolongées par la messagerie et par un site Internet (http://www.brunodevauchelle.com).

A partir de 2001, en participant à la création du Café Pédagogique, je ne savais pas qu’il y aurait un tel retentissement à ces pratiques de mutualisation entre professionnels de l’enseignement. Je ne savais pas non plus que cette aventure serait aussi passionnante, pionnière, mais aussi controversée. A l’époque je publiais de temps à autres des articles, enquêtes et autres textes.

En 2004, une fois soutenue ma thèse en sciences de l’éducation, j’ai choisi de passer au blog (dotclear, puis wordpress). Plus de 650 messages et billets plus tard, je continue de publier. Mais depuis 2012, le Café Pédagogique est un redoutable concurrent de mon blog. En effet, en publiant une chronique toutes les semaines (depuis cinq ans, 42 chroniques par an), cela prend du temps, de l’attention et mon blog en a un peu souffert.

En 2017, je continue d’alimenter ces différents supports de mes réflexions et analyses. Bien sûr je dois tous ces écrits à tous ceux et toutes celles que je croise, rencontre et avec lesquels je partage des moments de travail. Chacun et chacune m’amènent leurs réflexions leurs pratiques et donc m’incitent à réfléchir et partager mes réflexions.

640 articles et 1898 commentaires au 1 juin 2017….

En enfin, il y a vous… qui me lisez depuis si longtemps pour certains, depuis hier pour d’autres. Ayant organisé le relais automatique de mes articles sur les réseaux sociaux, je vois régulièrement augmenter le nombre de mes lecteurs. Mais vous rencontrant ici ou là au gré de mes activités, j’ai l’occasion alors de vous dire de vive voix le plaisir de ce partage et de vous savoir attentif à certains de mes propos.

J’espère continuer encore suffisamment longtemps à partager toutes ces réflexion et avoir le plaisir de vous sentir proches et pourtant si lointains.

Merci à tous et bonnes lectures

Bruno Devauchelle

 

Peut-on encore éduquer après ce spectacle ?

Après près de huit mois au cours desquels les politiques, relayés par les médias et leurs usagers, ont proposé aux citoyens leur candidature, on ne peut que s’interroger sur l’effet éducatif de tout ce qui a été fait, vu, dit et montré. L’exacerbation des passions peut parfois amener à des dérapages, des glissements éthiques et autres, mais il semble que désormais, à l’instar d’autres pays, nous ayons largement dépassé des limites que le simple sens de l’autre, du bien commun bref d’un peu d’humanité sont en mesure de nous proposer chaque jour. A moins que je ne sache pas ce qu’est la politique (ce que certains ont déclaré lors de telles critiques), en tout cas, en tant qu’éducateur, je ne vois pas qu’on puisse laisser autant de faits dans le silence, l’acceptation simple, bref le déni…

Le mensonge, la calomnie, l’injure, l’information fabriquée transformée modifiée etc.… autant de faits que nous avons pu observer, tous, enfants, jeunes y compris. J’imagine les prochains débats dans les salles de classe et cours de récréation… Au risque d’être récurrent, l’exemple est là, triste, médiocre, infâme… et demain nous continuerons d’entendre dire que l’autorité, le droit, la parole, tous doivent être respectés… en particulier à l’école. Mais que se passe-t-il donc pour que cette frontière soit franchie.

Il faut peut-être revenir aux propos du philosophe récemment décédé, Ruwen Ogien, pour tenter d’analyser ces dérapages. Dans un article de Libération (Robert Maggiori — 5 mai 2017) nous rappelle la distinction entre le bien et le juste, porté par ce philosophe : « Le bien, écrit-il « concerne le rapport à soi et le style de vie que chacun adopte ou devrait adopter (sédentaire ou aventurier, ascète ou visant les plaisirs immédiats, etc.) » »[…] »Quant au juste, il concerne, lui, « le rapport aux autres et les formes d’équité ou d’égalité qui pourraient le régler ». » Poussant loin la réflexion morale et plus globalement le sens de la relation humaine, ce philosophe fixe bien des limites. Le journaliste conclut son article sur cette phrase :  » Les hommes, écrivait Ruwen Ogien, sont « non seulement plus moraux qu’on a tendance à le dire, mais beaucoup trop moraux, c’est-à-dire beaucoup trop enclins à juger les autres, à faire la police morale, à fouiner dans la vie des gens, et à se prendre pour des saints ». » Il semble que nous ayons là quelques clés de lecture.

Quand nous lisons au quotidien des « chats » des twitts, des discussions sur Facebook, nous sommes déjà édifiés de ce qui s’y dit et écrit parfois… trop souvent. Il n’y a donc pas de raison qu’à l’occasion d’un tel spectacle public, ces formes de paroles soient amplifiées, multipliées. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer des « trolls » et autres critiques peu respectueuses des personnes dont nous-même avons été victime. Mais ceci n’est rien en regard de ce qui s’est déchainé au cours des moments de la vie politique. Et comme s’il en fallait une preuve, d’aucuns, voyant les autres faire, se sont lâchés et ont emboité le pas. Difficile de ne pas s’énerver face à un flot d’injures. Difficile de ne pas se révolter dans certains cas. Sortant à l’instant du film « Glory » (des cinéastes bulgares Krisitina Grozeva et Petar Valchanov), on peut y voir une forme d’illustration de ce qui pourrait nous attendre si nous ne prenons pas garde. Or cela est arrivé dans des pays minés par ces pratiques qui sont passées des paroles aux actes.

Mais comment peut-on encore éduquer devant de tels spectacles ? Allez dire à vos enfants ce qu’est la vérité, ils seront en droit de vous demander des comptes. Allez dire à vos enfants de parler poliment, ils seront en droit de vous demander des comptes. Allez dire à vos enfants de ne pas harceler l’autre, ils seront en droit de vous demander des comptes. Allez raconter des belles histoires à vos enfants, ils seront en droit de vous dire que ce n’est pas vrai… et qu’il y a beaucoup mieux à la télé et sur Internet.

La télévision a été un vecteur primordial de diffusion de ces pratiques. Mais il n’est pas le seul. Tout un « système » s’est mis en place pour tenter d’influencer, de capter, d’orienter, mais aussi d’exclure et d’éliminer l’autre. Pour le dire d’une autre manière, on peut penser que ceux qui se réclament du « bien » ne sont pas « justes », ou encore que le plus important reste d’abord la préservation de son territoire, à tout prix. Même des médias interactifs qui autorisent pourtant une véritable ouverture démocratique portent désormais les voix de ces pratiques parfois même délictueuses.

Internet est une source potentielle de liberté mais aussi de répression d’enfermement. Mais en fait, c’est bien l’humain qui doit choisir ce qu’il fait de ce potentiel. Et rien ne peut nous rassurer suite à ces quelques mois d’exposition de la part d’adultes qui réclament de nous représenter de nous diriger de porter notre voix alors qu’ils nous donnent de tels exemples. Il est temps que les politiques (et ceux qui les entourent) réfléchissent et soient questionnés sur leurs valeurs, leur honnêteté, leur éthique…. Il ne s’agit pas de dire ce qui est bien mais de s’interroger sur ce qui est juste…

A suivre et à débattre
BD

Défauts, faiblesses, vaut mieux en être conscient…

Nous avons tous des occasions de commettre des actes qui ne sont pas forcément parfaits… je dirais même que nous avons tous quelques faiblesses, parfois. Aussi les nommer permet au moins d’en discuter…

10 défauts ou faiblesses générales et 10 autres liées à l’usage des moyens numériques :

10 défauts humains récurrents

  1. J’aime d’abord retrouver ce que je connais déjà
  2. Le changement est toujours source d’interrogation, d’inquiétude ou d’angoisse
  3. J’apprécie particulièrement ce que je vois tout de suite et n’aime pas être en attente
  4. J’aime enfreindre les règles surtout quand on ne me voit pas le faire et que je pense que ce n’est pas trop grave
  5. Quand j’ai une opinion je n’aime pas entendre les gens qui ont une opinion opposée à la mienne
  6. Le second degré, je l’apprécie quand c’est moi qui le définit
  7. J’attends surtout un retour sur investissement rapide pour ce que je fais
  8. J’aime quand mon salaire augmente, même si je suis le seul dans ce cas…
  9. Je cherche toujours à acheter moins cher, mais je ne vais pas voire pourquoi c’est moins cher (travail des enfants, salaires faibles etc…)
  10. Je parle de tout et je réponds à tout, même si je n’y connais rien, j’ai quand même le droit de m’exprimer

Avec le numérique 10 comportements qu’on voit apparaître

  1. Quand mon téléphone me signale un appel, je préfère le prendre immédiatement, on ne sait jamais
  2. J’aime quand on me répond très vite à mes messages, surtout mes sms
  3. Quand je donne mon avis en ligne je préfère masquer mon nom et prendre un pseudo
  4. Je vais toujours vérifier avant et en ligne si le prix de ce que j’achète est le même qu’en magasin
  5. Quand je vais voir le médecin, je vérifie avant et après si ce qu’il me dit est vrai
  6. J’achète un smartphone à mon enfant pour me rassurer quand il n’est pas prêt de moi
  7. Je préfère savoir mes enfants devant un écran à la maison que dans la rue ou chez des copains
  8. Je surveille le travail de mes enfants sur l’ENT de l’établissement avant qu’ils ne rentrent à la maison
  9. Je me suis abonné au réseau social de mes enfants en utilisant un pseudo pour qu’ils ne me reconnaissent pas
  10. Je ne crois pas que c’est parce que j’utilise tout le temps mon smartphone que mes enfants en font autant, d’ailleurs je leur interdis de faire pareil.

Il est toujours possible d’enrichir et de compléter….

Spectacularisation des débats : une question pour l’EMI

La mise en scène des débats politiques est d’abord la mise en scène effectuée par la « médiasphère » d’un ensemble d’informations. Le problème c’est que ce n’est pas la valeur intrinsèque de l’information qui est portée dans le débat, mais bien plutôt la valeur de spectacle qu’on peut lui donner. Certains professionnels n’hésitent plus à dire que c’est le moyen d’accrocher le lecteur et donc de financer le média (selon la fameuse règle dictée par les publicitaires). Dès lors comme les enseignants qui s’intéressent à l’EMI peuvent permettre aux élèves de s’en sortir, d’autant plus qu’eux-mêmes peuvent (et son souvent) victimes (associée, voire complice) de cette évolution.

Cette spectacularisation de l’information se trouverait relayée et justifiée par les médias sociaux. Les politiques et leur entourage ont appris la règle (média-training, entre autres) et en usent ou en abusent. Les professionnels des médias ont embrayé sur le même axe. Autrement dit l’information n’a pas de valeur en elle-même. Elle est à la base d’une « transformation médiatique » qui va alors lui ajouter une valeur qui est parfois bien éloignée de son propre intérêt. Le problème posé par cette spectacularisation c’est qu’elle a deux effets principaux : le premier est qu’il est difficile de dégager dans ces objets ce qui est pertinent et intéressant ; le deuxième est que cela transforme notre perception de la réalité en y imposant cette dimension spectaculaire et il devient de plus en plus difficile d’analyser le réel. Les périodes d’élection politiques rejoignent en cela les périodes d’évènement sportifs. Pour le dire d’une autre manière un écran se fabrique de plus en plus en le réel et la perception que l’on peut espérer en avoir. Cet écran est presque un équivalent des algorithmes dont on dénonce aujourd’hui le poids dans le développement de l’informatique et le traitement des données massives (big data).

On imagine un élève dans la classe déplorant la tristesse du cours qu’il suit ou auquel il participe, même activement. Pas de mise en scène, pas d’émotion, que de la raison et du savoir… pour finalement se retrouver bien loin de la supposée « vraie vie » (qui en réalité n’en est qu’une image transformée). On imagine l’enseignant à la prise avec ces extraits vidéo qu’il essaie d’agencer pour engager une réflexion : quels supports choisir ? Comment amener les élèves à comprendre ce qui se passe ? L’hypothèse qui repose sur l’idée de faire fabriquer par les élèves leurs vidéos est intéressante, mais elle est insuffisante. Pourquoi ? Parce que lors de la scénarisation, ils commencent d’abord par reproduire ce qu’ils voient quotidiennement (c’est d’ailleurs la même chose dans des stages de formation d’enseignant). Notre représentation du monde est polluée par l’intermédiation.

Si de nombreux chercheurs ont évoqué la « désintermédiation » en lien avec le potentiel du numérique et des réseaux, il est temps d’interroger la « ré-intermédiation » actuelle qui se fait sous l’effet conjugués de l’ensemble des médias de flux et interactifs. Ces deux termes, aux définitions parfois variables, renvoient simplement au fait que dans nos sociétés nombre de relations ne se font pas directement, mais qu’interviennent des tiers dans le flux communicationnel qui relie deux personnes ou plusieurs. Ce sont ces tiers (terme générique qui désigne cette place particulière dans un flux) qui sont aussi constructeurs. Dans notre domaine, ils sont constructeurs d’une deuxième information qui se superpose à la première allant jusqu’à la cacher (notion de contre-feu). Si l’on considère que l’algorithme est la traduction d’une intention, nous pouvons faire un parallèle entre le traitement machinique (produit sous l’effet d’un programme conçu avec intention) et le traitement médiatique (produit sous l’effet d’une ou plusieurs personnes aux logiques internes, rarement explicites, et pourtant influentes).

Eduquer aux médias et à l’information ne peut s’en tenir à la surface des choses. La lecture des messages, voire leur interprétation ne peut ignorer leur processus de construction et les logiques sous-jacentes à l’œuvre. Le phénomène de spectacularisation qui semblait avoir été bien décrit (Guy Debord) et ensuite tempéré par l’effet d’une prise de conscience collective semble de nouveau en train de s’imposer. Tant que les médias de flux régnaient, le coupable était facilement désigné. Dès lors que les médias interactifs prennent de plus en plus de place, il y a alors un renouvellement de la problématique. La proximité entre l’intermédiaire (le médiateur) et les parties prenantes (public, politique par exemple) change la donne. Il est désormais aisé d’aller chercher auprès du public des retours directs de l’effet spectacle (twitt et autres propos sur les réseaux sociaux). Pour aller plus loin, l’art de la manipulation a gagné en puissance avec la possibilité offerte dans les nouveaux moyens d’information et de communication.

La complexité du processus à l’œuvre, derrière cette facile observation dénonçant le spectacle, est telle et elle implique tellement le récepteur lui-même qu’il devient très difficile de ne pas être soi-même prisonnier du spectacle. Le mythe de la transparence, celui de la démocratie directe, celui de la désintermédiation, autant d’idée qui montrent que le travail de décryptage, d’éducation, ou même de désintoxication est essentiel mais peut-être déjà impossible. Si tel est le cas, alors il nous faut désespérer même de ces personnages publics qui dénonçant cette mainmise l’utilisent encore mieux que les autres pour amadouer le récepteur. In fine tout serait affaire de « propagande » ? Les efforts de désintoxication dans certains médias de flux sont intéressants. Mais ils sont loin d’être suffisant en regard du problème posé.
Il reste à construire une véritable éducation à l’information qui désormais est bien plus importante que l’éducation aux médias… et qui devrait prendre sa place en transversalité dans tous les espaces éducatifs et scolaires….

A suive et à débattre
BD

Pour citer cet article : admin, "Spectacularisation des débats : une question pour l’EMI," in Veille et Analyse TICE, 25 avril 2017, http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=2059, visité le 25 juin 2017.

De la recherche en général et des chercheurs en particulier

L’auteur de ces lignes n’est pas considéré comme un « vrai chercheur » par une partie des « enseignants chercheurs » qui œuvrent dans les domaines (éducation, TICE et sciences humaines) sur lesquels il s’exprime. Depuis que je fréquente de près cet univers (et c’est récent) je suis assez ébahi des jugements, rivalités voir des jalousies qui peuplent ce « petit monde » (David Lodge). La fréquentation personnelle de nombre de ces personnes m’a souvent révélé de la passion, du partage, de l’enthousiasme et peu de dogmatisme. Du coup il semble bien qu’il y ait deux types de chercheurs : les joyeux et les grincheux…

Deux documents peuvent compléter notre lecture des faits :
– l’enquête nationale « Enquête nationale sur les forces de recherche impliquées dans le champ de l’apprentissage et de l’éducation » (décembre 2016 https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Rapports/38/9/rapport_enquete-dgesip_VD_747389.pdf)
– Le rapport au ministre T Mandon effectué par Athena et Allistène « La recherche sur l’éducation Eléments pour une stratégie globale » (Avril 2017 http://www.allianceathena.fr/sites/default/files/Volume%201%2016%20avril.pdf)

Bien d’autres lectures, bien sûr peuvent alimenter ma réflexion et en particulier celles sur les méthodologies de recherche dont je ne citerai que deux auteurs, parmi d’autres, qui m’ont marqué : Howard s Becker et Jean Marie Van der Maren. C’est par leur ouverture méthodologique (j’ai été influencé par l’école doctorale de Paris 8 entre 1994 et 2000) que j’ai surtout compris qu’être un vrai chercheur ce n’était pas rentrer dans un moule que certains sont prompts à tenter d’imposer à la communauté scientifique.

Pour tenter d’aller plus loin dans ce questionnement, suis-je ou non un chercheur, j’ai essayé de réfléchir aux critères que l’on peut fixer pour y répondre. Il y a bien sûr les critères académiques, il y a aussi les critères scientifiques, et enfin il y a les critères empiriques. Par ces derniers critères j’entends évoquer les pratiques de terrain et leur mise en réflexion dans des cadres plus ou moins « rigoureux » et surtout leur diffusion. Mais le problème de fond est récurrent : chaque chercheur se fait une idée de la recherche et c’est parce qu’il n’y a pas qu’une seule forme de recherche qu’il y a autant d’écart.

Un exemple de critique de la recherche concerne « la recherche action ». Très décriée par certains, magnifiée par d’autres, cette approche de la recherche n’est pas sans poser de questions si l’on se réfère par exemple à des écrits comme ceux de Claude Bernard ou plus récemment d’Elena Pasquinelli. Mais ce que j’observe et lis me pose problème : il me semble qu’il y a chez nombre de chercheurs une vision académique et normée de la recherche qui provoque des effets gênants pour ceux et celles qui ont du mal à respecter ces normes. Quand un Enseignant Chercheur s’étonnait que l’on ne prenne pas en comptes ses livres comme traces de ses recherches il témoigne de ces normes académiques qui préfèrent les revues à comité de lecture dont on sait pourtant qu’elles ne sont pas invulnérables et donc pas imperméables à diverses manipulations (dans tous les champs de recherche d’ailleurs).

Le développement du web a introduit un nouveau contexte qui enlève des barrières traditionnelles. Entre le consultant, l’expert et le chercheur, difficile de s’y retrouver sur Internet. D’ailleurs certains profitent de la liberté offerte par la publication désintermédiée pour augmenter la confusion. Mais en même temps la séparation des clans est aussi dangereuse. On revient alors à notre question initiale du « vrai chercheur ». De plus en plus il est nécessaire de prouver qu’on est chercheur comme doit le faire celui qui présente sa thèse (dont on rappelle qu’elle est un passage formel qui introduit au droit à la recherche). Les gardiens de l’orthodoxie académique ont bien du mal avec ces nouveaux espaces. Le choix du repli académique est évidemment dans l’air du temps (repli identitaire).

Finalement la question est celle de la crédibilité des propos. Qui parle ? D’où parle-t-il ? Sur quoi appuie-t-il son propos ? Nous découvrons que ces séparations instituées jadis sont en train de perdre leur valeur dès lors qu’on y regarde de plus près. Il suffit de lire nombre de textes de personnes se présentant comme scientifiques et chercheurs pour comprendre que l’académisme formel n’est jamais une garantie. Malheureusement, a contrario, l’étiquette reste, au-delà du travail effectif du chercheur et de la pertinence de son travail, un label qui lui confère une autorité de la parole. Et c’est bien ce qui pose problème.
C’est pourquoi je propose d’analyser la pertinence des propos dans la durée et la continuité des écrits sur plusieurs années. Ainsi on pourra se rendre compte qu’au-delà des coups scientifiques faits par certains, il y a dans le développement des personnes, tout au long de leur trajectoire, des éléments suffisamment nombreux pour accepter de reconnaître à quelqu’un la valeur de son travail de recherche et non pas uniquement le label de « chercheur »….

A suivre et à débattre

BD

10 raisons d’y aller, 10 raisons de ne pas y aller….

Educatice, Ecritech, Orme, Eduspot, Ludovia, EIDOS, etc.… ajoutons ici les journées académiques organisées entre les DANE et CANOPE, ou encore d’autres évènements… on a l’impression qu’ils se ressemblent tous…un peu à la manière des colloques scientifiques. On y vient, on y écoute, on y échange etc… La médiatisation de ces évènements donne souvent une image flatteuse de ce qui s’y passe. Mais est-ce que cela vaut la peine réellement d’y aller ? Evidemment cela dépend d’où l’on se situe, enseignants, entreprise, chercheurs, militants etc… Cela dépend aussi de nos attentes.

Les 10 raisons d’y aller

1 – Se mettre à jour sur les dernières avancées techno-pédagogiques
2 – Rencontrer les acteurs importants du secteur du numérique éducatif
3 – Trouver le produit, le logiciel, la pratique que l’on va essayer ensuite
4 – Passer un bon moment avec des gens connus que l’on ne rencontre pas souvent
5 – Sortir de son quotidien et rêver un peu
6 – Rencontrer la personne qui nous intéresse (difficile parfois parmi la foule)
7 – Sentir l’odeur de l’innovation techno-pédagogique
8 – Faire des affaires
9 – Assister à un atelier avec des personnes dites expertes
10- Echanger des idées, en trouver de nouvelles

Les 10 raisons de ne pas y aller

1 – On n’y apprend pas vraiment des choses nouvelles
2 – On rencontre toujours les mêmes personnes
3 – Sur le web on trouve beaucoup mieux
4 – Les ateliers sont souvent ennuyeux
5 – Parfois on n’a pas le droit d’essayer ni de manipuler, on écoute les personnes dites expertes
6 – C’est mal organisé (trop de monde parfois, personne parfois, inaudible parfois etc.…)
7 – Il y a ces vendeurs qui veulent à tout prix vous convaincre qu’ils ont raison
8 – Il y a ces praticiens qui pensent qu’ils ont la solution magique
9 – Ecouter la langue de bois (institutions, politiques et même chercheurs et praticiens)
10 – Ça coute cher en déplacement hébergement

On pourrait s’amuser à poursuivre l’inventaire, mais force est de reconnaître qu’il faut s’interroger sur la pertinence de ces évènements : font-ils réellement avancer la question de la place du numérique en éducation ? On peut même caricaturer en disant : quelle plus-value quand on assiste ces évènements ? Certaines de ces rencontres sont plutôt commerciales, d’autres plutôt distractives, d’autres encore plutôt didactiques… Certes chacune à sa coloration, mais globalement est-ce vraiment utile d’y aller ? Mais est-ce aussi utile d’organiser ces manifestations ? Car le coût important de ces évènements mérite qu’on les resitue dans le cadre plus général de l’organisation du développement du numérique en éducation. Depuis 1985, n’a-t-on pas l’impression de nombreuses redites, de peu d’avancées en regard des moyens et des efforts financiers et humains déployés. Et c’est sans compter les journées organisées les ministres et autres élus…

On peut penser qu’il y est d’abord une question de visibilité (faut-il se montrer ?) : des participants, des organisateurs, des financeurs, des partenaires… opération uniquement publicitaire ? On peut aussi penser qu’on y retrouve souvent les mêmes : sont-ils si nombreux les spécialistes du numérique éducatif ? Entre les forums pour l’innovation, les salons et les rencontres diverses, on s’aperçoit qu’elles sont surtout destinées à maintenir le moral de ceux qui sont engagés dans ces dynamiques soit dans leurs pratiques, leurs recherches ou leur business.

Est-on capable d’organiser d’autres formes de partage ? Est-ce possible ? Ne risque-t-on pas d’aller vers la spectacularisation des pratiques au détriment de l’ordinarisation ? En tout cas il me semble sain d’interroger les évidences des organisateurs et des participants. A quoi servent les « foires » ? c’est la question que je posais il y a trois ans suite à un de ces évènements. Aujourd’hui, il me semble qu’il faut réinventer l’esprit de la foire du moyen âge : haut lieu de brassage culturel avant tout, mais pas ce que sont devenues les foires actuelles : des espaces destinés au commerce… avant tout.

A suivre et à débattre

BD

PS, parmi ces rituels celui du dénombrement des arguments fait partie aussi de mes énervements du moment… donc ne pas me prendre au sérieux…

Pour citer cet article : admin, "10 raisons d’y aller, 10 raisons de ne pas y aller….," in Veille et Analyse TICE, 20 avril 2017, http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=2051, visité le 25 juin 2017.

Le court terme, le mal d’une société accélérée par le numérique ?

Le développement de l’informatique s’est traduit par une accélération des flux informationnels et une généralisation de l’interactivité communicationnelle instantanée. Nouveau coup d’accélérateur après celui de l’industrialisation, des transports et infrastructures de déplacement (route, rail air). Cette accélération touche désormais chacun de nous personnellement au travers des usages individuels des moyens numériques dont nous disposons désormais presque tous. Par le fait, nous avons tous fait l’expérience de l’impatience : impatience devant un ordinateur lent au démarrage, impatient devant une connexion Internet au débit faible, impatient lorsqu’une réponse à un message instantané se fait attendre, impatient quand le téléphone sonne dans le vide… laissant trop rapidement la place au répondeur automatique. C’est cette expérience intime qui, me semble-t-il, est en train de marquer un changement important dans la manière d’être en société, de vivre l’organisation sociale.

Ce changement « essentiel » réside dans l’expression « court-terme ». Notre impatience nous amènerait de plus en plus à rechercher des résultats rapides à toutes nos actions. De l’investisseur qui cherche un rapide retour sur investissement à l’électeur qui attend un retour matériel de son vote, chacun de nous serait en train de choisir le court-terme comme élément de base de son fonctionnement social. Il y a de nombreux exemples de l’expression de cette prédominance du court-terme et dans tous les domaines. Même si la quantification de ce temps est variable selon les cas, on remarque qu’à l’accélération du flux informationnel et communicationnel correspond une transformation profonde de nos manières d’être.

Ce court-terme se traduit aussi chez certains, plutôt jeunes (mais pas tous), par la continuité communicationnelle. Dès que l’on se quitte physiquement, on reste en lien par les technologies disponibles afin de ne pas « perdre de temps ». La multiplication de ces observations amène à interroger l’éducateur sur le sens de son action. Eduquer c’est d’abord une action qui s’inscrit dans le long terme. De plus l’éducation ne fonctionne pas de manière univoque : autrement dit à une action ne correspond pas un seul retour, qui plus est rapide. Cette opposition entre le mode de l’éducation (au sens large) et la montée du court-termisme est source de délégitimisation de tout acte éducatif : il ne vaudrait pas grand-chose car il ne rapporte rien immédiatement. Les comportementalistes ont bien compris cela qui prônent le résultat rapide d’une action (input-output). De même l’informatique nous a habitué à ce même mécanisme basé sur une logique binaire et immédiate. J’appuie sur une touche et j’ai immédiatement le résultat, le retour. C’est l’immédiateté apparente qui amplifie le court-termisme. D’une part l’instantanéité de la réponse, d’autre part l’impression d’absence d’intermédiation, deux éléments qui constituent l’immédiateté et qui renforcent le questionnement sur le court terme.

La « transparence » est-elle un mythe ? En tout cas la quête de la transparence comme celle de la démocratie idéale a été portée par l’avènement de la mise en réseau généralisée et interactive. Mais ni l’une ni l’autre n’ont émergé. D’une part les rêve de démocratie numérique s’estompent face aux manipulations informationnelles d’autres par la transparence n’est qu’une apparence, une opacité en réalité qui cache aussi bien les intentions que les algorithmes sous-jacents. Le court terme est alors une réponse possible à l’angoisse cachée de l’usager. Si j’ai rapidement, en retour de mes actions, une récompense à laquelle je m’attends, il y a de bonnes chances que, même si ce n’est pas transparent ni démocratique, je sois satisfait du résultat. L’idéologie du résultat qui, seul compte, vient renforcer cette vision à court terme.

Si nous analysons cela en terme socio-politique, au moment d’une élection démocratique, on s’aperçoit rapidement que nous avons tendance à ne plus voir que le court terme. Et un résultat à court terme qui soit clairement perçu : une ligne sur la feuille de salaire ou d’impôt, un gendarme au bout la rue, un retour rapide de mon travail par une gratification directe etc… A écouter des interviews de citoyens mais aussi des discours politiques, on s’aperçoit que c’est bien le retour rapide qui est attendu. Tout politique qui le comprend fait des promesses… que parfois il ne tient pas ou du moins nous ne le percevons pas. L’art du populiste qui réussit c’est d’associer le geste (la distribution d’un bienfait) à la parole (l’annonce de ce bienfait) à court terme. Même si cela a des conséquences négatives à long terme, il parie sur le fait que cela ne se verra pas, n’aura pas autant d’impact si c’est à long terme. Un élu disait qu’il est plus facile de décider d’une amélioration visible par le citoyen même si elle est moins importante qu’une amélioration invisible pour lui.

Faut-il éduquer à l’acceptation du long terme ? Il semble bien que ce soit de rééducation qu’il s’agisse. Car le rapport au temps s’est transformé avec l’accélération des communications matérielles d’abord puis des communications numériques. Nous avons peu à peu vu diminuer une pensée globale, holistique qui dépasse l’ici et là, le maintenant. On éduque les tous petits à patienter, à ne pas obtenir immédiatement ce qu’ils ont envie. Cela semble de plus en plus difficile, au moins dans ce que l’on entend dire de jeunes parents. Mais chez les personnes plus âgées on a aussi cette attente du ici et maintenant, peut-être est-ce du côté de la fin de vie qu’il faut chercher l’origine de cette attente.

Les moyens numériques sont une formidable fenêtre ouverte sur le monde. Mais ils sont aussi le terreau d’un repli sur soi, d’un repli identitaire. Pas étonnant, l’idée d’un monde globalisé fait peur, même si certains le voient advenir comme Marc Augé dans « L’avenir des terriens. Fin de la préhistoire de l’humanité comme société planétaire » (Editions Albin Michel 2017). Manifestement cette vision qui peut sembler utopique est pourtant plus réaliste qu’on ne le pense. Mais la porte d’entrée est étroite et pour l’instant elle passe d’abord par le repli sur le court terme et sa cohorte de conséquences. Et pourtant avec le web, j’ai désormais une possibilité d’aborder le monde et sa complexité qui n’a jamais été connue auparavant : je peux communiquer avec l’autre, quel qu’il soit, en présence et à distance, je peux observer les méandres de nos sociétés…

Souhaitons que le monde éducatif s’empare de cette question du développement d’une pensée globale et à long terme. Sinon nous sommes condamnés à découvrir chaque jour les résultats de notre inconséquence. Car ce qui est vrai à court terme ne l’est pas forcément à long terme. Si dans « mon ile » je peux me protéger, celle-ci sera inéluctablement détruite si je ne sais prendre la mesure du monde : les instruments existent, apprenons à nous en servir !

A suivre et à débattre

BD

Pour citer cet article : admin, "Le court terme, le mal d’une société accélérée par le numérique ?," in Veille et Analyse TICE, 19 avril 2017, http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=2046, visité le 25 juin 2017.

État d’esprit en éducation

Cette image vue sur twitter récemment a été commentée comme étant largement partagée dans les lieu sportifs :

Du coup je me suis interrogé sur une transposition dans tous les lieux d’éducation.

Voilà ce que je propose :

A l’école et en éducation, N’oubliez pas…

  • Ce ne sont que des enfants
  • On y apprend la vie
  • C’est aussi un jeu
  • Cela dépend surtout d’eux
  • Leurs parents veulent les aider
  • Les éducateurs sont des êtres humains
  • L’école n’est pas une compétition
  • La vie est l’affaire de tous

Le smartphone devient-il le nouveau « crayon-livre » de l’élève ?

Il y a eu la calculatrice électronique, y aura-t-il le smartphone dans la trousse de l’élève ? Rappelons d’abord la Loi : Article L511-5 Créé par LOI n° 2010-788 du 12 juillet 2010 – art. 183 (V) qui dit : « Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite. » La formulation de ce texte est évidemment pleine d’interprétations (téléphone mobile, mais quid des fonctions déconnectées par exemple, des usages par wifi local etc.…). Pour enrichir le propos, la question de la protection de la santé des jeunes est abordée par les artefacts visibles mais pas par la question fondamentale de la nocivité plus globale de l’ensemble des dispositifs permettant de communiquer à distance, aussi bien sûr pour ce qui est des ondes que pour ce qui est des contenus et des modes d’usage de ces contenus.

L’hypocrisie supposée du législateur n’a d’égal que l’embarras général, les incertitudes scientifiques (controverses éventuelles), mais aussi et surtout les comportements humains quotidiens. Si l’on veut aller plus loin, la question de la nocivité générale des progrès techniques, en particulier en matière d’information communication, pourrait amener à une remise en cause toute simple de « l’électricité » fondatrice et élément de base de l’infrastructure générale de la plupart des technologies contemporaines. Mais dans quelle mesure sommes-nous prêts à changer nos vies pour prendre en compte ces risques ? Il est toujours curieux d’observer nos ambigüités personnelles sur le sujet : nous voulons être protégés (des ondes), mais nous voulons pourtant utiliser… (notre smartphone et notre télévision). Et dès qu’il s’agit de nos enfants, les revendications augmentent autant que les inquiétudes ou les angoisses. Une mère de famille témoignant de son choix de contrôler les usages par ses enfants nous disait qu’elle ne parvenait pas à empêcher son mari, père de ses enfants, d’avoir un usage permanent de son smartphone à la maison.

Et en classe alors, qu’en est-il aujourd’hui ? Plusieurs constats : entre 30 et 50 pour cent des enseignants du secondaire que j’interroge invitent parfois leurs élèves à utiliser leur smartphone dans le temps de la classe pour des usages liés aux besoins d’apprentissage (trace, recherches etc.…). Dans le primaire nombre d’enseignants utilisent leur propre smartphone en classe pour des usages divers liés à leur enseignement (photos, recherches etc..). Autre constat, les premiers équipements des élèves en téléphonie mobile commencent désormais au cycle 3 (CM1) et une quasi généralisation du smartphone se situe vers l’âge de 13 ans en classe de quatrième. La différence entre lycée et collège semble s’estomper petit à petit pour ce qui est du recours occasionnel au smartphone. Les principaux usages présentés par les enseignants sont basés sur des photos de tableau noir ou blancs ou des recherches sur Internet et des usages de type calculatrice et dictionnaire. Parfois il est fait appel à des applications spécifiques (SVT, Physique etc.…), le smartphone pouvant, en particulier au collège être remplacé par la tablette.

Qu’en est-il du côté des pouvoirs publics. On remarque que depuis quelques temps la prise en compte de ce que l’on appelle (maladroitement) le BYOD est de plus en plus explicite dans les références aux ENT et autres schémas directeurs. Mais pour les pouvoirs publics, on parle pour l’instant d’équipement individuel mobile (EIM). Ainsi « Le référentiel CARMO (http://ecolenumerique.education.gouv.fr/2016/07/13/referentiels-carine-et-carmo-mieux-accompagner-la-transformation-numerique-de-lecole/) regroupe toutes les préconisations et recommandations sur le déploiement des équipements mobiles individuels dans les collèges ». Puis arrive, à la suite, le référentiel CARINE (http://eduscol.education.fr/cid104324/publication-du-cadre-de-reference-s2i2e-carine.html) qui évoque explicitement dans ses évolutions prévues : « la prise en compte des équipements « BYOD » (Bring Your Own Device) dans les infrastructures de l’EPLE ou de l’école, ainsi que dans la charte et la politique de sécurité de l’EPLE ou de l’école ; ».

On mesure ici l’écart entre les pratiques effectives et les préconisations. Si les ENT se sont imposés partiellement dans les établissements scolaires, ils n’ont pas réussi à éliminer les solutions alternatives ouvertes au grand public. A tel point qu’une société comme Microsoft a réussi (maladroitement) à signer un accord avec le ministère mais surtout à proposer son fameux 365 dans de nombreux établissements, concurrençant directement, à l’instar de Google, les usages possibles des ENT. De la même manière l’usage de plus en plus large des smartphones dans les classes est aussi un signe du débordement de l’institution. Dans ce dernier cas les contextes locaux encouragent cela : infrastructures fragiles voire défaillantes, accès Internet limité ou fragile, compétences numériques basées sur des usages personnels. Mais ce qui renforce surtout ce recours aux smartphones : au moins, ils l’ont dans la poche. La plupart du temps il fonctionne bien. Si la 4G n’est pas générale, la 3G et le wifi suppléent pour certains. Et de plus certains usages ne nécessitent pas d’avoir recours à Internet. Tout cela suffit à encourager cette évolution.

Au côté des ENT, des EIM et autres dotations, se révèle un monde de la débrouille pédagogique. Ce monde est bien loin des innovations médiatisées. Il est surtout la preuve de la prise en compte d’un nouveau contexte. Le crayon (l’encrier sur la table le crayon à l’oreille, le stylo à bille) laisse de la place à ces nouveaux objets numériques multicompétences. Certains parlent de couteaux Suisses en référence aux célèbres produits de la marque « Victorinox ». On a aussi parlé de « cartable numérique » il y a plusieurs années. Peu importe le nom qu’on lui donne. Les multiples fonctionnalités intégrées dans ces appareils en font désormais un instrument particulièrement intéressant dans la classe. Pour peu qu’on ajoute encore quelques capteurs aux appareils actuels ainsi que d’habiles applications et on pourra alors parler d’instrument principal au service de l’être humain, mais aussi d’instrument majeur pour l’apprentissage et l’enseignement.

Reste à savoir l’avenir qui va être réservé au numérique scolaire dans la prochaine législature. Si tous les candidats prônent le numérique, la plupart n’ont qu’une vision très limitée de ces problèmes. La plupart des partis politiques sont encore marqué par une idée centralisatrice qui veut que si l’on forge tôt les esprits des enfants alors ils deviendront dociles… au pouvoir en place. C’est pourquoi tout détournement, tout contournement sera limité ou combattu. A moins que fort de la puissance acquise sur le marché les grandes entreprises du numérique ne soient sollicitées par l’Etat pour suppléer à ses difficultés. Du coup, ce serait la loi du marché qui s’imposerait. Il est probable que, dans ce cas de figure, les smartphones seraient au premier rang des instruments : car s’ils servent la vie de chacun de nous, ils la modèlent et l’encadrent, de manière souterraine et imperceptible. Nous serions alors éduqués au travers du marché au lieu de l’être au travers d’une intention d’une Politique éducative.

Revenons alors à la salle de classe. La fameuse « liberté pédagogique » doit-elle permettre cette évolution vers le « nouveau crayon-livre » ? Les tentatives d’encadrement sont-elles vaines ? On se trouve en fait face à un problème qui n’a pas encore été réellement pensé. Dans un film (désormais introuvable ?) de Curiosphère on entendait des jeunes de classes de 1ère parler de leurs usages en classe. Cette émission montrait la normalité, pour les élèves, de l’usage du téléphone portable (à l’époque en 2010) et effleurait la question du potentiel pour apprendre (consultation de dictionnaires… calculatrice). Les témoignages recueillis auprès des enseignants semblent tous confirmer que cet usage en classe accompagné par l’enseignant est préférable à l’usage clandestin. De plus il ne génère pas autant de troubles qu’on pourrait s’y attendre.
Ayant été violemment attaqué dans un ouvrage paru en septembre 2016 m’accusant d’encourager cet usage, je m’aperçois que les auteurs de ces propos ne connaissent pas le milieu dont ils parlent et surtout ne l’observent ni ne l’analysent en profondeur. Dans ce blog comme dans l’ensemble de mes écrits (café pédagogique, cahiers pédagogiques et aussi articles scientifiques) et depuis près de trente années maintenant, j’avance l’idée essentielle que le monde éducatif ne peut se tenir à l’écart de ce questionnement. L’observation de la manière de faire n’est pas la recommandation. C’est une posture essentielle de celui qui veut donner à voir pour réfléchir plutôt que d’imposer son point de vue aux autres. Malheureusement, et le quotidien me donne raison, prendre la parole en public c’est risquer la controverse, fut-elle difficile, face à des personnes qui proposent souvenir comme règles leur opinion plutôt que des analyses… Cela semble être une des dérives du débat public dans les médias mais désormais aussi sur les réseaux sociaux…

A suivre et à débattre

Bruno Devauchelle

Pour citer cet article : admin, "Le smartphone devient-il le nouveau « crayon-livre » de l’élève ?," in Veille et Analyse TICE, 16 avril 2017, http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=2035, visité le 25 juin 2017.
1 2 3 4 65